2 octobre 2022
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Le commandant Azzedine parle

Mort suspecte de son gendre, affaires financières…

Le commandant Azzedine parle

Le Matin d’Algérie : La mort suspecte de votre gendre survient dans la foulée de l’affaire financière qui a marqué l’été. Qui donc accusez-vous de cet assassinat ?

Le commandant Azzedine : Sans hésitation aucune, je vous l’affirme, il s’agit d’un meurtre. Car comment appeler cela autrement ? Il a été enlevé dans un lieu public, précisément dans le service de cardiologie de l’hôpital Mustapha, où, accompagné de son épouse, ma fille, il rendait visite, à son père qui avait été opéré dans la matinée de mercredi 22 décembre. Samedi 25, la brigade de gendarmerie de Bab Djedid, nous remet un certificat de décès et un permis d’inhumer, sans aucune explication, je pense qu’eux-mêmes en ignorent les causes et les circonstances.

Jusqu’à présent je suis dans l’incapacité absolue de vous donner la ou des raisons de ce kidnapping et encore moins celles de sa suppression. De ce fait, je ne puis lier cet assassinat, à ce que vous appelez, « l’affaire financière de l’été dernier« .

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Quant à savoir qui est responsable de ce crime, il ne faut pas être grand clerc pour dire que ce sont ceux qui l’on enlevé qui l’ont tué. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas. Ils essayent de s’abriter derrière leur petit doigt, pour soutenir la thèse grotesque du suicide. Aussaresses n’a pas fait mieux. Un suicide ! Un jeune homme de 31 ans, en pleine santé, mentale et physique qui se donne la mort ! Pitoyable défense pour des criminels qui considèrent que la vie d’un citoyen vaut moins que celle d’un chien qu’on écrase sur la route !

Comment expliquez-vous cette mort suspecte de votre gendre ? Détenait-il des informations délicates tu qui auraient pu en faire un homme à abattre…

Savez-vous qui était mon gendre Hamza Hadjouti ? Des journaux et des journalistes qui ne s’informent pas aux sources convenables, ont dit de lui que c’est un « homme d’affaires » ! Il n’en est rien. Hamza était un fellah, un agriculteur qui s’occupait d’agriculture. Oui il était très compétent dans le domaine qui était le sien : les fruits et légumes. Quelles informations sensibles, au point où elles intéresseraient les « services de sécurité » de l’Etat, pourrait détenir un autodidacte, familier du marché de gros de Hatatba ? Il achetait quotidiennement deux journaux en langue arabe pour lire la page des faits divers et l’internationale et les infos sur l’Egypte car il aimait beaucoup ce pays et sa civilisation.

Comment compter réagir la famille après cet assassinat

Comment voulez-vous réagir quand vous perdez un jeune fils à la fleur de l’âge ? Un époux dévoué et fidèle, et un père tendre et affectueux, car il laisse deux enfants de trois et quatre ans. La peine est double : la douleur de la mort et la colère de ses circonstances.

Avez-vous reçu des menaces avant cet assassinat ?

Jamais.

Des institutions de l’État vous ont-elles fournit des explications officielles à propos de la mort de votre gendre ?

Jusqu’à l’heure à laquelle je vous parle, ni moi ni son épouse ou sa famille n’avons reçu la moindre correspondance officielle. Ni la direction des « services » ni le ministère de la Justice, ne se sont manifestés ne serait-ce que pour de banales condoléances. Le citoyen est tenu dans le mépris du silence.

Quel est votre sentiment profond sur cette affaire ? Y Voyez-vous une main politicienne ?

Qui dans la famille fait dans la politique ? Personne. Depuis ma démission du Conseil de la nation je n’ai pris aucune position. Je néglige même mon devoir électoral.
Je n’en discute même pas avec mes amis. Nos débats tournent essentiellement autour de l’histoire du mouvement national et de la guerre de libération.

Existe-t-il selon vous un lien avec un événement politique présent ou à venir.

S’il y en a un, j’avoue que je l’ignore. A moins que les auteurs de cette tragédie qui nous a happés, ne m’en prête à mon insu. Dans ce cas je tiens à m’en démarquer avec la plus grande vigueur.

Vous avez parlé de mafia qu’entendez-vous par là ?

J’ai plutôt évoqué les méthodes mafieuses. Comment appeler autrement de telles pratiques. Sont-ce celles d’un Etat de droit ? On enlève votre enfant, on le séquestre, on le torture, et on vous demande d’aller le chercher à une morgue d’hôpital. Sans autre forme de procès. Et pour explication vous n’avez droit qu’aux spéculations de la presse ou aux fausses informations savamment distillées par des organes aux ordres ou complaisants. Comment peut-on qualifier ces méthodes je vous le demande ?

Comment l’ancien combattant illustre que vous avez été interprète ce qui se passe autour de lui aujourd’hui ?

