22 février 2024
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ISTN : Rendez-vous avec la mort (14)

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De l’attente, encore de l’attente, rien que de l’attente pour Ibrahim. Et toujours la même question qui taraude les derniers neurones qui n’ont pas encore succombé à la léthargie : ce cauchemar aura-t-il une fin ? Au bout de ce tunnel, verra-t-il la lumière enfin ?

Le trimestre supplémentaire s’achève dans moins d’une semaine. Le cauchemar s’amplifie et sa faiblesse physique aussi. Ibrahim a perdu plus de vingt kilos. Il ne se nourrit presque plus. Il est cadavérique. Tout le monde le remarque et compatit à son sort. Mais que peut bien faire la compassion contre une machine infernale mise en branle par l’inhumain pour broyer de l’humain ?

Ce n’est que six mois et trois semaines plus tard qu’il reçoit une convocation l’invitant à se rendre de toute urgence au commissariat de Dar-El-Beida. En termes de timing, la Justice prend son temps. C’est à croire que les horloges des juges fonctionnent différemment, plus rapidement.

ISTN : Rendez-vous avec la mort (13)

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Enfin la fin du cauchemar, espère-t-il. La lucidité lui revient peu à peu. Après ce long tunnel ténébreux, place aux projets. Pendant la visite que lui avait rendu son fils aîné au village, il lui avait fait part de la sympathie des collègues de l’université. Tous semblent inquiets et sont pressés de le revoir à son poste, lui le gai luron, le boute en train qui ne rate pas la moindre occasion d’égayer ses collègues à chaque célébration, à chaque départ en retraite. Même les étudiants attendent son retour avec impatience. Lui aussi est pressé de retrouver son amphi et de jongler avec les morceaux de craie.

ISTN : Rendez-vous avec la mort (12)

Son épouse malade n’est pas au courant de son retour, ni ses enfants. Il tient à leur faire la surprise, le jour J.

Imperturbable, le commissaire divisionnaire lui annonce sans la moindre circonspection :

– Vous allez passer devant le procureur. C’est lui qui décidera de votre sort, mais en attendant, je suis dans l’obligation de vous mettre en détention préventive. C’est le règlement. La prison d’El-Harrach étant saturée, vous serez transféré à celle d’El-Koléa, dès ce soir.

Ibrahim s’effondre. Il s’évanouit et tombe comme un sac de ciment sans que personne n’ait le temps d’intervenir pour amortir la chute. Même pas de médecin pour le réanimer. Qu’importe la vie d’un septuagénaire souffrant ! Il n’avait qu’à rester chez sa maman la France… (à suivre).

Kacem Madani

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