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Tunisie : la ministre de la Justice face au déni de la crise carcérale

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Leila Jaffel et Kais Saied
Leila Jaffel, la ministre de la Justice et Kaïs Saied. Crédit photo : DR

Ministre de la Justice depuis 2021, Leila Jaffel est aujourd’hui l’une des figures centrales du dispositif institutionnel mis en place par le président Kaïs Saïed. Ancienne magistrate, passée par plusieurs niveaux de la hiérarchie judiciaire, elle incarne désormais une politique judiciaire largement contestée pour son alignement sur l’exécutif et son rapport conflictuel aux droits fondamentaux.

Lors des débats parlementaires sur la Loi de finances 2026, la ministre a été interpellée sur plusieurs dossiers sensibles : surpopulation carcérale, recours massif à la détention provisoire, poursuites engagées sur la base du décret-loi 54, grèves de la faim et conditions de détention. À ces critiques, elle a répondu en minimisant les faits et en mettant en cause les intentions de leurs auteurs.

Une situation carcérale documentée

La surpopulation des prisons tunisiennes est pourtant établie par plusieurs rapports indépendants. En mai 2025, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a publié un rapport détaillant la dégradation avancée des établissements pénitentiaires entre 2022 et 2025. Infrastructures vétustes, hygiène défaillante, soins insuffisants et promiscuité extrême y sont décrits.

Dans plusieurs prisons, l’espace disponible par détenu ne dépasse pas 2 m², alors que les normes internationales recommandent un minimum de 4 m². Des établissements comme Mornaguia, Sfax ou Manouba dépassent largement leur capacité d’accueil, avec des taux d’occupation supérieurs à 150 %.

Face à ces constats, la ministre reconnaît l’existence d’un problème mais estime qu’il est exagéré par une « campagne » menée sur les réseaux sociaux, visant selon elle à nuire à l’image du pays. Une position qui tranche avec les données produites par les organisations de défense des droits humains.

Détention provisoire et engorgement judiciaire

L’un des facteurs majeurs de la surpopulation carcérale reste le recours étendu à la détention provisoire. En 2022, plus de la moitié des personnes incarcérées en Tunisie se trouvaient en attente de jugement définitif. Cette pratique, censée rester exceptionnelle, est devenue structurelle.

Pour Leila Jaffel, ces procédures sont conformes au cadre légal et nécessaires au bon déroulement des enquêtes. Les délais prolongés sont jugés « raisonnables ». Les critiques, elles, soulignent les atteintes au principe de présomption d’innocence et l’absence de garanties effectives contre l’arbitraire.

Indépendance de la justice en question

La ministre rejette également les accusations de pressions exercées sur les magistrats, notamment dans les affaires liées aux accusations de complot contre la sûreté de l’État. Ces inquiétudes, exprimées par des juges et des avocats, seraient selon elle infondées et relèveraient d’une construction politique.

Dans les faits, le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature et les mutations de magistrats opérées ces dernières années ont alimenté les doutes sur l’indépendance du pouvoir judiciaire. Le recours à une législation datant de 1967 pour encadrer certaines pratiques est régulièrement dénoncé comme incompatible avec les principes contemporains de séparation des pouvoirs.

Silence sur les morts en détention

Les grèves de la faim et les décès survenus en milieu carcéral constituent un autre point de tension. Des organisations indépendantes affirment avoir documenté plusieurs cas de morts suspectes et dénoncent les obstacles aux visites de prisons et aux enquêtes indépendantes. Là encore, le discours officiel se caractérise par la minimisation et le refus de reconnaître l’ampleur du problème.

Un malaise institutionnel durable

Au-delà des déclarations de la ministre, c’est l’état général de la justice tunisienne qui interroge. L’alignement de l’institution judiciaire sur l’exécutif, la restriction des libertés et le refus d’un débat transparent sur les conditions de détention traduisent un malaise institutionnel profond.

Dans un contexte politique marqué par la concentration des pouvoirs, la gestion de la crise carcérale et judiciaire apparaît moins comme une priorité que comme un révélateur des limites actuelles de l’État de droit en Tunisie.

Mourad Benyahia 

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Road trip de surprises : deux vidéastes français expulsés d’Algérie !

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Deux vidéastes français expulsés d'Algérie
Les deux vidéastes français expulsés d'Algérie

Len et Jerry, deux vidéastes français, avaient choisi l’Algérie pour son horizon vaste et ses paysages vivants, loin des clichés qui collent à l’image du pays à l’étranger. Le duo, suivi par plusieurs centaines de milliers d’abonnés sur YouTube et Instagram, voulait offrir une autre vision : une Algérie humaine, accueillante, authentique. Mais ce qui devait être un voyage de découvertes s’est transformé en une expérience brutale, faite d’arrestation, d’interrogatoire et d’expulsion.

Le road trip avait commencé comme prévu, entre montagnes kabyles et villages authentiques, caméras en main, sourire aux lèvres, carnet de notes dans le sac à dos. Len et Jerry multipliaient les rencontres, échangeaient avec les habitants, captaient les couleurs, les sons, les gestes, la vie quotidienne d’une Algérie que peu d’Occidentaux connaissent. Chaque image, chaque plan, devait déconstruire les préjugés, raconter le pays autrement, montrer combien ce pays est magnifique et ses habitants, accueillants et chaleureux…

Mais le tournage a été brutalement interrompu. Alors qu’ils s’apprêtaient à filmer un coucher de soleil dans un village de Kabylie, une quinzaine d’hommes en civil les ont interpellés. « On ne comprenait pas ce qui se passait », raconte Jerry dans une vidéo publiée après leur retour. « On a eu la peur de notre vie. » Les deux jeunes hommes ont été conduits dans un centre d’interrogatoire, où la tension et l’incompréhension ont dominé. Les interrogatoires commencent. Les caméras, les téléphones, les carnets ont été saisis, et après plusieurs heures, ils ont été renvoyés en France, leur aventure écourtée sans explication officielle.

