4 avril 2025
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Cherif Mellal : 21e jour de grève de la faim

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Cherif Mellal

En détention depuis le 19 janvier 2023, Chérif Mellal observe une grève de la faim depuis le 03 mars 2025, indique Me Fetta Sadat. Il est à son 21e jour.

Dans son communiqué rendu public tous les jours Me Fetta Sadat rapporte : « Une condamnation à une peine de 04 ans de prison ferme a été infligée à Cherif Mellal par jugement rendu par le pôle pénal économique et financier sis au tribunal de Sidi M’hamed en date du 23 octobre 2024, jugement confirmé dans toutes ses dispositions par arrêt rendu par la chambre pénale près la cour d’Alger en date du 25 février 2025 ».

Il y a près de 240 prisonniers d’opinion en Algérie. Un nombre indéterminé d’autres sont sous le coup d’interdiction de quitter le territoire national.

La rédaction

Mémoire et vérités cachées : l’Algérie vue par un témoin de la guerre

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Soldat armée française

La guerre d’Algérie, un conflit qui a marqué profondément les deux pays, la France et l’Algérie, reste un sujet délicat, souvent déformé par des idéologies et des récits biaisés. Dans La Guerre d’Algérie : Sebabna et les Aurès, Jean-Louis H. Dupré, témoin direct de ces événements tragiques, s’engage à rétablir une vérité enfouie sous des couches de mythes et de récits manipulés.

Ce livre n’est pas une simple chronique, mais un témoignage brut, nourri de souvenirs intimes et d’une analyse historique précise. En interrogeant les zones d’ombre du passé et en confrontant des mémoires divergentes, Dupré nous invite à une réflexion poignante sur la mémoire collective et les blessures non cicatrisées de l’Histoire. À travers son regard, l’histoire de la guerre d’Algérie se dévoile sous un angle souvent négligé : celui du soldat français, confronté à des réalités que les discours officiels n’ont pas su ou voulu entendre.

Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire La Guerre d’Algérie : Sebabna et les Aurès aujourd’hui ?

Jean-Louis H. Dupré : Je le précise dans les premières pages : je déteste les racontars, et mon livre en donne de nombreux exemples. Trop de personnes, heureuses d’avoir un micro, en profitent pour dire ce qui n’est pas. En particulier sur le thème de la torture, où l’on entend souvent dire que tous les appelés l’auraient pratiquée, ce qui est totalement faux. Cette fausse information est malheureusement ancrée dans la mémoire des jeunes générations, et j’ai voulu la combattre. Par ailleurs, les souvenirs que je garde de cette période méritaient, je crois, d’être mis en forme et publiés, afin de contrer les élucubrations de certains pseudo-historiens dont le seul objectif semble être de détruire notre mémoire. Tout ce que j’ai écrit, je l’ai vécu. Rien d’autre.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous structuré votre récit entre témoignage personnel et analyse historique ?

Jean-LHD: J’ai structuré mon livre de manière assez simple, en suivant mon propre parcours depuis mon incorporation, tout en y intégrant des recherches historiques factuelles. Le récit suit la progression de mon engagement en tant que fusilier-marin commando.

Le Matin d’Algérie : Aviez-vous des appréhensions avant de publier ce livre, sachant que la guerre d’Algérie reste un sujet sensible ?

Jean-Louis H. Dupré : Je n’avais aucune appréhension, puisque je ne décris que la réalité telle que je l’ai vécue, partagée avec mes camarades. Bien sûr, les vérités peuvent être différentes selon le point de vue : si vous interrogiez les fellaghas, comme nous les appelions, ils auraient certainement une autre vision des événements. Beaucoup d’entre eux ont donné leur vie pour leur pays, en combattant pour leur liberté.

Le Matin d’Algérie : Vous dites avoir participé à cette guerre « malgré vous ». Comment avez-vous vécu cette période en tant qu’appelé ?

Jean-Louis H. Dupré : Quand je dis « à mon corps défendant », c’est une évidence. Dès notre arrivée dans ce pays magnifique, nous avons vite compris que nous n’avions rien à y faire. Officiellement, il ne s’agissait pas d’une guerre, mais d’un maintien de l’ordre, puis d’une pacification, puis d’opérations militaires… Nous avons fini par comprendre que nos gouvernants, une fois de plus, n’avaient rien compris. La conscription était obligatoire, nul n’y échappait. Pour ma part, j’y voyais aussi l’opportunité de découvrir de nouveaux horizons. En 1958, ni la radio ni les journaux n’avaient le poids qu’ils ont aujourd’hui, et la télévision ne comptait qu’une seule chaîne. Notre vision politique était donc très limitée. J’ai vécu cette période en découvrant à la fois le courage de nos adversaires et la fraternité des armes. Avoir 20 ans, même dans les djebels, c’était une expérience intense, alliant dépassement de soi et émerveillement face aux paysages grandioses que nous parcourions à pied pendant des semaines. La Corniche kabyle et Tipaza restent pour moi des souvenirs marquants. Ma chance, si l’on peut dire, fut de ne pas être confiné sur un piton, mais de participer à des opérations de terrain.

Le Matin d’Algérie : Pourquoi avoir choisi de vous concentrer sur la région des Aurès ? Quelle importance avait-elle dans le conflit ?

Jean-Louis H. Dupré : Je me suis concentré sur les Aurès car cette région fut le théâtre d’affrontements parmi les plus violents. Mon unité de la DBFM y a participé à plusieurs opérations majeures (Jumelles, Étincelles, Pierres précieuses). C’est aussi dans cette zone que la rébellion, pour reprendre le langage de l’époque, était la plus organisée et la plus dangereuse pour nous.

Le Matin d’Algérie : Vous évoquez la « réécriture erronée » de cette guerre. Quels aspects de l’histoire ont, selon vous, été occultés ou déformés ?

Jean-Louis H. Dupré : Aujourd’hui, c’est clair : une partie du monde politique souffle sans cesse sur les braises de la mémoire, notamment ceux qui ont utilisé l’armée à des fins politiques et ont tenté de la pousser vers le déshonneur. À travers des films et des émissions, on propage des contre-vérités que je réprouve. Ayant moi-même recherché mon père sur la liste des prisonniers français de la guerre de 1940, j’ai découvert la présence massive de soldats portant des noms comme Ahmed, Mohamed, ou d’autres d’origine maghrébine, sénégalaise, etc. Ces hommes avaient déjà combattu en 1914-1918. Après tant de sacrifices, nos gouvernants auraient dû leur accorder l’indépendance bien plus tôt, au lieu de s’enfoncer dans cette guerre. La guerre d’Algérie, mal préparée, mal pensée et mal organisée, ne pouvait que mal se terminer.

