4 octobre 2022
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Tazmalt : comment sortir de taseffit, le clanisme politique ? (III)

Lettre de Kabylie

Tazmalt : comment sortir de taseffit, le clanisme politique ? (III)

Résurgence du clanisme politique du fait du pouvoir central

Les At Melikeche étaient encore unis au lendemain de l’indépendance. Après la crise politique de l’été 1962, il y eut au niveau local des délégations spéciales qui ont dirigé les exécutifs communaux. Pour bannir à jamais l’esprit de clan et garder la mobilisation unitaire anticoloniale de la guerre, les deux clans s’étaient neutralisés pour relancer une « Tajmaat N laarch » dans le contenant politique moderne de la mairie et ce fut Monsieur Hocine Ahmed Ali, un homme qui n’était pas d’extraction Melikchie, qui fut choisi dans l’entente pour diriger le premier exécutif post indépendance de Tazmalt adoubé par les autorités centrales incarnées par le FLN Parti Unique. De 1963 à 1965, le temps de l’Autogestion avait créé l’illusion d’une renaissance des institutions kabyles anciennes et de l’entente sacrée des clans dans l’intérêt suprême de la tribu .Le coup d’Etat de Boumediene en Juin 1965 avait renforcé le centralisme et ruiné les illusions du pouvoir populaire décentralisé. Le parti unique avait redoublé de férocité pour imposer sa vision uniciste : Pouvoir unique, langue unique, religion unique et… dictature unique

1967, le FLN réinstaure le clanisme politique

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Après le temps des délégations spéciales, le parti unique avait relancé le Clanisme pour créer une clientèle politique du pouvoir central ! A partir de 1967, s’appuyant sur le ressort de la légitimité historique, le FLN parti unique, attisa les rivalités anciennes et réintroduit le Clan politique effacé durant la guerre d’indépendance. Diviser pour régner ! Le FLN favorisa « Le Seff Oufella » durant deux mandats (1966-1974), avant de donner le pouvoir au « Seff Gwadda » durant du mandats (1974-1984). Le chef de la kasma, désigné dans le clan rival à chaque mandat, entretient l’illusion d’une démocratie de façade !

Le pouvoir réel étant situé dans l’échelon supérieur du parti unique la Mouhafadha du FLN au niveau wilaya qui n’est qu’un échelon déconcentré du pouvoir central d’Alger. La contradiction principale des codes communaux successifs étant d’avoir été construits sur le concept de décentralisation, demeuré une chimère depuis 1967.

Malgré ce règne du Pouvoir central, la tribu avait encore eu des réflexes unitaires, l’exemple de la mobilisation de 1968 pour défendre par le fusil Adrar At mlikeche, le domaine des pâturages, que les voisins Iazounène, avaient décidé d’annexer, est encore dans les mémoires des anciens. La contribution unitaire des At Melikeche pour l’extinction du grand incendie de la foret de Boni, dans les contreforts d’At abbas , en 1969 était sans doute le dernier réflexe communautaire avant le triomphe de la division politique !

Le découpage administratif de 1984, une opération politique

Non touchée par le découpage administratif de juillet 1974, La commune mère de Tazmalt va se délester de sa partie montagneuse, à la faveur du découpage administratif de février 1984. Béni Melikeche, se voit érigée en nouvelle commune. Au lieu de partager la commune verticalement de sorte que chaque partie puisse profiter des terres de l’Etat, de la route nationale, de la grande rivière, et prendre sa part des terres incultes de la montagne, les stratèges du pouvoir central avaient taillé les communes sur des paramètres politiques de sorte à garder la clientèle du Système aux commandes de la grande commune de Tazmalt verrou politique occidental de la Soummam. Les décideurs du pouvoir central avaient favorisé un clan et cassé l’alternance de façade qui avait prévalu de 1967 à 1984 ! Ils avaient divisé la commune par le ventre, horizontalement, et gardèrent les terres fertiles de la vallée, la grande route nationale, la rivière, les terrains de l’Etat, et se débarrassèrent des terres incultes de la montagne mais également des populations qui étaient traditionnellement jalouses de leur autonomie et d’une abstention permanente.