Au-delà du choc personnel, cette expulsion met en lumière les risques auxquels sont confrontés certains voyageurs étrangers, même lorsqu’ils sont animés de bonnes intentions. Elle révèle également un contexte diplomatique tendu entre Alger et Paris, marqué par des expulsions réciproques, des désaccords sur les influenceurs et des tensions autour de la mobilité et de la liberté de mouvement.

Pour Len et Jerry, ce road trip n’était pas qu’un voyage : c’était une tentative de raconter l’Algérie autrement, de montrer la beauté de ses montagnes, la richesse de sa culture, la générosité de ses habitants. Tout cela a été interrompu, laissant derrière eux des images inachevées et un récit tragiquement incomplet.

Et pourtant, leur expérience raconte quelque chose d’essentiel : celle d’un pays fascinant mais complexe, où les belles images côtoient une réalité stricte et parfois impénétrable. Le récit de Len et Jerry est une invitation à regarder l’Algérie avec curiosité et prudence, à ne jamais perdre de vue les limites invisibles qui peuvent transformer la lumière d’un paysage en une épreuve inattendue.

Ce road trip d’un couple de voyageurs rêveurs d’un monde fraternel arrêté brutalement montre toute la peur et la méfiance de l’étranger qui traversent le pouvoir et ses segments. Ce comportement est à contre-emploi de tous les discours officiels qui vantent le tourisme et la sérénité qui règne en Algérie.

Derrière l’objectif, il y a désormais la peur, la vigilance, et la conscience que montrer le pays sous un autre angle peut parfois coûter cher.

Mourad Benyahia

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CAN 2025 : les affiches des huitièmes et probables quarts de finale

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CAN 2025

Les huitièmes de finale de la CAN 2025 débutent samedi 3 janvier à Tanger avec un Sénégal-Soudan et se terminent mardi 6 janvier par le choc Algérie-RDC à Rabat.

Mali-Tunisie vaudra le détour, et le Maroc est plus ou moins épargné en héritant de la Tanzanie. Mais les Lions de l’Atlas pourraient croiser la route de l’Afrique du Sud ou du Cameroun en quarts. La Côte d’Ivoire jouera un derby face au Burkina.

Il ne faut pas aller chercher loin pour trouver LE match de ces huitièmes de finale. Depuis mardi et le dénouement du groupe D, les supporters salivent déjà sur l’affiche Algérie-RDC. Elle aura lieu le 6 janvier à 19h (TU) à Rabat, au stade Moulay El Hassan où l’Algérie s’est produite depuis le début de la CAN. Ce sera seulement la troisième opposition à la CAN entre Fennecs et Léopards après 1988 (victoire de l’Algérie, 1-0) et 2000 (0-0).

Trois jours plus tôt, le Sénégal, qui est resté à Tanger, ne devrait pas être gêné par le Soudan qu’il avait battu il y a quatre mois à Diamniadio (2-0). Les Faucons de Jediane se sont qualifiés grâce à un but contre son camp de l’Équato-Guinéen Saul Coco pour leur seule victoire dans cette CAN (1-0). Les Soudanais traversent une disette offensive rare avec un seul but marqué par un de leurs joueurs au cours de l’année 2025. Face au Sénégal, avec un seul but encaissé, la mission s’annonce compliquée.

Elle sera certainement plus aisée pour le Maroc qui fera face à la Tanzanie, dernière équipe qualifiée en huitièmes comme meilleur troisième. À domicile, les Lions de l’Atlas, vainqueurs des Taifa Stars il y a deux ans à la CAN ivoirienne (3-0), avec des buts de Saïss, Ounahi et En-Nesyri.

L’opposition sera plus relevée en quarts en cas de qualification : le Maroc jouera contre le vainqueur d’Afrique du Sud – Cameroun.

La Côte d’Ivoire, tenante du titre, hérite du Burkina Faso pour un derby d’Afrique de l’Ouest qui sera très attendu.

L’épatant Mozambique ira défier le Nigeria, la seule équipe avec l’Algérie à avoir gagné tous ses matches au premier tour.

Le programme des huitièmes de finale (Horaires en TU)

3 janvier 2026

16h : Sénégal – Soudan – Grand stade de Tanger

19h : Mali – Tunisie – Stade Mohammed V, Casablanca

4 janvier 2026

16h : Afrique du Sud – Cameroun – Stade El Barid, Rabat

19h : Maroc – Tanzanie – Stade Prince Moulay Abdellah, Rabat

5 janvier 2026

16h : Égypte – Bénin – Grand stade d’Agadir

19h : Nigeria – Mozambique – Stade du Complexe sportif de Fès

6 janvier 2026

16h : Côte d’Ivoire– Burkina Faso – Grand stade de Marrakech

19h : Algérie – RDC – Stade Prince Moulay El Hassan, Rabat

Quarts de finale

9 janvier 2026

16h Sénégal ou Soudan – Mali ou Tunisie – Grand stade de Tanger

19h Afrique du Sud ou Cameroun – Maroc ou Tanzanie – Stade Prince Moulay Abdellah, Rabat

10 janvier 2026

16h Egypte ou Bénin – Côte d’Ivoire ou Burkina Faso – Grand stade de Marrakech

19h Algérie ou RDC – Nigeria ou Mozambique – Grand stade d’Agadir

RFI

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Suisse : des «dizaines de personnes» présumées mortes dans l’incendie d’un bar 

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Incendie dans un bar en Suisse.
Crans Montana, incendie d'un bar. Plusieurs morts. Crédit photo : DR

« Plusieurs dizaines de personnes » ont été tuées et blessées dans un bar bondé de la luxueuse station de ski suisse de Crans-Montana, lors d’un incendie qui s’est déclaré au moment où des fêtards célébraient la nouvelle année, a annoncé la police, jeudi 1er janvier 2026.

