19 avril 2024
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Zoubida Assoul, stagiaire de longue durée à la démocratie

L’Algérie ne cesse de créer des héros et des pasionarias sans même se poser la question de leur passé. Zoubida Assoul s’y voit déjà !

Des défenseurs des libertés, parfois avocats, il y en a eu beaucoup. Mais tous n’ont pas eu un parcours de serviteurs d’un Etat hybride et arbitraire. Tous n’ont également pas eu l’idée d’adouber les institutions qu’ils avaient dénoncées auparavant.

Zoubida Assoul semble faire des allers retours incessants entre ce qu’elle dénonce et ce auquel sa carrière doit.

Cette avocate, probablement compétente, avait affirmé que son modèle d’homme d’état était le colonel Boumédiene. C’est dire si mon article a des raisons de s’arrêter à cet instant car tout est dit. Mais continuons par pure curiosité d’étudier un parcours qui va depuis l’adoration de l’imperator colonel à la Marianne de la démocratie.

Zoubida Assoul s’opposa au code de la famille jugé « code de l’infamie ». C’est exactement ce que mes camarades politiques avaient affirmés, à la grande différence est qu’elle a continué à faire carrière dans un régime qui est la cause de l’infamie envers les femmes.

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Pour elle, militer contre cette infamie était de se « faire nommer », par des amitiés douteuses, première femme cadre au ministère de la justice puis inspectrice de son département. Cette fervente combattante pour la liberté humaine a accepté d’être promue aux plus hauts postes d’un état qui est au cœur de la barbarie qu’elle dénonce.

Cela ne l’a pas seulement gêné, il fallait encore qu’elle accède au siège de la présidence pour un poste au secrétariat général du gouvernement. On n’accède pas à ces postes sans l’appui d’un homme du régime et une conviction d’adhésion politique à sa doctrine.

Elle prétend dans une interview que c’est cette expérience qui lui a permis de connaître les arcanes du pouvoir pour mieux les combattre. En quelque sorte un stage qui lui permet d’être formée à prendre place au premier rang du combat pour la démocratie.

Zoubida Assoul est née à peine un an après moi, j’en en ai 68, et ne s’est jamais aperçu combien ce régime était infecté dans ses arcanes ? Selon elle, il faut goûter à la soupe du diable pour connaître ses intentions. Le repas a été long, le diable sait recevoir.

Mais ce n’est pas tout, la pasionaria de la vertu et des combats démocratiques est nommée au CNT (Conseil national de la transition), un haut lieu de rencontre de la démocratie. Elle n’a rien trouvé de plus naturel dans sa lutte que rejoindre une assemblée que Jeune Afrique décrit comme «une assemblée croupion dont les « élus » sont désignés et cooptés par la présidence de la République, l’armée et les services de renseignements et de sécurité ».

Elle y exerce les fonctions de rapporteur dans la commission des affaires juridiques jusqu’à la fin de mission du CNT, en 1997, avec l’élection d’une « nouvelle assemblée pluraliste ». 

Chacun sait que la nouvelle Assemblée pluraliste du régime hybride est une clownerie au service de son pouvoir. Zoubida Assoul semble l’ignorer, encore une fois. Décidément, cette magistrate puis avocate fait un stage très long pour être prête à la démocratie.

En 2013 la voilà qui crée un parti politique qu’elle préside encore aujourd’hui, l’Union pour le Changement et le Progrès (UCP). Pendant ses marches du vendredi après-midi elle hurlait son exécration du régime, celui dans lequel elle accepta tant de postes et d’honneurs. Elle déclare :

« Tout le monde a peur car tout le monde redoute d’être jeté en prison, dit-elle. Les Algériens n’arrivent plus à se projeter dans leurs pays. Je ne compte pas le nombre de cadres, de chefs d’entreprise ou de simples citoyens qui me disent qu’ils n’ont qu’un souhait : celui de partir ailleurs. »

Il est évident que cette peur n’existait pas lorsqu’elle était cadre au ministère de la justice et au secrétariat du gouvernement. Les Algériens n’ont vécu la peur et les incarcérations de masse que lorsqu’il a pris à cette dame de s’en rendre compte.

Son parti s’allie à Jil Jadid pour amplifier la lutte contre un pouvoir militaire et mafieux. Jil Jadid qui, dès le lendemain de l’échec du Hirak, a rejoint les rangs du pouvoir comme le firent les militants de l’UCP.

Zoubida Assoul est une acharnée du combat à l’intérieur des institutions. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle se présente à une élection d’un pays totalement verrouillé, comme elle l’affirme elle-même, sa réponse est :

« Le système aura des beaux jours devant lui si on pratique la politique de la chaise vide, argue-t-elle encore. Le boycott n’arrange que les tenants du pouvoir. ». Zoubida a inventé une nouvelle doctrine, lorsque la dictature ferme les portes, il faut être présent à l’intérieur pour les ouvrir.

Effectivement il est utile de jouer le rôle de faire-valoir du candidat désigné par le régime. Poutine en a eu trois.

Mme Zoubida Assoul, vous tardez à nous ouvrir ces portes, quarante-quatre ans que vous êtes à l’intérieur. Vous n’avez pas encore terminé votre stage à la démocratie ?

C’est vrai que c’est plus confortable car dehors, ce n’est pas la place d’une grande démocrate. En faisant la sourde oreille durant toute ta carrière de compromise, tu es tout de même assez intelligente pour savoir ce qui leur arrive si leur chahut est perturbant.

Sid Lakhdar Boumediene

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