24 avril 2024
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Lounis Aït Menguellet revisité : « Amedyaz » ou poésie sur commande

POESIE

Lounis Aït Menguellet revisité : « Amedyaz » ou poésie sur commande

Crédit photo : Hayet Aït Menguellet.

Tout d’abord, en ce dimanche 17 janvier, souhaitons un joyeux anniversaire à notre artiste. Puisse-t-il vivre encore assez longtemps pour nous émerveiller d’autant de productions et de spectacles que ceux du passé !

En pleine décennie noire, Lounis est, comme tout le monde, décontenancé. Il ne se croise pas les neurones pour autant, mais on sent bien que l’inspiration habituelle des grandes œuvres n’est pas au rendez-vous. 

Les trois albums qui suivent «A kwen-yexdeε rebbi » ne reçoivent pas le succès habituel et qu’ils méritent auprès du grand public. Mais nous, les éternels inconditionnels, sommes à son écoute en permanence (1, 2).

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Comme tous les Algériens pris entre deux feux, Lounis est profondément touché par ce qui arrive au pays. Le cœur n’est pas vraiment à la fête ou aux questionnements philosophiques. Cette déroute, il la conte à sa façon dans « Amedyaz », un titre de l’album « Siwliyid tamaçahut », sorti en 1997, et dans lequel Lounis fait part de son propre désarroi. Par exemple, au lieu du fameux « qui tue qui », c’est une formule plus sobre « qui brutalise, qui est brutalisé » qu’il utilise.

Il faudra attendre « Tiregwa » (édité en France sous le titre de « Inagan ») pour que Lounis nous offre un album épique de 54 min subdivisé en dix chapitres, sous forme de pèlerinage et d’hommage rendu à son propre parcours, sur fond de nostalgie hyper contagieuse, au seuil de la cinquantaine (Temzi inu t’ada am adu). Du grand Lounis, distribué en France par Blue Silver à l’occasion de l’événement « Algérie j’écris ton nom » en solidarité avec les souffrances de la décennie noire. Le disquaire de la FNAC en avait fait son coup de cœur. Et quelle ne fut notre enthousiasme d’entendre la voix de Lounis résonner dans l’espace en nous baladant dans les rayons du magasin, en 1999 à Rennes !

On ne saisit vraiment le sens de « Amedyaz » qu’en suivant les variations des cadences musicales qui accompagnent la chanson. Comme en version originale, le texte de la traduction s’efforce de se caler sur l’angle et les déviations rythmiques de la musique. 

« Amedyaz », le poète

Enthousiaste le poète se mit à écrire

Il consigna un poème 

Il l’arrangeât en ces termes :

« La confiance entre les hommes n’est plus

Il n’y a plus personne pour déteindre sur l’autre 

Celui que tu interroges te répond

‘’Si tout le monde était comme moi 

Tu déborderais de joie’’

Nous persistons à chercher 

Nous n’avons pas encore trouvé

Détenteur de vérité 

Dis-nous où tu es caché ».

Tous ceux qui l’ont écouté 

Se sont insurgés 

Avec solennité

On lui intime : change ton poème.

 

Le poète se remit à écrire

Il change son poème

Il l’arrangeât en ces termes :

« On ne sait plus où s’engouffrer

Les portes sont en acier

Pour une d’ouverte il y en a deux de fermées

Sous la mauvaise étoile nous sommes nés

On ne reconnait plus nos qualités

Que de phénomènes n’avons-nous pas vus

Les mots se suivent sans harmonie

L’inimité nous a brisé

Notre état s’aggrave au-secours bonnes dames ».

Tous ceux qui l’ont écouté 

Se sont insurgés 

Avec solennité

On lui intime : change ton poème.

 

Le poète se remit à écrire

Il change son poème

Il l’arrangeât en ces termes :

« On ne sait si c’est la guerre

On ne sait si c’est la paix

Qui brutalise qui est brutalisé

Quand le bon sens est absent

Avec l’autre nul ne s’entend 

La force remplace la raison

De partout les armes détonnent

Et nous au beau milieu

Avec nos mains nues ».

Tous ceux qui l’ont écouté 

Se sont insurgés 

Avec solennité

On lui intime : change ton poème.

 

Le poète se remit à écrire

Il change son poème

Il l’arrangeât en ces termes :

« Nous critiquons nos gouvernants

Si avec justesse nous pesions

Nos décideurs nous les méritons

C’est nous qui leur donnons 

Le feu vert pour n’importe quoi

Leurs coups c’est nous qui les provoquons 

Si la faute nous incombe tant pis

Celui qui nous punit

Quel beau bâton nous lui avons remis ».

Tous ceux qui l’ont écouté 

Se sont insurgés 

Avec solennité

On lui intime : change ton poème.

 

Dépité le poète est pris de colère

Il jette tout par terre

Pour qu’on lui foute la paix

Il a tout refait en ces termes :

Nos journées sont belles

« Tout le monde il est beau »

Celui qui arrose vous rafraichit

Les fleurs ont éclos

Tout le monde est ravi

Chauffe ton tambour petit Ali. 

 

La confiance entre les gens existe

Nous l’avons toujours affirmé

Celui qui est mauvais

N’a aucune place parmi nous

Tout est merveilleux

Chauffe ton tambour laisse-le s’exprimer.

 

Nos journées sont belles

« Tout le monde il est beau »

Celui qui arrose vous rafraichit

Les fleurs ont éclos

Tout le monde est ravi

Chauffe ton tambour petit Ali.

 

Debout nous ne ployons pas

Nous surpassons tout phénomène 

Les portes en acier

Quand l’une est fermée deux nous en ouvrons

Que fortune nous méritons

Rentrez dans la danse bonnes dames.

 

Nos journées sont belles

« Tout le monde il est beau »

Celui qui arrose vous rafraichit

Les fleurs ont éclos

Tout le monde est ravi

Chauffe ton tambour petit Ali. 

 

Personne ne cherche noise à l’autre

Dans notre pays nous sommes tous frères

Raffinez la farandole

Nous serons joyeux parmi vous

Entre canons et paix

Armez donc les carabines.

 

Nos journées sont belles

« Tout le monde il est beau »

Celui qui arrose vous rafraîchit

Les fleurs ont éclos

Tout le monde est ravi

Chauffe ton tambour petit Ali.

 

Oh vous qui nous gouvernez

Avec nous venez donc vous amuser 

Ample est leur labeur

À trop travailler pour nous

Aujourd’hui ils seront joyeux aussi

Ils nous rejoindront pour la farandole.

 

Nos journées sont belles

« Tout le monde il est beau »

Celui qui arrose vous rafraichit

Les fleurs ont éclos

Tout le monde est ravi

Chauffe ton tambour petit Ali. 

Kacem Madani

Notes

(1)https://lematindalgerie.comlounis-ait-menguellet-revisite-amusnaw-lerudit

(2) https://lematindalgerie.comlounis-ait-menguellet-revisite-tarewla-la-fuite

Auteur
Kacem Madani

 




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