Ce jeudi 1er janvier 2026, vers 1h30 locales (00h30 TU), « un incendie d’origine indéterminée s’est produit dans le bar Le Constellation à Crans-Montana », fréquenté par de nombreux touristes, explique dans un communiqué la police du canton du Valais, dans le sud-ouest de la Suisse. « Plusieurs personnes ont perdu la vie et d’autres ont été blessées. Un important dispositif » de secours est déployé sur place, poursuit la police qui parle d’un « événement grave ».

« Lourd bilan »

« D’importantes forces de police, de pompiers et de secours se sont immédiatement rendues sur place pour porter secours aux nombreuses victimes », précisent les forces de l’ordre, qui ajoutent que l’opération « est toujours en cours ». Aucun bilan officiel n’est disponible dans l’immédiat mais plusieurs médias suisses font état d’un bilan potentiellement très lourd. Le quotidien Blick, citant un médecin sur place, indique que les morts pourraient se compter par « dizaines ». Le quotidien régional Le Nouvelliste rapporte que ses sources décrivent « un lourd bilan », avec « environ 40 morts et 100 blessés ».

Des images diffusées par des médias suisses ont montré un bâtiment en flammes et des gens courant et criant dans le noir. La police helvétique indique que les causes de l’incendie ne sont pas connues dans l’immédiat, mais des médias avancent que le feu pourrait avoir été déclenché par des engins pyrotechniques utilisés durant un concert. En milieu de matinée, un photographe de l’AFP a vu de nombreuses ambulances sur la route menant à la station de ski.

Multiples rotations d’hélicoptères

Selon le journal suisse 24 Heures cité par l’AFP, « des hélicoptères poursuivent leurs rotations près de sept heures après le début du drame ». L’accès au bar est bouclé, et vers 8h, ce matin, « la police scientifique était déjà à l’œuvre à l’intérieur de l’établissement », situé en rez-de-chaussée et en sous-sol, selon le journal. Les gens à la recherche de proches sont dirigés vers un centre des congrès où un dispositif a été mis en place. Mon fils « est introuvable », s’exclame une mère en larmes, citée par 24 Heures, « personne ne sait où il est ».

Un habitant de Crans-Montana a également raconté à 24 Heures qu’avec « les feux d’artifices, on n’a d’abord pas compris de quoi il s’agissait. Et puis on a vu la fumée ». Une autre habitante, vivant à quelques dizaines de mètres du Constellation, indique avoir été prévenue du drame alors qu’elle réveillonnait chez elle avec des amis. « Je suis descendue dans la rue » qui était « déjà fermée par la police. On entendait les sirènes des gyrophares au loin. Autour de moi, des gens stupéfaits, inquiets, silencieux ».

RFI/AFP

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Marseille : à Saint-Louis, le feu comme avertissement

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Marseille
Image par 🌼Christel🌼 de Pixabay

Marseille a commencé l’année 2026 dans l’odeur âcre de la fumée. Mercredi 31 décembre, à l’aube, une supérette du quartier Saint-Louis, dans le 15e arrondissement, a été ravagée par un incendie criminel.

Onze personnes ont été intoxiquées, extraites de leurs appartements par les marins-pompiers. Aucun mort, cette fois. Mais le scénario, lui, est devenu tristement familier.

Peu avant 6 heures du matin, un individu cagoulé aurait fait irruption dans ce commerce ouvert 24h/24, situé rue Le Chatelier. Selon les premiers éléments de l’enquête, il aurait répandu un liquide inflammable au sol, aspergeant l’employé présent avant de mettre le feu. La survie de ce dernier tient à un réflexe : fuir immédiatement, monter dans les étages, chercher refuge chez les habitants. Derrière lui, les flammes. Au-dessus, des familles encore endormies.

Seize engins, près d’une cinquantaine de marins-pompiers, mobilisés durant près de deux heures pour venir à bout d’un sinistre déclaré dans un commerce de petite superficie, au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation. Le déséquilibre est frappant : des moyens lourds pour contenir une violence devenue ordinaire.

Onze victimes ont été prises en charge pour des intoxications aux fumées. Des habitants réveillés en sursaut, évacués en urgence, certains encore en pyjama. Derrière le chiffre, des vies bousculées, des peurs ravivées, et une impression de déjà-vu difficile à ignorer.

Une répétition inquiétante

Car cette supérette, connue sous le nom de l’alimentation des 4 chemins, n’en est pas à sa première attaque. En novembre 2024, elle avait déjà été visée par des tirs nocturnes, suivis d’un incendie. À l’époque, des individus avaient ouvert le feu sur la devanture avant de jeter un engin incendiaire et de prendre la fuite. Aucun blessé par balle, mais un commerce détruit et un quartier traumatisé.

Un an plus tard, le retour du feu ne peut plus être considéré comme un simple fait divers. Il dessine une continuité, un message, peut-être une stratégie. La police privilégie la piste criminelle et parle d’attaque ciblée. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour tentative d’homicide, confiée à la Brigade de répression du banditisme. Un signal clair : l’acte est désormais traité comme relevant d’une criminalité grave, organisée ou du moins structurée.