Le Matin d’Algérie : Vous mentionnez l’affaire Djamila Boupacha. Pourquoi estimez-vous qu’elle a été instrumentalisée politiquement ?

Jean-Louis H. Dupré : Effectivement, j’ai évoqué ce drame, ce nom que je viens de voir sur la dernière page de la couverture. En lisant le livre de Gisèle Halimi, elle cite un haut fonctionnaire, dont j’ai oublié le nom, qui, lors d’une entrevue, lui a dit : « Après tout, ce ne devait pas être si terrible puisqu’elle est toujours en vie. » Cet aveu de responsabilité est encore plus grave que ceux qui ont infligé ces traitements horribles, car celui-là agissait sur ordre. J’avais noté son nom pour le faire passer à la postérité de l’ignominie, mais il me faudrait retrouver le livre et le relire. Je crois qu’approcher un drame de cette nature ne serait peut-être pas approprié, surtout que de très grandes personnalités comme Simone de Beauvoir, Pablo Picasso, Geneviève de Gaulle, Simone Veil, et l’avocat Vergès ont déjà tant écrit à son sujet. D’autant que je cite ce proverbe arabe : « À celui qui dit la vérité, offre-lui un cheval pour qu’il s’enfuie au galop. »

Le Matin d’Algérie : Le titre de votre livre mentionne « Sebabna », un lieu peu connu. Pourquoi l’avoir inclus ?

Jean-Louis H. Dupré : Sebabna est un fort isolé, situé sur le barrage électrifié destiné à empêcher les passages en provenance du Maroc. Plusieurs forts jalonnaient ce barrage, mais après cette brève mention dans notre échange, ce lieu retombera probablement dans l’oubli.

Le Matin d’Algérie : La France et l’Algérie ont-elles encore du mal à affronter leur mémoire commune ?

Jean-Louis H. Dupré : À l’évidence, oui. L’Allemagne et la France, qui se sont affrontées avec bien plus de pertes humaines, ont réussi à faire la paix. Pourquoi pas nous ? Du côté algérien, les raisons m’échappent. Du côté français, le wokisme fait des ravages en jugeant des événements anciens avec les yeux d’aujourd’hui.

Le Matin d’Algérie : Que pensez-vous de l’enseignement de la guerre d’Algérie aujourd’hui ?

Jean-Louis H. Dupré : Hélas, nos deux pays ne transmettent pas la même histoire. En France, une forme de culpabilité excessive conduit à une dramatisation des rapports. Il faudra sans doute des décennies, voire des siècles, pour apaiser cette mémoire.

Le Matin d’Algérie : Espérez-vous apporter une nouvelle lecture du conflit ou simplement rétablir certains faits ?

Jean-Louis H. Dupré : Ni l’un ni l’autre. J’ai seulement voulu partager mes souvenirs et, peut-être, laisser une trace pour mes proches.

Le Matin d’Algérie : Un dernier mot pour ceux qui hésitent encore à lire La Guerre d’Algérie : Sebabna et les Aurès ?

Jean-Louis H. Dupré : Le sujet n’est plus d’actualité, et pourtant l’Histoire semble se répéter…

Djamal Guettala

Conseil des ministres : intégration des enseignants, lutte contre la drogue,…

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Conseil des ministres

Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion du Conseil des ministres, consacrée à plusieurs dossiers stratégiques touchant à l’éducation, à la lutte contre le fléau de la drogue, à la prévention contre l’invasion acridienne ainsi qu’à des mesures en faveur du pouvoir d’achat et du secteur énergétique.

Education nationale : 82 410 enseignants contractuels intégrés

Le Président de la République a validé l’intégration de 82 410 enseignants contractuels dans différentes disciplines scolaires. Cette mesure s’ajoute à une première vague d’intégration de 62 000 enseignants, portant ainsi à 144 410 le nombre total d’enseignants désormais titularisés.

Un projet de loi pour éradiquer le fléau de la drogue

Le Conseil des ministres a également abordé un projet de loi stratégique visant à renforcer la lutte contre la prolifération des stupéfiants et des substances psychotropes. Le Président a souligné que l’Algérie fait face à une guerre non déclarée, où les drogues de toutes sortes sont utilisées comme une arme pour affaiblir la jeunesse et mettre en péril la cohésion sociale.

Ce projet de loi s’inscrit dans une approche globale, combinant prévention, sensibilisation, suivi et répression. L’accent sera mis sur l’intensification des campagnes de sensibilisation, la surveillance accrue des réseaux de trafic et l’application de sanctions exemplaires à l’encontre des trafiquants et des consommateurs de drogues dures. Le Président a insisté sur l’urgence d’une mobilisation nationale face à ce fléau, en intégrant tous les secteurs concernés, notamment l’éducation, la santé et la sécurité.

Un plan préventif contre l’invasion acridienne

Face à la menace d’une invasion acridienne aux frontières sud, le Conseil des ministres a validé une stratégie proactive pour contrer ce danger qui pourrait affecter l’agriculture et la sécurité alimentaire du pays.

Le Président a ordonné la mise en place d’un dispositif de veille et d’intervention rapide, mobilisant les experts locaux et les forces de défense, afin de neutraliser toute menace avant qu’elle ne prenne de l’ampleur. Une coordination renforcée avec le ministère de la Défense nationale a été actée pour assurer une réponse efficace à chaque étape du plan d’éradication.

Un état-major spécial sera mis en place dans une wilaya du sud pour superviser les opérations et adapter les stratégies en fonction des évolutions de la situation. L’Algérie, qui possède une expertise reconnue dans ce domaine, entend agir avec rigueur et anticipation afin d’éviter tout impact négatif sur les cultures et l’économie nationale.

Importation de bétail pour l’Aïd al-Adha: opération validée 

Dans le cadre de la préparation de l’Aïd al-Adha, le Président de la République a validé l’importation d’un million de têtes de bétail, exemptées de taxes et droits de douane, afin d’assurer un approvisionnement suffisant et des prix accessibles aux citoyens. Trois pays ont été retenus pour fournir du bétail respectant les normes sanitaires algériennes.

Baisse des tarifs aériens pour la diaspora

Le Conseil des ministres a également approuvé une réduction de 40 % sur les billets d’Air Algérie à destination du pays, permettant ainsi aux Algériens résidant à l’étranger de passer l’Aïd el-Fitr en famille.

