3 décembre 2022
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Energie : pourquoi persiste-t-on à confondre ressources et réserves ?

DECRYPTAGE

Energie : pourquoi persiste-t-on à confondre ressources et réserves ?

Favorisée  par sa situation géographique, l’Algérie est classée comme étant le pays le plus ensoleillé au monde en matière de « ressource solaire » estimées par les experts du domaine début des années 2000 à 169 000 TWh (tonne watt heure) pour le solaire thermique et 13,9 TWh pour celui photovoltaïque.

Les derrières estimations du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) sont beaucoup plus optimistes. Sur la base des cartes réalisées par le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), cet organisme national déclarait, dans un de ses communiqués (01), que « l’énergie solaire globale reçue par jour sur une surface horizontale d’un mètre carré varie entre 5,1 KWh (~1860 KWh par an et par m2) au Nord et 6,6 KWh (~2410 KWh par an et par m2) dans le Grand Sud ».

De nombreuses tentatives sont entreprises pour aboutir à une installation très modeste d’environ 375 MW (Mégawatt) Pourquoi ? Parce que tout simplement cette gigantesque ressource n’est pas encore prête techniquement et économiquement pour être développée dans sa vitesse de croisière entre autre les prix actuels des ressources fossiles. En amont, c’est les coûts qui définissent l’exploitation d’une telle ou telle ressource et en aval, les prix de vente permettront de juger sur sa rentabilité.

En ce qui concerne le niveau du prix, on peut situer celui moyen du baril des trois dernières décennies à 55  dollars le baril qui ne permet pas encore d’aller vers les autres ressources qui remplaceraient éventuellement celles fossiles (pétrole et gaz principalement). C’est l’une des raisons qui fait que l’Algérie n’arrête pas de se débattre en vain d’ailleurs pour trouver une parade à la croissance de la consommation interne  effrénée du gaz au rythme de  7% par an afin de trouver une alternative pour approvisionner ses centrales de production d’électricité par un autre moyen que le gaz qu’elle compte réserver uniquement pour l’exportation. Les réserves donc ne sont qu’une  partie uniquement des ressources exploitable techniquement et économiquement dont le propriétaire peut  en faire usage dans un délai immédiat ou raisonnable

1- Le potentiel de gaz de schiste en Algérie n’est pas encore connu pour être une réserve

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Pourtant, les responsables du secteur de l’énergie continuent de vendre cette illusion à l’opinion publique, une telle approche qui vise de rassurer serait –elle dans l’intérêt général ? Ainsi, lors de son passage à la télévision nationale en octobre dernier, le premier responsable du groupe public Sonatrach  Tawfiq Hakkar avait déclaré que « les réserves de gaz non conventionnel de l’Algérie sont très importantes.

Elles peuvent couvrir les besoins intérieurs de 150 ans de consommation.»(02) Aurait-il inclut le Tight lequel gaz est lui-même comptabilisé dans le portefeuille des réserves des ressources conventionnelles. Parfois même on trouve des gisements comme celui situé au Sud Ouest : Ahnet qui devrait être exploité en Tight et le gaz sec conventionnel. En effet, les réservoirs du niveau géologique Dévonien sont de type conventionnel, tandis que ceux du Cambro-ordovicien sont compacts (Tight) et fissurés.

Sur les 40 puits qui ont été forés par Sonatrach, 30 forages ont mis en évidence des productions significatives de gaz sec estimées la première fois à 3,5 TCF (99,12 milliards de m3) réévaluées en 2000/2007  après une fracturation hydraulique « soft » à 20 TCF (566,4 milliards de m3). Le Plan de Développement du permis d’Ahnet prévoyait de produire au plateau de 12,5 millions de m3/j de gaz brut, 350 jours par an, pendant près de 17 ans à partir de 50 puits producteurs répartis sur les 3 structures de Bahar el Hamar, Garet El Gueffoul et Complexe En Bazzene pour des broutilles d’investissement global (CAPEX) évalué .2650 millions de dollars.