Le commerce comme ligne de front

Dans les quartiers nord de Marseille, les commerces de proximité sont devenus des points de tension. Épiceries, supérettes de nuit, snacks : des lieux censés répondre à des besoins essentiels, mais qui se retrouvent exposés, parfois instrumentalisés. Pour les habitants, la peur n’est plus abstraite. Elle s’invite dans les cages d’escaliers, s’insinue par les gaines d’aération, frappe aux portes au milieu de la nuit.

Mettre le feu à un commerce situé au pied d’un immeuble habité, à une heure où les habitants dorment, revient à accepter — ou à ignorer — le risque de tuer. L’absence de mort ne doit rien à une quelconque retenue, mais à une succession de hasards favorables et à la rapidité des secours.

Une ville sous tension permanente

Cet incendie intervient dans un contexte de fin d’année marqué par une vigilance sécuritaire renforcée. Mais la répétition des attaques interroge la portée des réponses exclusivement répressives. À Marseille, la violence ne se contente plus de l’espace public. Elle s’enracine, s’organise, et transforme certains quartiers en territoires sous pression constante.

Le feu, ici, n’est pas seulement destructeur. Il est un langage. Un avertissement adressé à un commerce, à un quartier, parfois à toute une ville. Tant que ces actes resteront cantonnés à la rubrique des faits divers, ils continueront de se reproduire. Et la question restera entière : combien de fois encore faudra-t-il compter les victimes avant de compter les morts ?

Mourad Benyahia 

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Mes vœux aux Algériens

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Carte de voeux.

Tous mes vœux au journal et à tous. Ils sont présentés à titre personnel mais largement partagés par la rédaction. 

Je suis persuadé qu’ils sont cependant assez proches du sentiment de tous. Je souhaite donc une bonne et heureuse année 2026 à tous les intervenants et lecteurs de ce quotidien, au premier rang desquels se trouve son responsable, notre lien à tous.

Ce journal et ses contributeurs sont ceux qui font tout pour apporter la clarté de l’aube qui combat inlassablement les ténèbres du jour précédent en Algérie. Ils participent tous à cette petite lueur qui vacille mais qui éclaire toujours avec une robustesse qui lutte vaillamment contre les démons qui se sont accaparés de notre pays.

Il est beau et nous lui souhaitons une année 2026 dans le bonheur qu’il est encore possible d’atteindre malgré le vent pestilentiel de la dictature qui les étouffe. Ils sont les nôtres et nous sommes conscients dans notre combat farouche  qu’il ne faut pas qu’ils jugent nos mots durs comme une globalisation à leur égard.

Je souhaite une excellente année au Matin d’Algérie qui est inébranlable malgré la censure qui lui est infligée en Algérie. Plus il ressentira cette injustice et ce chantage, plus il en est fort pour  les combattre.

Nous tous, ensemble, les démocrates, sommes le fleuve qui ne se détournera jamais de son lit, l’année 2026 lui permettra d’avoir encore plus de vigueur pour briser les digues du régime autoritaire algérien. 2026 sera une excellente année et je suis sûr que la fertilité des productions ne fera jamais défaut.

Nous sommes tous soucieux d’apporter une critique éclairée aux événements quotidiens en Algérie, toujours plus liberticides et moteurs puissant d’endoctrinement. Mais nous le faisons avec le souci d’apporter un éclairage très vaste dans le domaine de la culture et des sujets hors des sentiers habituels. 

Toutes les réflexions concourent à enrichir notre combat quotidien et je suis sûr que cette année 2026  renforcera notre armure autant qu’elle participera à l’ouverture des tous les esprits en Algérie, par la diversité des contributions autant que celle des lecteurs.

2026 sera excellente car le temps joue en faveur du souffle libérateur qu’apporte le Matin d’Algérie, les lecteurs seront encore plus nombreux, y compris ceux qui sont derrière le mur qui les emprisonne en Algérie. 

Le mur de Berlin est tombé, celui des casernes et des dirigeants corrompus le suivra dans son écroulement. 2026 nous en rapproche davantage et le Matin d’Algérie ne sera pas le dernier à prendre la pioche avec ce bonheur de la liberté enfin acquise. 

Et faites attention, vous ne connaîtrez l’année 2026 que si vous évitez les excès alimentaires et ceux des boissons. Le but est d’exterminer le régime autoritaire algérien et de libérer les esprits mais pas de dégarnir nos rangs.

Boumediene Sid Lakhdar

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CAN 2025 (groupe F) : Côte d’Ivoire et Cameroun passent, Mozambique historique, Gabon éliminé

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La phase de poules du groupe F de la CAN 2025 s’est achevée mercredi avec des matchs intenses et des scénarios renversants. La Côte d’Ivoire et le Cameroun décrochent leur qualification pour les huitièmes de finale, tandis que le Mozambique réalise une performance historique et que le Gabon quitte la compétition sans le moindre point.

Le dernier round a débuté au stade de Marrakech avec le choc entre la Côte d’Ivoire et le Gabon. Les Panthères gabonaises ont surpris tout le monde en menant 2-0 dès la première demi-heure grâce à Guelor Kanga et Denis Bouanga. Mais les Éléphants ont montré une résilience exemplaire. Grâce à une réaction fulgurante, ils réduisent d’abord l’écart avant de prendre l’avantage dans une seconde période explosive, scellant le score à 3-2. Cette remontée spectaculaire permet à la Côte d’Ivoire de finir première du groupe, confirmant son statut de favori et offrant aux Ivoiriens un billet direct pour les huitièmes.

