6 avril 2025
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Gazoduc Sonatrach/ENI : une bonne affaire pour qui ?

DECRYPTAGE

Gazoduc Sonatrach/ENI : une bonne affaire pour qui ?

Un tapage médiatique a été organisé autour d’une réalisation très controversée que de nombreux spécialistes et responsables qui l’ont refusé à leur époque comme une arnaque au détriment des réserves de Sonatrach à moyen terme et qui s’ajoute au passif d’Ould Kaddour.

Ces gaz associés dit-on devaient être réinjectés pour le maintien de la pression et exploité par le mastodonte seul dans 10 ans après le départ du groupe italien. D’abord la société italienne qui a manifesté sur son site (01) le 2 mars 2020 son intérêt particulier pour ces gaz associés qu’elle destine pour l’exportation à la fois pour faire plaisir et gagner la confiance du PDG de Sonatrach qui fait des ponctions dans pratiquement toutes les régions au détriment de la maintenance des gisements.

Ensuite, l’italienne affiche clairement son intention d’exporter ce gaz pour implicitement concurrencer Sonatrach car le contrat du bassin 403 ne contient pas la fameuse clause gaz  à l’instar des autres associés. Après coup, un communiqué du groupe Sonatrach sur son site relié par l’APS et plusieurs journaux nationaux (02) qui reprennent fidèlement son contenu mais tentent d’envoyer un message fort à l’opinion publique comme « un exemple à capitaliser », car le projet gaz de Berkine Nord apportera une production journalière de 6,5 millions de mètres cubes de gaz et 10 milles barils de liquides associés. Il s’agit concrètement d’une bricole d’environ 350 millions de dollars par année partagée entre les deux associés. 

1- Quelles sont les hypothèses qui étayent cette arnaque ?  

La première est  manifestement le fait que de nombreux exemples de la présence de l’ENI dans le monde ont montré que la justice italienne notamment le tribunal de Milan a toujours intervenu lorsqu’il dispose d’éléments pour venir en aide aux sociétés italiennes qui opèrent à l’étranger. On se rappelle de l’issue de la plainte de la communauté du Nigeria « Ikebiri » contre le groupe ENI qui opère dans son pays en 2017.

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La cession en 2015 par le même groupe d’un gisement de gaz découvert au large de l’Egypte pour ne citer que ceux là, alors pourquoi pas l’Algérie ? La deuxième hypothèse pourrait être liée au contexte même de cet accord. Il est passé durant la période d’Abdelmoumen Ould Kaddour lui-même coaché par Chakib Khelil qui avait un dossier de corruption au tribunal de Milan qui pourrait être monnayé avec un abandon des charges contre l’ancien ministre  de l’énergie et son complice Farid Bedjaoui.

En effet, le 20 janvier 2020, le tribunal de Milan en première instance a confirmé la relaxe de la maison mère ENI et de son patron Paolo Scaoni ainsi que Farid Bedjaoui, l’homme de confiance de Chakib Khelil lui-même blanchi.

La troisième serait cette histoire de la réalisation du gazoduc sous une procédure accéléré qu’on veut lui coller un jargon ad hoc «fast track» alors qu’elle est un affolement et une panique de nombreuses multinationales présentes en Algérie suite aux événements du hirak qui a réussi à annuler le cinquième mandat de Bouteflika et précipiter la chute d’Ould Kaddour qui constituait leadership de leurs lobbies en Algérie.

Il y avait d’abord ExxonMobil qui a décidé à surseoir à son installation en Algérie, la française Total qui a changé sa stratégie en multipliant les projets pour éviter de prendre le monopole de l’activité pétrolière en Algérie enfin Anadarko qui s’est proposé en 2016 non seulement de développer les ressources conventionnelles mais de proposer de forer 1000 puits dans le gaz de schiste et prendre en charge toute la logistique, il suffit uniquement de lui créer un port-sec dans les régions à développer, s’est mise après le 22 février 2019 a céder l’ensemble de ses actifs d’abord à Chevron puis à Occidental Petroleum en catimini. Aujourd’hui, cette transaction est scellée mais les assets d’Anadarko en Afrique refilés par OXY à Total sont en cours d’exécution avec quelques difficultés en Ghana et en Algérie. 