Le tournant clanique de 1984

Tazmalt considérée comme le verrou naturel occidental de la vallée de la Soummam entourée de 5 wilayas, (Bejaia, Bouira, Msila, Tizi-Ouzou, Bordj-Bou Arreridj) était désignée comme zone politique stratégique de contrôle de la Vallée de la Soummam par le pouvoir central d’Alger. Le pouvoir manœuvra pour placer un de ses enfants, un allié idéologique ayant la légitimité historique nécessaire pour ne pas être rejeté par l’un des clans. Les élections de 1984 furent gagnées par un vieil homme du clan nord, le représentant du clan sud était battu, mais le pouvoir central avait forcé la main au gagnant, un ancien policier en retraite, pour se désister en faveur de son second ! C’est ainsi que Smaïl Mira, le fils du colonel Abderrahmane Mira, fut imposé à la tête de l’APC par le pouvoir central.

Le chef du clan lié au pouvoir central

Le clan politique est constitué d’un chef, véritable potentat lié au pouvoir central, assisté d’un cercle d’initiés gardiens de l’esprit de clan, et d’une clientèle structurée en cercles concentriques autour du premier cercle savant.

Le chef de clan se prévaut de la connaissance des tenants du pouvoir central ,des décideurs du pouvoir réel et règne sans partage sur une population asservie, de plus en plus aliénée et totalement subjuguée par les jeux politiciens et les mirages du pouvoir que lui renvoie le maître qu’elle aimerait bien imiter, le cas échéant. Ayant été le récipiendaire de l’esprit de clan que lui ont inculqué «les caciques initiés », il utilisera et exploitera toutes les ressources de l’antique cellule communautaire kabyle, la tribu, par la perversion de ses valeurs, imposera progressivement à la place des lois non écrites de la tribu, des règles nouvelles fondées sur l’obéissance, la reconnaissance et la fidélité à vie, de génération en génération, au potentat local.

Le clanisme politique s’est édifié sur la confusion de l’intérêt général avec des intérêts très particuliers, la privatisation du bien public, l’individualisme et le particularisme diviseurs. De véritables dynasties se sont constituées au fil des décennies, qui ont régné et continuent de sévir par le népotisme, et l’opportunisme politique en méprisant les oppositions idéologiques. Encouragés par l’État central algérien qui tient là un moyen de domination déjà expérimenté par les derniers colonisateurs Turcs et Français, le système clanique et ses représentants ont toujours été soutenus quelques aient été leurs conduites.

La vulgarisation d’un discours politique critique diffusé avec l’irruption des médias dans le paysage politique depuis la décennie 90 avait quelque peu jugulé le clanisme traditionnel. Mais, avec la suprématie de l’économie rentière et la mainmise de l’idéologie arabo islamiste fataliste sur la société, la désaliénation culturelle entamée dans les années 80 marque le pas. Bien que toujours présent le clanisme politique traditionnel mue progressivement en Néo clanisme clientéliste ! Le clan ne se forme plus uniquement autour du mythe de l’ancêtre commun mais autour d’un chef intronisé par le pouvoir central tenant les manettes de la distribution de la rente.

Les tenants du néo-clanisme, moins enracinés culturellement, sont d’abord des alliés du pouvoir central. Jouissant de la légitimité historique en héritage (fils d’un colonel de la révolution ou d’un chef politique du parti unique) ou de l’aura technocrate acquise dans le sérail algérois, ils recourent à certains des mécanismes anciens, mais offrent un profil beaucoup plus actuel, et surtout plus souple, perméable à la constitution de clientèles hors clan pouvant conforter leur assise. Cultivant l’illusion de la modernité, ces néo-clanistes sont beaucoup plus pernicieux que leurs aînés.

Le développement du mouvement berbériste à travers la Kabylie depuis la décennie 80/90 a certes permis d’ébranler le système clanique mais l’Etat jacobin a progressivement développé et fidélisé une clientèle qui a normalisé le paysage politique .

Clanisme et multipartisme

Avec l’avènement du multipartisme à l’orée de la décennie 90, le clanisme politique s’est immédiatement adapté aux nouveaux contenants politiques. Comme un liquide, le clanisme politique prend la forme du récipient qui le contient. En Kabylie, les deux partis rivaux FFS et RCD ont été squattés respectivement par les familles des clans rivaux. Quand dans une commune le clan Nord occupe le récipient FFS, le clan sud s’accapare le contenant RCD et inversement dans la commune d’à côté ! A Tazmalt durant toutes les élections sous le multipartisme, le parti politique a cédé le pas à une famille ou un clan, quand il ne lui sert pas de marche pied ou de tapis rouge pour accéder au pouvoir local.

Le changement à Tazmalt en 2017

Six listes sont en course à Tazmalt pour les communales de ce 23 novembre, cinq listes partisanes et une liste indépendante handicapée par l’élimination injuste de son leader pour des raisons non explicitées dans le rejet officiel de la justice, au nom de l’article 79 du code électoral. Toutes les listes se prévalent du rejet du clanisme politique et de la recherche de l’optimisation de l’utilisation des ressources humaines du village. Le changement étant le leitmotiv des discours, des déclarations et des intentions affichées publiquement dans les espaces politiques traditionnels.