Dans le même temps, le Cameroun affrontait le Mozambique. Les Lions indomptables ont été surpris en première mi-temps lorsque Geny Catamo a ouvert le score pour les Mambas à la 23e minute. Mais le Cameroun ne tarde pas à réagir : cinq minutes plus tard, un but contre son camp de Nené remet les deux équipes à égalité. Au retour des vestiaires, Christian Kofane inscrit le but décisif à la 55e minute, offrant une victoire 2-1 au Cameroun. Ce succès, bien que précieux, ne suffit pas pour prendre la tête du groupe : la différence de buts ou les critères de départage favorisent la Côte d’Ivoire.

Le Mozambique, malgré sa défaite, quitte la poule F avec le sentiment du devoir accompli. Leur victoire historique face au Gabon lors de la deuxième journée, 3-2, marque la première victoire du pays dans une CAN depuis 1986 et leur permet d’accéder aux huitièmes de finale en tant que meilleur troisième, un exploit qui restera dans les mémoires.

Le Gabon, pourtant lancé idéalement avec un succès initial contre le Cameroun, paie cher ses occasions manquées et termine dernier du groupe avec zéro point. Une élimination cruelle pour les Panthères, qui ont pourtant donné du fil à retordre à leurs adversaires et démontré leur qualité technique.

Cette phase de groupes a mis en lumière plusieurs tendances : la résilience ivoirienne, la régularité camerounaise et la montée en puissance du Mozambique comme outsider inattendu. Les Éléphants ont su capitaliser sur les erreurs adverses et leur capacité à inverser des situations défavorables. Les Lions indomptables, malgré un parcours solide, devront désormais affronter des adversaires de taille aux huitièmes de finale, mais leur collectif et leur expérience restent des atouts majeurs.

À retenir pour la suite de la CAN 2025 :

La Côte d’Ivoire affrontera le Burkina Faso en huitièmes, forte d’un moral et d’une dynamique exceptionnels. Le Cameroun se mesurera à l’Afrique du Sud, avec la volonté de compenser sa deuxième place et de poursuivre son rêve continental.

Le Mozambique, en tant que meilleur troisième, fera face au Nigeria, un défi colossal mais porteur d’histoire pour le pays.

Le groupe F a tenu toutes ses promesses : drames, retournements de situation et émotions fortes ont ponctué chaque rencontre. Les supporters peuvent s’attendre à des huitièmes de finale tout aussi palpitants, où stratégie, intensité et mental seront les clés pour continuer l’aventure vers le titre continental.

Djamal Guettala

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CAN 2025 : le cadeau des Fennecs à l’Algérie

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joueurs de l'EN
Une nouvelle génération de joueurs bien en jambe. Crédit photo : DR.

C’est une équipe d’Algérie des grands jours, qui a affronté mercredi 31 décembre, la Guinée-Equatoriale, à l’occasion de la 3e journée de la phase de groupes ce mercredi 31 décembre à Rabat. Pour l’Algérie, le match était sans enjeu puisque qualifiée au prochain tour. Et pourtant...

Alors que le calendrier annonçait le passage à la nouvelle année, l’équipe nationale algérienne offre à ses supporters un beau cadeau : une victoire convaincante face à la Guinée équatoriale au Stade Prince Moulay El Hassan de Rabat. Les « Verts » s’imposent 3‑1, terminant la phase de groupes de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 en tête du groupe E et validant leur billet pour les huitièmes de finale.

Dès l’entame, l’Algérie impose son rythme. À la 19ᵉ minute, « Zineddine Belaïd ouvre le score à la suite d’une action collective parfaitement exécutée, mettant rapidement son équipe en confiance. »

 Moins de dix minutes plus tard, Farès Chaïbi double la mise, et quelques instants après, Ibrahim Maza porte le score à 3‑0 avant la pause. Une première période dominée de bout en bout qui illustre parfaitement la maîtrise tactique et technique des hommes de Vladimir Petković

En seconde période, la Guinée équatoriale réduit l’écart grâce à Emilio Nsue (50ᵉ), mais l’Algérie gère son avance avec intelligence, alternant possession et contre-attaques rapides, tout en neutralisant les rares occasions adverses. Avec ce succès, les « Verts » terminent la phase de groupes invaincus, affichant cohésion et confiance avant le prochain défi.

Ce dernier match de poule permet déjà de préparer le huitième de finale contre la République démocratique du Congo (RD Congo). Le duel est prévu le mardi 6 janvier 2026 à 17 h au Stade Prince Moulay El Hassan à Rabat, un stade désormais familier pour les supporters algériens. La RD Congo, finaliste malheureux de la dernière CAN, possède une équipe solide et dangereuse en contre-attaque. Les « Verts » devront allier maîtrise collective, efficacité offensive et rigueur défensive pour franchir ce cap et rester dans la course au titre continental.

Pour les supporters algériens, ce dernier jour de 2025 est doublement symbolique : un match maîtrisé qui conclut la phase de groupes et l’espoir d’un parcours prometteur pour 2026. L’équilibre entre jeunesse et expérience au sein de l’équipe nationale laisse augurer de belles performances dans la phase à élimination directe.

En attendant le coup d’envoi du huitième de finale, l’Algérie peut savourer cette victoire, signe que la route vers le titre continental reste ouverte et que la nouvelle année commence sous le signe de la victoire et de l’ambition.

Djamal Guettala

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Elles ont disparu en 2025 : ces figures qui ont façonné l’État, l’économie, la culture…

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Sid Ahmed Ghozali.
Sid Ahmed Ghozali. Crédit photo : DR

L’année 2025 a vu disparaître plusieurs personnalités dont les trajectoires, bien que différentes, ont profondément marqué l’Algérie contemporaine. Issues de la sphère politique, économique, culturelle ou sportive, elles ont contribué, chacune à sa manière, à façonner l’État, l’économie productive, l’imaginaire collectif et la mémoire nationale.

