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Bouteflika ou l’inventaire d’une dérive monarchique

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DECRYPTAGE

Bouteflika ou l’inventaire d’une dérive monarchique

Depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962, Abdelaziz Bouteflika est aux commandes du pays, excepté sa « traversée du désert » de 1981 à 1998.

Une année comme ministre de la jeunesse et du tourisme puis seize années comme ministre des affaires étrangères (et numéro 2 du régime de Boumediene de 1965 à 1979) ; il occupe par la suite le poste de ministre d’Etat sous Chadli pendant une année. Depuis 20 ans, il est président.

Sous le règne de Boumediene, Abdelaziz Bouteflika était le second du grand dictateur. Ils ont fait de l’Algérie un Etat qui reposait sur un « bâton » en acier : la terrible sécurité militaire. Economie de la rente et chape de plomb : prends ton bout de pain et ferme ta gueule ! Pendant ce temps là, Messaoud Zeggar, Abdelaziz Bouteflika et quelques autres privilégiés faisaient fortune dans ce pays décrété socialiste pour les masses populaires.

Chadli Bendjedid réglera des comptes en mettant en prison le premier et en faisant traverser un grand désert au second en le faisant poursuivre par la cour des comptes (ce qui le poussera à l’exil).

En 1999, comme par miracle, Abdelaziz Bouteflika profite d’une alternance clanique et revient au pouvoir comme chef de l’Etat. On ne pourra pas citer toutes ses « grandes » réalisations durant ses vingt années de règne en quelques paragraphes mais on peut faire part, brièvement, de quelques-unes, à commencer par la corruption.

La corruption est devenue une « valeur » sûre : ce ne sont pas les corrupteurs et les corrompus qui ont à craindre des sanctions pénales mais ceux qui essaient de s’y opposer. La délinquance gagne aussi sur le terrain des «valeurs». L’un des symboles de cette corruption, et délinquance, Chakib Khelil, totalise plus de 750 000 mentions «j’aime» sur sa page officielle de facebook. Et c’est un très proche du président.

Les services de sécurité et la justice semblent vivre en symbiose avec ces nouvelles « valeurs » sociétales. Après tout, c’est logique qu’ils se mettent à la mode : ils font partie du peuple.

Le système politique est d’ailleurs très performant en matière de corruption de masse. C’est ainsi qu’il a pu se constituer une clientèle importante qui « négocie » des avantages à l’approche de chaque élection, aussi bien au niveau de catégories sociales ou professionnelles, de secteurs, que dans une logique régionaliste ou confessionnelle. Même si des pans de cette clientèle semblent se réfugier ailleurs à l’occasion de ce cinquième mandat, il n’en demeure pas moins qu’une certaine clientèle continue de s’accrocher à ce qu’elle perçoit comme une source de profit.

La santé et la médecine ont déserté les hôpitaux : c’est un secteur complètement délabré. Cela fait les affaires des rabatteurs des cliniques privées. La nomenclature des médicaments importés ne cesse rétrécir, des pénuries à répétition. La secte au pouvoir s’en fiche : ils se soignent, eux, et meurent, même, en Europe ou en Amérique, pris en charge par la CNAS et l’Etat.

L’économie a pour oxygène la rente pétrolière et gazière. Cette dernière sert fondamentalement à maintenir le régime en place depuis l’indépendance du pays. Cette rente est essentiellement partagée entre ce qui sert à l’entretien de l’appareil de répression, le budget consacré à l’achat de la « paix sociale » et celui dévolu à la constitution d’une clientèle électorale, et ce qui est détourné par la caste au pouvoir. Des miettes pour le développement du pays. La courbe des prix des hydrocarbures représente le cardiogramme de l’économie algérienne.

Quatre mandats ont suffi à instituer et institutionnaliser les idées des islamistes qui ont gagné la bataille idéologique sans gagner d’élection présidentielle.

D’ailleurs, les zaouïas ont soutenu Bouteflika dans tous ses mandats et ont appelé à un cinquième mandat ! Grâce à toutes ces mosquées qui poussent comme des champignons, elles vont pouvoir continuer leur « œuvre ». D’ailleurs, on a l’impression que le pouvoir utilise de plus en plus l’« opium » (pour emprunter le mot de Marx) que le bâton pour mater les velléités de subversion dans le pays.

Pour réussir ses programmes, le président et ses « compagnons » ont misé sur l’éducation.

Avant, l’école était sinistrée, 20 ans plus tard elle est anéantie. Le peu de matière grise qui réussit à échapper, miraculeusement, au massacre est pompée par Campus-France à Alger même. Les universités forment des légions de diplômés en majorité incultes. Parmi ces lieux de savoir et de recherche, il y en qui se transforment en zaouïas qui ne s’occupent sérieusement que de la morale (islamique) de leurs étudiants. D’ailleurs, il n’y a que la dimension islamiste qui réussit dans ce système avec comme conséquence l’abolition du sentiment national. Islamisme et nationalisme sont incompatibles. La conscience sociale, quant à elle, s’est effritée au fil des années.

Pour ses performances intellectuelles, le système éducatif algérien a été l’avant-dernier du classement PISA en 2015.

A présent, ce n’est plus une école (et université) à réformer mais à fermer : ce sont les fondements même du système éducatif algérien qui doivent être refaits.

Quatre mandats ont suffi pour anéantir l’engagement idéologique en politique et asseoir l’hégémonie de l’opportunisme politique dans le pays. L’espoir d’alternance dans l’exercice du pouvoir est mort. L’opposition dite démocratique est laminée. On voit actuellement des femmes et des hommes qui se prévalaient de cette tendance se rallier à la candidature d’un général et se ranger derrière lui dans l’espoir de déloger Abdelaziz Bouteflika de la présidence.

Pourtant, il y peu de temps, personne ne connaissait ce général sorti du chapeau du grand magicien Toufik, l’ancien patron du DRS (qui a institué ce même Bouteflika). Le désespoir fait naître des mirages : voir en Ali Ghediri un «messie» alors qu’il ne peut représenter, au mieux, qu’une alternative clanique, avec, peut-être, un peu moins d’opium et plus de bâton. Il a servi le régime, et contribué à le sauvegarder, pendant des décennies avant de se découvrir une âme d’opposant après sa mise à la retraite. Pour la propagande électorale, ce sont les méthodes du système : ils n’essayent même pas de convaincre, ils veulent faire taire toute voix discordante. Les « candidats » ne sont pas en quête d’électeurs : c’est l’allégeance de la population qui est attendue. La police politique est déjà à l’œuvre dans les médias et les réseaux sociaux.

Une des « réussites » d’Abdelaziz Bouteflika est la sacralisation de son personnage. Le code pénal est éloquent : on ne parle pas d’«outrage» mais d’«offense» au président de la république. C’est le même terme qui est utilisé pour «le prophète et les envoyés de Dieu». Ces délits figurent dans le même article, 144 bis et 144 bis 2. Cette sacralisation est aussi dans l’après-Bouteflika : on parle de succession et non d’alternance démocratique. On peut penser aux monarchies mais dans ce mode de gouvernement, la succession est décidée dès l’accession au trône du monarque.

A la mort du prophète Mohamed, ses compagnons étaient tellement occupés à se battre pour la succession qu’ils avaient oublié de l’enterrer abandonnant son cadavre à la putréfaction dans son domicile pendant trois jours. En Algérie, la bataille pour la succession à Abdelaziz Bouteflika dure depuis des années mais aucun de ses compagnons n’a réussi, pour le moment, à s’imposer comme calife. Si jusque-là, on a empêché ce personnage «sacré » de se reposer ou de mourir, je crains que les prétendants au califat ne s’étripent encore pendant des années et oublient leur maître.

Abdelaziz Bouteflika a encore besoin de cinq ans comme chef de l’Etat (qu’il dirige déjà par procuration) pour asseoir définitivement au sein de la population la suprématie du fantasme arabe (les nombreuses vierges éternelles du paradis) sur le rêve américain ou l’idéal révolutionnaire français (qui a enfanté la déclaration de droits de l’homme). Il aura aussi le temps d’achever l’Algérie.

De toutes les façons, avec un calife ou un messie, on ne sera pas mieux lotis. Le mal est très profond. Il faut espérer un miracle et un véritable processus démocratique pour sauver le pays.

