24 avril 2024
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Kamel Daoud : accords lyriques en notes majeures !

« Harkisme» intellectuel vs « thismine » factuelle

Kamel Daoud : accords lyriques en notes majeures !

La trame de cette chronique remonte à août 2018. À l’origine, elle se destinait exclusivement à rendre hommage à ce « petit » intellectuel du terroir qui monte, qui monte, qui monte…sous le regard irrité de moult « grands » envieux de ce même terroir.

Kamel Daoud n’a certainement pas besoin de quelconque escabeau et autres courtes échelles de secours pour se hisser davantage sur les podiums de la célébrité intellectuelle, mais à l’heure où l’on est quasiment sommé de choisir son camp, autant le faire en toute gaieté, en citoyens désintéressés.

Il est souvent difficile d’extraire quelconque valeur ajoutée de certains débats quand d’aucuns se plaisent à déverser du vocabulaire peu académique enrobé d’une désobligeance chronique envers ceux qui portent très haut l’étendard intellectuel du terroir. Oser coller à Kamel Daoud et Boualem Sansal des étiquettes de harkis-néo-algérianistes, juste parce qu’ils appartiennent à cette race de penseurs formatés pour cogiter et réfléchir dans des référentiels d’analyse universels libres de toute influence officielle, est pour le moins déconcertant ! Néo-algérianiste, ça veut dire quoi au juste ? J’ai beau en chercher, en inculte assumé, une signification précise via Hadj Google, je n’en trouve pas ! C’est dans l’air du temps de fustiger les autres en faisant usage d’une terminologie tortueuse et floue !

Comment ne pas voir en certaines envolées acerbes la trace béante de cette « thismine »(*) originelle qui gangrène les interactions intra-et extra-familiales depuis la nuit des temps, en territoires berbères ? Une « thismine » que l’on croyait pourtant appartenir à d’autres mœurs et d’autres temps semble ressurgir du fin fonds de nos détresses sociales pour occuper le terrain et se muer en vindictes gratuites à l’endroit des meilleurs d’entre nous !

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Comme tout citoyen plongé en permanence dans l’actualité du pays et du monde journalistique, dans ses versants artistiques, le nom de Kamel Daoud ne m’était pas inconnu ! Chaque fois que j’oubliais de lire ses percutantes chroniques servies par Le Quotidien d’Oran, un ami bienveillant m’en expédiait le lien, surtout quand le contenu véhicule des vagues d’emportements déversées sur les responsables de la déconfiture irréversible que subit le pays par la grâce de cette bêtise islamique qui ronge notre société depuis bien avant l’appel à la révolte du FLN de 1954.

Une révolution, faut-il le rappeler, rapidement détournée de son essence noble et généreuse pour se voir transformée en un « djihad » au service d’une cause de prosternation ralliée à des préceptes vieillots et mortels sur fond de course aux meilleurs butins. Ces préceptes pour attardés venus d’Arabie que même la maman d’Oussama Ben-Laden vient de dénoncer en rejetant la folie meurtrière de son fils sur le lavage de cerveau que lui ont fait subir les gardiens du temple mecquois. Ces gardiens, dit-elle portent l’entière responsabilité des dérives de son petit rejeton (**).

Qui peut oser désapprouver telle affirmation ? Moralité, on ne guérit que très difficilement d’être né musulman, formaté au berceau pour haïr et guerroyer contre l’humanité. Et c’est bien dommage que l’Algérie se laisse entraîner et séduire pour offrir l’avenir de ses enfants à ces malfrats d’un autre temps, à leur tête le « célébrissime » Mohamed Bicarbonate de Soude ! Pourtant, l’histoire personnelle de Kamel Daoud, lui qui a toujours su clamer que c’est grâce à la lecture et la langue de Molière qu’il a pu s’extraire des ténèbres salafistes, devrait sérieusement interpeller le peu de lucidité qui coule encore dans les veines du pays pour engager une décontamination sérieuse des esprits et, ce faisant, propulser l’Algérie sur des rails antiparallèles à ces canaux ténébreux dressés entre la Mecque et le reste du monde.

À la parution de « Meursault contre-enquête », j’avoue ne pas m’être précipité sur le net pour le commander ! L’envie de le lire était loin de m’emballer, bien au contraire ! Pour la simple raison que je redoutais de découvrir une contre-enquête à charge contre Camus, et que la trame de L’Etranger n’en fût déformée, voire dévoyée de son essence, celle de cet absurde caractéristique d’une grande partie de l’œuvre de notre Albert l’Algérien !

À Noël 2016, loin de m’y attendre, encore moins le souhaiter, je reçus comme cadeau d’un proche un livre dédicacé pour mon seul « kamum ». Un livre qui a voyagé de Boston jusqu’aux environs de Strasbourg « The Meursault-Investigation » ! Il s’agissait donc de deux défis à relever : primo, lire un livre en anglais, une langue que je ne pratiquais plus, du moins dans ses versants littéraires, depuis plus de 30 ans ; secundo, pénétrer une contre-enquête dont je redoutais les déceptions et autres contours tortueux qui risquaient de polluer la vision que j’avais de l’œuvre de Camus. Dieu, à quels supplices devais-je me soumettre pour honorer ce cadeau littéraire produit à Oran pour atterrir à Boston et rebondir sur les mains et le regard circonspects d’un berbère fêtant Noël à Strasbourg ?  