Une stratégie ambitieuse pour l’énergie

Enfin, le Conseil des ministres a adopté une feuille de route pour la diversification des sources d’énergie et l’exportation de l’excédent énergétique. Le Président a insisté sur la nécessité de garantir des investissements rentables, en s’appuyant sur l’expertise nationale et les partenariats internationaux pour le développement des énergies renouvelables et propres.

L’augmentation de la production énergétique suivra une double approche, combinant le soutien aux énergies classiques et le développement de nouvelles technologies, tout en préservant la sécurité énergétique nationale. 

La rédaction

Plus de 50 000 morts à de Gaza: «C’est une opération de dévastation»

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Gaza
50000 morts, dont la majorité sont des enfants et des femmes dans les frappes israéliennes.

La barre des 50 000 morts a été franchie dans la bande de Gaza, après un peu plus de dix-huit mois de guerre. Et tout laisse à croire que ce bilan «historique » risque de continuer à grimper dans l’enclave palestinienne, toujours en proie « à la dévastation », selon les termes de Guillaume Ancel, ancien officier et chroniqueur de guerre. 

« Le bilan de l’agression israélienne atteint 50 021 martyrs et 113 274 blessés depuis le 7 octobre 2023 », a indiqué dans un communiqué le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza ce dimanche 23 mars. Des statistiques jugées fiables par les Nations unies.  

Le cessez-le-feu signé le 15 janvier dernier avait redonné de l’espoir aux Palestiniens mais aussi à une grande partie des Israéliens, dont les familles des otages toujours détenus dans la bande de Gaza. Pourtant, en quelques heures à peine le 18 mars, il a volé en éclats et Israël a perpétré ce que le quotidien Haaretz considère comme « le plus grand massacre d’enfants » de l’histoire du pays : deux cents enfants, cent femmes, plus de 400 tués au total en une seule journée. Après un peu plus de dix-huit mois de guerre, 50 000 Palestiniens sont ainsi morts dans l’enclave palestinienne, dont 70% de femmes et d’enfants. Un chiffre sans précédent dans notre histoire contemporaine, mais pourtant sous-estimé d’environ 40% par rapport aux ceux diffusés par le ministère de la Santé du Hamas, affirmait en janvier 2024 une étude de la revue The Lancet. 

« Un chiffre qui traduit l’horreur de ce qui se passe à Gaza »

« En fait, compte tenu de la violence des bombardements et surtout des munitions qui ont été utilisées, pour moitié des bombes d’une tonne fournies gracieusement par les États-Unis, je pense qu’on a largement dépassé les 100 000 morts. Un bombardement, c’est fait pour tuer au moins une personne. Alors quand on a fait 100 000 bombardements comme l’ont fait les Israéliens sur la bande de Gaza, on est forcément à plus de 100 000 morts. Sinon, ça veut dire que les bombardements ne servaient à rien. Et quand on est à 100 000 morts dans des bombardements, on a mécaniquement trois fois et demie plus de blessés, donc on est autour de 500 000 victimes », analyse Guillaume Ancel*, ancien officier et chroniqueur de guerre. Il explique qu’utiliser une bombe d’une tonne n’a d’autre objectif que celui de tout dévaster, de ne rien cibler précisément. « Chaque fois qu’on frappe, on sait très bien que c’est uniquement fait pour tuer. » 

Un nombre de morts démesuré que les autorités israéliennes nomment « victimes collatérales ». Des victimes collatérales qui sont dorénavant des victimes principales. Lors de l’attaque du 18 mars, 137 civils ont été tués pour un combattant du Hamas ou du Jihad islamique. D’aucun en effet ne peut admettre que des nourrissons et des enfants puissent être des cibles de guerre car membres du Hamas.

Le Premier ministre israélien avait expliqué dès le début de la guerre ses deux objectifs : « éradiquer le Hamas et libérer les otages ». Or, jamais une organisation terroriste n’a été détruite par la seule voie militaire, car des bombardements ne peuvent à eux seuls détruire une idéologie. Quant aux otages, la seule fois où certains d’entre eux ont été libérés fut dans le cas de négociations.

« Donc, explique Guillaume Ancel, reprendre cette opération de dévastation en expliquant que c’est pour libérer les otages, c’est absolument inouï, inacceptable, insupportable. Au fond, le Hamas est le meilleur ennemi de Netanyahu. »   

« 50 000 morts, c’est un chiffre qui fait froid dans le dos et qui traduit bien l’horreur de ce qui se passe à Gaza », s’alarme Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France. Depuis de nombreux mois, l’ONG n’a de cesse d’alerter sur ce qu’elle qualifie de génocide, commis par l’armée israélienne à l’encontre de la population palestinienne, un drame « qui n’a jamais cessé puisque même depuis la courte trêve, on a continué à assister à des actes de nature génocidaire : meurtres de la population, atteintes à l’intégrité physique et morale». 

Parmi les dizaines de milliers de blessés se trouvent de nombreux enfants amputés dans des conditions abominables dont l’absence totale d’anesthésie, selon les témoignages des humanitaires présents sur place, mais aussi des milliers d’enfants traumatisés par cette guerre. Selon les décomptes de Guillaume Ancel, lui-même ancien artilleur, les bombardements ont largement dépassé les 95% de « victimes collatérales ». Un taux très élevé qui complexifie la compréhension des objectifs de guerre israéliens.

« Le bilan de l’agression israélienne atteint 50 021 martyrs et 113 274 blessés depuis le 7 octobre 2023 », a indiqué dans un communiqué le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza ce dimanche 23 mars. Des statistiques jugées fiables par les Nations unies.  

Le cessez-le-feu signé le 15 janvier dernier avait redonné de l’espoir aux Palestiniens mais aussi à une grande partie des Israéliens, dont les familles des otages toujours détenus dans la bande de Gaza. Pourtant, en quelques heures à peine le 18 mars, il a volé en éclats et Israël a perpétré ce que le quotidien Haaretz considère comme « le plus grand massacre d’enfants » de l’histoire du pays : deux cents enfants, cent femmes, plus de 400 tués au total en une seule journée. Après un peu plus de dix-huit mois de guerre, 50 000 Palestiniens sont ainsi morts dans l’enclave palestinienne, dont 70% de femmes et d’enfants. Un chiffre sans précédent dans notre histoire contemporaine, mais pourtant sous-estimé d’environ 40% par rapport aux ceux diffusés par le ministère de la Santé du Hamas, affirmait en janvier 2024 une étude de la revue The Lancet. 