2 – Zoom sur la genèse de l’accord Sonatrach/ENI sur le bloc 403

Il faut rendre à César ce qui est à César, cette accord a été rendu public pour la première fois par une investigation du journal électronique « eboursedz » (03) qui a donné tous les détails des dessous de cette affaire qu’on tente aujourd’hui de présenter comme une « bonne affaire » soit un « exemple à capitaliser. »

Ce site connu comme une plateforme crédible francophone dédiée à l’économie algérienne, mais avec le temps s’est spécialisé dans le domaine pétrolier et gazier. Le rédacteur de l’article semble l’avoir fait avec ses trippes au point où il déroge au caractère informatif de l’événement pour le juger de cette manière « dans d’autres pays, le PDG de Sonatrach et les collaborateurs qui ont fait ces concessions, seraient jugés par la Cour d’assises». Qu’en est-il exactement selon les anciens responsables en poste ? 

Cette idée a déjà émise par ENI en 2012 et même avant car l’italienne  a toujours voulu valoriser son Asset du bloc 403, comme il y a eu une chute de production elle espérait récupérer les gaz très riches en liquides pour  amortir ces investissements. En 2016 cette question  a été encore soulevée,  mais Sonatrach ne l’a pas prise en considération car elle était très préoccupée par le  niveau de la récupération de Bir Rebaa Nord (BRN) et Bir Rebaa Sud-Ouest.

Ces deux champs sont en principe concernés par le maintien de pression par injection de gaz miscible, il y a un volume de 20 milliards de m3 à récupérer. Ce projet ne nécessitait aucun investissement mis à part le pipe de 185 km et récupérer cette capacité en milliards de m3 qui vont servir à maintenir et sauver les installations de Menzel Ledjmet Est (MLE) qui sont en limite de fonctionnement et ce sont des gaz très riches en GPL et condensat dépassant les 180 grammes par m3.

Sonatrach considérait cet investissement à partager entre Sonatrach et ENI comme au profit entièrement de l’italienne ; donc soit qu’elle prenne en charge son problème soit qu’elle abandonne le site et Sonatrach s’en charge seule en effort propre.

En 2017, Ould Kaddour s’est conformé aux orientations qu’il a ramenées dans ses bagages et poussé avec son équipe par cette euphorie de vouloir augmenter les recettes pétrolières en vendant le maximum de volume de gaz même au détriment du profil de production des gisements existants. Il s’agit de faire des recettes pour montrer une économie prospère et faire passer Bouteflika grâce à qui il était venu.

Il faut rappeler que même Anadarko entre 1999 et 2001 avait formulé une demande similaire pour la récupération du gaz du bloc 404 mais Sonatrach avait refusé car le mastodonte est partenaire certes, mais pas pour régler les problèmes techniques qui se posent individuellement aux multinationales présentes dans le territoire algérien parce qu’elle a aussi ses propres soucis.

Là où on est arrivé maintenant c’est qu’ENI va récupérer les gaz contenant les liquides avec les trois blocs additionnels obtenus par cet accord dans le même projet qui lui permettra de recouvrir tout son investissement au détriment du Trésor public algérien.

Est-ce vraiment là un exemple à capitaliser ?           

R.R.

Renvois  

(01)  https://www.eni.com/en-IT/media/press-release/2020/03/eni-sonatrach-complete-gas-pipeline-brn-mle-fields-berkine-algeria-fast-track-project.html

(02) https://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.aps.dz%2Feconomie%2F102464-sonatrach-annonce-la-realisation-du-gazoduc-reliant-bir-rebaa-nord-et-menzel-ledjmet

(03) https://bourse-dz.com/sonatrach-eni-un-casse-qui-ne-dit-pas-son-nom/?fbclid=IwAR3pEtJzJhMXtoOLu4sxZNdPNJ_fCYlBUbnFbDljEiwX_XG-DnWsXD2c-GI

Auteur
Rabah Reghis

 




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