9 février 2023
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Pourquoi le président Tebboune a tort de diaboliser l’endettement (I)

DECRYPTAGE

Pourquoi le président Tebboune a tort de diaboliser l’endettement (I)

Il faut préciser d’emblée que ce ne sont pas tous les pays qui s’endettent pour leur développement et notamment leur tissu économique qui passent automatiquement entre les mains du Fonds monétaire international (FMI).

En conséquence, ce n’est pas l’endettement des entreprises quand bien même garanti par le pays où elles s’y trouvent qui les mène vers des difficultés de remboursement d’où leur déséquilibre budgétaire mais la mauvaise gestion depuis l’évaluation des projets jusqu’au prolongement de leur durée de réalisation qui empêchent leur retour sur investissement qui les mettent dans des situations inextricables d’où le recours aux organisations financières internationales.

Dans son discours d’ouverture de la conférence nationale dédiée à la relance économique pour une économie nouvelle, le président de la république, Abdelmadjid Tebboune a été très pragmatique loin des illusions habituelles, apuré de toute démagogie, voire même en concordance avec la rupture qu’il avait annoncée dans son programme.

Lorsqu’il est arrivé au chapitre des investissements, il faut reconnaître qu’il a identifié les trois critères négligés jusqu’à présent depuis l’amorce des réformes économiques mises en œuvre après la crise économique de 1986. Pour lui, un investisseur doit donner à son projet une portée stratégique pour  l’éloigner du gain facile pour amasser des plus-values souvent investies outre frontière.

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Ensuite, il devra démarrer son projet avec un taux d’intégration appréciable. Enfin son produit doit contribuer à la substitution aux importations qui pèsent de tout son poids sur le budget de l’Etat. Mais en parlant de l’endettement  des entreprises publiques, il a été catégorique sur son bannissement et ferme sur le  recours « au FMI » même « des pays amis qui nous tendent leurs mains.» (01)

En outre il est difficile d’imaginer avec toute la bonne volonté de l’équipe actuelle de Sonatrach que d’ici quatre mois, elle pourrait trouver une solution pour ne plus importer « un litre d’essence ou de gasoil ». Même si on change le schéma du process de fabrication en mettant toute la production du pétrole comme feedstock aux raffineries existantes sans exporter un baril, on affectera  les recettes pétrolières qui complexifieraient la satisfaction  des besoins économiques et sociaux de tout le pays.

N’oublions surtout pas que la quantité du gaz exporté est aussi entrain de diminuer progressivement à cause d’abord de l’accroissement du taux de consommation interne, le déclin de certains gisements et surtout la concurrence de nouveaux intrants sur le marché traditionnel de Sonatrach qui l’a mise dans une situation très difficile face au prix.

Si l’on se réfère aux chiffres avancés par l’Autorité de Régulation des Hydrocarbures ARH dans bilan 2016 et la déclaration du ministre de l’énergie qui situe la croissance de la consommation  de carburant de 2017 à prés 7%, la consommation  tout type de carburant confondu dépasse donc des 17 millions de tonnes fin 2019 pour une capacité totale de raffinage ne dépassant pas 11,5 millions de tonnes. Même si l’année 2020, la consommation des carburant a drastiquement diminué à cause de la crise sanitaire, le déconfinement et la reprise des activités notamment de transport vont donner un coup de pousse à la consommation en 2021 ce qui serait difficile pour Sonatrach de satisfaire la demande nationale sans importer des carburant notamment le gasoil dont la proportion dans la consommation de toutes les formes est dominante à 70%. 

Rappelons juste pour mémoire que l’année 2016, Sonatrach a produit en moyenne 1,08 millions de baril par jour (b/j) dont  540 000 b/j  ont été utilisé pour le raffinage et 530 000 b/j pour l’exportation. Il se trouve que la situation actuelle générée par une gestion houleuse des gisements à partir du deuxième semestre 2017 caractérisée par une perte progressive de production. En 2021, étant donné le nouvelle feuille de route, la Sonatrach pourrait utiliser pour ses besoins de raffinage jusqu’à 760000 b/j.