« Un chiffre qui traduit l’horreur de ce qui se passe à Gaza »

« En fait, compte tenu de la violence des bombardements et surtout des munitions qui ont été utilisées, pour moitié des bombes d’une tonne fournies gracieusement par les États-Unis, je pense qu’on a largement dépassé les 100 000 morts. Un bombardement, c’est fait pour tuer au moins une personne. Alors quand on a fait 100 000 bombardements comme l’ont fait les Israéliens sur la bande de Gaza, on est forcément à plus de 100 000 morts. Sinon, ça veut dire que les bombardements ne servaient à rien. Et quand on est à 100 000 morts dans des bombardements, on a mécaniquement trois fois et demie plus de blessés, donc on est autour de 500 000 victimes », analyse Guillaume Ancel*, ancien officier et chroniqueur de guerre. Il explique qu’utiliser une bombe d’une tonne n’a d’autre objectif que celui de tout dévaster, de ne rien cibler précisément. « Chaque fois qu’on frappe, on sait très bien que c’est uniquement fait pour tuer. » 

Un nombre de morts démesuré que les autorités israéliennes nomment « victimes collatérales ». Des victimes collatérales qui sont dorénavant des victimes principales. Lors de l’attaque du 18 mars, 137 civils ont été tués pour un combattant du Hamas ou du Jihad islamique. D’aucun en effet ne peut admettre que des nourrissons et des enfants puissent être des cibles de guerre car membres du Hamas. Le Premier ministre israélien avait expliqué dès le début de la guerre ses deux objectifs : « éradiquer le Hamas et libérer les otages ». Or, jamais une organisation terroriste n’a été détruite par la seule voie militaire, car des bombardements ne peuvent à eux seuls détruire une idéologie. Quant aux otages, la seule fois où certains d’entre eux ont été libérés fut dans le cas de négociations. « Donc, explique Guillaume Ancel, reprendre cette opération de dévastation en expliquant que c’est pour libérer les otages, c’est absolument inouï, inacceptable, insupportable. Au fond, le Hamas est le meilleur ennemi de Netanyahu. »   

« 50 000 morts, c’est un chiffre qui fait froid dans le dos et qui traduit bien l’horreur de ce qui se passe à Gaza », s’alarme Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France. Depuis de nombreux mois, l’ONG n’a de cesse d’alerter sur ce qu’elle qualifie de génocide, commis par l’armée israélienne à l’encontre de la population palestinienne, un drame « qui n’a jamais cessé puisque même depuis la courte trêve, on a continué à assister à des actes de nature génocidaire : meurtres de la population, atteintes à l’intégrité physique et morale». 

Parmi les dizaines de milliers de blessés se trouvent de nombreux enfants amputés dans des conditions abominables dont l’absence totale d’anesthésie, selon les témoignages des humanitaires présents sur place, mais aussi des milliers d’enfants traumatisés par cette guerre. Selon les décomptes de Guillaume Ancel, lui-même ancien artilleur, les bombardements ont largement dépassé les 95% de « victimes collatérales ». Un taux très élevé qui complexifie la compréhension des objectifs de guerre israéliens.

Une opération de dévastation 

Ce 21 mars, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est indigné de ces nouvelles attaques israéliennes à Gaza, appelant à la restauration immédiate du cessez-le-feu et à une assistance humanitaire urgente. Le chef de l’ONU a réitéré que « l’escalade n’est pas la solution » et qu’« il n’existe pas de solution militaire à ce conflit ».

Mais Israël ne l’entend pas de cette manière à en croire les dernières déclarations du gouvernement. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, conscient que la guerre le maintien au pouvoir, et Donald Trump avaient promis « l’enfer » en cas de non-libération des derniers otages détenus depuis le 7 octobre 2023. 

Un enfer qui, en un an et demi, a non seulement tué 50 000 Palestiniens (l’équivalent de 1,7 million de Français au regard des 68 millions d’habitants) mais a aussi détruit la bande de Gaza à plus de 80%. Plus de 50 millions de tonnes de débris, des infrastructures anéanties, plus d’électricité ni d’eau potable.

« C’est absolument atterrant de voir Benyamin Netanyahu reprendre cette guerre qui n’est pas une guerre, puisqu’une guerre, c’est quand on s’oppose militairement à une partie, poursuit l’ancien militaire. Là, c’est une opération de dévastation qui n’a d’autre but que d’anéantir non pas le Hamas, mais toute la bande de Gaza. Ça s’appelle une déportation. » 

Et Tel Aviv ne fait visiblement plus de différences entre le Hamas et les Palestiniens de la bande de Gaza, ce qui est, en droit international, un crime contre l’humanité. « C’est comme si on avait assimilé l’Allemagne au nazisme », pointe Guillaume Ancel. 

La guerre s’enlisant dans le temps, la catastrophe humanitaire endurée par les Palestiniens finit par passer au second plan. Quant aux victimes, elles sont le plus souvent anonymisées, invisibilisées. « Je pense qu’il y a un parti pris d’emblée, note Anne Savinel-Barras. Nous nous attachons toujours à dénoncer autant les crimes commis à l’encontre de la population palestinienne que ceux qui ont été commis par le Hamas et les groupes armés contre la population israélienne. Des victimes civiles sont des victimes civiles, quel que soit le camp dans lequel on se trouve. Là, on assiste en fait à une mise en avant des crimes atroces commis par le Hamas et les groupes armés palestiniens sur la population israélienne. Comme si cet événement-là, ces crimes-là, devaient excuser les autres. Mais je ne connais pas de crimes qui en excusent d’autres ». 

L’Union européenne aphone

Face à la dévastation de la bande de Gaza et au nombre croissant de morts, l’Union européenne, qui s’est toujours proclamée en faveur du droit international, refuse jusqu’à présent de condamner les bombardements ou de dénoncer le blocus de l’aide humanitaire dans l’enclave. « Depuis trop longtemps, l’UE est divisée sur la réponse à apporter face au génocide israélien à Gaza, certains États membres continuant de livrer des armes et des munitions à Israël, en violation de leurs obligations de prévenir le génocide et de garantir le respect des Conventions de Genève. Il faut que cela cesse sur-le-champ », alerte Amnesty International. 

L’UE étant le premier partenaire commercial d’Israël, en cas de sanctions, Israël serait très rapidement obligé de changer de comportement. Même s’il pourrait demander aux États-Unis de continuer à financer ses sociétés, ce que fait par ailleurs Washington depuis un an et demi. Sans l’aval et le soutien de l’administration américaine, la guerre cesserait immédiatement. Donald Trump « soutient pleinement Israël et l’armée israélienne et les actions entreprises ces derniers jours » à Gaza, a déclaré jeudi 20 mars la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.  