Auteur
Nacer Aït Ouali

 




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Abdelkader Kara Bouhadba nouveau DGSN

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EXPRESS

Abdelkader Kara Bouhadba nouveau DGSN

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika a procédé à la nomination de M. Abdelkader Kara Bouhadba, en qualité de Directeur général de la sûreté nationale (DGSN), en remplacement de M. Lakhdar Lahbiri, a indiqué mercredi un communiqué du ministère de l’Intérieur, des collectivités locales, et de l’aménagement du territoire.

« Conformément aux dispositions de l’article 92 de la Constitution, Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, a procédé à la nomination de monsieur Bouhadba Abdelkader Kara, en qualité de Directeur général de la sûreté nationale, en remplacement de monsieur Lahbiri Lakhdar, appelé à exercer d’autres fonctions », a précisé la même source.

Auteur
APS

 




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L’autre candidat à la présidentielle : l’argent !

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DECRYPTAGE

L’autre candidat à la présidentielle : l’argent !

Comment est-il possible, de notre temps, que l’argent ait tout happé, et qu’en son nom, de son accumulation, au profit de quelques-uns, pas forcément parmi ceux les plus évolués, les plus méritants, les plus enclins au partage, on puisse broyer, sans hésitation, des collectivités humaines entières ?

Par le passé, la reconnaissance du rôle central de l’argent comme facteur de progrès fit longtemps consensus et elle a, abondamment, nourri la littérature. Aujourd’hui, tout est à vendre, au mépris de toute éthique ou autre humaniste et les exemples foisonnent :

Comme tous ces « corps à vendre »,

En principe, il est interdit de céder partie de son corps, au nom du principe d’indisponibilité ; mais sur le plan international, les lignes bougent, comme en Allemagne où on peut vendre son sang en toute légalité, aux Etats-Unis son plasma et en Iran un rein. Dans certains pays arabes, des fetwas ont rendu licite les greffes d’organes. Nous assistons à l’émergence d’un commerce de la détresse ! Un bio-marché international, mû par l’argent, qui serait régi par une traite de la transplantation où les riches malades, d’Europe ou d’Amérique, achèteraient des organes aux personnes pauvres d’Afrique, d’Asie voire même des pays du Maghreb. Ce trafic illégal est difficile à évaluer, mais on estime de 70 000 à 160 000 dollars le forfait comprenant le voyage et la greffe, l’essentiel finissant dans la poche des professionnels et des intermédiaires, le vendeur n’en touchant qu’une petite partie.

Ce type de commerce, à en croire des informations, commence à séduire quelques-uns de nos compatriotes qui n’ont trouvé que cette solution comme voie de salut à leur détresse.

En sport, de l’argent, il y en a de plus en plus !

Principalement dans le football, mais pas forcément dans les catégories qui ont en le plus besoin ; des masses énormes d’argent, choquantes même, sont perçues par les joueurs de ligue 1 et 2 de notre championnat « professionnel » (qui en arrivent même à se doper en ingurgitant de la cocaïne «à l’insu de leur plein gré ») et de moins en moins, sinon rien, tout en bas, chez les amateurs et dans les pépinières qui manquent de tout.

On est entré dans l’ère du business qui a amoindri le souci de l’organisation du football dès lors où le modèle économique des clubs ne marche pas, tout comme la gestion et la professionnalisation qui sont munies par les conflits d’intérêts personnels étroits.

L’équipe nationale, composée de joueurs formés en Europe, est l’arbre qui cache la forêt et on en a pas fini avec nos désillusions si ceux qui forment et accueillent à la base les très jeunes joueurs (8-15 ans), ne sont pas aidés, financièrement surtout.

Surtout, on a mis à terre l’éthique et les scandales répétitifs des matchs combinés ont touché tout le monde y compris le corps arbitral.

Les banques ne sont pas en reste !

L’Etat-providence l’a surtout été pour leurs turpitudes, en épongeant et en effaçant leurs dégâts, à coup de milliards d’argent public réinjectés dans le circuit.
Les banquiers ont réussi à se débarrasser de ce qui constituait, auparavant, le propre des métiers d’argent-le risque-, en se déchargeant sur les petits emprunteurs d’un côté, et sur l’état salvateur de l’autre.

Le scandale de la «banque Khalifa» est toujours dans les mémoires et le procès du siècle qu’on ne cesse de nous annoncer pour très bientôt, risque une fois encore, de faire « plonger » quelques lampistes, sans plus. Rappelons que l’effondrement du groupe Khalifa, employant plus de 20 000 salariés en Algérie et en Europe, avait causé un préjudice estimé par des avocats à plus de 1,5 milliard de dollars à l’Etat et aux détenteurs de comptes.

Dans la série de l’argent dominateur

Signalons cette initiative d’un Collectif National Etranger qui milite pour « un audit citoyen de la dette publique » qui a déclaré : « on fait comme si ce fardeau était naturel, mais les citoyens ont quand-même le droit de s’interroger sur son origine et sa trajectoire »« ponctionnés » par Ahmed Ouyahia ! La chef du parti des travailleurs, et elle n’était pas la seule dans le monde, affirmait que la dette était conséquente aux mesures drastiques du FMI, étrangleur des pays en voie de développement et surtout, Louisa Hanoune disait que « la dette était la conséquence d’une mauvaise gestion du pays et que les citoyens n’avaient pas à payer pour les errements des politiques ». Et de proposer, dans son programme « de ne pas rembourser la dette ! ».

L’argent des procès perdus

De l’avis de plusieurs juristes, l’Algérie perd beaucoup de procès et partant d’argent à cause de négligence et d’incompétence en matière de négociation, de rédaction et d’application de ses contrats avec des partenaires étrangers. Il s’agit de tous ces procès perdus face à des partenaires étrangers qui raflent la mise, parfois, sans coup férir.

En effet, l’opinion nationale a appris que plus de 5 milliards de dollars auraient été perdus par l’Algérie dans 5 affaires d’arbitrage international, la dernière en date concernerait le Consortium Japonais Cojaal, en charge du tronçon Est de l’Autoroute, qui vient de réclamer la bagatelle de 910 millions de dollars ! L’information livrée par un quotidien national, cite, entre autres, la compagnie pétrolière Américaine Anadarco, qui exploite le gisement de Hassi-Berkine, affaire dans laquelle Sonatrach aurait perdue près de 4 milliards de dollars dans une procédure d’arbitrage qui s’est terminée à ses dépens.

L’argent du terrorisme !

Grâce au pétrole, le racket et les rançons, l’organisation dite « Etat Islamique » posséderait assez d’argent pour, non seulement, faire la guerre au monde, mais aussi payer « correctement », des dizaines de milliers de combattants dont une proportion non négligeable d’étrangers, d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs. Jamais autant d’argent n’a été concentré entre de si mauvaises mains, affirmaient tous ceux –diplomates, membres des services des renseignements et chercheurs- qui observaient la progression fulgurante de l’organisation djihadiste.

L’armée dirigée par Abou Bakr Al Baghdadi, verse aux syriens et irakiens qui l’a composent une solde mensuelle de 400 dollars.

Pour les membres venant de France, d’Europe et du Maghreb, s’ajoute une prime supplémentaire de 700 dollars, soit une solde globale de 1100 dollars pour les étrangers. D’autres bonus sont distribués aux combattants mariés : 100 dollars par épouse et 50 dollars par enfant.

Ces chiffres, collectés par l’économiste syrien Samir Seifan, attestent que l’argent n’est nullement un souci pour l’Etat Islamique. Ce qui fait sa richesse, c’est d’abord les gisements de pétrole qui sont tombés entre ses mains, ce qui lui permet de s’adonner à une extraction sauvage et d’en tirer quelques 120 000 barils par jour ! Prix du baril entre 20 et 25 dollars, ce qui rapporterait à l’organisation 2 millions de dollars/jour, tout ça grâce à des traders » indélicats, croit-on savoir !

Contrairement aux apparences, les revenus des rançons, même s’ils sont phénoménaux -jusqu’à 10 millions de dollars par otage-, ne jouent qu’une part mineure dans le budget du « califat »

De ce qui précède, est-il encore besoin de parler d’argent ?

Mais bien évidemment puisque, à coup sûr, il va s’incruster dans la campagne électorale, au point d’en être un acteur incontournable !

Et c’est la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune qui a était la première à dénoncer l’intrusion de l’argent et du « lobbying » en politique et de leurs effets pervers, nomadisme politique, chkara etc !

