4 décembre 2022
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Zemmour et le libérateur Mohamed 

REGARD

Zemmour et le libérateur Mohamed 

Les chars brûlaient, les hommes mouraient. De bourg en bourg, de corps en corps, entre les escadrilles et les blindés allemands.

Le piège du bocage sarthois. Les cadavres allemands mêlés aux dépouilles françaises et américaines…Puis une voix déchirée que personne ne semble avoir entendue : « Allahou Akbar ! » C’était le soldat Mohamed Belhadj. Mort à 41 ans, dans le Haut-Rhin, loin de sa ville de Saïda, dans l’ouest algérien. Mais c’est cela un soldat indigène, un type qui meurt dans la guerre des autres. Sur sa tombe un épitaphe : Mohamed Belhadj, mort pour la France. 

De bourg en bourg, de corps en corps…Dominique Kosseyo venait d’Oubangui-Chari, quelque part en Afrique. Il prit part aux combats contre les troupes de Vichy. Blessé, il est décoré par le général de Gaulle, le 14 juillet 1941 « La France reconnaissante … »

Mohamed Belhadj et Dominique Kosseyo font partie des Compagnons de la Libération, ces 1 038 résistants, illustres et anonymes qui suivirent le général de Gaulle dans le constitution de la résistance française en 1940 et à qui le président français Emmanuel Macron a rendu hommage jeudi dans un discours prononcé sous l’Arc de triomphe durant la cérémonie de commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918.

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« Serions-nous là, sans Hubert Germain ? », a demandé Emmanuel Macron lors de son discours d’hommage. Le vieux résistant français méritait sans doute cette forte reconnaissance posthume pour l’histoire, pour rappeler aux esprits amnésiques et aux jeunes générations ce qu’il a fallu de douleurs pour arracher cette liberté devenue aussi indispensable que le pain. Mais n’aurait-il pas été plus conforme aux réalités du temps, à l’exigence de l’histoire, de dire un mot sur ces Africains, ces Algériens, ces Maghrébins qui ont offert leur vie pour terrasser le monstre hitlérien ?

La question va au delà de la France. Elle concerne l’avenir d’un monde menacé par les nouveaux charlatans et l’insulte à la mémoire. 

Dire haut et fort que Mohamed Belhadj et Dominique Kosseyo sont morts pour libérer le peuple français de l’infamie alors qu’eux-mêmes en souffraient, aurait constitué une frappante et opportune riposte à ceux qui font du discours haineux sur l’émigration un argument électoral et à tous ceux qui en sont ravis.

Mohamed Belhadj et Dominique Kosseyo appartiennent à la mémoire indigène, ils sont « les visages intemporels de la France », a dit Emmanuel Macron. Seulement cela ? Il est temps de voir en ces hommes et ces femmes engagés dans les combats décisifs du vingtième siècle, les artisans inconnus d’un monde libéré et sans doute oublieux, oublieux mais libéré, beau, insouciant et qui n’aura rien su de ses soldats indigènes.

Qu’importe la gloire ! De toutes les façons, le soldat Mohamed est mort en anonyme, en banal morceau de chair noire et basanée comme toutes celles qui brûlent, depuis un siècle, autour des champs de bataille. Anonyme, pas en héros, les indigènes ne meurent jamais en héros dans les guerres qui ne sont tout à fait les leurs.

Elles étaient devenues leurs guerres parce qu’elles donnaient sur une vieille interrogation : l’humanité se dirige-t-elle vers la solidarité ou vers la haine ? Ghandi, qui a tant enseigné de ne jamais désespérer des vivants et de les aimer à leur insu, a osé apporter une réponse : la haine tue toujours mais l’amour ne meurt jamais.  C’est sans doute pourquoi Macron avait ajouté : « Le dernier compagnon n’est plus (…) Mais ces 1 038 qui ont épousé la France ne disparaissent pas pour autant »

Peut-être qu’au-delà des grandes stratégies politiques et diplomatiques qui guident ceux qui pensent être les maîtres de ce monde, faut-il enfin songer à faire une place aux idées humbles, aux colères des peuples qui finiront, tôt ou tard, par s’imposer. La France de la résistance n’a pas empêché la France haineuse de commettre les massacres du 8 mai 1945.

Mais les massacres du 8 mai 1945 n’ont pas empêché la proclamation de l’indépendance de l’Algérie. Oui, peut-être aurait-il fallu inscrire le combat des Compagnons de la Libération dans une perspective plus large, plus lointaine, certes, mais sans doute plus fidèle à la dernière volonté de ces combattants incompris : réparer le monde.

Cela dépasse la France, l’Amérique, Macron, Poutine, Zemmour, Tebboune… 

Auteur
Mohamed Benchicou

 




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