« Ce que je trouve inquiétant, c’est effectivement le silence assourdissant des Européens. Il y a très clairement un deux poids deux mesures quand on constate leur position par rapport à l’Ukraine. Pourquoi quand on parle de l’Ukraine, on est tous derrière le fait qu’il faut sanctionner Poutine. Mais quand on parle d’Israël, il y a une espèce de silence angoissé, de surtout ne rien dire contre Israël », s’interroge Guillaume Ancel. 

Le nouveau siège total imposé par Israël à Gaza depuis le 2 mars bloque l’entrée de l’aide humanitaire, des médicaments et des marchandises, y compris le carburant et les denrées alimentaires, en violation flagrante du droit international. Bien que la Cour internationale de justice (CIJ) ait clairement expliqué qu’il incombe aux États tiers d’empêcher le commerce et les investissements qui contribuent au maintien de l’occupation illégale, l’UE continue de commercer avec les colonies israéliennes et d’y investir. 

Les États membres de l’UE n’ont pas non plus adopté de mesures dans la foulée des arrêts de la Cour internationale de justice dans l’affaire intentée par l’Afrique du Sud pour violations présumées de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, arrêts dans lesquels la Cour a estimé, en janvier 2024, qu’il existait un risque plausible de génocide à l’encontre des Palestiniens dans la bande de Gaza. 

Cette guerre qui s’éternise laisse un goût amer quant à une solution à deux États, prônée par les diplomaties occidentales, mais aussi arabes et étrangères. Deux jours après l’attaque du 7-Octobre, le quotidien Haaretz rapportait dans un article une déclaration produite par Benyamin Netanyahu en 2019 : « Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et fournir de l’argent au Hamas. C’est notre stratégie. » Une « stratégie » à laquelle font écho les propos tenus le 21 mars dernier par Israël Katz, le ministre israélien de la Défense : « Si le groupe terroriste Hamas continue de refuser de libérer les otages, j’ai donné l’ordre à Tsahal de prendre davantage de territoires (…) en assurant une occupation permanente du territoire par Israël ».

Pour la présidente d’Amnesty International France, « l’objectif du gouvernement israélien aujourd’hui est de faire disparaître les populations de ce territoire, d’avoir un contrôle complet sur la bande de Gaza et de faire en sorte que le gouvernement puisse avoir la mainmise sur Gaza, comme il tente de le faire d’ailleurs en Cisjordanie ».   

L’armée israélienne a lancé ce dimanche 23 mars une offensive à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, tout en poursuivant ses opérations dans le nord. « Ce n’est plus de la vengeance [après l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 qui a fait 1 218 morts israéliens, NDLR], c’est du massacre, c’est de la dévastation », conclut Guillaume Ancel. Parallèlement de plus en plus d’Israéliens manifestent contre le gouvernement de Benyamin Netanyahu et pour la fin de guerre dans la bande de Gaza, persuadés que les combats ont repris pour des raisons politiques. Au grand dam de la population palestinienne décimée au fur et à mesure que la guerre se poursuit. « Le 7-Octobre a remis fermement la question palestinienne, donc de l’Etat palestinien, à l’ordre du jour de la “communauté internationale”, écrit Elie Barnavi**, ancien ambassadeur d’Israël en France. Si une telle chose existe, il serait urgent qu’elle se manifeste. » 

RFI

Petites leçons sur la guerre. Comment défendre la paix sans avoir peur de se battre. Éditions Autrement.  

** Extrait du hors-série L’Histoire, collection, n°106. 

Abdelmadjid Tebboune tend la main à Emmanuel Macron

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Drapeau Algérie France

C’est un signe d’apaisement dans les tensions entre Alger et Paris, et c’est le président algérien Abdelmadjid Tebboune qui a fait le premier pas en déclarant : « Mon unique point de repère, c’est le président Macron », une déclaration faite durant une longue interview accordée à la télévision nationale algérienne, le samedi 22 mars.

Les autorités françaises ont salué cette volonté du président algérien de renouer des liens.

Respecter les canaux officiels : à savoir des échanges directs entre présidents et sinon déléguer uniquement aux ministres des Affaires étrangères. Si Abdelmadjid Tebboune a tendu la main, propose à Paris de sortir de la crise diplomatique en cours, c’est en respectant les codes que le chef de l’État algérien souhaite le faire.

« Je dirais trois mots pour ne pas tomber dans ce brouhaha, ce capharnaüm politique là-bas. Nous, on garde comme point de repère, et l’unique point de repère, pour moi, c’est le président Macron. Nous travaillons ensemble. Il y a eu, c’est vrai, un moment d’incompréhension, mais il reste le Président de la République française. Tous les problèmes doivent se régler avec lui ou avec la personne qu’il délègue, à juste titre, dans ses prérogatives, à savoir le ministre des Affaires étrangères. Ces deux États indépendants – une puissance européenne, une puissance africaine – les deux présidents travaillent ensemble, c’est tout. Tout le reste ne nous concerne pas », a déclaré le président algérien.

Sans le citer, Abdelmadjid Tebboune vise directement le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Ce dimanche 23 mars, en expliquant qu’il n’y a aucune tension entre les ministres sur l’Algérie, et qu’il y a une vision commune partagée avec Emmanuel Macron, la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, a salué la déclaration du président algérien.

« Vous ne pouvez pas trouver de solution avec l’Algérie si vous ne parlez pas à l’Algérie. Il faut donc sortir de cette affaire par le dialogue. Moi, j’ai entendu que le président Tebboune avait fait un petit signe vis-à-vis d’Emmanuel Macron. C’est très bien. Voilà une façon de renouer le dialogue et d’échanger sur les sujets qui sont les sujets sensibles entre les deux présidents. C’est un bon signal », a déclaré, pour sa part, la porte-parole du gouvernement français.

Recherche commune de l’apaisement, reste que les conflits entre Alger et Paris sont multiples, complexes et que cette crise diplomatique est jugée comme la plus grave, depuis l’indépendance de l’Algérie, par de nombreux observateurs.

« Des enjeux communs imposent aux deux pays de dépasser les tensions »

Joint par RFI, Brahim Oumansour, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques, le respect mutuel entre les deux pays et le retour à des canaux diplomatiques de haut niveau sont essentiels.  