Cela a fait réagir, peu ou prou, le gouvernement qui a ajusté la réglementation, en conséquence, sauf que sur un autre registre, il tarde à prendre les mesures qui s’imposent.

Les effets délétères de l’argent sur la politique constituent une vieille rhétorique. Mais elle n’a été, longtemps, qu’une arme de combat politique sans effets concrets sur le fondement des campagnes électorales et des Partis.

Il n’est pas rare que l’évocation de l’argent dans la sphère politique conduise les observateurs les plus éclairés à évoquer la corruption, les pots de vin, le traitement inéquitable des candidats ou encore la nature ploutocratique d’un régime.

Selon certains observateurs, les sommes nécessaires pour mener une campagne sont susceptibles d’écarter des candidats compétents mais sans ressources. Pour d’autres, les sources de financement du personnel politique peuvent donner lieu à toutes sortes de dérives qui ont souvent pour conséquence un rejet des affaires publiques par les électeurs caractérisé par une faible participation aux scrutins nationaux.

Et à l’opinion de s’interroger :

  1. La montée en puissance de l’argent fait-elle le bonheur électoral ?
  2. La mise en œuvre d’une réglementation encadrant l’emploi de ressources financières aboutit-elle à une plus grande moralisation de la vie politique ou à une moindre liberté d’action des offreurs et demandeurs de politiques publiques ?
  3. Comment aussi éradiquer le penchant naturel à la corruption, dans la mesure où elle peut apparaitre aussi comme la rétribution d’un service rendu ? la morale n’y suffit pas, disait quelqu’un, même si elle peut jouer un rôle. Un parfum de corruption à suffit pour priver le RND, selon Ahmed Ouyahia, de nombreux sièges au Sénat. Des élus « soudoyés », ont fait passer leurs « obligations » avant celles de leurs partis et le bénéfice qu’ils ont pu en tirer, pour eux et leurs familles, l’a emporté largement sur leur sentiment de culpabilité !

L’ancien premier ministre français Edouard Balladur, estimait en son temps, que la politique à besoin d’argent ! Or, hélas, tous les candidats n’en ont pas autant. Et le risque de concussion existe toujours.

La politique en définitive, demeure impure, inégalitaire, parfois elle blesse la dignité du citoyen considéré comme un objet passif qu’il faut conquérir à tous prix ! Le cynisme gagne, le besoin d’argent corrompt, la compétition électorale devient un pugilat où tous les coups sont permis !

D’où la conclusion que le jeu démocratique est faussé, puisque dans bien des cas, le programme électoral et les débats d’idées se trouvent phagocytés par l’argent. En Algérie, comme partout ailleurs, ce sont les plus riches qui contribuent le plus au financement de la vie politique.

C’est à qui paie gagne, affirmait Julia Cagé dans son livre « Le prix de la démocratie ». Dans une démocratie, plus on donne de l’argent, plus on a des chances de voir son candidat remporter la victoire ; la clé du bonheur en politique tient aux sommes qu’on veut bien engager. Subventionner un parti politique, une campagne électorale, et pourquoi pas s’acheter un journal, une télévision, autant de façons de connaitre la félicité. D’ailleurs, conclut l’auteure, ceux qui l’ont compris les choisissent toutes.

 

Auteur
Cherif Ali

 




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Saïd Sadi : l’implacable réquisitoire

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Présidentielle

Saïd Sadi : l’implacable réquisitoire

Cette contribution n’a d’autre objectif que de livrer une analyse aussi claire que possible de la situation algérienne avec, hélas, ses avatars présents et ses sombres présages.

L’auteur de ces lignes n’est ni candidat à quelque poste que ce soit ni partie prenante de l’une ou l’autre des mises en scènes qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines.

Il est désormais superflu de rappeler un constat admis par tous : l’Algérie a manqué son départ d’après-guerre. Afin de justifier une candidature fantasque et humiliante, pour lui-même et la nation, le président à vie n’a rien trouvé de mieux que de proclamer son ralliement à l’idée de procéder aux réformes de fond préconisées par l’opposition démocratique qu’il a combattues pendant vingt ans d’un règne que paieront, dans le meilleur des cas, deux sinon trois générations.

Le déni

Ce qui peut donc faire débat et mériter réflexion pour envisager des alternatives, du reste de plus en plus hypothétiques, à notre drame, ce sont les raisons objectives et subjectives qui ont fait d’un pays de cocagne une réplique africaine du Venezuela dont un chef d’État, ivre de son pouvoir et ignorant la détresse de son peuple, a fini par provoquer la mise sous tutelle de son pays. Encore qu’à Caracas, des millions de personnes défilent dans les rues depuis des mois pour signifier leur refus de la soumission pendant qu’Alger bruisse de rumeurs nourrissant les fantasmes du retour de l’imam el mahdi.

Dans ses repères symboliques, ses fondements institutionnels et sa geste politique, avec leur cortège de régression culturelle, de délabrement social et de marasme économique, l’Algérie que nous avons connue a vécu.

Et devant ce problème existentiel, la plupart des acteurs politiques se réfugient dans le déni.

Il est, en effet, assez rare d’entendre dire que le naufrage qui arrive est la conséquence mécanique et prévisible d’un système oligarchique qui a confisqué, avant de les épuiser, les ressources morales, humaines et physiques du pays.

Les propositions les plus audacieuses assènent que le rejet d’un cinquième mandat, par ailleurs loufoque, suffirait à redonner crédibilité, stabilité et performance à l’Etat. Chaque clan assure que la machine qui a détourné le fleuve de l’espérance en 1962, broyant un destin promis à toutes les ambitions, serait un outil de progrès et une source de bonheur si les manettes lui en étaient confiées.

On touche là au fond de la problématique nationale. L’impasse algérienne n’est pas seulement angoissante par sa profondeur, sa complexité et ses implications, elle est aliénante par le fait que la domestication culturelle et politique des élites interdit la réflexion en dehors du périmètre conceptuel dessiné par des rapports de force historiquement régis par la violence et l’opacité.

Et depuis 1988 que le pluralisme est toléré, une rengaine, confondant les causes et les effets, livre un verdict sans appel : l’Algérie ne souffrirait pas d’une conception politique qui, étouffant la vie publique, mène invariablement au désastre mais de la gestion maléfique d’un dirigeant, dénoncé a posteriori, c’est-à-dire à sa fin annoncée ou après sa chute.

Au lieu d’explorer les issues, de plus en plus étroites, qui pourraient encore s’ouvrir devant les bonnes volontés, les différents intervenants prétendent qu’en usant des mêmes procédures et en agissant dans les mêmes instances, ils pourraient contenir sinon bloquer une tectonique des plaques dont le mouvement éloigne inexorablement le citoyen du dirigeant.

L’affaire est pourtant sérieuse car l’amplitude de la faille est désormais telle qu’elle menace l’ensemble du sous-continent nord-africain.

Et à voir les maigres annonces faites ici et là par les postulants à la magistrature suprême, force est de relever que la gravité du diagnostic de la lourde pathologie algérienne n’est ni vraiment perçue ni a fortiori assumée.

Le pays est déserté par la conviction et le dévouement. L’engagement n’est consenti que s’il est suivi par un retour sur investissement rapide et vénal. L’Histoire longue est abolie.

Tout se passe comme si, tétanisé et fasciné par son bourreau, le client politique, redoutant la responsabilité de la vie libre préfère la sécurité de son incarcération. Le positionnement politique est dicté par l’instinct de survie et l’esprit est bridé par l’instant sur lequel nul n’a la moindre prise. Chacun cherche le parrain qui préserverait ses intérêts et, si possible, assouvirait ses haines. Se sauver du présent quitte à hypothéquer l’avenir de ses propres enfants. Voir l’écume et ignorer la houle. Nous en sommes là.

Spasmes et calculs

Il y a seulement quinze jours, l’Algérie vivait une situation de lévitation constitutionnelle. Un chef d’Etat inaudible et invisible, un conseil de la nation sans président, une assemblée nationale cornaquée par un putschiste, une présidence du conseil constitutionnel vacante et…un chef d’Etat-major qui jurait ne pas vouloir faire de politique constituaient l’invraisemblable virtualité politico-administrative du pays. Pour faire bonne mesure, un homme, parachuté à la tête de l’agglomérat qui se présente comme la colonne vertébrale de l’alliance présidentielle décide seul de dissoudre toutes les structures du parti.

