28 septembre 2022
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Que choisir entre le séparatisme et le nationalisme kabyle ?

OPINION

Que choisir entre le séparatisme et le nationalisme kabyle ?

Dans les deux visions, parallèles et opposées, sur le devenir de la Kabylie qui sont celles de nos deux respectueux hommes politiques Mehenni et Saïd Sadi, le vrai et le doute coïncident. De quoi s’agit-il en vérité ? Et quelles sont les raisons et les motivations politiques ?

Par tradition, une Kabylie épanouie est celle défendue et protégée par les meilleurs des siens. D’où l’intérêt de leur témoignage. Ferhat Mehenni et Saïd Sadi ont marqué des générations d’hommes et de femmes, et ils demeurent encore crédibles aux yeux de l’opinion, parce qu’ils ont mis leur engagement sincère au service de l’Algérie plurielle, de la démocratie et de la Kabylie en particulier.

Leur discours, confirmé par une vie de militantisme, de courage et d’engagement, ne cesse de produire un déclic permanent dans les rangs des jeunes sympathisants qui les suivent à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Ainsi, la Kabylie se transforme et la jeunesse devrait s’adapter en permanence pour vivre autrement, tous ensemble avec harmonie et sérénité.

C’est la raison pour laquelle, je définis ces deux personnages démocrates comme guides et éclaireurs. Sans les avoir connus comme acteurs de la vie politique dans ma jeunesse, il se peut que je sois aujourd’hui du mauvais côté : celui qui incarnait le mal de l’Algérie, qui renforçait celui des conservateurs du régime ou celui des ennemis de la démocratie, les islamistes et les baathistes, comme le cas de nombreux confrères qui ont grandi en dehors de la Kabylie. C’est pourquoi, aujourd’hui, je suis d’autant plus étonné de voir les deux anciens prisonniers « amis des cellules » reconnus pour leur talent, avec un discours moraliste et inapproprié de la dernière actualité, être accusés par l’opinion de vouloir diviser les Kabyles.

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L’expression de « division » introduite ici est sans nul doute maladroite ; elle est prononcée et écrite dans la spontanéité et l’émotion d’une controverse opposant les deux hommes, et non dans un contexte mûrement et suffisamment réfléchi.

La France dans son passé colonial a scindé le territoire Kabyle en deux régions la Petite et la Grande dans l’espoir de diviser et d’affaiblir sa force de résistance. Mais la population est restée soudée jusqu’à nos jours. El-Mouradia s’inspire de l’intelligentsia coloniale pour diviser cette population chère à la patrie pour asseoir un projet de société de type oriental « baathiste » excluant toutes les valeurs humaines de l’ensemble des populations des quatre coins de l’Algérie. Sans surprise, l’homme kabyle reste fidèle à lui-même et rejette toute tentative de division. En clair, personne ne peut nous diviser et y compris de l’intérieur. Pour paraphraser un autre homme politique et sage de la région, Maître Mokrane Ait-Larbi disait, en réponse au discours des indépendantistes, que la Kabylie ne mandate personne pour parler en son nom.

Cependant, nos concitoyens peuvent être rassurés : notre chère mère patrie la Kabylie restera belle, indivisible et forte pour longtemps encore. Ce que la France n’a pas réussi à réaliser pendant toute la durée de l’occupation (soit 1 siècle et 32 ans) par ses calculs politiciens ; les autres échoueront aussi, et tant pis ! Et comme vous l’avez compris, ce papier ne vise à discréditer personne, il s’agit juste d’un avis d’un simple citoyen lambda qui ne nourrit aucun projet politique mais qui souhaite tout le meilleur bonheur du monde aux enfants de ce beau pays, l’Algérie.

