23 mai 2024
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Des Aztèques aux Kabyles ou la mort absurde de Mouloud Mammeri

Mouloud Mammeri
Mouloud Mammeri au milieu d’étudiants de tamazight

Les Aztèques c’était hier, nous vivons encore l’aventure qui les a vu combattre et disparaître. Leur histoire est la nôtre. Ils n’ont eu que le privilège -fatal- de venir les premiers et de s’offrir sans ruse et sans paravent aux coups d’un destin dont nous subissons encore les arrêts. (Mouloud Mammeri – La mort absurde des Aztèques).

Les années passent et chaque jour est une commémoration. Chaque jour porte le deuil que « l’insoutenable légèreté de l’être » nommé ou anonyme ; individu ou groupe, actant ou commanditaire ; vient frapper indifféremment dans les foyers, les cœurs, la chair et la mémoire. Chaque jour nous commémorons la mort de untel . « Toutes les morts sont absurdes ». La mort est un terme générique qui signifie la fin matérielle d’une vie, d’une dynamique, d’une dynamique de vie. Les mots qui s’y réfèrent sont multiples : suicider, ravir, accident, décapiter, engloutir et assassiner. Si toutes les morts sont absurdes, comment et quel alibi viendra justifier un assassinat ?

Mouloud Mammeri di tnemmast n ṭṭrad, la « Bataille d’Alger » : awal akked Ḥend Sadi

« Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout » nous dit Montaigne. Mouloud Mammeri, il y a de cela vingt-sept ans, l’a trouvée sur son chemin de retour du Maroc. Un arbre l’a surpris. Au pays des mirages, les chênes détestent les intellectuels, les Imusnawen. Le chêne, celui qui attendait Mouloud Mammeri est anthropoforme, il est peut-être jaloux de lui car mieux enraciné.

L’Amusnaw et Tamusni de Mammeri : une épistémologie kabyle

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Qui osera juger un arbre sur l’assassinat de Mammeri ? Qui pourra dire à ce chêne que Mammeri est assassiné car c’était en 1989 l’ouverture d’une nouvelle ère, dite démocratique et que les chaînes de la clandestinité allaient fondre.

Ce maudit arbre est tombé sur Mammeri car il savait qu’il refusait les compromissions et qu’il était l’homme qui pouvait rassembler objectivement les gens à penser leur être, leur identité et leur Histoire. Il savait démontrer par l’histoire, l’anthropologie, que la terre qui l’a vu naître est Berbère.

La mort de Mouloud Mammeri ressemble étrangement à celle de ses personnages, de la Colline oubliée à la Traversée, de Mokrane à Mourad, la mort survient au retour vers le village natal. Étrange !.

Est-ce vraiment mourir quand on a laissé un héritage, un savoir et des travaux qui lient l’orature à l’écriture ? L’écriture, Mammeri la porte dans ses dates de naissance et de décès : il est né en 17 et est mort en 89. 1789. En plus de l’appartenance de cette date à l’histoire de la France, elle est aussi celle d’une Révolution qui met fin à un joug, et nous apprend que c’est vers leur libération que les hommes concourent. Cette dynamique de libération et de vivre en harmonie en société, ne se fait pas sans douleur.

Au-delà des frontières, l’Histoire se répète et risque de se répéter à chaque moment que l’animal qui habite l’homme se réveille. Mammeri nous parle des Aztèques, de leur mort absurde et nous enseigne que « nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». A Mexico en 1519 ou en Kabylie en 2001, « le monde pour survivre avait besoin du concours des hommes, qui jetaient chaque jour dans la gueule d’une mort insatiable des cœurs arrachés chauds de leurs poitrines ».

La capitale des Aztèques « Mexico » ou Bougie, Bouira, Tizi-Ouzou,Ghardaia en Algérie,

sont des cités hallucinées des sursitaires de la mort ou de la vie. Un peuple acculé et forcé à la disparition, croit en toutes les voies de salut parfois même dangereuses et illusoires à l’instar des Bretons qui croyaient trouver dans le nazisme l’expression de leur celtitude. « Par chance le siècle qui a sécrété le poison a aussi produit l’antidote ».

Face au despotisme et aux desseins des hommes à vouloir asservir l’humanité et la réduire au degré zéro de la connaissance, il y a eu et il y aura toujours des éclaireurs, des Lumières tel Mouloud Mammeri qui, par leur abnégation, leur savoir, leur humilité et leur pertinence écrivent et transmettent aux générations la primauté de l’humain dans toute sa diversité et que tout autre chose n’est que littérature.

Rabah Kadache

1 COMMENTAIRE

  1. « Mammeri nous parle des Aztèques, de leur mort absurde et nous enseigne que « nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». »

    Il n’a pas trouvé meilleur exemple que les disparus aztèques pour nous dire que l’inéluctable nous guette et par conséquent il ne sert a rien de s’acharner. On ne fera que prolonger la souffrance, sans rien changer à l’issue.
    Décidément, en comparaison, Addi est un optimiste. Au-moins lui , n’exclu pas même si juste en théorie, notre renaissance de nos cendres.
    Mais là, c’est le néant.
    Le plus dramatique dans tout ça, c’est qu’il ait des intellos droits dans leurs bottes qui osent présenter ça comme une pensée extraordinaire.
    C’est le summum de la connerie; et Maintenant qu’on l’a atteinte il ne reste qu’à se jetter dans le vide pour aller rejoindre les aztèques.

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