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4 mars 2024
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Récit-feuilleton. Exils (26)

Après son admission à l’ENA, il eut droit à une chambre qu’il partagea avec un autre de ses compatriotes. Il passa sa première année en internat, c’était le système de l’école. Amphi, réfectoire, télé ou chambre pour réviser.

A longueur d’année. Invariablement. Une caractéristique de l’école : l’appel en amont et en aval de chaque cours avec une note sur vingt en fin d’année. Une note pour l’assiduité. Il arrivait aux élèves de l’Ecole de s’échapper les week end pour descendre à Alger-ville pour dépenser un peu de leur jeunesse et de leur  porte-monnaie. Il fallait bien sûr compter avec le problème de transport, le bus venait quand il voulait. Ils prenaient leur mal en patience, plaisanteries aidant. Ce fut une année d’assimilation  du système de l’école et des cours magistraux.

Certains de leurs profs d’alors ouvraient leur registre consignant leurs cours pour les dicter carrément. Rarement, ils virent  l’un d’eux les convier à débattre des thèmes et chapitres du cours. En somme une pédagogie très scolaire. Quant aux stages, ils se déroulaient dans les entreprises d’Etat et les collectivités locales ; là aussi, rares furent les responsables de ces institutions qui leur permirent d’apprendre effectivement la vie économique et administrative du pays.

Récit-feuilleton. Exils (25)

Sa mère décéda entre temps. Il passa ainsi un premier trimestre en internat, sa sœur et son frère étant restés seuls sous la protection de l’une de leurs  voisines qui avait elle-même plusieurs enfants. Cette situation étant intenable, il a demandé et obtenu difficilement un logement dans un immeuble de l’ENA situé à l’extérieur de l’Ecole ; ce qui lui permit de les ramener. Il devint ainsi externe. Il est vrai qu’il eut plus de liberté dans ses mouvements même si le bus pour l’y emmener se faisait souvent désirer. L’immeuble et le logement en question étaient plutôt vétustes, sans commodité, ni chauffage en hiver, pas de chauffe-eau pour pouvoir se laver.

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Sur le marché, il n’y en avait pas ; il eut beau alors chercher dans les quatre coins d’Alger. C’était là aussi l’un des nombreux aspects négatifs du système : la pénurie. Le réfrigérateur, la machine à laver, la cuisinière et même la télévision étaient des denrées rares. Des produits subversifs ! Son frère fut employé malgré sa minorité dans une pompe à essence, géré par un ancien gradé de l’armée à ses dires; il habitait dans l’un des quartiers huppés de la capitale.

Sa sœur s’arrangeait pour manger avec certaines voisines avec lesquelles elle sympathisa ; quant à lui, il continua de manger à l’Ecole le soir avant de rentrer chez moi. En hiver, ils posaient à même le sol le réchaud qui leur servait pour la préparation de leurs repas pour se  réchauffer.

La troisième année à l’Ecole se déroula dans les mêmes conditions matérielles et pédagogiques. Certains des enseignants étaient franchement de trop, ils venaient pour mettre du beurre sur les épinards. Leurs cours étaient insipides. Il arriva aussi d’avoir  comme profs quelques membres du gouvernement, les uns étaient fort simples, d’autres plutôt prétentieux.

Omar eut une prise de bec avec l’un d’eux ; il comprit plus tard qu’il ne fallait pas remettre en cause leurs dires. Un léger mieux fut ressenti pour eux car en quatrième année il eut droit à une bourse plus importante que pour les années précédentes. Ils eurent ainsi droit à une vie moins indigente. A la fin des examens et l’annonce des résultats, la Direction de l’Ecole réunit les élèves pour leur annoncer que chacun d’eux avait droit à un voyage à l’étranger, un billet d’avion aller-retour avec un pécule fort modeste. Avec deux autres camarades de promotion, il choisirent la Suisse.

La Suisse, quelle idée ! Ses camarades et lui  savaient peu alors qu’elle était un paradis fiscal pour riches. Eux, ils étaient issus d’un pays du tiers-monde et avaient émis le vœu de visiter ce pays. Un pays de cartes postales pour eux. Ils étaient trois. Le voyage leur était offert à la fin de leurs quatre années d’études par l’Ecole, la prestigieuse ENA.

En récompense de leurs efforts. Voyage largement mérité en fait. Mais ils choisirent par hasard sur les pays proposés lorsque vint notre tour de choix. La Tunisie ou le Maroc aurait été sans doute plus bénéfique. Tout guilleret, ils se préparèrent pour le jour j… (A suivre)

Ammar Koroghli-Ayadi, auteur-avocat 
Email : akoroghli@yahoo.fr

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