Dans cet Etat sans âme ni visage, quatre gredins, dont les bases militantes effectives ne recouvriraient même pas leur propre famille, sont affectés aux tâches ménagères, le temps de permettre aux mentors de préparer le décor, colmater leurs différends et, autant que faire se peut, lustrer le poster-candidat.

Deux partis de l’opposition, le RCD et le FFS – est-ce vraiment un hasard ? – ont opposé, chacun à sa façon, un rejet catégorique à un challenge électoral qu’ils disent n’être, dans les faits, que la reconduction d’un potentat.

Au-delà, la classe politique est animée par des bégaiements mimétiques où les tergiversations fébriles spéculent sur un renversement clanique de dernière minute qui autoriserait un reclassement dans un moule inamovible.

Exception qui confirme la règle: le parti islamiste MSP. Adepte résolu et assumé du mouvement des frères musulmans, il se place, comme tous ses congénères et par principe, au sein de systèmes dont ils connaissent parfaitement la faille originelle : l’illégitimité.

Tactiquement, le frère musulman peut camper conjoncturellement une posture d’opposant mais sa stratégie reste intangible : l’entrisme est une approche que rien ne viendra jamais démentir. La démarche a sa logique et sa méthode.

La logique postule que tôt ou tard la compétition autour du monopole de la religion tourne en faveur de celui qui s’en prévaut officiellement. La polémique sur la prière à l’école où le MSP et ses ouailles demandent l’application d’une constitution qui stipule en son article 2 que l’Islam est religion de l’Etat vient rappeler les limites des ruses de contorsionnistes quand on piège les valeurs et principes qui structurent les nations. Concrètement, la méthode consiste à occuper le moindre espace disponible pour avancer ses pions en attendant que le fruit tombe.

Pour le reste des prétendants, c’est le brouillard où l’improvisation le dispute à la précipitation. Paradoxalement, ce sont les dizaines de candidats folkloriques, trop vite brocardés, qui illustrent le mieux ce moment historique singulier. Leur grouillante présence dans cette cabale est, au fond, l’expression la plus fidèle de la décomposition du maelström politique algérien.

Pourquoi diable la candidature d’un prescripteur d’amulettes (il y en a au moins deux ) serait-elle moins crédible que celle d’un poster ?

Quant à ceux qui se présentent en assurant la jouer sérieux, on est consterné par l’indigence des propositions qu’ils mettent sur la table. Quelques bons sentiments, des caresses en appelant au nif national et une ou deux idées aussitôt contredites par une confession contraire donnent la mesure de l’impréparation à l’exercice d’une fonction aussi éminente que celle dévolue à une présidence de la République.

La panne perpétuelle

Dans ce lot, un ancien officier supérieur, probablement estimable en tant que personne, assure détenir la solution aux tempêtes qui s’accumulent au-dessus de nos têtes. Comme il peine à donner du contenu à ses intentions ou avancer des méthodes à même d’esquisser une feuille de route lisible, des voix spéculent sur des soutiens massifs et actifs dont il bénéficierait dans les rangs de l’armée.

Une fois de plus et faute d’être appelé à se déterminer sur des offres politiques, le citoyen est invité à déléguer son libre arbitre aux mystères des sectes qui lui garantiraient ses droits et sa liberté. La roulette russe continue.

Outre que rien ne vient corroborer ces allégations, il convient de redire, encore une fois, que les tractations occultes dans les officines militaires ne sont pas la solution mais la cause du malheur national. Quand bien même ces supposés soutiens seraient-ils réels et vérifiables, celui qui en bénéficierait en serait obligatoirement leur obligé, ce qui, en Algérie, est la condition même du statu quo.

On objecte déjà qu’une fois au pouvoir, l’heureux adoubé pourra toujours se libérer d’attaches encombrantes et orienter le pays vers des pratiques plus saines et plus transparentes. Si l’on s’en tient aux expériences passées, le pari est pour le moins risqué.

Ni Ben Bella ni Chadli ni Zeroual n’ont pu s’émanciper des liaisons dangereuses qui les ont portés au pouvoir. Bouteflika a survécu à ses appuis parce qu’en bon artisan du clan d’Oujda, groupe militariste s’il en est, il a assumé et répondu à toutes les demandes des généraux quand il ne les a pas devancées.

Concéder une allocation de 12 milliards de dollars au secteur militaire dans une conjoncture économique aussi atone que celle que vit l’Algérie est la preuve que le pouvoir est toujours régi par une doxa militaire hégémonique.

D’aucuns, habités par l’illusion des miracles immérités, se prennent à rêver d’un Attatürk algérien. Ce n’est faire injure à personne que de souligner les éléments qui distinguent à tous égards l’armée turque de celle de Boumediene, conçue et gérée de sorte qu’aucune tête pensante ne dépasse. Avec Attatürk, l’institution militaire a assumé la séquence consacrant la fin de l’empire ottoman.

L’armée algérienne, pour ce qui la concerne, a pris le pouvoir en 1962 pour imposer l’islamo-socialisme comme matrice doctrinale, marécage dans lequel ont prospéré les malentendus les plus obscurs.

On aura observé que jusqu’à présent, tous ceux qui se sont exprimé sont restés vagues et sommaires sur des questions demeurées en suspens depuis l’indépendance et qui appellent, pourtant, des réponses aussi urgentes que précises.

Dans des sociétés aussi paralysées que la nôtre, la seule intervention de l’armée qui vaille eut été celle qui mît un terme à ses propres turpitudes. On voit mal l’avènement d’une révolution des œillets, qui a dissous le salazarisme au Portugal, advenir dans l’armée algérienne. Alors on tourne en boucle.

Les fausses pistes

Appelant à l’insurrection armée pour la libération nationale, la proclamation du premier novembre ne pouvait pas, et ne devait pas, être autre chose qu’un texte succinct, un passe-partout politique destiné à mobiliser dans l’urgence le maximum d’Algériens dans un moment historique où la question nationale était encore en gestation conflictuelle, y compris parmi les militants les plus radicaux. N’engageant à rien en terme programmatique et n’impliquant aucune contrainte dans l’exercice du pouvoir, sa finalité ou son contrôle, elle est invoquée par tous les prétendants qui ne veulent pas ou ne peuvent pas assumer des choix institutionnels, sociétaux ou géopolitiques qui sont la sève de toutes les nations modernes.

En aparté, les anciens militants les plus vertueux déplorent cette confusion et les abus qu’elle charrie mais ils sont rares à exprimer publiquement leur désenchantement et leur colère.

En la matière, chacun peut relever que la plate-forme de la Soummam qui a transformé une révolte en révolution est totalement évacuée du débat actuel. Ce document, qu’il ne faut ni sacraliser ni diaboliser reste, pourtant, à ce jour, le seul acte politique qui ait clairement formulé avant l’indépendance les fondamentaux d’un projet de société sur lequel se sont engagés les Algériens.

Ce sont les structures et les orientations du congrès d’août 1956 qui ont encadré et porté le combat algérien jusqu’à son ultime consécration. Il se trouve que ce compromis a été neutralisé par un coup d’Etat perpétré au Caire en août 1957. Et contrairement à ce qui se dit ou se suggère ici et là, les causes de ce putsch ne sauraient être réductibles à une question de tempéraments ou d’ambitions irréconciliables. On sait aujourd’hui que ces données qui ont pu jouer à la marge ont été exacerbées et manipulées par des puissances étrangères pour aspirer l’Algérie dans l’orbite de la pensée unique et de la gestion de la force brutale, déroutant ainsi un mouvement qui avait su fédérer et intégrer en pleine guerre des sensibilités nuancées et même franchement différentes.

S’il faut veiller à rester mesuré et disponible à l’écoute en ces temps d’évanouissement avancé de la conscience nationale algérienne, il convient aussi de ne pas chercher à entretenir des leurres alternatifs en cultivant des mœurs politiques qui sont à l’origine de la congélation actuelle.

Refuser, par ruse politique ou paresse intellectuelle, une mise à plat générale des faits et évènements qui ont conduit à notre déchéance, les refouler par peur ou culpabilité est la meilleure manière de précipiter une implosion nationale que tout annonce. Et les forces centrifuges sont déjà à l’œuvre. C’est dire si la censure et les diversions sont vaines. L’époque, la révolution numérique et la démystification de la guerre ont libéré la parole.

Les tabous peuvent empêcher le pays de se construire mais ils sont inopérants dans la transmission des vérités vers de jeunes mémoires rétives à l’embrigadement.