Dans le cas de la levée de la contrainte OPEP : vu le déclin continue non contrôlé depuis 2017, il resterait dans le meilleur cas près de 150 000b/j à exporter. A 45 $ le baril, soit presque 2.5 milliards de $. Maintenant si l’OPEP maintient ce quota, il restera 70 000 b/j à exporter, soit 1.2 milliard de $ au prix de 45 $ le baril. Il ne s’agit pas d’une situation que le secteur de l’énergie pourrait maîtriser car indépendante de sa volonté mais de l’évolution internationale de l’énergie.

 1- La venue du FMI est la conséquence de la réorientation du modèle économique.

Dans sa stratégie algérienne de développement, la priorité est mise sur l’industrie lourde dite « industrialisante » car jugée seule apte de parachever l’indépendance nationale par celle économiques. Le secteur hydrocarbures par ses revenues a été chargé d’assurer cette mission de financement de ce vaste programme d’investissement, planifié et placé directement sous la tutelle de l’Etat.

L’objectif visé et l’édification d’un système productif national intégré. Pour se faire, le recours à l’endettement  externe était nécessaire pour peu de rester sur cette voie tracée. Il se trouve justement que le « tripotage » de ce modèle de développement ne lui a pas permis de  suivre le chemin tracé qu’on découvrira une fois trop tard. 

En effet, les différents chocs pétroliers dont celui de la moitié des années 80, appelé aussi contre choc, a montré que  finalement, la chute des prix du pétrole suivi après par la détérioration du cours du dollar que de nombreux analystes présentent comme la cause principale de la crise en Algérie, n’ont pas suffisamment insisté sur l’origine de la fragilité du système économique.  Il a été démontré que ce n’est pas le modèle de développement qui a fragilisé l’économie nationale, en la rendant fortement dépendante de l’extérieur mais plutôt la réorientation économique  des années 80 qui a affecté le modèle de développement pour le rendre fortement dépendant. La preuve indiscutable de l’échec de cette réorientation est la chute des prix du pétrole en elle – même.

Normalement et en dépit de son caractère brusque, la chute des prix du pétrole ne devait pas surprendre les spécialistes car elle rentre dans le cadre de la stratégie de l’agence internationale de l’énergie (AIE) en réponse à l’embargo décrété par les pays arabes membres de l’OPEP en 1973.

Il fallait s’y attendre et donc orienter les recettes des hydrocarbures pour renforcer les projets en cours afin de produire des biens d’équipements qui non seulement dynamiseraient l’activité économique mais lui assureraient son indépendance économique de l’extérieur et fera sans aucun doute face ou du moins amortira le choc d’une telle situation encore une fois dans le domaine du prévisible.

Quand bien même l’on suivrait la logique des initiateurs de ce projet de réorientation au nom de l’efficacité de gestion et de la politique d’ouverture, il aurait donc fallu accepter un programme de réforme structurelle à partir du début des années 1980 puisque la balance des paiements algérienne a entamé son déficit depuis 1982 (02) et donc utiliser cette restructuration économique dans le cadre d’un programme avec le fond monétaire international et l’orienter ainsi au bénéfice du développement national au lieu peut être de donner une image fausse qui a dû contribuer à aggraver la situation, désormais aujourd’hui inextricable. A suivre

Rabah Reghis

Renvois

(01)-https://www.youtube.com/watch?v=qpTVRTm5wVs&fbclid=IwAR3_LXOhkkH2e8LqGQ-   VcQ2zn1MdickV8X-n5K1kFj0JTEm6Aaupyzawpp4 

(02) -In perspective  N° 34 semaine du 5 au 11-12-91                                                                                                                                                                                                                  

Auteur
Rabah Reghis

 




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