« Il y a un signe, en tout cas, d’ouverture vers le dialogue et un appel, surtout, à discuter, à traiter cette crise que je considère la plus grave entre les deux pays via les canaux diplomatiques. Je crois que c’est cela, peut-être, la condition qui a été fixée par le président algérien pour éviter le pire, éviter une rupture qui n’est pas souhaitable des deux côtés de la Méditerranée, dans un environnement très instable et marqué par des tensions entre Alger et Rabat, l’instabilité au Sahel et il y a aussi des enjeux sécuritaires au niveau de la Méditerranée, trafic de drogue, terrorisme… Tous ces enjeux communs imposent, aux deux pays, de maintenir une coopération, de dépasser les tensions. Tous ces différents sujets imposent bien évidemment à ces deux États de poursuivre le dialogue avec le respect mutuel. »

RFI

L’APN met en place une commission pour criminaliser le colonialisme

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APN

Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Ibrahim Boughali, a annoncé, ce dimanche, la mise en place d’une commission spéciale chargée de l’élaboration d’un projet de loi criminalisant le colonialisme.

Lors d’une journée parlementaire consacrée à cette question, Boughali a souligné que cette initiative bénéficie d’un large consensus parmi les différentes forces politiques du pays. Il a rappelé que ce projet constitue un hommage à toutes les générations ayant lutté pour la souveraineté nationale, depuis la résistance contre l’occupation jusqu’à la glorieuse Révolution de libération nationale.

Le président de l’APN a affirmé que « la mémoire de notre nation ne saurait être considérée comme une monnaie d’échange, mais plutôt comme un devoir moral et historique visant à honorer les sacrifices du peuple algérien ». Il a ajouté que cette loi vise à « révéler la vérité et faire reconnaître les crimes commis contre l’humanité, l’environnement et le patrimoine urbain ».

Pour assurer l’efficacité de ses travaux, la commission spéciale disposera des moyens adéquats et pourra solliciter l’expertise de spécialistes du droit, d’historiens et d’experts en mémoire nationale. L’étude portera sur la période de la colonisation française, de 1830 à 1962, et visera à documenter les exactions et les crimes commis contre le peuple algérien.

Boughali a salué les efforts de certains intellectuels français qui, malgré les pressions et les tentatives de censure, continuent de documenter les crimes coloniaux et de dénoncer leur gravité.

Il a rappelé les propos du président Abdelmadjid Tebboune, qui avait affirmé que « la mémoire ne s’érode pas avec le temps ni l’oubli. Elle ne fait l’objet d’aucune concession ni compromis et demeurera au cœur de nos préoccupations jusqu’à ce qu’elle soit traitée objectivement et équitablement, conformément à la vérité historique ».

Un projet récurrent dans le débat parlementaire

Ce projet de loi n’est pas une initiative nouvelle. Selon Boughali, pas moins de cinq propositions similaires ont été déposées au Parlement au cours des législatures précédentes, témoignant de l’importance accordée par les représentants du peuple à cette question.

Le président de l’APN a également rappelé que cette démarche s’inscrit dans un cadre plus large, puisque l’Union africaine a officiellement classé l’esclavage, la déportation et le colonialisme comme des crimes contre l’humanité et des actes de génocide à l’égard des peuples africains, lors de sa 38ᵉ session ordinaire des chefs d’État et de gouvernement.

La commission de rédaction du projet de loi est composée de représentants des principaux groupes parlementaires :

Le projet de loi suivra les étapes législatives habituelles : il sera d’abord soumis à la Commission juridique pour examen et amendements éventuels avant d’être présenté en séance plénière pour vote.

Un contexte marqué par des tensions diplomatiques

Cette annonce intervient dans un climat de crispation entre Alger et Paris, marqué par une détérioration des relations depuis novembre 2024. Après des années de tergiversations et de reports, le lancement officiel de ce projet de loi marque une étape décisive dans la gestion de la mémoire nationale et des relations algéro-françaises.

Samia Naït Iqbal

Tebboune promet un dialogue national et se défend de tout « autoritarisme »

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Tebboune face à la presse

Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a réitéré son engagement à maintenir le caractère social de l’Etat et à ouvrir un dialogue national inclusif, souhaitant que ce dialogue serve les intérêts supérieurs du pays.

Lors de son entrevue périodique avec les médias, diffusée samedi soir sur les chaînes de télévision et de radio nationales, le président de la République a précisé qu’il s’adressait à l’opinion publique nationale à l’intérieur du pays et à l’étranger à travers un dialogue « ouvert et franc » sur l’actualité sociale, économique et politique.

Concernant l’actualité nationale, le président de la République a réitéré son engagement à maintenir le caractère social de l’Etat et à réaliser davantage d’acquis, notamment au profit des jeunes, qui sont « l’essence même du pays », et ce, « par fidélité aux chouhada de la Révolution de libération et à la Déclaration du 1er Novembre ».

A ce titre, le président de la République a réitéré son engagement à poursuivre l’augmentation progressive des salaires et de l’allocation chômage, saluant le sens élevé du patriotisme chez la jeune génération qui est « fière de son pays ».

« La valorisation des salaires se poursuivra en fonction de la situation économique du pays et dans des proportions raisonnables, sans déséquilibrer le budget de l’Etat », a-t-il expliqué.

A cette occasion, le président de la République a tenu à saluer « le retour de l’esprit patriotique chez les jeunes d’aujourd’hui, jaloux et fiers de leur pays, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger ».

Les jeunes Algériens sont « fiers des produits de leur pays, reconnus pour leur qualité », a-t-il dit, ajoutant que c’est « une source de fierté et une preuve du patriotisme dont fait preuve la génération actuelle ».

« Nous vivons aujourd’hui dans une Algérie nouvelle. Le mérite ne revient pas seulement au président de la République ou au Gouvernement, mais aussi à toutes les Algériennes et à tous les Algériens », a-t-il soutenu.

Le président de la République a également réaffirmé son engagement à ouvrir un dialogue national fin 2025 ou début 2026, souhaitant que ce dialogue profite au pays.

Sur le choix de cette date, le président de la République a expliqué : « Je pense que d’ici là, nous aurons résolu presque tous les problèmes hérités et comblé toutes les lacunes, ce qui nous permettra de nous consacrer aux questions politiques inclusives », souhaitant que ce dialogue « profite au pays et non aux personnes ».

Saluant « l’évolution significative » du niveau de conscience collective, le président de la République a relevé que la majorité des jeunes universitaires avaient « la capacité d’analyser les événements.