Cette évidence n’a pas imprimé la pratique politique ambiante. Ce qui fait que par manque de courage ou incompétence, les bribes de programme énoncées ne sont que de mièvres déclinaisons des bouillies politiques de l’archéo FLN : vouloir s’immerger encore plus dans un monde arabe déliquescent, invoquer la dimension religieuse comme socle libérateur exclusif de la collectivité, s’empaler sur des revendications post-coloniales désuètes ou vanter les mérites de la peine de mort alors que toutes les études ont démontré la fatuité de son caractère dissuasif est emblématique d’un discours vaporeux, qui a de tout temps irrigué le système algérien.

Ces idées qui ont parasité une scène nationale stérilisée par le dirigisme intellectuel sont maintenant toxiques en ce qu’elles véhiculent une charge irrationnelle qui préempte la raison et la liberté, seuls outils permettant d’appréhender la réalité politique.

Pérenniser l’audace

En plus de la néantisation de la question environnementale qui nous réserve un réveil aussi brutal que douloureux, l’autre grand absent du débat est le dossier, pourtant vital, de la relance de la construction démocratique nord-africaine. Alignés sur un bellicisme négateur de règles économiques les plus élémentaires, conditionnés par un terrorisme politique entretenu par des parrains couvant des intérêts maffieux, les postulants esquivent le principe même d’une mise à l’ordre du jour d’un chantier qui conditionne l’avenir d’une région dont nous sommes un des constituants majeurs auquel il revient, en premier, de dénouer les ligatures mortifères.

Dans ce climat délétère, la région qui fut jusque là le meilleur laboratoire des initiatives et projections politiques innovantes du pays se voit assignée une mission à contre emploi. Figurée par ses déchets, la Kabylie a servi de condiment folklorique à la tambouille politique du pouvoir et s’expose, présentement, comme le principe actif d’une spoliation éhontée de la ressource nationale, doublée d’une mission de pollution d’un combat démocratique qu’elle a si souvent amorcé. Boumediene a voulu museler la Kabylie, Bouteflika s’est donné comme objectif de la pervertir. A voir la vitalité des cafés littéraires ou la vigueur des comités de villages, il est aisé de déduire que malgré la mobilisation de moyens colossaux, les deux options ont fait long feu.

Plus généralement, les migrations de la jeunesse, asservie par un système éducatif archaïque, vers le Nord ou la permanence de ses contestations dans le grand sud signent un échec patent du modèle FLN.

Enfin, la diaspora algérienne affiche encore une disponibilité que n’ont pas découragé les stigmatisations revanchardes et des retours au pays peu stimulants.

Par quelque angle que l’on appréhende la situation, force est de constater que les promesses réformatrices lancées de l’intérieur du système se sont toutes avérées illusoires et qu’en la circonstance, elles ne figurent même pas dans l’agenda du pouvoir. Jusqu’à preuve du contraire, toutes les énergies positives naissent, s’organisent et s’expriment dans des espaces autogérés.

On entend déjà les avocats des causes perdues pointer du doigt la sévérité de la présente analyse.

Ce serait se méprendre sur la vraie nature des problématiques qui pèsent sur notre destin, l’intensité de leurs manifestations souterraines et les conséquences de leurs projections finales.

Avec d’autres patriotes, le rédacteur de cette contribution a participé à des actions et compétitions inscrites dans les cadres institutionnels en faisant preuve de la patience, certains ont dit naïveté, qu’appelaient les difficultés qui pouvaient accompagner la construction d’une jeune nation. Il a bien fallu constater que le système algérien est inamendable. Il a été récemment rappelé, à juste titre, que l’exigence et l’obtention des procès verbaux lors des dépouillements n’ont pas empêché l’administration de transmettre d’autres documents lors de la consolidation des résultats. On se souvient que l’installation officielle et publique des commissions des réformes de l’école, de l’Etat et de la justice, mises comme autant de conditions à l’intégration au gouvernement, ne connurent aucune suite…Et la liste des engagements reniés est longue.

Faut-il encore rappeler que la question du pluralisme politique, le dossier de l’identité nationale, celui des droits de l’homme, entre autres, ne sont endossés par le pouvoir, avec retard et malice, qu’au prix de longues et douloureuses luttes ? Comme tout ce qui est consenti de mauvaise foi, le traitement est généralement artisanal voire, en certaines occasions, plus dommageable que la répression. Il n’empêche, grâce aux combats audacieux la nation évoque, vaille que vaille, ce qui touche à son intimité politique et sociétale. Ces avancées sont le fait d’une militance autonome et offensive qu’il faut savoir faire partager au plus grand nombre.

Dire aujourd’hui que la résurrection algérienne doit se concevoir en dehors des carcans officiels ne relève ni du dépit ni de la surenchère ni de la radicalité.

Face au destin

La mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d’être rappelés n’a été le fruit d’une décision du régime. Il en sera de même pour la recherche d’une nouvelle configuration nationale à laquelle appellent depuis des années les opposants les plus raisonnables. Sauf que si on attend de voir le pouvoir s’y résoudre, ce sera trop tard car, cette fois, le sujet tient du one shot.

On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l’Histoire n’offre pas beaucoup d’exemples de nations ressuscitées quand elles ont sombré. Or c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux.

L’inévitable menace islamiste qu’on ne manquera pas de brandir ne vaut que s’il y a une volonté du régime de l’instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne. Imposer un cahier des charges où les principes démocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout compétiteur est une chose faisable et éprouvée avec succès chez nos voisins.

Face à l’enjeu du destin national, l’échéance du 18 avril est, au fond, un épiphénomène.

Ceux qui, ignorant les enseignements du passé, ont, malgré tout, voulu s’y engager vérifient quotidiennement, et à leurs dépends, la vanité de disputer dans son antre la victoire à un spectre représenté par son image.

Qu’ils se retirent au dernier moment ou qu’ils crient leur indignation le soir des résultats est, en vérité, anecdotique. L’essentiel et l’urgence sont ailleurs.

Maintenant que nous nous sommes soumis à des affronts que peu de peuples ont accepté de supporter, maintenant que le fard par lequel nous avons maquillé nos petitesses a fondu, maintenant que l’orgueil mâtiné de racisme que nous opposions à nos frères subsahariens nous est interdit, nous sommes obligés de nous regarder tels que nous sommes avant d’affronter le regard de nos enfants.

Nous n’avons d’autres choix que de nous repenser à travers de nouvelles valeurs et par des mécanismes opérationnels étrangers à la grammaire politique du système.

La bataille sera rude, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne sera pas loyale si nous nous donnons les moyens de la préparer avec clarté et méthode. C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. A ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité.

Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial.

 (*) Saïd Sadi est membre fondateur et ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur la politique, l’histoire et la culture.

NOTE : Cette analyse a été publiée par le site Tsa ce mercredi 13 février.

Auteur
Saïd Sadi (*)

 




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Une mission délicate et l’apport des communautés nord-africaines

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La laïcité au Québec

Une mission délicate et l’apport des communautés nord-africaines

Le débat sur la laïcité refait surface avec le gouvernement de François Legault, le premier ministre de la province du Québec semble décider de mettre en application les promesses tenues lors de sa campagne électorale.

Québécois lui ont en donné suffisamment confiance en votant sur son parti, la Coalition Avenir Québec (CAQ), le 1 octobre 2018 dernier, pour qu’il soit majoritaire avec 75 députés sur les 125 que compte parlement. François Legault est déterminé de confirmer son poids politique en proposant un projet de loi sur la laïcité de l’État.

Le voile : un signe ostentatoire

Ce qui est particulier dans son projet, c’est d’appliquer une loi interdisant le port des signes religieux uniquement sur des employés de l’État qui sont en position d’autorité, à savoir les policiers, les gardiens de prison, les procureurs, les juges et les enseignants. Pour cette dernière catégorie, il y a énormément de femmes qui portent le voile.

Vu que leur statut est considéré comme une autorité sur l’élève, pour se conformer à la nouvelle loi, au départ, il y a déjà un problème : soit elles vont se départir de leurs habits ou quitter leur fonction. Sur ce point, les opinions et les avis divergents, la question des droits acquis est soulevée, c’est-à-dire de permettre aux enseignantes de demeurer à leur poste en gardant leur hidjab, en appliquant la « clause de grand-père »(1).

