30 septembre 2022
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NASA : Ganymède sous les serres de Jupiter

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NASA : Ganymède sous les serres de Jupiter

Des photos extraordinaires de Ganymède, la plus grosse lune de Jupiter, viennent de nous parvenir. Elles nous fascinent autant que cette avalanche d’exploration de la dernière décennie qui a fait du système solaire notre banlieue. Elle l’était déjà, par notre connaissance astronomique, mais désormais nous pouvons y circuler et la découvrir. Et comme à chaque fois, il est impossible de ne pas associer le rêve de l’espace avec la mythologie, ce qui est l’une de ses proches définitions. 

Lancée en 2011 par une fusée Saturne V, le satellite Juno avait pour mission d’explorer la planète massive de notre système solaire et de ses lunes. Après les clichés inédits de la planète gazeuse, c’est au tour de Ganymède, une lune à la dimension de son parrain.

L’exploration de notre géante du ciel débute en 1973 lorsque la sonde Pionner 10 de la NASA la survole. Mais à cette époque l’aventure est d’une complexité si grande qu’elle ne permet que le rêve lointain, surtout avec les coûts colossaux que cela engendre et les technologies encore limitées (raison pour laquelle seule la NASA pouvait relever le défi).

Le jeune homme que j’étais était en classe de terminale, au lycée d’Oran, et avait le transistor collé à ses oreilles pendant toute cette décennie glorieuse de l’avancée humaine hors de son berceau natal. Il faut dire qu’un coup de massue nous avait été donné, lors de la précédente décennie, avec la conquête de la lune qui aboutira à un fameux mois de juillet 1969. 

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Je ne sais pas si tous les Algériens de ma génération en ont conscience mais peu de générations humaines ont vécu une telle révolution avec la démesure de la rupture technologique, d’exploration et de connaissances, qui nous a été offert de vivre.

C’est comme si nous avions été les contemporains de Christophe Colomb découvrant un autre monde et que la télévision et la radio existaient pour nous en faire le compte-rendu journalier, sonore et visuel.

Ainsi, il est impossible pour nous, je dirais qu’il est interdit que nous ne soyons pas des « passeurs pédagogiques » enthousiastes lorsqu’il s’agit de la conquête spatiale. Nous sommes les derniers contemporains du célèbre Bip Bip de Spoutnik (bien que ce dernier soit lancé quelques mois avant ma naissance).

Et la pédagogie nous pousse à rappeler aux plus jeunes, encore et encore, quelques bases culturelles sur l’appréhension du ciel par l’être humain. Pour ce qui est des explications en sciences physiques et en technologie spatiale, j’avoue que le lecteur n’est pas tombé sur le bon commentateur. Vraiment pas !

Alors, comme à chaque exploration, laissons-nous transporter vers la culture du ciel et ses mythes associés.

Le ciel, une projection humaine fantasmée

Dès que l’homme a levé les yeux au ciel, c’est-à-dire à ses premiers instants, il fut intrigué tout autant que fasciné par l’immensité incompréhensible de ce qui le surplombait.

Mais face à l’inconnu , lorsqu’on ne peut l’identifier et l’expliquer, la réaction de la crainte est la première, elle est inévitable. Surtout lorsque cet inconnu mystérieux accable de ses courroux terrifiants comme la pluie, les orages assourdissants, la grêle et les éclats de soleil aveuglants.

Comme il est un être pensant, mais dénué de toute connaissance au départ de son existence, il va faire ce qu’il est logique de faire, c’est-à-dire projeter dans ces phénomènes des rapprochements avec ce qu’il vit dans son quotidien.

Comme il connaît la violence entre les êtres humains, il suppose que la colère du ciel est son châtiment suite à une erreur, une provocation ou une tentative de chaparder ce que l’autre possède. Il en connaît les effets et pense qu’il s’agit de la même réaction.

Il sait aussi que face à ce qui est plus puissant que lui, il n’y a que la fuite, la soumission et les offrandes pour le sauver de la colère.

C’est donc tout naturellement qu’il va se soumettre et penser que les suppliques, la flatterie sur la force de l’autre ou les offrandes, sont les moyens d’améliorer son sort et de survivre. Et il est tout autant inévitable qu’il s’en prémunisse avant que s’abatte sur lui la colère du plus fort, c’est-à-dire de s’épancher en suppliques et postures de soumission.

La personnification de la puissance inconnue

Ainsi, il va dans un second temps de l’histoire, se servir d’une association qui est la suite logique de ce qui vient d’être dit. Puisque l’association de la puissance est corrélée à celle qui connaît de l’instinct humain, il va franchir un pas inévitable, soit attribuer une image anthropomorphique  (personnifiée) des forces occultes.

L’approche la plus ancienne que nous connaissons et qui impactera de nombreuses cultures, dans la philosophie et les sciences, jusqu’à l’époque contemporaine, est la Théogonie du grec Hésiode, poète grec du VIII siècle avant JC.

Son ouvrage est la base du récit mythologique, enrichi par les deux chants du poète grec Homère, L’Iliade et l’Odyssée. Deux caractéristiques majeures s’en dégagent. La première, en relation avec ce qui vient d’être exposé, c’est l’humanisation des dieux qui auraient cependant des forces bien plus supérieures que les hommes qui sont leurs créatures soumises.