Les colères populaires, qui s’expriment sur le choix politique de la Kabylie de façons diverses sur les réseaux sociaux, amplifient la méfiance entre algériens. Qui sont les coupables ? Ce n’est pas le peuple, c’est certain. Quelles sont les causes ? Probablement, le manque de culture et le niveau d’instruction. Les conséquences ? La montée du mercure du baromètre du fascisme, du racisme, de l’intégrisme, du nationalisme, du régionalisme et du séparatisme. Alors que dire de la démocratie aujourd’hui ? Est-elle fragilisée ?

Le boycott, cette seconde nature de la Kabylie

Pourquoi ces derniers temps la Kabylie ne participe pas aux élections ? Et les gouvernants ne s’inquiètent-ils pas ? Sont-elles organisées contre la volonté populaire ? Servent-elles les intérêts d’un système qui surfe sur la division citoyenne ? Quelques années en arrière, le refus de participation à l’élection s’explique par la méfiance du citoyen envers un pouvoir corrompu et incompétent et qui aujourd’hui est devenu un acte militant et citoyen. C’est ce point mal compris par tout le monde qu’il faut aborder avec courage et sans détour.

A mon sens la Kabylie ne doit pas se déconnecter complétement de cette pratique démocratique. Dans une société qui se respecte, les citoyens se saisissent des moyens qui sont en leur possession comme le vote pour essayer de contester et de déverrouiller un système de l’intérieur, de réorienter une politique nationale dont ils ont le sentiment qu’elle ne sert pas ses intérêts, ce qui est pourtant le rôle et la promesse de tous les partis politiques. Le plus surprenant c’est le « laisser-aller » de l’administration sur cette question et autour du magma qui se cristallise pour remonter ensuite à la surface.

La Kabylie n’a pas participé à l’élection présidentielle, à celle sur la réforme constitutionnelle et très prochainement aux législatives et aux municipales. Si la région n’est pas représentée à tous les niveaux de l’institution, cela ne fait que renforcer le projet des indépendantistes déjà enclenché depuis les évènements de 2001.

L’administration comme à ses habitudes va utiliser les KDS et les administrateurs comme à l’époque des DEC, alors le système D sera de retour. Quitte à rappeler les fonctionnaires à la retraite qui ne se sont jamais servi d’un ordinateur pendant toute leur carrière professionnelle.

En Algérie, la volonté du changement n’est pas la bienvenue, la gestion du tâtonnement se recycle, le blocage s’installe et l’histoire recommence ! Comme la colère kabyle est pacifique et sans violence, le pouvoir ne sait pas comment s’y prendre ? Lui qui préfère la politique menée avec la force des bras et sur les rings. Toute solution d’apaisement possible semble alors éminemment handicapante et est assimilée à une volonté d’en finir avec cette région rebelle qui ne cesse de proclamer une Algérie juste et républicaine. C’est là que commence le début d’un désaccord.

Sur le terrain, il se traduit par la violence, le lynchage médiatique et incitations à la haine contre les militants de Tamazight, du MAK et autres. Il y a aussi des mouvements séparatistes, dont certains, en effet, veulent renverser la table et se démarquer complétement de la Nation actuelle. Et si on leur demandait pourquoi ? La plupart d’entre eux pensent que la seule façon d’assurer un avenir plus serein à nos enfants, différent de celui vécu par eux-mêmes et la génération de l’après-indépendance, devrait être conçu en dehors des couveuses des laboratoires des pays de la péninsule.

A force de fuir toutes ces questions démocratiques depuis des décennies, les autorités ont eu tendance à faire croire à l’opinion qu’il y avait beaucoup plus de séparatistes en Kabylie qu’il n’en existait réellement. En un mot, les islamistes comme les séparatistes sont les produits de l’échec de la politique nationale.