En fait, pour être plus directe à la place des politiciens, le seul et unique signe religieux qui suscite de la méfiance, d’abord, c’est bien le port de voile, cet habit qui se démarque dans les milieux publics et dérange énormément le québécois en général. Pour rappel, il a fait son apparition depuis l’avènement des communautés d’origine musulmanes dans le cadre de l’immigration.

C’est un cliché qui est lié à la rétrogradation du statut de la femme, c’est un signe d’asservissement, il est très mal accueilli. Pour comprendre cette suspicion, il faut faire un saut vers le passé et comprendre le parcours difficile de la femme québécoise, elle se souvient du rôle répressif de l’église.

Les femmes québécoises ont dû affronter les évêques, les curés et les politiciens qui sont unanimes pour les stigmatiser et nier leur droit à l’autonomie. Elles ont inscrit l’histoire. Idola Saint-Jean, Therèse Casgrain, Marie Gérin-Lajoie et toutes les autres femmes Québécoises qui ont pris d’assaut le Parlement, de 1922 au 1940, pour obtenir le droit de vote.

Donc, pas question de faire des concessions ni un retour en arrière en matière des libertés individuelles pour faire valoir un droit à leurs dépens au nom de la religion.

Les mesures politiques délicates face à la diversité culturelle  

Il faut admettre que les mesures que le premier ministre a entreprises pour parer au phénomène dépassent le cadre du problème. De consort avec son ministre de l’immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, ils viennent de s’engager dans une démarche radicale et sans distinction en éliminant 18 000 dossiers à l’immigration non traités. Tout un dérapage qui a fait bondir le caricaturiste du journal La Gazette, Terry Mosher. Lui qui dessine sous le nom d’Aislin ne s’est pas gêné de faire le parallèle entre la CAQ et le Ku Klux Klan, un mouvement ultraraciste américain, dans un dessin qui aurait pu être publié si la rédactrice du journal n’a pas opposé son refus. On s’entend qu’il a exagéré.

Le geste du premier ministre d’être parti en France pour combler un manque flagrant de main-d’œuvre chez les entreprises québécoises est une bonne chose, et en même temps, supprimer des dossiers des candidats à l’immigration est une mauvaise chose, il vient de confirmer son paradoxe. Il est en contradiction totale avec les principes et les valeurs du Québec en matière de recrutement des nouveaux Québécois.

Il a choisi les chemins les plus faciles et non les plus justes. D’ailleurs, lors de la dernière campagne électorale, en plus de réduire de 20 % les nombres de candidats à l’immigration, il s’est fait épingler sur son ignorance au sujet du processus de l’obtention de la citoyenneté canadienne.

A priori, la question qu’il faut poser, c’est quoi les intentions réelles du gouvernement ? L’histoire des signes religieux ne cache pas une volonté de faire du sélectif ethnique pour les futurs candidats pour le Québec ? Peu importe ces arrières pensés, les Québécois sont très éveillés pour faire la distinction entre un mensonge et une réalité, entre le mal et le bien, et entre un bon et un mauvais individu.

citoyen construit la société, et c’est celui-ci qui décide pour élire son décideur. Il est bon de rappeler que les trois derniers gouvernements successifs qui ont été au pouvoir sont différents sur leur point de vue en idéologie politique, et surtout sur le dossier de l’immigration. Le parti québécois (PQ) en 2012, en suite le parti libéral (PL) en 2014 et la coalition avenir Québec (CAQ) en 2018. Le peuple lui revient le dernier mot pour sanctionner les politiciens pris à défaut et ceux qui ont dérapé. Nul n’est éternel au pouvoir dans un État démocratique.

Le combat des communautés pour la laïcité

D’abord si certains ont un doute sur le problème d’intégration des nouveaux arrivants, de facto c’est leur droit, mais il y a lieu de rappeler, a fortiori, que dans n’importe quel groupe de société il y a des marginaux et il y a aussi des engagés et des stoïciens pour les bonnes causes.    

À l’instar de Djamila Benhabib qui a été toujours fidèle à ses positions laïques, elle a exhorté le premier ministre d’aller de l’avant concernant ses engagements pour interdire les signes religieux. Ça coïncide avec l’anniversaire de la tuerie qui a eu lieu à la mosquée de Québec, le 29 janvier 2017, une initiative de faire de cette date une journée contre l’islamophobie a fait réagir cette Québécoise d’origine algérienne en s’opposant à cette idée. De la même origine que Madame Benhabib, Arezki Bentayeb, enseignant au primaire, il s’est exprimé au sujet des signes religieux, « un enseignant doit être une référence, un modèle, une sécurité, mais c’est aussi une image ». Des propos rapportés par le journal La presse du 7 novembre 2018.

L’ex-ministre libérale Fatima Houda-Pepin, une femme de conviction, en 2013, elle a dû s’objecter à son chef, Philippe Couillard, lors d’un débat à l’Assemblée nationale sur la charte des valeurs québécoises, en affirmant son opposition au port du tchador. Et en début de 2014, cette femme d’origine marocaine quitte son parti, car elle refuse de baisser les bras et de cesser de lutter contre l’intégrisme.

Aussi, elle s’est démarquée lors de l’affaire de la légalisation possible de la charia en l’Ontario en 2005. Elle n’est pas la seule dans son combat, une autre féministe algéro-québécoise Leila Lesbet a exposé l’hypocrisie pro-hijab de la Fédération des femmes du Québec, ce qui lui a valu son exclusion pour « comportement problématique ». Auxquels s’ajoutent à la cause de nombreux militantes et militants comme Nadia El-Mabrouk, d’origine tunisienne, qui publie des textes pro-laïcité incisifs ; l’humoriste Nabila ben Youssef ; l’écrivain Karim Akouche, auteur de Lettre à un soldat d’Allah ; la psychologue Rachida Azdouz, auteure de le vivre ensemble n’est pas un rince-bouche ; et d’organisation comme les membres de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité, l’Association Amitié Québec-Kabylie et le CKC (Congrès des Kabyles du Canada).

Comme des garde-fous de l’intégrisme, ces intellectuels, écrivains, artistes et associations sont bien placés pour envoyer des signaux d’alerte à la société en général et aux politiques en particulier. Ces femmes et ces hommes, à majorité ont dû quitter leur pays pour se réfugier au Québec.

De leurs expériences de vie face au danger de l’intégrisme et dans un souci de vivre en harmonie mutuelle en exerçant les libertés et les droits fondamentaux selon les valeurs démocratiques, ils se sont engagés pour mener un combat contre un phénomène qui inquiète les Québécois.

In fine, il est plus que légitime de se prémunir de la stigmatisation et du fondamentalisme par les moyens légaux. Malheureusement, on a tendance à généraliser ces deux phénomènes sur l’ensemble des sujets qui composent une telle communauté ou les Québécois de souche, de ce fait, inévitablement, des sentiments de méfiance et de peur se créent. Donc un travail commun en tenant compte des différentes sensibilités s’impose pour endiguer le danger de la discrimination caractérisée par la race, la couleur de la peau, l’origine ethnique ou nationale.

Mahfoudh Messaoudene ing.

Sainte-Julie, février 2019

(1) : En droit, une clause d’antériorité, ou disposition maintenant les droits acquis, est une disposition légale permettant que, lors de l’adoption d’une nouvelle loi, les conditions de l’ancienne loi puissent s’appliquer à ceux qui en bénéficiaient déjà, généralement pour une période limitée. L’expression américaine pour décrire ces dispositions est grandfather clause, littéralement « clause de grand-père ». Source Wikipedia

 

Auteur
Mahfoudh Messaoudene

 




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Les voleurs de rêves

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Lettre de Médéa

Les voleurs de rêves

«La politique est le moyen des hommes sans principes pour diriger des hommes sans mémoires.» François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1772)

Conquérants sans gloire, siégeant aux assemblées populaires des hémicycles, des Apw et des Apc de la maison Algérie, les élus, justes des bustes creux aux sourires obséquieux, accoutrés désormais du péjoratif « Errais », lancé par leurs serviles courtisans, et proches comme jamais auparavant des pouvoirs de décisions et des puissants du moment s’attellent à rentrer dans leurs frais et compenser les voix soudoyées et chèrement payées les ayant portés aux nues.La chkara de l’opprobre et de toute les compromissions corruptrices.

