24 avril 2024
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Halloween et la Toussaint, un droit d’auteur celte

REGARD

Halloween et la Toussaint, un droit d’auteur celte

La moindre des choses pour un média et les contributeurs qui veulent la formation des esprits, notamment des plus jeunes, est d’expliquer, à chaque fois, le sens des commémorations et non seulement les traiter dans leurs manifestations rituelles et folkloriques.

Le seul avertissement, à chaque publication de ce genre, est que l’explication donnée dans la presse ne peut être aussi exhaustive que les références, beaucoup plus érudites, que le lecteur peut trouver ailleurs. Mais, comme disent les professeurs, si le « trop court » menace forcément  d’approximations, le « trop long » entraîne fatalement le décrochage du lecteur qui ne choisit pas un média pour lire un traité académique. 

Je prends donc le soin d’éviter de basculer d’un côté comme de l’autre. C’est le défi constant de la pédagogie avec l’arbitrage aimable du rédacteur en chef, sympathique et vigilent.

En France, dans les années 70′, ma référence estudiantine, nous ne connaissions pas le nom d’Halloween si ce n’est que nous avions en mémoire, par la filmographie et les séries TV, une fête américaine pendant laquelle les enfants se déguisent et passent, de porte en porte du quartier pour demander des sucreries.

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En revanche, il m’était interdit de prétendre ignorer la Toussaint, dont nous allons voir le rapport avec Halloween, pour deux raisons. D’abord parce que c’est une base culturelle scolaire, même pour les non chrétiens, puis parce que le 1er novembre est tout de même une date qu’un originaire d’Algérie ne peut ignorer.

Mais si nous connaissions par notre scolarité et par la même source de divertissement « Thanksgiving », il a fallu attendre tardivement pour mesurer combien était importante cette fête aux États-Unis, à quelques semaines près de Noël, avec le même rituel de la dinde au repas familial et les mêmes usages de cadeaux.

Quelle avait été l’une des premières explications qui nous avaient été données par nos professeurs, pour justifier cette apparition des fêtes américaines sur le sol européen ? Unanimement proclamée, l’origine par le marketing. C’était encore très marginal à cette époque mais perceptible dans les médias et dans certains milieux. Les industriels et commerçants commençaient à flairer  une opportunité profitable pour eux même si le grand départ fut donné dans les années 90′.

Aucun étudiant en marketing ne pouvait donc rater une autre explication, celle de l’image du Père Noël en rouge et blanc, véhiculée par la publicité de la marque Coca-Cola à travers le monde pendant la seconde guerre mondiale, notamment en offrant aux soldats américains la célèbre petite bouteille aux formes si reconnaissables.

Mais alors, une question se pose, pourquoi le marketing a-t-il échoué lamentablement lorsqu’une marque de café voulut créer la fête des grand-mères en comparaison avec la fête des pères et des mères qui avaient réussi à s’implanter durablement dans la société française ?

La raison est évidente car elle se décline tout naturellement des exemples qui viennent d’être cités. 

La légende de Noël et de Santa Clause, parfois représenté en petit personnage habillé de rouge, remonte à l’antiquité. Dans plusieurs régions du monde, il représentait l’arrivée cyclique d’une période, comme la fin des semences. Dans beaucoup d’endroits, ce petit bonhomme distribuait des cadeaux pour exprimer la gratitude envers une nature généreuse. Rappelons que la date de la naissance de Jésus-Christ n’a été stabilisée que beaucoup plus tard dans l’histoire.

C’est absolument la même chose dans les îles anglo-celtes où apparut la fête de Halloween dont le nom provient de la contraction de « Holly » (sacré) et « even », forme usuelle pour evening (soir). Ce soir là, puis pendant la nuit, les celtes considéraient qu’il s’agissait d’un « entre-monde », moment du basculement vers la nouvelle année après la fin des récoltes. Une fête surtout présente en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande.

Suite à la grande migration vers le Canada et les États-Unis des populations de ces régions, on comprend pourquoi une si grande présence de ce culte ancien dans les territoires Nord Américains. En fait, les celtes considéraient qu’entre la fin de l’année et la nouvelle, il existait une nuit des morts qui n’appartient pas aux vivants ni non plus aux morts puisque située entre les deux espaces temporels.

Ainsi, l’irréel pouvait côtoyer le réel et c’est le seul moment où les ancêtre familiaux, décédés, pouvaient entrer en contact avec les vivants. D’où cette liturgie scénique de la fête d’Halloween avec les masques de morts, de vampires et de sorcières.

La conclusion est que nous constatons ainsi que les fêtes qui ont une racine historique profonde dans la société européenne, berceau de leur naissance, ont pu être imposées par le marketing.

Thanksgiving ne l’a jamais été (sinon pas encore) car son origine est liée spécifiquement aux migrants sur le sol américain qui remerciaient le ciel des bienfaits de la moisson terminée. Quant à la fête des grands-mères, création « in abstracto », il n’y avait aucune chance qu’elle réussisse.

Alors que la création de la fête des mères par Pétain correspondait à une vielle tradition chrétienne dans l’histoire française, la référence à la vierge protectrice et nourricière. Quoi de plus naturel pour un régime qui voulait le retour aux valeurs traditionnelles de la famille, essentiellement d’origine chrétienne, d’honorer la mère.

Ainsi, ne peuvent être imposés par le marketing, dans une dimension sociale si importante, que les usages qui ont des antécédents lointains dans la société même si leur oubli fut le fait de nombreux siècles.

Et cet oubli est notamment justifié par l’omniprésence de la puissante Église qui a voulu reprendre en main les dates et le sens des fêtes commémoratives païennes. Nous le savons, Noël n’est absolument pas recommandée par l’Église dans ce qu’elle a de païen, c’est à dire le Père Noël et toutes ces distractions qui font éloigner l’esprit pieux du culte de la naissance de Jésus-Christ.

Par des détours historiques qu’il serait fastidieux de rappeler, c’est ainsi que l’Église a repris la fête païenne de Halloween en instituant une fête des morts entièrement vouée au culte des martyrs de Rome, dans les débuts de son histoire, puis de tous les saints, par la suite (la fête de la Toussaint du 1er novembre qui suit la soirée du 31 octobre, celle d’Halloween).

Tout cela est donc cohérent car la laïcité et la modernité n’ont jamais pu totalement éliminer les célébrations récurrentes dont l’humanité a besoin pour commémorer ses rythmes temporels et trouver les liens sociaux pour consolider les communautés humaines. Et c’est tout aussi bien. 

La laïcité et la modernité n’ont jamais été contre les commémorations spirituelles, elles leur demandent juste de ne pas empiéter sur l’espace public. L’espace public s’entend par la manifestation de la puissance publique, c’est à dire de ses représentants et de ses lois et non dans le sens de l’espace physique hors des rues et dissimulé à la vue du public. Dès lors qu’elles n’empiètent pas sur la liberté ou les autres croyances ni ne disposent d’un financement public.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar

 




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