Le changement devra intervenir dans le rôle du président, le fonctionnement de l’assemblée et l’implication de la population à travers les institutions politiques anciennes « tajmaat n taddart et Tajmaat n laarch », ou les comités des quartiers et le conseil consultatif du village. La sortie du clanisme politique est un processus lent et réfléchi qui implique toutes les énergies positives du village sans exclusion. C’est de l’intérieur de l’APC que pourra se développer le processus de sortie du clanisme et la promotion de la citoyenneté dans le cadre des valeurs universelles, sur au moins un mandat !

  • Le Président

Remplacer un potentat par un autre, n’est pas du changement ! Substituer le clan rival au clan déjà aux affaires, non plus ! Paradoxalement, à défaut de modernité et de décentralisation, institutionnellement bloquées par le pouvoir central par la limitation des pouvoirs réels du maire, le changement se fera par un retour à l’esprit collégial des institutions kabyles anciennes : Tajmaat n Taddart, l’agora villageoise, et Tajmaat N Laarch, le conseil consultatif et le conseil citoyen !

  • L’assemblée

L’assemblée populaire communale n’est rien d’autre qu’une appellation moderne de l’agora villageoise, Tajmaat. Le fonctionnement collégial de l’APC, bloqué depuis plusieurs mandats par la volonté du maire, décideur omnipotent, et les vides juridiques du code communal, devra reprendre et le président de l’APC dans son rôle, conformément au code communal, n’est que l’expression de la volonté de l’assemblée délibérante.

La configuration actuelle des listes prétendant à la magistrature communale devra déboucher sur la cohabitation des deux clans dans l’assemblée, sous des emballages partisans ou indépendants non partisans.

Les délibérations en présence de la population doivent être de mise telles que préconisées par le code communal ! Tous les candidats non élus des six listes devront constituer un contrepouvoir sous forme de conseil consultatif

  • Le conseil consultatif

Il sera constitué de tous les candidats non élus des diverses listes, à partir d’un consensus villageois anti clanique. Tout le monde crie haut et fort l’impératif de mettre fin au clanisme destructeur et réducteur des capacités humaines du village, il est temps qu’un contrepouvoir villageois soit institué dans la philosophie kabyle « Taqvaylit » pour avoir un œil bienveillant sur le fonctionnement de l’APC. La faiblesse des partis politiques au niveau local ne permet pas de jouer le rôle d’orientation idoine que nécessite le fonctionnement des élus de l’APC. L’élu municipal échappe toujours à la ligne politique de son parti, structure tremplin pour l’accès à l’assemblée.

  • Le conseil associatif

Il sera composé des présidents des associations culturelles, sociales, sportives et autres religieuses. Son rôle est d’apporter d’exprimer de façon palpable les divers besoins de la commune et assurer l’animation culturelle, sportive, artistique et cultuelle nécessaire à la bonne gouvernance de la commune. L’APC devra accéder aux demandes de ce conseil qui par son activité pourra générer la citoyenneté et dépasser le clanisme politique.

  • L’expertise indépendante

Sortir du clanisme commence par la mobilisation et l’implication de toutes les énergies humaines locales existant et activant en Algérie et à l’étranger. Une fois élue, l’APC devra organiser une assemblée générale de toutes les bonnes volontés de la commune (Intellectuels, hommes et femmes politiques, experts de tous les domaines) pour construire autour du recensement des besoins manifestes de la région, une feuille de route du développement local et des capacités à générer des ressources financières non budgétaires.

Ce cahier de recommandations sera une sorte de guide d’action pour l’assemblée et de référent éthique aux mains des deux conseils, consultatifs et associatif, qui joueront le rôle de contrepouvoir villageois.

Conclusion

La connaissance, la préservation et la transmission du patrimoine politique régional aux générations actuelles sciemment dépolitisées par l’Ecole algérienne est une nécessité incontournable pour sortir du clanisme politique et construire la citoyenneté et le développement de notre commune et par-delà de toute la région de la Haute Soummam ! Faire connaitre l’histoire de la région et toutes les contributions à la grande histoire nationale par des sacrifices humains et matériels de haute facture est le devoir de notre génération qui a eu la chance de grandir dans la culture laïque de Jmiaaliman et de connaitre l’école scientifique universelle. Fin

R. O.
 

Auteur
Rachid Oulebsir

 




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