Les voilà devenus, l’espace d’une mandature, affairistes affairés , profitant désormais de leurs postes, de leurs rangs et de leurs statures pour se sucrer autant que se peut sur le dos de l’état et du peuple, alliant délits d’initiés et autres subterfuges légaux pour s’adonner à  la rapine du foncier domanial et s’accaparer de fabuleuses offres d’enchères publiques de réalisation architecturale, d’offres de service publics par un passe-passe juridique du marché de « gré à gré”. Un donnant-donnant criard des militants du même parti politique. Le FLN, en est champion.  

En fait , des criminels en col blanc adoubés et encouragés par le régime présidentiel absolu, nullement inquiétés pour de sordides calculs politiciens , nécessité oblige, pour draper d’un voile pudique de légalité, de représentativité et d’assises populaire les desseins inavoués de Fakhamatouhou.

Point d’oblativité, point de lobbying pour ramener des investisseurs et booster l’économie locale, et par ricochet, créer de l’emploi pour les jeunes de leurs dechras,villages et villes respectives, point de vision stratégique même pour le pays, ils sont justes plantés ça et là , tels des marionnettes actionnées pour voter à main levée les énièmes entorses à la constitution.

Ce retournement de veste ne s’est pas fait sans balayer d’un revers de la main les milles rêves et espoirs placés sur leurs candidatures par une plèbe qui s’est découverte victime alors qu’elle est en réalité complice du choix des ses représentants, et par conséquent de  son largage à vau l’eau.

Des voleurs de rêves, d’espoirs et d’aspirations populaires, protégés par des lois scélérates leurs conférant l’immunité et par une police et une justice aux ordres pour veiller à leurs quiétude et leur sérénités.

Le dernier rassemblement du FLN à la coupole du 5-Juillet n’a pas été sans mettre à nue les diaboliques démarches des décideurs de l’ombre pour ratisser large, moyennant  le transport, le casse-croûte Cachir et une aumône pécuniaire à des gens hétéroclites, ignorants pour la plupart la raison de leurs présences, ramassés pêle-mêle et ramenés du fin fonds des wilayas, pour faire salle comble  et mimer l’enthousiasme et le bonheur populaire à une 5e mandature de leurs Fakhamatouhou.

Sitôt la déclaration d’intention de rempiler fût déclarée, les chiens furent lâchés pour l’intimidation et le dénigrement , les nervis de service et autres gros-bras s’attaquèrent à Rachid Nekkaz à Tlemcen et à la mémère Missoum aux confins de Ksar El Boukhari pour emmener Tahar, son insolent fils d’être moins vitriol vis-à-vis du système. La télé-vorace Ennahar tv, comme à  son accoutumée,se chargera d’ici peu à descendre en flammes tous les candidats susceptibles de faire de l’ombre à leur président .

Désormais rien, absolument rien ne présage des élections libres et transparentes, les voix de la contestation et de l’opposition ,par réseaux sociaux ,s’amplifient de jour en jour pour dénoncer l’incurie, la forfaiture et l’imposture des prochaines joutes électorales.

Les images des jeunes de Tizi Ouzou, s’attaquant et déchirant les portraits de Bouteflika, en vociférant moult insultes aux tenants du pouvoir illustre et personnifie le « Y en a marre populaire ! » et se veut être une philippique aux mêmes voraces politiciens ayant sérieusement hypothéqué leurs avenirs.

Le peuple dans sa grande majorité ne fait plus confiance à une présidence absolue l’ayant roulé plus d’une fois, et n’entend pas cette fois-ci se laisser faire.

Demain, il ne serait point surprenant de constater son absence remarquée et remarquable aux urnes électorales pour ne pas cautionner l’illégalité et l’illégitimité d’un homme octogénaire, gravement malade , très loin des réalités du pays et de sa jeunesse à présider à leurs destinés.

Dur, dur sera le réveil au lendemain du 19 avril…

Allez savoir !

Auteur
Brahim Ferhat

 




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Le drapeau noir du RCD et nos soubrettes pleureuses (*)

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Chronique du temps qui passe…

Le drapeau noir du RCD et nos soubrettes pleureuses (*)

Il fallait à la conjuration des domestiques officiant pour le candidat Bouteflika, un prétexte pour jouer leur numéro de « soubrettes pleureuses », un spectacle unique qu’ils exécutent, généralement, avec une époustouflante maestria.

La décision du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de hisser, depuis trois jours, un drapeau noir à la place de l’emblème national sur le bâtiment de son siège national à Alger, leur en a fourni un. Et voilà nos majordomes qui prennent l’accent de la veuve éplorée et outragée !

Ecoutons-les, pêle-mêle, les partis de l’Alliance présidentielle, les associations-cocktails et même la Commission nationale de surveillance des élections (oui, oui !) s’indigner de ce que le parti de Saïd Sadi ait « outragé le drapeau national » !

Il est jusqu’à l’UGTA, devenu marchepied du régime, pour se découvrir un reliquat de dignité et dénoncer « l’offense à la Nation » commis par le RCD !

Le numéro est délicat à exécuter. La poupée-soubrette doit prouver, au moyen d’impressionnantes gesticulations, qu’elle a du cœur, une vraie fibre patriotique, et qu’elle est disposée à verser de vraies larmes pour cela.

Peu importe qu’elle ne ressente aucun chagrin. Le but du jeu n’est pas de pleurer sous le poids de la douleur, mais d’offrir une représentation théâtralisée de la douleur qui soit plus authentique, plus impressionnante que la douleur elle-même ! Réussir un simulacre de l’affliction qui en arrive à surprendre les affligés eux-mêmes.

Bien évidemment, la télévision, fermée aux opposants et au débat contradictoire, s’est magistralement ouverte à nos soubrettes pleureuses. Jeudi, dans son Journal de 20 heures, l’ENTV a lu plusieurs de leurs condamnations, très émues.

C’est que, façonnées à l’identique, les « soubrettes-pleureuses de Bouteflika » sont une parfaite reproduction des anciennes « pleureuses », ces femmes dont on louait les services, selon l’antique tradition, pour sangloter, gémir et implorer le Ciel lors des obsèques du défunt pour lequel elles étaient payées. Dans la tradition judéo-arabe, on les appelait « El hazniate « ou « El Hjaniyè « en hébreu. Toute vêtues de noir, en robe ample et les bras entièrement couverts, elles s’asseyaient à proximité du corps étendu à même le carrelage et s’adonnaient parfaitement à l’art du simulacre, n’hésitant pas à hurler ou à se griffer le visage jusqu’au sang pour la perte d’une personne qu’elles n’ont jamais vue et pour laquelle elles n’éprouvent aucune peine.

Que disent-elles ? Le chef de la Commission politique nationale de surveillance de l’élection présidentielle (CPNSP), machin créé pour valider la fraude, dénonce un « acte absurde et irresponsable » et pense que « le RCD a délibérément porté atteinte à l’un de ces symboles en ôtant l’emblème national et en hissant un drapeau noir ». Rien que ça ! Les partis de l’Alliance présidentielle (FLN, RND et MSP) qui soutiennent le président candidat Abdelaziz Bouteflika, ont majestueusement réagi en qualifiant la démarche du RCD « d’antinationale ».

Et l’UGTA ? Et bien, l’UGTA se dit « profondément consternée et indignée par l’acte inqualifiable commis par le RCD » !

Sur ce registre, nos « soubrettes pleureuses », Belkhadem et Sidi Said en chefs de file, suivies de ces créatures asservies au proxénétisme politique, ont honoré autant la légende d’El-Hazniate : elles ont versé sur «l’acte absurde et irresponsable du RCD » tellement de chaudes larmes qu’elles ont fini par réveiller les martyrs !

Le secret est pourtant simple : il faut du temps pour épuiser les larmes « rechargées » en quantité sur le corps de ces poupées-soubrettes car elles n’obéissent qu’à une seule touche : pleurer sur « l’offense du RCD », à l’exclusion de toutes les autres offenses.

Une vraie femme pleureuse ne se trompe jamais de funérailles.

Aussi nos soubrettes pleureuses sont, par exemple, insensibles aux graves insultes proférées publiquement sur leur sol même, par le chef terroriste Ahmed Benaïcha qui menace d’autres « 11 décembre » si le FIS n’est pas réhabilité » et qui accuse nommément les services secrets d’être derrière les attentats ! De même que nos poupées n’ont aucune émotion à l’idée que les victimes du 11 décembres aient été assassinées par un terroriste fraîchement libéré de prison grâce à la Charte !