Mais le fossé entre les deux extrêmes est plus large : le premier utilise la violence comme forme d’expression, les moyens de l’Etat (un ministère, des oulémas, des muftis, des imams, des zawiyas, des associations, la grande mosquée d’Alger, les mosquées à la pelle et les salles de prière partout dans les : écoles, hôtels, usines, hôpitaux, parlement, sénat, aéroports …) et l’ignorance de l’école algérienne pour se développer ; le second est tout son contraire (lutte pacifique, appel au rassemblement des Kabyles mais jamais à la désobéissance civile et armée ; et zéro moyens). Ici, je cite uniquement les moyens matériels mis à disposition par la collectivité, je ne parle pas des financements de l’étranger.

Selon les médias les deux courants ont bénéficié d’appuis considérables allant jusqu’au financement des chaines télévisées à la propagande. Ces deux tendances extrêmes, qui sentent les réticences de la société, se traduisent souvent par la peur des citoyens et des compatriotes de bonne foi et le pouvoir profite de cette situation pour essayer de démontrer aux nombreux démocrates que l’avenir du pays est sous la menace permanente s’ils refusent de se soumettre et de collaborer. A nos jours, aucun avant-projet démocratique et progressiste, en dehors de la sphère politique du régime, n’a 3 été géré comme l’émanation de la volonté des citoyens adultes et responsables même ceux portés par les révolutions citoyennes l’Arouch en 2001 et le Hirak en 2019. Quel gâchis ! Une Nation forte est un territoire, un pays, une langue, une histoire, un destin et un socle de valeurs communes. Quand ce n’est plus le cas, l’équilibre étant instable et la justice faisant office de ce ciment commun devient désormais injuste. C’est ce qui est arrivé à plusieurs pays avant nous, et qui arrivera encore si le système n’évolue pas avec le temps. Cela sème le doute par l’absurde que les Kabyles ne partagent plus grand chose en commun avec le reste de la population.

Pour caricaturer, c’est comme si le Kabyle était plus attaché à la modernité et moins à la religion et si l’Arabophone était né pour rester bédouin pour l’éternité, qu’il trouve son bonheur dans les cinq prières journalières et qu’il se fiche du devenir de son pays. De toute façon, le pauvre arabe (pas l’arabophone) n’y est pour rien, il est dans son rôle, le pays ne lui appartient pas. Ainsi s’énonce ce faux constat paradoxal qui nous divise encore et encore ! Arrêtons donc de penser que l’Arabe algérien est plus Arabe que les Koraïchites et que le Kabyle est plus Français que les Gaulois. Le meilleur rempart pour balayer tous ces maux et préjugés qui nous polluent la vie est de reformer en profondeur un système scolaire qui a formé et livré de nombreux terroristes et incompétents.

Force est de constater qu’il y a peu de cadres et d’élites assez responsables et soucieux de l’avenir du pays, capables de prendre en main son destin. En clair, les seuls responsables de notre malheur sont les politiques comme le scande haut et fort le peuple dans les manifestations, les espaces publics, les cafés et les stades. Comme vous l’avez compris les deux courants doivent leur existence grâce à l’école et à la volonté politique. Face à ce contexte tendu asphyxiant, pire que la Covid-19, les gens n’en peuvent plus, les Kabyles en particulier.

On sait, depuis longtemps maintenant, que les électeurs Kabyles se détournent des urnes et n’attendent plus grand-chose d’un pouvoir régi par des dirigeants politiques trop souvent versés dans l’intérêt personnel, au détriment de l’intérêt collectif et de la communauté. Certains députés sont devenus des hommes d’affaires après un mandat électif et d’autres des ministres au service d’une oligarchie pendant toute la durée du règne de Président Bouteflika. L’échec de la politique gouvernementale et nationale n’est pas seulement symptomatique mais la cause du mal démocratique qui menace la cohésion citoyenne.

J’imagine aussi que c’est cette déception qui a poussé un personnage démocrate et nationaliste comme Mass. Mehenni, lui qui a beaucoup donné à l’Algérie, à devenir séparatiste. Après 59 ans de pourrissement de la vie politique après l’Indépendance, nul ne pourra jamais empêcher les discours négationnistes même avec la loi, malheureusement, ni freiner leur diffusion. C’est une réalité !