Lu d’une traite ? Peut-être pas ! Une chose est sûre, je l’avais ingurgité en moins de 48 h ! Et à la fin, quel soulagement ! Quelle consolation ! Quel apaisement de constater que le génie de Kamel Daoud est d’avoir su enquêter le long d’une trame qu’il n’a, à aucun moment, cherché à modifier ! Le tissu de l’absurde était bel et bien là ! symétrique, comme une image renvoyée par un miroir, à celui de Camus ! « L’arabe » avait enfin un nom, mais ce nom n’en change pas moins sa destinée d’être inférieur, ne survivant que grâce au génie de la débrouille au milieu d’une aisance coloniale insolente d’absurdité !

Et si dans l’Etranger cet absurde est superbement mis en relief ; dans « Meursault contre-enquête » il l’est tout aussi somptueusement ! -Tu nous as servi de l’absurde colonial, eh bien, à notre tour de te servir de l’absurde « indigène » Albert ! semble être la ligne de pensée de Kamel Daoud. Un absurde qui atteint ses summums dans la nuit du 4 au 5 juillet 1962, avec, en allégorie admirable, le fait que si un arabe élimine un colon à 23h59, le 4 juillet, on lui décerne le titre de Moujahid, promu à tous les honneurs, un avenir radieux garanti pour lui et sa descendance ; mais s’il commet son méfait à 00h01, le 5 juillet, c’est un assassin, à poursuivre et enfermer ! Plus absurde que cela, Albert l’algérien sortirait de son mausolée !

Vint Zabor, par la suite. Je l’avais acheté, il y a plus d’un an, mais ne l’avais pas lu ! Quelques commentaires défavorables m’en avaient dissuadés ! Si Alzheimer ne s’invite pas, il me semble que notre pétillant Hend-Uqaci y avait détecté trop de répétitions et trop de je ne sais quoi d’autre ! Redoutant d’être déçu, après avoir été conquis par « Meursault contre-enquête, j’en différais constamment la lecture ! Jusqu’à ce début août 2018 où une panne générale de connexion internet nous prive de toutes les fenêtres ouvertes sur un monde de plus en plus agrippé à ses arrogances ! Belle occasion pour plonger dans Zabor, à tête reposée !

J’ai ouvert la première page du livre à 9h du matin ! Je l’ai refermé sur la dernière, le lendemain vers 23 h ! Zabor est une musique du temps et de l’espace ! Une syntaxe sous forme de symphonies des mots qui fait vibrer vos émotions de mille et un feux d’artifices resplendissants de couleurs, de faits et de gestes du terroir. Des faits et des gestes pas très glorieux pour nos sociétés archaïques, mais leur description n’en est pas moins juste ! Nos tares y sont brossées, à travers une langue et des comportements familiaux condamnables, effilés d’interdits inconcevables et de dérives validés par des codes et des lois hérités de la djahilia et perpétués d’une génération à la suivante via un seul et unique canal, celui de la langue arabe et une surdose de coran supérieure aux overdoses psychédéliques de l’époque Jimi Hendrix ! Des prescriptions célestes qui font de la femme l’éternelle sacrifiée que « l’arabe » s’obstine, siècle après siècle, à rendre coupable de tous les péchés et toutes les menaces qui pèsent sur des incapacités masculines que certains égos collectifs et individuels rendent difficile à assumer. Néanmoins, ça bombe le torse pour exhiber une certaine « redjla » !

À cet égard, Zabor navigue à contrecourant des esprits qui l’ont forgé ! Il découvre le monde, il s’y frotte, il s’y pique, il s’y engouffre à travers un autre alphabet que celui qui lui a été imposé par les ch’laouechs des mosquées ! Et cet alphabet laisse bientôt couler une langue qui raconte la Vie, la Femme, les premiers Émois d’une façon qui parle Vrai et sans tabou à un adolescent pétillant, les crocs aiguisés et avides de toutes sortes de bouchées qui s’offrent à lui : le français ! Ce français qu’il utilise pour raconter des histoires s’avère doté du pouvoir de maintenir la Vie ! au contraire de celle de l’école et des mosquées, celle qui ne parle que de châtiments, de mort, de géhenne, et de…youm-elkiyama. Cette lubie qui ravage le monde musulman, de Riadh à Tanger, de Tamanrasset à Alger, et le condamne à refouler ses rêves et ses désirs ici-bas, naïvement convaincu que c’est l’unique façon de les faire fructifier dans l’au-delà, pendant que Mohamed Bicarbonate de Soude réalise les siens en dissolvant où en asservissant ses compatriotes les plus éclairés ! Pour rappel, Raef Badaoui est toujours en prison. Il est à se demander s’il n’envie pas le sort de Jamal Khashoggi : disparaître une fois pour toute et ne plus avoir à supporter les crasseuses « khanchouffas » de ces maîtres « djouhalas » !