L’Etat sanctionnera quiconque touche à la stabilité du pays

Le président de la République a, par ailleurs, affirmé que l’Etat sanctionnera quiconque touche à la stabilité du pays, à l’unité nationale et aux valeurs de la société algérienne sous couvert de « liberté d’expression ».

Il a précisé que « la liberté d’expression par la critique n’a jamais été interdite en Algérie, mais cela n’autorise pas de porter atteinte aux traditions et à la culture authentique de notre société », insistant sur « le rejet catégorique de tout ce qui est susceptible de toucher aux spécificités des différentes régions du pays et à l’unité nationale ».

En ce qui concerne les critiques adressées à l’Algérie sur la question de la liberté d’expression, le président de la République a affirmé que ces critiques visaient principalement à « déstabiliser le pays », soutenant que « quiconque emprunte cette voie est un agent et fait partie de la cinquième colonne ».

Evoquant la notion de démocratie, le président de la République a expliqué que « privilégier une opinion par rapport à une autre en se basant sur des principes biaisés serait injuste et contraire aux fondements et valeurs de notre société ».

L’Algérie « n’est pas un Etat totalitaire » comme certains tentent de le faire accroire sous couvert de « liberté d’expression », a insisté le président de la République, ajoutant que la société algérienne a « ses spécificités qu’il faut respecter ».

Le président de la République s’est en outre interrogé sur le deux poids deux mesures appliqué à la notion de liberté d’expression, en référence aux journalistes suspendus pour avoir parlé de la situation en Palestine.

« C’est ce qu’ils essaient de faire avec nous, mais ils ne nous feront pas taire », a-t-il assuré.

Le président de la République a, par ailleurs, affirmé que l’Etat était à pied d’œuvre pour généraliser la numérisation avant fin 2025, précisant que « les Etats modernes reposent sur des données exactes, avec une faible marge d’erreur ».

Concernant les relations algéro-françaises, le président de la République a affirmé que le contentieux entre l’Algérie et la France « a été créé de toutes pièces ».

« On garde comme unique point de repère, le Président Macron. Nous travaillons ensemble. Tous les problèmes doivent se régler soit avec lui ou avec la personne qu’il délègue, en l’occurrence son ministre des Affaires étrangères, à juste titre », a-t-il précisé.

« Le dossier est entre les mains de quelqu’un de très compétent qui a toute ma confiance, en l’occurrence le ministre des Affaires étrangères, M. Ahmed Attaf », a ajouté le président de la République.

Il a indiqué, en outre, que l’Algérie et la France « sont deux Etats indépendants : une puissance africaine et une puissance européenne et deux Présidents travaillant ensemble. Tout le reste ne nous concerne pas », a-t-il martelé.

APS

Abdelmadjid Tebboune : entre déclarations et réalité

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Tebboune

Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, au cours de son intervention télévisée, que l’Algérie avait réalisé de grands progrès dans divers domaines, notamment la sécurité alimentaire et hydrique. Pourtant ces déclarations sont régulièrement rattrapées par les faits.

Il a mis en avant l’augmentation de la production agricole et les projets liés à la dessalement de l’eau de mer, à l’interconnexion des barrages, et à l’exploitation des nappes phréatiques. Cependant, plusieurs de ses promesses sont restées non tenues et des violations de l’État de droit sont à déplorer. Au-delà de la sécheresse qui touche quand même toute l’Afrique du Nord, l’eau reste une denrée rare dans plusieurs régions du pays.

Evidemment, Abdelmadjid Tebboune a promis que l’Algérie atteindrait l’autosuffisance dans la production de blé dur d’ici 2025, mais cette affirmation semble encore incertaine, compte tenu des difficultés persistantes dans le secteur agricole.

De même, bien que le président souligne la réduction de la dépendance du pays vis-à-vis de l’étranger et les «grands progrès» réalisés, les agriculteurs et investisseurs continuent de faire face à des obstacles structurels tels que des difficultés d’accès au financement, des réglementations bureaucratiques et un manque de soutien réel sur le terrain. L’écosystème de production, de stockage et de distribution est en butte à de sérieux problèmes d’organisation. Ces derniers témoignent de l’incapacité de l’État à mettre en œuvre efficacement ses politiques et à les déployer sur le terrain.

Concernant la filière laitière, M. Tebboune avait annoncé que l’autosuffisance serait atteinte «d’ici deux ans», grâce à un projet d’investissement à Adrar en partenariat avec des investisseurs qataris. Toutefois, les défis structurels (là encore) dans ce secteur – en particulier la rareté des ressources en eau et le manque d’infrastructures adaptées – remettent en cause cette promesse, alors que la dépendance aux importations de produits laitiers reste élevée.

Le chef de l’Etat a aussi fait part de ses efforts pour lutter contre la spéculation, mais les actions concrètes dans ce domaine semblent insuffisantes. Le secteur informel domine largement le commerce. Il en est même du marché de la devise dont les cambistes proposent leurs billets en pleine rue et à proximité des banques sans qu’aucune autorité publique n’y trouve à redire. Alors oui, il y a des condamnations… Bien que les sanctions soient sévères, allant jusqu’à 30 ans de prison, le phénomène de la spéculation continue de prospérer, notamment dans les zones urbaines où les prix des produits de première nécessité restent exorbitants, créant une pression sur les citoyens.

En matière de gestion de l’eau, M. Tebboune a évoqué des projets ambitieux de transfert d’eau entre barrages et d’exploitation des eaux souterraines. Cependant, ces projets, qui nécessitent des investissements colossaux et une gestion rigoureuse, se heurtent souvent à la lenteur administrative et à des retards dans leur mise en œuvre, menaçant de rendre ces initiatives inefficaces. L’État n’a toujours pas mis en place des mécanismes de suivi et de transparence suffisants pour garantir l’exécution correcte de ces projets.

Enfin, la promesse de renforcer l’État de droit et la lutte contre la corruption, un sujet qu’il a fréquemment abordé, reste également un vœu pieux. L’Algérie continue de faire face à de nombreuses violations des droits humains, à des atteintes flagrantes à la liberté de la presse et à la répression des voix dissidentes, comme en témoigne la persistance des arrestations de militants et journalistes, et l’absence de réformes judiciaires concrètes pour garantir l’indépendance de la justice.

Les quelque 240 détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons arbitrairement sont là pour rappeler que les pratiques autoritaires et les violations des libertés fondamentales continuent de marquer la gouvernance actuelle.