Cette attribution de caractères humains va, bien évidemment, se décliner an autant de spécifications qu’il y a d’identifiants dans les humeurs et compétences des êtres humains.

Zeus sera le chef tout-puissant d’une lignée engendré par descendance familiale. Et chaque Dieu sera affecté à un caractère, une mission. La guerre, la maîtrise de la mer, la fertilité, la beauté, le gardien des abîmes, etc.

Le second point est que le chant d’Homère, lorsqu’on le lit, est tout simplement l’explication du monde, de son origine comme de son fonctionnement. Devant l’inconnu, les êtres humains ont donc façonné une histoire du monde à travers les actes des dieux, parfois sanglants et meurtriers entre eux. 

Tout simplement une tentative d’explication du monde et des êtres humains, des phénomènes terrestres et célestes. Et, à l’époque, on peut considérer que c’était la marque d’un être pensant qui relève les défis de la connaissance de l’inconnu. Le connaître et l’identifier par ses caractères, c’est ne plus en avoir crainte, tout au moins pouvoir obtenir ses faveurs. 

La suite romaine de l’histoire, le baptême des astres

Reprenant la théogonie des Grecs, les romains n’y changeront que quelques noms, le grand patron s’appelant désormais Jupiter, l’équivalent de Zeus. 

Ce sont les premiers qui ont attribué des noms aux planètes mystérieuses. En continuité avec le développement précédent, ils ont associé les caractères visibles des planètes avec un nom divin. Ainsi, le rouge de Mars en fera le Dieu de la guerre, la lumière de Vénus (la première qui fait paraître son éclat dans le ciel) en fera la déesse de l’amour, etc.

Mais pour en revenir à notre sonde Junon et notre actualité spatiale, il faut avancer dans une histoire plus récente. 

Galilée, découvreur de Ganymède et de ses sœurs

On attribue à Galilée, avec sa lunette astronomique, la paternité de la découverte de Ganymède, à Padoue en 1610, une période enfantée par la grande révolution copernicienne. Laissons de côté la polémique d’une découverte par un autre observateur qui n’aurait pas publié sa découverte avant Galilée. Il est un fait que l’Histoire retiendra le nom de Galilée, cela est peut-être injuste mais sans conséquence pour notre propos d’aujourd’hui.

Galilée observe quatre objets célestes très proches de Jupiter. Et lorsqu’il prend les mesures quotidiennes, il s’aperçoit que leur place est modifiée. Il en conclut qu’il s’agit de quatre lunes qui gravitent autour de l’immense planète.

Les noms qu’il donne aux trois satellites de Jupiter ne seront pas retenus, d’autres les baptiseront. La tradition de leur donner un nom de divinité grecque et romaine perdure, nous voilà devant la naissance de Ganymède.

Et la mythologie nous rattrape

Trois divinités grecques et romaines sont ainsi les acteurs des images envoyées récemment de Ganymède. La lune de Jupiter, Jupiter lui-même et Juno (Junon en français), le nom de la sonde américaine.

Et c’est là où je veux en venir. Ganymède est un humain, le plus beau des mortels nous dit-on dans L’Iliade et l’Odyssée. Il est aussi « beau qu’un dieu » dira plus tard l’expression populaire. Il est humain mais d’une lignée prestigieuse, protégée des dieux puisqu’il est fils d’Éricthonios, un des grands rois d’Athènes, mais surtout, l’arrière-petit-fils de Dardanos, fondateur de la mythique ville de Troie.

Zeus voulu en faire l’échanson des dieux, un poste des plus honorifiques chargé de verser le vin à la table du souverain. Un terme encore utilisé bien plus tard dans l’histoire.

Pour l’enlever de son royaume, Zeus se transforma en aigle qui, de ses vigoureuses serres, enleva le jeune mortel pour l’emmener vers l’Olympe rejoindre son nouveau monde.

Et comme Jupiter est la transposition de Zeus, nous voici avec deux personnages de la mission Juno (Junon en français). Reste à mettre en scène le troisième acteur, Junon, soit le nom de la sonde américaine.

De toutes les déesses romaines de Rome, Junon est la déesse la plus importante de cette capitale du monde. C’est la transposition de la déesse grecque Héra. Comme toutes les déesses, elle possède plusieurs attributions dont celle d’être la déesse du mariage et de la fertilité.

Et c’est ainsi que nous arrivons à la touche finale, car il est malicieusement rapporté par la légende que Zeus avait enlevé Ganymède pour en faire son amant (ce qui est conforme à la société grecque de l’époque, du moins dans les mythes). Il ne m’en fallait pas plus pour mon image du ciel, soit le Palais et le ballet des rois.

Durant des centaines de millions d’années, Ganymède attisait les désirs de Jupiter, par sa très grande beauté. Il a fallu l’intermédiation de Junon pour enfin les rapprocher dans des clichés désormais éternels dans la connaissance humaine.

En conclusion, le ciel nous fascine depuis l’aube de l’humanité. Il ne nous fait plus peur, mais il fait toujours projeter l’image et les fantasmes l’humanité par des allégories qui la font rêver. La conquête spatiale sans rêve ne serait qu’une expédition technologique sans intérêt.

 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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