Au finish, le message de Zabor est simple à résumer : la langue arabe s’acharne à nous Tuer, quand le français, ce butin de guerre confisqué, pourrait bien ressusciter les musulmans convertis de force en Algérie ! Surtout quand, sous la plume de Kamel Daoud, cette langue nous berce d’une musique sobre et harmonieuse à faire frémir Beethoven, Dvorak et Hayden. 

Pour la lucidité de tes écrits, merci Monsieur Kamel Daoud ! ne te laisse surtout pas écœurer par toutes sortes de critiques servies sous forme de « thismine » chronique !

C’est cette même « thismine » qui faisait dire à Yasmina Khadra qu’aux yeux de Camus, l’arabe ne comptait pas ! C’est cette même « thismine » qui déclenche cette insoutenable légèreté d’oser attribuer aux autres l’étiquette de Harkis ou de « néo-algérianistes » dès lors que le référentiel de pensées de ces derniers s’écarte de celui de la « sirrat elmoustaquim » des premiers. À ce propos, force est de constater que si la France, par ses 365 sortes de fromages, déconcertait de Gaulle en son temps, l’Algérie trémousse sur moult variantes « intellectuelles », construites sous forme de géométrie fractale dont chaque cellule renferme une « sirrat elmoustaquim » unique et dissemblable des autres ! Allez donc espérer réconcilier entre-elles les 40 millions de « sirrat elmoustaquim » que compte le pays !  

Quant à ce « harkisme » dégainé à tort et à travers, avec une rancœur qui amplifie, à saturation, la signification péjorative qu’il colporte, il est temps de rendre aux mots leurs sens primaire : le pauvre Harki est d’abord une victime. Comment peut-on reprocher quoi que ce soit à un soldat recruté souvent de force par l’armée coloniale, tout comme le FLN recrutait par contrainte des bataillons entiers de moudjahidines ? Où est la différence sous l’angle de l’absurde justement ?

Ah oui, j’oubliais : nos morts ne sont pas des morts comme les autres. Ouyahia l’a récemment bien martelé, ils sont des martyrs promis aux paradis et ses mille-et-un délices exclusivement réservés pour ceux qui combattent dans le sentier d’Allah ! Plus absurde que cela, faut aller rendre visite au pape François ! 

Ama baâd : – si dire non au régime en place, – si porter, sur la sale guerre d’Algérie, vision et recul divergents de ceux des discours officiels, -si admettre que l’Algérie a raté le train du Monde le jour où les schtroumpfs des frontières ont décidé d’éradiquer une langue vivante en la remplaçant par celle qui glorifie la grotte d’Arabie et la mort, -si dénoncer les dérives islamiques, -si dire non à une éducation ténébreuse, -si adhérer aux messages, à la lucidité et au ton universel que véhiculent la totalité des productions de Kamel Daoud et de Boualem Sansal, c’est faire acte d’allégeance au « harkisme » ou à ce « néo-algérianisme » si décrié, alors soyons fiers de revendiquer notre appartenance à cette majestueuse race de harkis ! une race en voie de disparition, au grand dam de l’avenir de ce pays confisqué par d’innombrables imposteurs ! Ces vieux, ces moches, ces dégénérés, ces Aek-el-Mali des frontières qui ont ruiné et « arabêtisé » le pays ! Et ce n’est pas terminé !

En conclusion, entre la Mecque des ténèbres et le grand Paris des lumières, le choix intellectuel est vite fait ! Les « Schtroumpfs » du pouvoir et leurs affidés ont fait le leur. En totale opposition de phase civilisationnelle, Nous assumons le nôtre ! fusse-t-il pointé d’un doigt accusateur raide et ferme pour nous faire porter le poids et la responsabilité de toutes les forfaitures à l’origine de la désastreuse marche forcée infligée au pays : «néoalgérianisme» ?  «harkisme» ?  «appatriotisme»..? Que d’aucuns fassent appel à leur génie pour en inventer d’autres ! Que nos chemins de croix soient parsemés de toutes sortes de « hattabi », à concurrencer rameaux et fagots d’abou-lahabi, l’expert es-complots ! Amine !

K. M.
Notes

(*) « thismine » : terme du terroir. Sorte de cocktails de jalousie, d’envie, d’amour, de haine, de rejet, d’attirance, d’inimité…etc. Mélange de tous les antonymes passionnels possibles, « thismine » se développe essentiellement entre membres du cercle familial, chez nous, les Kabyles. Particulièrement entre frères et sœurs.

Vous, nos petits frangins « a3ravophones » adorés, avez remplacé ce terme par un autre : « el-ghira » ; mais il ne colporte pas toute l’étendue de la signification du « thismine » d’origine. À vos cours de berbère nos petits frères ! retrouvez-donc l’essence et les fragrances de vos racines troquées contre le virus qui a, de force, « arabêtisé » et modifié les gènes de vos grands-pères et vos grands-mères !

(**)https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/la-mere-de-ben-laden-parle-pour-la-premiere-fois_2029296.html

Auteur
Kacem Madani

 




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