En clair, Abdelmadjid Tebboune s’est offert tous les satisfécits qu’il pouvait. Cependant, malgré des déclarations sur de prétendues avancées majeures dans divers secteurs, les promesses de M. Tebboune ont souvent été suivies d’échecs ou de retards, tandis que les violations des principes fondamentaux de l’État de droit restent préoccupantes, mettant en lumière une déconnexion entre les discours politiques et la réalité vécue par les citoyens.

Yacine K.

Tebboune joue l’apaisement avec la France et rassure la communauté algérienne

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Tebboune

Lors de sa rencontre régulière avec la presse nationale, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, s’est exprimé sur les relations algéro-françaises, marquées ces derniers mois par des tensions et des incompréhensions.

Dans un discours résolument tourné vers l’apaisement, il a clarifié la situation en insistant sur l’importance du dialogue et de la coopération avec son homologue français, Emmanuel Macron, qu’il considère comme l’interlocuteur clé dans le règlement de cette crise diplomatique.

Un appel à la désescalade

L’heure est manifestement à la désescalade. Abdelmadjid Tebboune balaye les petites phrases vipérines de Bruno Retailleau et se recentre sur l’essentiel. Dans son intervention, il a tenu à dissiper toute idée d’une crise profonde et durable entre les deux nations. Il a affirmé que cette situation était « entièrement fabriquée », évitant ainsi de pointer du doigt un responsable en particulier. « Il y a eu un malentendu, mais Emmanuel Macron reste le président de la France, et tous les problèmes doivent être résolus avec lui ou avec la personne qu’il délègue, c’est-à-dire les ministres des Affaires étrangères », a-t-il expliqué.

Cette déclaration marque une volonté claire de relancer le dialogue et d’éviter toute escalade inutile. Il a également rappelé que le dossier des relations avec la France était entre de bonnes mains, faisant confiance au ministre algérien des Affaires étrangères pour mener à bien les discussions et parvenir à une issue favorable.

Deux nations indépendantes et partenaires

Insistant sur l’importance de la relation entre les deux pays, le chef de l’Etat a souligné que l’Algérie et la France sont deux puissances, l’une en Afrique et l’autre en Europe, et que les chefs d’État ont la responsabilité de travailler ensemble. « Tout le reste n’a aucune importance », a-t-il tranché, minimisant ainsi les polémiques récentes.

Il a également évoqué la position française sur la question du Sahara occidental, rappelant que la notion d’« autonomie » défendue aujourd’hui par certains était à l’origine une idée française. Cependant, il a tenu à préciser que les relations historiques entre la France et le Maroc ne posaient aucun problème à l’Algérie. « La France n’a jamais caché ses relations avec le Maroc, et cela ne nous a jamais dérangés, et cela ne nous dérange toujours pas », a-t-il affirmé avec sérénité.

Un message fort à la communauté algérienne en France

Abdelmadjid Tebboune a tenu à adresser un message de réassurance à la communauté algérienne vivant en France. « Nous sommes là et personne ne leur fera de mal », a-t-il soutenu avec fermeté, soulignant que leurs droits seront protégés. Il a toutefois rappelé l’importance du respect des lois du pays d’accueil, en écho aux déclarations d’Emmanuel Macron, qui avait lui aussi affirmé son respect pour ceux qui vivent en paix en France.

Par cette intervention, Abdelmadjid Tebboune cherche à ouvrir une nouvelle page dans les relations entre Alger et Paris, misant sur le dialogue et la coopération pour surmonter les différends récents. En recentrant le débat sur l’essentiel et en évitant les accusations, il pose ainsi les bases d’un rapprochement fondé sur le respect mutuel et les intérêts communs.

Samia Naït Iqbal

Tebboune : Macron est mon alter ego ! (Vidéo)

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Tebboune

La miniconférence de presse accordée par Abdelmadjid Tebboune à la télé algérienne laisse augurer une baisse sensible de tension entre la France et l’Algérie.

Est-ce le début de l’apaisement souhaité par tous entre nos deux pays ? Il faut l’espérer car il faut bien l’avouer ces chicanes qui frisent souvent l’infantilisme ne font qu’angoisser les citoyens d’en bas, de part et d’autre de la Méditerranée. 

De but en blanc, Tebboune fait de Macron son alter ego. Il faut, a-t-il dit, « savoir raison garder, nous avons d’excellentes relations, beaucoup d’amis (en France) qui aiment l’Algérie ». « Emmanuel Macron est mon alter ego, on a eu des moments de sirocco, des moments de froid mais c’est avec lui que je travaille », appuie-t-il.

« Pour ne pas tomber dans le brouhaha ni le capharnaüm politique là-bas (en France), je dirais seulement trois mots : nous on garde comme unique point de repère le président Macron », a asséné le chef de l’Etat algérien. « Il y a eu un moment d’incompréhension, mais il reste le président français et tous les problèmes doivent se régler avec lui ou avec la personne qu’il délègue, à savoir les ministres des Affaires étrangères entre eux », a-t-il poursuivi. Grand moment de communion donc en perspective !

Pour M. Tebboune, le contentieux actuel a été « créé de toutes pièces » mais désormais « il est entre de bonnes mains ». Il a cité notamment le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, « qui a toute ma confiance ». Plusieurs communiqués de son ministère ont décrit l’Algérie comme victime d’une cabale de « l’extrême droite française revancharde et haineuse ».

« On est face à deux Etats indépendants, une puissance européenne et une puissance africaine, et on a deux présidents qui travaillent ensemble, tout le reste ne nous concerne pas », a ajouté M. Tebboune.

Quid du cas Boualem Sansal ?

M. Macron a demandé fin février à M. Tebboune de « régler » le cas Sansal pour « rétablir la confiance » mutuelle, disant s’inquiéter pour la santé de l’intellectuel, atteint d’un cancer, pour lequel le Parquet de Dar El-Beida a requis 10 ans de prison ferme avec un verdict prévu jeudi prochain.

En déplacement à Bruxelles, le président français a dit jeudi 20 mars souhaiter « une issue rapide » et que l’écrivain « puisse retrouver la liberté ». « J’ai confiance dans le président Tebboune et sa clairvoyance pour savoir que tout ça (les accusations contre Sansal) n’est pas sérieux », a dit M. Macron.

Quand on sait que les moindres déclarations sont analysées au microscope électronique, la sortie de M. Tebboune laisse présager de meilleurs lendemains. Si tant est que de part et d’autre on cesse cette surenchère d’infantilisme et de bagarres de cours de récréation. La France et l’Algérie méritent mieux !

Nouvelle lune miel ou nième accalmie entre nos deux pays ? Wait end see. 

Kacem Madani

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