26 septembre 2022
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La situation politique en six questions

DECRYPTAGE

La situation politique en six questions

Dans un discours face aux députés de son parti, le secrétaire général du FLN Djamel Ould Abbès a affirmé dimanche 28 octobre qu’Abdelaziz Bouteflika serait le candidat du FLN lors de la prochaine élection présidentielle d’avril 2019.

Que signifie une nouvelle candidature de Bouteflika ?

Le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a le droit de se présenter une nouvelle fois, selon la Constitution qui a été révisée en 2016. Le texte avait déjà été modifié en 2008 par Abdelaziz Bouteflika pour lui permettre de briguer un 3e et un 4e mandat. Entretemps, il y a eu l’AVC d’avril 2013.

 Cette annonce montre tout d’abord que la question de sa succession n’a toujours pas été réglée. Faute de candidat, les proches du président soulignent régulièrement que son bilan et très positif et préparent l’opinion à l’éventualité d’un cinquième mandat. Pourtant, la situation s’est gravement détériorée. En dépit des assurances des membres du gouvernement et leurs relais traditionnels tels que l’UGTA ou le patronat, l’Algérie de 2018 n’est plus celle de 2014.  

Pourquoi n’a-t-il pas annoncé sa candidature lui-même ?

Les images de sa sortie lors du 1er Novembre sont accablantes. Elles ont montré combien sa santé ne s’est nullement améliorée comme le répètent à longueur de discours les thuriféraires du régime.

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Par ailleurs, faut-il rappeler – le comble pour un dirigeant d’un pays – que le président Bouteflika n’a pris la parole en public qu’une fois depuis son accident vasculaire cérébral en 2013. C’était lors de la prestation de serment après sa réélection en 2014. Il a à peine à cette occasion prononcé quelques phrases avec un débit qui montrait déjà combien il était malade. Déjà faut-il le rappeler en 2014, l’annonce a été faite par ceux qui le soutiennent, car ce sont eux qui vont animer la campagne électorale si le président officialise sa candidature.

Djamel Ould Abbès, le secrétaire général du FLN, a toujours exprimé son soutien au président. Il affirme régulièrement que l’état de santé du président est bon.N’a-t-il pas d’ailleurs déclaré il y a quelques mois que le président Bouteflika allait parler aux Algériens…

En serviteur patenté, Ould Abbès sait comme d’ailleurs tous les porte-voix du clan que leur destin est lié à celui du président. Aussi, c’est pour cela qu’ils veulent que le statu-quo demeure, même au risque de créer des tensions dans le pays.

Donc il est presque naturel que l’inimitable Ould Abbès soutienne que le bilan d’Abdelaziz Bouteflika est positif pour le pays.N’a-t-il pas aussi soutenu que le président dirigeait le pays « comme un maestro ». Ces déclarations vont de pair avec d’autres déclarations de soutien d’organisations proches du pouvoir comme la centrale syndicale l’UGTA ou les patrons du FCE avec à leur tête Ali Haddad.

L’opposition est-elle unie et a-t-elle des figures fortes pour avoir un candidat ?

Depuis plusieurs années, le président Bouteflika s’est employé à neutraliser l’opposition, en l’empêchant tantôt de se réunir, ou en interdisant ses rassemblements. L’espace public est interdit à toute expression politique de l’opposition de 2002. Et les médias publics sont contrôlés et acquis au pouvoir en place.

Ce qui a coupé l’opposition de son substrat populaire et de sa base. Les partis se contentent d’attendre les élections pour profiter de la brèche afin de mener campagne. Ce qui a affaiblie nombre de partis jadis très populaires.

Pas seulement. Les partis politiques traditionnels d’opposition, le FFS et le RCD font face à de profondes divisions internes. Ensuite, l’alliance qui s’était mise en place pour s’opposer au quatrième mandat rassemblant, entre autres, des partis islamistes, dont celui de Abderrazak Makri, l’ancien chef de gouvernement Ali Benflis et des universitaires semble avoir implosé.

Aujourd’hui, Ali Benflis, bien que président du jeune parti Talaie el Hourriat, n’a que très peu d’audience. Il en est de même pour Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, qui a pourtant intégré la coalition Mouwatana, seule organisation qui a dénoncé publiquement l’éventualité d’un cinquième mandat, lors de rassemblements publics.

On parle de « guerre des clans », qu’est ce que cela veut dire ?

Traditionnellement, dans l’Algérie indépendante, plusieurs groupes d’intérêts différents se sont opposés lorsqu’il s’agissait de choisir qui obtiendrait le pouvoir. On distingue habituellement trois groupes : l’armée, les services de sécurité et la présidence. Mais ces limites ont été bouleversées par une série de décisions prises ces dernières années. Les services de sécurité sont, selon les textes, désormais sous le contrôle de la présidence.

En revanche, l’opposition entre différents groupes a été rendue visible par deux événements principaux. D’abord, à l’été 2017, le Premier ministre Abdelmadjid Tebboune est démis de ses fonctions à peine trois mois après son arrivée : il avait annoncé une série de mesures visant de grands patrons. « La vision du Premier ministre ne cadrait pas avec la vision du président », avait alors expliqué à l’AFP une source gouvernementale. Le deuxième épisode a lieu à l’été 2018, lors de la découverte de 700 kilos de cocaïne dans un navire au large d’Oran. Dans les semaines qui ont suivi, de hauts responsables militaires et sécuritaires ont été démis de leurs fonctions, sur fond de lutte contre la corruption.

Aujourd’hui, selon le journaliste et écrivain Hocine Belalloufi, il existe une division qui peut donner lieu à cette lutte entre groupes d’intérêts différents : « il y a ceux qui veulent se diriger vers plus de libéralisme économique, et ceci rapidement, et ceux qui veulent plus de libéralisme, mais souhaitent le mettre en place plus lentement ».

 Quel est le rôle de l’armée ?

Dans l’histoire de l’Algérie, l’armée a toujours eu un rôle important. L’armée d’aujourd’hui est l’héritière de l’organisation armée qui a combattu l’armée française lors de la guerre d’indépendance. En janvier 1992, l’interruption du processus électoral a été décidée après une réunion des officiers de l’armée. Aujourd’hui, le président de la République assume les responsabilités de ministre de la Défense et le général-major Ahmed Gaïd Salah est réputé proche du président Abdelaziz Bouteflika.

Mais, après plusieurs appels publics pour que l’armée joue un rôle dans la situation politique actuelle, Ahmed Gaïd Salah a répondu au mois de juillet dernier qu’il n’en était pas question : « l’Armée nationale et populaire est une armée qui agit dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles et qui ne peut en aucun être entraînée dans des luttes partisanes et politiques et s’impliquer dans des conflits stériles ».

Pourtant actuellement il est donné comme l’homme le plus puissant du pays. Sa proximité avec le président Bouteflika qui l’a repêché d’une mise à la retraite qu’il n’a pas digéré lui a permis de s’imposer, notamment après le limogeage (ou retraite) de Mohamed Mediene (ancien patron du DRS). Les derniers réaménagements au sein de l’Armée ont également renforcé la position de Gaid Salah. Et enfin, les limogeages en série au sein des régions militaires suivie de l’arrestation de cinq généraux-majors sont là pour montrer qu’il est au centre de la décision au côté de Saïd Bouteflika dont les relais au sein du patronat ne sont pas à négliger pour avril 2019. 

Auteur
La rédaction avec RFI

 




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