Parmi elles, certaines incarnent des pans structurants de l’histoire algérienne récente : l’État avec Sid Ahmed Ghozali et Ahmed Taleb Ibrahimi, l’économie nationale avec Hadj Hamitouche, la mémoire cinématographique avec Mohamed Lakhdar-Hamina, sans oublier des figures populaires du sport et de la culture.

Trois générations, plusieurs visions, un héritage commun, souvent discuté, parfois contesté, mais toujours structurant.

Sid Ahmed Ghozali (1937 – 2025) : un technocrate au sommet de l’État

Ingénieur de formation, diplomate et ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali appartient à cette génération de hauts responsables qui ont structuré l’État algérien après l’indépendance. Il a occupé plusieurs fonctions stratégiques, notamment à la tête de Sonatrach, avant d’être nommé chef du gouvernement au début des années 1990, dans un contexte de crise politique et institutionnelle aiguë.

Son passage à la primature s’inscrit dans une période de fortes tensions, où l’État cherchait à préserver sa cohésion face à une instabilité croissante. Ghozali incarne le profil du technocrate convaincu du rôle central des institutions et d’une gestion rationnelle des ressources nationales, au cœur d’un système alors sous pression.

Hadj Hamitouche (1946 – 2025) : un self-made man, symbole du capitalisme national

À rebours des trajectoires politiques ou culturelles, Hadj Hamitouche s’est imposé comme l’une des figures emblématiques du monde économique algérien. Issu d’un milieu populaire, il a bâti, par le travail et l’audace entrepreneuriale, un empire industriel et touristique fondé sur la production nationale.

Fondateur de la Laiterie Soummam, devenue une référence dans le secteur agroalimentaire, il a contribué à structurer une industrie locale compétitive, ancrée dans la qualité, l’innovation et le territoire. Son nom est également associé au développement du tourisme privé à travers la chaîne hôtelière Atlantis, illustrant une ambition économique tournée vers la valorisation des potentialités nationales.

Hadj Hamitouche incarnait une figure rare : celle de l’entrepreneur autonome qui  a incarné un modèle de capitalisme social, où la réussite économique d’une entreprise est indissociable du bien-être de sa communauté. Son action solidaire s’est articulée autour de trois piliers fondamentaux : l’urgence humanitaire, le développement local et le soutien à la jeunesse.

Son intervention durant la pandémie de Covid-19 reste l’exemple le plus frappant de son altruisme. Face à l’urgence respiratoire, il ne s’est pas contenté de dons financiers, mais a agi en véritable logisticien de la santé à travers l’acquisition et le financement de générateurs d’oxygène pour les hôpitaux.

Pour Hadj Hamitouche, la solidarité passait par la pérennité des moyens de subsistance. Il a instauré un écosystème où la laiterie Soummam servait de bouclier aux éleveurs ( reconstitution des cheptels, soutien direct à  ceux parmi ces derniers ayant perdu leurs bêtes lors de catastrophes naturelles.)

Le sport et la vie citoyenne étaient pour lui des vecteurs essentiels pour éloigner la jeunesse de l’oisiveté. Son influence s’est manifestée par : un soutien massif au sport : Sponsoring de nombreux clubs (Olympique d’Akbou, JSK, etc.), faisant de Soummam le premier partenaire du football algérien.

La figure de Hadj Hamitouche reste marquée par une profonde humilité. Bien qu’il ait été l’un des plus grands contributeurs privés à l’effort de solidarité en Algérie, ses actions étaient souvent menées avec discrétion, lui valant le respect unanime de la population et des autorités.

Ahmed Taleb Ibrahimi (1932 – 2025) : un intellectuel d’État, figure clivante

Moudjahid, intellectuel et plusieurs fois ministre, Ahmed Taleb Ibrahimi est décédé en octobre 2025 à l’âge de 93 ans. Figure centrale de l’Algérie post-indépendance, il a occupé des portefeuilles stratégiques — l’Éducation nationale, l’Information et la Culture sous Houari Boumediene, puis les Affaires étrangères sous Chadli Bendjedid — incarnant une élite dirigeante cultivée, idéologisée et profondément engagée dans la construction de l’État national.

Personnalité respectée mais clivante, il s’est distingué par un nationalisme affirmé et un ancrage idéologique arabo-islamique assumé, qui ont largement influencé ses positions politiques. Se revendiquant moderniste, il fut l’un des cadres du régime boumediéniste convaincus que la consolidation de l’État passait par une homogénéisation culturelle et linguistique rapide.

Il figura ainsi parmi les artisans d’une arabisation volontariste de l’école algérienne, pensée comme un instrument de souveraineté postcoloniale mais appliquée de manière souvent improvisée, avec des effets délétères  sur la qualité de l’enseignement et la cohésion identitaire. Cette « arabisation au rabais » demeure l’un des aspects les plus débattus de son héritage.

Sur le plan identitaire, son parcours connaîtra toutefois une inflexion tardive : Ahmed Taleb Ibrahimi finira par reconnaître explicitement la dimension amazighe constitutive de l’Algérie et la place légitime de tamazight dans l’échiquier linguistique national, opérant une forme de réévaluation de son propre héritage politique.

Mohamed Lakhdar-Hamina (1934 – 2025) : le cinéma comme mémoire nationale

Réalisateur de renommée mondiale, Mohamed Lakhdar-Hamina est décédé en mai 2025 à l’âge de 90 ans. Figure tutélaire du cinéma algérien, il demeure l’unique cinéaste  africain à avoir remporté la Palme d’or au Festival de Cannes, en 1975, pour Chronique des années de braise.

