1 décembre 2022
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Réconciliation franco-anglaise sur un cercueil ?

Cercueil d'Elisabeth II

 

Les images diffusées dans le monde entier nous ont montré le dernier voyage de la défunte reine d’Angleterre, l’interminable file des sujets venant lui dire un dernier au revoir ainsi que la veillée de la famille. Mais qu’y avait-il dans cette image du drapeau couvrant le cercueil qui m’a interrogé sans que je puisse en donner une réponse immédiate ?

On utilise souvent l’expression imagée « frères ennemis » pour les batailles entre les personnes et pays qui sont en rivalité mais tellement proches dans leurs vies et leurs histoires.

Quelque chose m’avait interpellé à la vue de ce drapeau. Mais quoi ? Et voilà que mon esprit réagit soudainement. Oui, bien sûr, ce drapeau avec les trois lions, l’emblème de l’Angleterre que même ceux qui ne connaissent pas son histoire l’ont déjà aperçu sur les maillots des équipes anglaises, notamment au football.

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En fait, ce qui surgit à mon esprit est la symbolique du drapeau en un pareil moment, soit la voie de deux peuples liés par une histoire si longue. « Les frères ennemis », l’Angleterre et la France, cela n’était pas seulement une expression, c’était réellement une rivalité entre familles royales de même sang.

Quel rapport avec le drapeau ? Remontons le temps et nous y verrons plus clair, comme la réaction soudaine de mon esprit, par un souvenir de faits si connus et parfois oubliés.

Les enfants d’Aliénor

Tout commence réellement avec Guillaume, duc de Normandie, qui avait conquis l’Angleterre avant de porter la couronne qui lui avait été destinée par le défunt souverain. Les circonstances de cet épisode étonnant et singulier ne feront pas l’objet d’un développement tant elles sont complexes.

Chose étonnante mais tout à fait logique, le roi d’Angleterre, duc de Normandie, plus puissant et plus riche que le roi de France (il l’était déjà auparavant), est resté le vassal de ce dernier. Nous voici donc dans la première étape d’une histoire commune tout autant que mouvementée de deux couronnes installées dans les deux rives de la Manche.

Et, bien entendu, comme dans tous les rapports féodaux, les rivalités vont être tumultueuses et guerrières. Si nous excluons le dernier siècle, c’est presque neuf cents ans de rivalités dynastiques, territoriales et de recherche de suprématie politique. Les deux grands empires se sont affrontés perpétuellement. Napoléon vous en dirait certainement à ce sujet si vous l’interrogiez aux Invalides où il repose.

Puis, si nous faisons un raccourci après Guillaume de Normandie, vint l’épisode d’Aliénor d’Aquitaine, autre maillon important à retenir dans la compréhension de ce lien dynastique.

Héritière du duché d’Aquitaine, puis par une succession d’héritages ce fut l’Anjou et le Poitou qui entrèrent en sa possession. Cette célébrissime duchesse disposait d’un territoire couvrant l’ensemble de la bande ouest du royaume français.

Mais ce n’est pas fini, elle devint, en secondes noces, l’épouse du roi d’Angleterre, Henri II. Voilà ainsi consolidé un immense territoire sur les deux rives de la Manche, sous vassalité du roi de France. Même si celui-ci ne tenait sa survie que par le titre sacré de roi. Titre qui lui sera d’ailleurs contesté à de nombreuses reprises.

Aliénor eut trois enfants de son second époux dont le dernier, Richard, n’était pas destiné normalement à l’héritage de la couronne vu son éloignement dans l’ordre de succession. Mais il devint finalement le roi d’Angleterre.

Son surnom, donné par les Anglais, était Richard Cœur de lion. Nous voilà enfin arrivés à notre sujet, le fameux drapeau sur le cercueil de la reine Elisabeth II, avec l’emblème des trois lions. C’est lui qu’il l’avait choisi et on comprend pourquoi.

Ce roi, par sa descendance dans la lignée de la dynastie normande, parlait français et très mal l’anglais.

Que ces trois lions soient sur le cercueil de la reine d’Angleterre m’a fait rappeler combien l’histoire des deux royaumes, anglais et français, étaient liée et pourquoi cette guerre des deux éternels frères ennemis. Par la liaison du sang, lorsque la querelle est née, c’est souvent pour de très longues périodes.

Elisabeth II, dont le rôle était de taire son opinion politique, savait cependant glisser certains messages silencieux qui le dévoilait si on y prêtait attention. C’est ainsi que son chapeau, lors du dernier discours auprès du Parlement, était la parfaite réplique du drapeau européen, par les couleurs et les motifs.

Voulait-elle nous montrer sa désapprobation du Brexit et l’éloignement de ses sujets de la terre natale, celle des origines de la dynastie ? Un dernier clin d’œil à l’histoire de sa descendance après cette rupture qu’elle n’avait pas voulue et qu’elle ne pouvait en exprimer le regret.

Des traces d’ADN communes

Cette longue histoire mouvementée entre deux descendances issues du même berceau, nous pouvons la retrouver dans tant de signes de la culture anglaise comme de la royauté.

Je ne reprendrai que trois qui me viennent immédiatement à la mémoire. Le premier est dans la devise de la royauté anglaise « Honi soit qui mal y pense », inscrite dans l’emblème royal avec un seul n, conformément à l’ancienne orthographe.

La légende dit que la phrase fut prononcée par le roi Edward III dans des circonstances qui nous éloigneraient si nous les exposions. Ce qui est à retenir est que ce roi, fils d’Isabelle de France, l’ai dit en français. C’est encore une fois la preuve que la langue française était prédominante dans la royauté anglaise vu ses racines entremêlées avec le royaume de France.

Le second signe est ce fait extraordinaire que l’Angleterre a rompu le lien de vassalité avec la couronne française seulement au…dix-neuvième siècle. Si c’est tout à fait symbolique, cela est la marque profonde de l’histoire imbriquée par le lien du sang royal des deux couronnes des deux rives de la Manche.

Le troisième point, corollaire aux deux précédents, est la maitrise parfaite du français du nouveau roi, Charles III, comme ce fut le cas pour tous ses successeurs.

Voilà pourquoi je voulais raconter cette histoire, très raccourcie, que le drapeau aux trois lions m’avait inspiré. Sur ce cercueil était posée la marque indélébile de deux dynasties cimentées par le sang et par tant de guerres qui ne pourront jamais les séparer réellement.

Déjà, les lendemains du Brexit commencent à faire douter beaucoup de britanniques sur leur choix qui serait peut-être une grande erreur. Avec ce drapeau sur son cercueil, je ne doute pas que la reine Elisabeth voulut le signifier une dernière fois, par la dignité du silence que lui imposait son rang.

Boumédiene Sid Lakhdar, enseignant

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1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour ce texte et l’histoire. Quand j’ai vu le cercueil, je me suis demandé betement pourquoi les trois lions et non pas le drapeau du royaume d’angleterre que nous connaissons.

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