Confié le 17 janvier 2010 à  l’opérateur Total pour 49% sur lesquels il cède 2% à Partex avec une mission précise de forer les puits nécessaires à son développement installer les équipements de surface pour produire 4 milliards de m3 de gaz sec destinés à la vente sur un plateau de  15 ans. Le premier gaz devrait être produit au plus tard en 2015.

Profitant des événements de protestation de la population d’In Salah contre le projet d’Ahnet Shale gas (2 puits pilotes), le géant français a créé sciemment une confusion pour se retirer en catimini de ce projet alors a qu’il n’a rien avoir avec le gaz  schiste. Il a refusé au même temps de payer la pénalité de 100 millions de dollars due à son désistement unilatéral. 

2- Situation des réserves pétrolières et gazières algérienne

Concernant le Gaz, le portefeuille actuel comprend l’ensemble des périmètres en exploitation en effort propre et en partenariat ainsi que l’ensemble des projets aussi bien en conventionnel qu’en « Tight gas »  Cet état des réserves de Sonatrach a été également certifié en 2012 pour l’année 2010 par le consultant DeGolyer and MacNaughton (DM&N), dont la totalité des périmètres en exploitation et en développement, et le Tight gas notamment au Sud- Ouest, sont pris en compte dans l’offre hydrocarbures pétrole et Gaz, actualisées et communiquées au conseil des ministres lors de sa réunion du 06 octobre 2015. Réactualisées en 2020, ces réserves se présentent comme suit :

schéma

Ces réserves d’hydrocarbures toute forme confondue en tonne équivalent pétrole  sont reparties comme suit : 22% Hassi Messaoud, 22% Hassi R’mel, 11% Berkine, 8 % au Sud Ouest du Sahara, 8% Rhourde Nouss et les 29% restantes sont à  partager entre les gisements producteur dont TFT, Gassi T’ouil, Ohanet, Tinhert Etc.                                                            
Concernant le gaz de schiste, au-delà du débat stérile qu’il a suscité  jusqu’aujourd’hui, il y a zéro réserves : pas de réserves « commerciales », mais uniquement des volumes « techniquement » Récupérables (Technically recoverable) tels que défini dans la cartographie de l’agence américaine d’information en énergie (EIA) Toutes les études, et tous les rapports aussi bien internes que les études internationales, d’organismes internationaux, s’accordent à dire que les « ressources sont importantes » mais pas de resserves encore commerciales. L’Algérie ne peut en aucun cas s’engager sur des exportations de gaz de schiste à court et moyen terme, étant donné que le projet est encore loin de la limite économique.

3 – Conclusion

Actuellement, à court et à moyen termes; l’Algérie ne dispose nullement de réserves en gaz de schiste.
Le pays dispose de ressources très importante, mais inexploitables, du fait de la non- rentabilité du projet. Encore loin de la limite économique.

Les ressources sont connues au niveau de Sonatrach depuis les années 70, plus précisément durant les années 2000.

Tous les rapports internationaux, savent pertinemment, que l’Algérie dispose de ressources, mais pas de réserves. Ces rapports, citent  en général de « volumes  techniquement récupérables » mais en aucun cas de commercialité, ni encore moins de production ou d’exploitation à envisager pour le court ou moyen terme.

Rabah Reghis

Renvois

(01)-https://www.aps.dz/economie/114724-energies-renouvelables-l-algerie-possede-l-un-des-gisements-solaires-les-plus-eleves-au-monde

(02)-https://ebourse.dz/hakkar-les-reserves-algeriennes-couvrent-lequivalent-de-150-ans-de-consommation/?fbclid=IwAR1MQNNnwW1C1ZTTpBcMn7umCLtbZLUDTLSX9uZ_uXu-_NUg7EzEFeXrEew

Auteur
Rabah Reghis, économiste pétrolier

 




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