Son œuvre a hissé le cinéma algérien au rang de langage universel, en racontant l’histoire du peuple algérien à travers une écriture cinématographique ambitieuse, épique et engagée. Lakhdar-Hamina a fait du cinéma un outil de transmission historique et de construction mémorielle.

Djamel Menad (1961 – 2025)

Ancien international algérien et figure emblématique du football national, Jamal Menad s’est éteint en mars 2025 à l’âge de 64 ans. Attaquant talentueux, il fut l’un des visages marquants de la génération des années 1980, période faste pour la sélection nationale. Son nom reste associé à la JS Kabylie et à une vision combative et généreuse du football.

Beyouna (Baya Bouzar) (1952 – 2025)

Artiste et comédienne populaire, Biyouna est décédée en novembre 2025 à l’âge de 73 ans. Aimée pour sa spontanéité et son franc-parler, elle a marqué le théâtre, la télévision et le cinéma algériens par des rôles à la fois drôles, incisifs et profondément humains.Fouzi Saïchi, dit Remimès (1951 – 2025)

Connu du grand public sous le nom de Remimès, l’acteur Fouzi Saïchi s’est éteint en septembre 2025 à l’âge de 74 ans. Son jeu sobre et réaliste lui a permis d’incarner des personnages proches du quotidien des Algériens, faisant de lui un visage familier du cinéma et de la télévision nationale.

La fin d’une génération, l’épreuve de l’héritage

Le départ de ces figures en 2025 marque plus qu’une succession de disparitions. Il symbolise l’effacement progressif d’une génération qui a bâti l’Algérie dans ses institutions, son économie productive, ses performances sportives et son récit culturel.

La rédaction

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Bilan 2025 : l’humanité en faillite…

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Gaza affamée
Le peuple palestinien meutri et affamé à Gaza par Israël.

L’année 2025 s’achève sur un constat encore plus funeste que celui qui l’a précédée : des centaines de milliers de vies anéanties dans des conflits qui, pour beaucoup, auraient pu être évités. L’Ukraine et la Palestine incarnent tragiquement cette détresse. Une fois encore, les logiques économiques, militaires et géopolitiques ont prévalu sur la valeur de la vie humaine. Cette suprématie des intérêts sur l’humain s’est imposée avec une brutalité et une ampleur qui heurtent et ébranlent la conscience de notre époque.

Comment en sommes-nous arrivés à un tel degré de désensibilisation ? À ce point où l’on contemple, sur nos écrans, le carnage à ciel ouvert de Gaza ou de Kiev comme un simple flux d’images parmi tant d’autres. Des journalistes, appelons-les plutôt commentateurs complaisants, qui ont maintenu la même ligne éditoriale tout au long de ces conflits, s’acharnent à banaliser l’horreur, voire à la justifier, nous assénant quotidiennement leurs verdicts binaires. Pour la Palestine : Israël aurait le « droit de se défendre », la privation de nourriture de la population palestinienne constituerait une mesure légitime. Pour l’Ukraine : on fait croire qu’elle peut vaincre la Russie, prolongeant ainsi un conflit meurtrier. Dans les deux cas, la même logique : la faute des uns, l’innocence absolue des autres. Le premier conflit serait imputable aux seuls Russes, puisqu’ils auraient « attaqué ». Le second se réduirait au 7 octobre. Comme si ces guerres n’avaient pas d’histoire. Comme si l’on pouvait réécrire le passé en sélectionnant arbitrairement des dates-repères, effaçant tout ce qui précède pour mieux légitimer l’inacceptable.

À ces malheurs qui ont frappé le monde s’ajoutent l’ascension et la consolidation au pouvoir de figures extrémistes de premier plan. Le retour de Donald Trump à la présidence américaine, porté par la vague de l’extrême droite et à la tête de l’État le plus puissant au monde, a précipité une situation déjà catastrophique, institutionnalisant le cynisme et l’impunité comme principes de gouvernance et insufflant une folie supplémentaire à un ordre mondial déjà vacillant.

Cette année 2025, sans exagération, est la pire qu’ait connue notre génération, comme celle de millions de personnes à travers le monde. Elle aurait dû être un moment d’espoir et de célébration. Au lieu de cela, 2025 laisse derrière elle un sentiment de pesanteur et un goût amer. Le monde dit « civilisé », celui qui se réclame des Lumières, s’éteint en révélant un nouveau visage : une image qui restera, sans doute,  gravée dans l’histoire de l’humanité, celle de l’effondrement de ses propres valeurs. L’extermination de populations entières, femmes et enfants sans aucune distinction, la spoliation des terres, la famine organisée, la torture des prisonniers, voire le viol, le mépris affiché du droit international, le tout mené sous couvert d’un récit forgé par les sanguinaires et légitimé par une prétendue légalité internationale, dans l’indifférence quasi générale. Les principes humanistes proclamés en temps de paix se sont évanouis face aux intérêts géopolitiques.

En outre, l’irruption du monde numérique, déjà y a quelques années aurait pu incarner l’émancipation et le progrès et l’ouverture vers les autres. Au lieu de cela, ces technologies, nouvelles moyens de communications, ont eux aussi libéré la parole du diable, et censuré les paroles qui rassemblent et qui appel à la raison se sont muées en instruments de guerre et de surveillance, donnant naissance à une forme nouvelle de techno-populisme post-idéologique, fondé non pas sur les idées mais sur les algorithmes mis au point par les ingénieurs du chaos, comme le souligne Giuliano da Empoli dans son ouvrage Les Ingénieurs du chaos.