Aucune loi ne pourra empêcher la passion anti-kabyle de gagner les cœurs des islamistes. Dans ces conditions, c’est le slogan du séparatisme qui triomphera et c’est le projet de Dalaïlama-Kabyle qui se renforcera. Si la stratégie politique à venir ne tient pas compte de cette crise démocratique qui est un autre visage de notre crise d’identité, il est impossible de comprendre pourquoi la Kabylie juge beaucoup plus durement notre personnel politique que les autres populations locales ne le juge.

A mon sens, pour éviter l’irréparable et le pire, il faut satisfaire les doléances formulées par les mouvements citoyens et transformer l’école actuelle du statut de la zawiya en une école moderne et républicaine digne de ce nom. En résumé, l’école a fait le lit de l’islamisme en Algérie et l’isolement de la Kabylie est entretenu soigneusement par les politiques de mauvaise foi depuis la crise de 1949. La crise dite des « Berbéristes » n’est rien d’autre que celle des « Kabylistes ». Elle ne concerne ni les Chaouias, ni les Mozabites et ni les Targuis.

Les crises se succèdent après l’Indépendance (la victoire est volée de force au peuple en avortant le projet porté par le GPRA représenté par les meilleurs fils de la wilaya III, de la Kabylie et de l’Algérie ; parachutage d’armes du Cap-Sigli ; slogans de propagande et de haine : les Kabyles ont brulé le drapeau et le Coran, les Zouaves ; répression féroce des évènements de 1980 ; les leaders des partis politiques FFS et RCD qui cherchent à se développer à travers l’ensemble du territoire national pour apporter une culture de la démocratie se trouvent dans l’incapacité  de convaincre l’électorat ; plusieurs assassinats d’intellectuels et d’artistes ; printemps noir de 2001…).

La Kabylie est martyrisée, blessée et déçue. Elle se sent méprisée, ignorée et mal représentée dans les institutions. Alors elle utilise son dernier joker pour contrer la politique nationale en boycottant les élections et ne pas se plier aux décisions collectives, surtout lorsque les élections sont annoncées truquées et distribuées par quota avec l’accord de l’opposition qui est sensée la représenter. Dès lors, cela peut engendrer un autre mouvement comme celui de l’Arouch (2001), qui échappera cette fois-ci à tout contrôle politique.

Quant à savoir si un parti politique saura tirer profit et avantage de cette situation, c’est difficile à dire. Il reste à espérer que cette impasse nous permettra de prendre collectivement conscience que l’apathie démocratique dans laquelle nous sommes engagés à nous enfoncer est un danger réel pour le devenir de notre maison la Kabylie, et qu’il ne tient qu’à nous d’éviter l’isolement le plus brutal par un sursaut démocratique en choisissant un modèle de gouvernance plus moderne, civil, démocratique et républicain qui exclut toutes formes de fondamentalisme religieux et du séparatisme. Ou considère-t-on que c’est le problème des autres et pas le nôtre ? Jusqu’à quand la Kabylie et Alger se tourneront-ils le dos ? Il est vrai que la récente sortie médiatique d’un candidat à la dernière élection présidentielle « de la désignation » n’est qu’un malheur de plus à la crise.

En plus de son faible ancrage populaire, le charlatan a raté son casting dans le film « Carnaval Fi Dachra » du grand acteur de cinéma Athman Aliouat. Ses propos sont imbéciles, désolants et décourageants. En attendant le retour des hirondelles et l’arrivée du printemps, on récite tous ensemble : one, two, three, viva la Kabylie… Et pendant ce temps, nous n’oublions pas de prier pour que la déchéance de la nationalité ne s’applique pas à l’encontre de notre Dachra, dans le cas où notre joker sera considéré préjudiciable à l’intérêt de la nation et de l’Etat !

Auteur
Mourad Khelifa

 




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