20 juillet 2024
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Seine-Saint-Denis : procès pour violences policières

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Une main fracassée dans le huis clos du commissariat, un jeune brûlé à la « lacry », un gardien d’immeuble frappé car il était essoufflé : le procès de la brutalité de six policiers de Pantin (Seine-Saint-Denis), des « chasseurs » assignés à des quartiers sensibles, s’est ouvert mercredi au tribunal de Bobigny.

Âgés de 30 à 48 ans, six policiers de la brigade territoriale de contact (BTC) des Quatre-Chemins comparaissent pour des faits de violences et faux procès-verbaux en 2019-2020 au préjudice de jeunes des cités Scandicci et des Courtillières, connues pour héberger du trafic de drogues.

Le 20 juillet 2019 vers 17h00, un équipage de la BTC en patrouille cité Scandicci croise un mineur bien connu d’eux pour son activité dans le deal. Un mauvais regard et voilà cet habitué du commissariat embarqué pour un nouveau « contrôle d’identité ».

Une fois au poste, selon le récit de la victime, deux policiers de la BTC l’emmènent dans la salle de fouilles. Là, le brigadier-chef Christian M. déploie sa matraque télescopique et lui fracasse la main. Ainsi, « la prochaine fois, tu me regarderas plus ».

« Il me dit ‘mets ta main sur la table, sinon je frappe sur tes jambes’ (…) Il a commencé à frapper j’ai dit ‘non, non !’. À ce moment-là, l’autre policier m’a attrapé la main pour la tenir et qu’il me frappe dessus », relate le jeune homme au tribunal, dont la fracture du cinquième métacarpien lui a valu 45 jours d’incapacité totale de travail (ITT).

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Une version que nie Christian M., un corpulent Guyanais de 48 ans, autoproclamé « le plus gentil du commissariat ». En difficulté à la barre, il soutient n’avoir donné que deux coups de « bâton souple » pour séparer le suspect d’une collègue qu’il avait attrapée par le col – scène démentie par l’intéressée.

« C’était pas très fort, peut-être qu’il est fragile », relativise Christian M., chemise grise et pantalon kaki, désireux de mouiller la victime en affirmant à plusieurs reprises que celle-ci l’informait sur le trafic de drogues à Scandicci.

Une police adepte des objectifs chiffrés

Héritières de la police de proximité, les BTC sont assignées à des quartiers spécifiques. Ils y effectuent notamment un travail de renseignement, tout en bénéficiant d’une certaine liberté d’action. À force de se croiser, jeunes et policiers deviennent familiers au point de s’appeler par leur prénom.

« La BTC, c’est les fonctionnaires les plus motivés, les chasseurs, qui cherchent l’infraction », résume Christian M.. Une « chasse » qui faisait l’objet de multiples signalements pour des bavures présumées.

Le dossier contre les policiers de la BTC Quatre-Chemins, l’une des deux que compte Pantin, a la particularité de s’appuyer en grande partie sur les témoignages à charge de leurs propres collègues du commissariat de cette commune en bordure de Paris.

Des « mensonges », un « complot », une « vengeance » de la part de personnes aigries sur fond de rivalités délétères entre les différents départements du commissariat (brigade anticriminalité, brigade de jour, etc.), soutiennent les prévenus. Dans une police adepte des objectifs chiffrés, les statistiques flatteuses de la BTC Quatre-Chemins auraient fait des envieux.

« Tu fermes ta gueule ».

« Notre travail ne reflétait pas celui de la BTC Centre-Ville et au service ça suscitait la jalousie des fonctionnaires », avance le brigadier Julien S., accusé d’avoir brûlé un jeune au visage en l’aspergeant à plusieurs reprises de « lacry », du gaz lacrymogène en aérosol.

Le 6 janvier 2020, Christian M. et Raphaël I., seul prévenu à ne pas s’être présenté à l’audience, poursuivent un jeune au Pré-Saint-Gervais lorsqu’ils tombent sur un gardien de résidence, essoufflé d’avoir remonté des poubelles.

Le prenant pour leur suspect, Raphaël I. l’aborde avec agressivité. Le gardien lui demande pourquoi il lui parle mal, lui propose de lui montrer sa carte d’identité. Et reçoit en réponse de violents coups au thorax de la part du policier en lançant : « je te parle comme je veux et tu fermes ta gueule ».

Avec AFP

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