L’avènement de l’intelligence artificielle a porté cette dérive à un niveau inédit. En Palestine, Israël déploie des systèmes comme « Lavender » et « Gospel », des intelligences artificielles qui génèrent des listes de cibles et optimisent les frappes. Selon des témoignages d’anciens responsables militaires, ces algorithmes analysent des milliers de données pour désigner qui doit mourir, transformant l’assassinat en processus automatisé. Les drones Harop et les systèmes autonomes de surveillance font de Gaza un laboratoire à ciel ouvert pour la guerre algorithmique.

En Ukraine, les deux camps utilisent des drones kamikazes « intelligents », des systèmes de reconnaissance par IA, et des algorithmes de ciblage qui accélèrent le cycle décisionnel de la mort. Les populations civiles deviennent les cobayes involontaires de ces technologies létales. Et ce n’est là que le commencement : l’avenir recèle sans nul doute des catastrophes dont nous ne mesurons pas encore l’ampleur.

Si l’être humain a abdiqué son humanité dans ces conflits, l’intelligence artificielle n’est que le reflet amplifié de cette déchéance. La machine n’a pas d’âme : elle ne fait qu’exécuter, avec une efficacité redoutable, la volonté de ceux qui l’ont conçue pour tuer. S’impose ainsi un nouveau paradigme où la technologie, loin de rapprocher les peuples, perfectionne les moyens de destruction. Elle ajoute une strate supplémentaire de froideur et de déshumanisation à un monde déjà exsangue. Comme si l’humanité, au bord du gouffre, choisissait délibérément d’y verser le poison qui achèvera sa chute.

Il est important de rappeler que ce qui se déroule en Palestine a été qualifié de génocide par l’ONU, de nombreuses organisations de défense des droits humains et une large majorité de spécialistes. Il s’agit d’une campagne de massacres de masse d’une ampleur sans précédent dans l’histoire contemporaine. Même après l’annonce d’un cessez-le-feu en octobre 2025, plus de 300 Palestiniens ont encore péri. Et l’on ose parler d’amélioration, simplement parce qu’auparavant, ce nombre de victimes tombait chaque jour.

Nous avons atteint ce point de désespoir où la mort de centaines d’êtres humains semble presque dérisoire. La tragédie s’est muée en routine, et notre cœur collectif, anesthésié par l’actualité médiatique et numérique, s’est dangereusement habitué à ces bilans macabres. Les bombardements se sont succédé à un rythme tel que l’on avait à peine le temps de commenter l’un qu’il était déjà éclipsé par le suivant, dans une spirale infinie qui a saturé la scène médiatique et cognitif, plongeant le monde dans un mélange de sidération et d’impuissance.

Pire encore, celles et ceux qui osent dénoncer cette horreur sont réduits au silence, emprisonnés, criminalisés. À force de nous imposer ce quotidien macabre, de normaliser l’innommable, l’empathie s’érode. Quelque chose d’essentiel, de profondément humain, se brise en nous.

L’année 2025 nous a fait assister à une course macabre, encore plus intense que l’année précédente, vers le plus sinistre des palmarès : qui aura exterminé le plus de vies, massacré le plus de populations, condamné à la famine le plus grand nombre ? Qui aura déployé le plus de mensonges, perfectionné l’art de la manipulation ? Cette compétition dans l’abomination rappelle cette sentence attribuée à Dostoïevski : « Rassurez-vous, l’enfer est assez vaste pour tout le monde ; cela ne mérite pas toute cette concurrence acharnée pour savoir qui d’entre vous sera le pire. »

Et de l’autre côté du gouffre, 2025 laissera également le souvenir de ceux qui ont persévéré dans leur contemplation passive, spectateurs complices de l’innommable. Car eux aussi ont abdiqué, au cours de cette année funeste, ce qui faisait d’eux des êtres humains. Entre ceux qui agissent et ceux qui observent en silence, la différence s’est réduite à néant.

Face à cette débâcle morale, une question lancinante s’impose : comment reconstruire ce qui a été détruit ? Comment retrouver cette humanité que nous avons collectivement abdiquée ? L’histoire nous enseigne que les grandes catastrophes humanitaires laissent des cicatrices indélébiles, non seulement dans les corps mais dans les consciences. Pourtant, jamais auparavant l’effondrement n’avait été si méthodiquement documenté, diffusé, normalisé. Nous sommes les témoins d’une époque où l’horreur ne se cache plus dans l’ombre mais s’étale au grand jour, légitimée par des discours juridiques creux et des rationalisations géopolitiques.

Peut-être est-ce précisément là que réside notre ultime responsabilité : refuser cette normalisation. Refuser que les massacres et la famine deviennent une simple rubrique dans le journal du soir. Refuser que le décompte des morts se transforme en statistiques abstraites. Car si nous acceptons cet état de fait, si nous laissons cette anesthésie morale s’installer définitivement, alors 2025 ne sera pas seulement l’année de l’effondrement des valeurs humanistes — ce sera l’année où nous aurons consenti à notre propre déshumanisation, peut-être même aux prémices de la disparition de l’espèce humaine, menacée par la prolifération nucléaire et la folie des hommes. Ce bilan sombre laisse-t-il encore la possibilité d’inverser la trajectoire et de reprendre en main notre destin ? 

Avec une profonde tristesse en cette fin d’année, préservons malgré tout une étincelle d’espoir pour ceux qui y croient encore. Que 2026 apporte un soulagement à celles et ceux qui pleurent un père, une mère, un enfant, parfois une famille entière, assassinés et torturés par la prétendue supériorité du mal.

À ceux que l’on a dépossédés de leur terre et dont on a rasé leurs maisons. À ceux qui, en cet instant même, grelottent de froid sans toit ni pain. Puissent-ils retrouver ce que l’humanité leur a volé avec la complicité de nos silences : la dignité, la paix, un foyer…

Nabil Mati
Enseignant à l’Université Paris 
EHESS (Anthropologie) 

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