L’amour que je porte à l’Algérie, loin de l’apaiser, intensifie au contraire, la douleur qui est la mienne, comme elle exacerbe mes désillusions. J’ai dans la bouche l’amertume de la désespérance.

Parlez-nous de cette affaire financière, ce que l’on a appelé scandale financier et qui ébranlé les Algériens durant les derniers mois.

En 2011, je me suis embarqué dans une galère qui m’est apparue comme une affaire tout ce qu’il y a de plus régulier. Une entreprise d’apparence convenable. Il s’agissait, m’avait-on dit, de livrer de l’eau au complexe cellulosique de papier et d’emballage, situé dans la zone industrielle de Bou-Ismail (Tipaza). La chose était d’une simplicité enfantine. Il fallait faire l’acquisition de camions-citernes pour assurer la livraison. J’étais à mille lieues de penser qu’une combine avait été montée à mon insu, vu ma méconnaissance en matière de gestion d’entreprise.

J’ai chuté, à mon corps-défendant dans une chausse-trappe habilement échafaudée par une conjuration criminelle que la police n’a jusqu’à présent pas démasquée.

Ignorant de ce qui se passait réellement au-dessus de ma tête, convaincu que l’argent ne rentrait pas dans mon compte en raison de lenteurs bureaucratiques, je pris la décision de m’adresser par écrit au Président de la République. La réponse ne tarda pas et en juin 2015, je fus reçu par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, dans son bureau.

Il m’avait assuré, devant témoins, et ce sont ses termes : « Le président Bouteflika m’a dit : Je veux que tu me règles dans les meilleurs délais, le problème du commandant Si Azzedine, mon ami et compagnon de lutte« .

Mais, après consultation de mon avocat j’ai fini par me rendre compte que je faisais l’objet d’une filouterie à grande échelle, sans équivalent dans les annales du crime en Algérie.

Sur conseil de M. Sellal, je déposais plainte auprès de la police de Tipaza. Alors que l’enquête de police était en cours et qu’elle n’avait livré encore aucun résultat, la justice embrayait sa mécanique.

Je réponds aux convocations qui me sont parvenues. Mes forces physiques me trahissent. Mon âge et surtout les opérations chirurgicales successives que j’ai endurées, m’éreintent. Je me défends mal.

Je me pose toujours la question qui consiste à savoir pour quelles raisons cette affaire était traitée en pénal puisque il s’agissait après tout d’une affaire de mauvaise gestion.

La justice m’a donné tort.

Depuis 1966 j’exploite un immeuble rue Hammani (ex-Charasse). En effet le propriétaire français, quittant l’Algérie, me l’a confié avec autorisation de le sous-louer. Je l’avais bien sûr signalé aux biens vacants. Je n’ai jamais manqué à mes devoirs d’exploitant du bien en question. Aussi me suis-je toujours acquitté avec une rigueur notariale, de mes redevances et impôts, depuis 1966 jusqu’à aujourd’hui.

La vente de cet immeuble de rapport, était pour moi, la solution pour rembourser rubis sur l’ongle tous ceux qui avaient mis de l’argent dans la malheureuse société qui a mal terminé. C’était mon dernier espoir pour que tous mes tourments cessent une fois remboursées les sommes en liquide que ma famille dont ma femme et la famille de mon gendre ainsi que mes amis m’avaient confié en toute confiance et en échange d’aucun document.

Le règlement était simple. Avant que des personnes qui avaient un plan derrière la tête n’en fassent une affaire d’Etat, la transaction devait se passer entre les domaines et moi-même, autrement dit l’exploitant, en usant de mon droit de préemption. J’ai donc accompli les démarches nécessaires pour en faire l’acquisition. C’est là que les choses ont été sciemment compliquées. Il y avait blocage.

Où donc se situait-il ? D’une surprise à l’autre jusqu’à ce que j’apprenne qu’une transaction avait été passée en catimini, entre « l’Etat« , allez savoir qui, et le propriétaire français !

Alors que j’en étais l’occupant sous toute la présidence de Houari Boumediène, celle de Chadli Bendjedid, Mohamed Boudiaf, Ali Kafi, le Président Liamine Zeroual et le Président Bouteflika du moins jusqu’à 2015.

Que s’est-il donc passé pour qu’une situation qui a marché normalement depuis 51 ans se grippe subitement ?

Mon erreur, si cela peut s’appeler erreur, c’est de n’avoir pas acquis auparavant ce bien qui me faisait vivre depuis un demi-siècle.
Tant que j’exploitais cet immeuble et que je bénéficiais de l’usufruit, tout allait selon leurs prévisions. Autrement dit à ma mort « ils » comptaient s’emparer de ce bien.

S’agit-il selon vous d’une manœuvre pour salir votre nom et votre passé et vous discréditer et vous faire payer vos choix politique.

Je me permets de vous retourner la question : à votre avis ?

Auteur
Wahiba Rochd

 




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