Elles ne sont pas programmées pour s’émouvoir des crapuleries politiques des dirigeants, mais seulement de celle du RCD ! Nos soubrettes-pleureuses ne s’indignent pas du terrorisme islamiste, elles ne dénoncent pas l’intégrisme, elles s’acquittent juste d’une mission dilatoire pour laquelle elles ont été actionnées.
Pour tout cela donc, il y avait quelque motif de se réjouir que nos poupées aient su ressusciter avec brio une coutume qui date quand même de l’Antiquité et qui, aujourd’hui encore, dans la vallée du Nil, est évoquée dans une des plus belles scènes représentées sur les murs des tombes thébaines, celle des pleureuses de la tombe du souverain Ramose.

De quoi nous plaignons-nous ? L’intérêt national, les symboles de l’Etat et les fondements de la nation sont entre de très remarquables mains : des mains sales, des mains qui ont serré les mains des assassins, des mains qui ont applaudi le maître et étouffé l’humilié, des mains qui ont puisé dans les caisses de l’Etat, des mains qui ont parjuré…

Des mains qui ont servi à la posture des trois singes, rien vu, rien entendu, rien dit, quand l’Algérien criait à l’injustice, quand les manifestants tombaient en Kabylie, une ligne de sang sur leur sourire…

M. B.

(*) Chronique publiée le 3 avril 2009

Auteur
Mohamed Benchicou

 




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Un faux représentant de l’UGEL invité des plateaux de télévision

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POLEMIQUE

Un faux représentant de l’UGEL invité des plateaux de télévision

Profitant des événements qui ont secoué ces derniers jours, l’université algérienne, l’ex-secrétaire général de l’union général des étudiants libres (UGEL) Salah Eddine Douadji s’est beaucoup démené pour exprimer son point de vue sur la gestion des œuvres universitaires sous la coupe de son ancien statut au sein du mouvement syndical estudiantin.

Cependant en référence au document émanant du ministère de l’Intérieur et des collectivités locales daté du 14 janvier 2019, rendu public par l’Office national des œuvres universitaire et portant la liste nominative des secrétaires généraux au sein des organisations estudiantines agréées, nous avons vite constaté que Salah Eddine Douadji, qui a fait le tour des plateaux télés, ne fait partie d’aucun des mouvements syndicaux cités dans le document officiel que nous détenons une copie. Pas plus celui de l’union générale des étudiants libres (UGEL) qui s’avère être sous l’égide d’un certain Samir Ansar.

Un détail que les responsables des médias privés n’ont certainement pas pris compte. Comment un individu isurpe une fonction sans que les médias concernés ne se rendent compte ?

En réalité l’agitation de cet individu avait un objectif : régler ses comptes avec le ministre de l’Enseignement supérieur, Tahar Hadjar. autrement il est peu probable que cet ancien SG de l’UGEL s’inquiète outre mesure des conditions de vie des étudiants ni d’ailleurs de la violence qui mine l’université.

Selon nos sources, le ministre a refusé de prendre part au conflit opposant l’ex avec l’actuel secrétaire général de l’Ugel a qui il a ordonné le gel des sections représentatives en milieu de ses structures jusqu’à la fin de la discorde. Tout est mis en stand by jusqu’à ce que le ministère de l’Intérieur tranche définitivement au profit de Samir Ansar.

Auteur
A. Belkheir

 




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Mouwatana appelle à une journée de protestation le 24 février contre le 5e mandat

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MOBILISATION

Mouwatana appelle à une journée de protestation le 24 février contre le 5e mandat

Les Algériens sont censés être appelés à élire leur président de la république le 18 avril prochain. Ce rendez-vous aurait dû contribuer à construire les institutions légitimes de l’Etat.

Il est présenté par les clients du régime, comme une formalité pour assurer la continuité du pouvoir politique en place. Il va, de ce fait, mettre en péril la viabilité de l’Etat algérien.

La situation n’est pas celle du début de 2014, lorsque l’argument de « la stabilité » a donné lieu à un coup de force institutionnel. Elle est bien plus critique. Les années des grandes recettes énergétiques sont terminées. Le matelas de l’épargne a disparu pour le dinar, et en voie de s’épuiser pour les devises.  

Les recours exceptionnels de court terme, comme la planche à billet, sont en train de s’installer dans  la durée. Les déficits n’arrêtent plus de se creuser. L’avenir de moyen terme des Algériens est déjà hypothéqué.

Pendant que s’amplifie la menace d’une nouvelle panne dramatique du développement et d’un appauvrissement du pays, le pouvoir politique a délégitimé les institutions de l’Etat. 

L’Algérie est dirigée par intermittence et par procuration. Elle a subi un désinvestissement du droit et des normes. La gouvernance s’est organisée autour du destin présidentiel d’un homme contre le destin d’une nation.

Les institutions de la république ont concédé toute leur autonomie. La fin de la légitimité révolutionnaire portée par la génération de la libération du pays est rattrapée par la fin du modèle économique bâtit sur la seule exportation du gaz et du pétrole. L’impasse politique du régime n’est plus conjoncturelle, elle est historique.

Dans un tel contexte, vouloir faire de l’élection présidentielle d’avril 2019 une formalité pour assurer la continuité, est un acte d’une gravité incalculable. Il condamne les Algériens au désespoir. Il alimente la désunion nationale, nourrit l’élan des jeunes pour l’exil, affaiblit l’Etat à l’intérieur et vis à vis du monde. Il fige la société.

Imposer la continuité, en fait céder à la régression  de la présidence à vie, revient à priver les Algériens de leur souveraineté. Engager un nouveau passage en force pour « la continuité » signifie renoncer à défier la crise qui arrive, à agir pour l’émergence de l’Algérie – force économique et état de droit – longtemps promise mais toujours différée.

Le temps perdu emporte avec lui les solutions qui auraient pu être possibles à déployer. La poursuite du statu quo prépare une fin désastreuse pour le régime politique et pour l’Etat.

Le mouvement Mouwatana aspire à être durablement utile à la population, aux élites organisées en association et aux partis politiques afin de gagner la bataille du changement démocratique pour l’Etat de droit. Cette bataille connaîtra un épisode critique lors des prochaines semaines.

Le mouvement Mouwatana donne leur liberté d’action à ses membres qui estiment que le retrait du processus électoral faussé par la présence de la candidature illégale d’un homme malade et absent, n’est pas le bon mot d’ordre pour protester contre un coup de force institutionnel annoncé.

Mouwatana souhaitait pour l’Algérie un candidat du consensus pour une transition négociée. Toutefois cette transition négociée était assortie de conditions minimales d’exercice des  libertés et du respect des lois, dont la non-candidature d’un président sortant inéligible était la première des garanties.   

Le mouvement Mouawatana a refusé dès le premier jour le scénario du pire qui devient une réalité et a tout fait pour l’empêcher. En plus d’être anticonstitutionnelle et illégale, la candidature pour un 5ème mandat de Abdelaziz Bouteflika, viole les consciences et blesse le sentiment national.

Les Algériens connaissent déjà le prix exorbitant de l’entêtement d’un régime qui refuse le changement, l’ouverture et l’exercice des libertés. Ils souhaitent consolider leur Etat Nation par l’avancée du droit, de la justice, et de l’égalité des chances. Il est arrivé le temps de faire confiance à leur libre arbitre. Mouwatana est déterminé à les accompagner dans cette quête de leur statut plein et entier de citoyen. 

Le mouvement, avec tous les partisans du changement, participera à la résistance citoyenne pacifique au coup de force du 5e mandat.  Il continuera à le faire, au-delà de cette échéance fatidique du 18 avril. Mouwatana veut donner de l’espoir aux Algériens. L’espoir aujourd’hui commence par la  défense de notre dignité de citoyen.

En conséquence Mouwatana appelle à une première journée de mobilisation citoyenne le dimanche 24 février 2019  Mouwatana soutient toutes les actions qui convergent vers le même objectif
 

Le Coordinateur National

Dr Soufiane Djilali

 

Auteur
Dr Soufiane Djilali

 




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Présidentielle : à quoi bon attendre le 18 avril ?

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REGARD

Présidentielle : à quoi bon attendre le 18 avril ?

Farouk Ksentini vient d’ajouter une pelletée qui enterre l’espoir d’une présidentielle transparente.

La fraude est en ordre marche. C’est le moins qu’on puisse dire quand on entend les déclarations de certains hommes du régime depuis quelques semaines. 

Toutes les conditions sont effectivement réunies pour refaire le coup de 2014. Mais en mieux ! Il y a quelques jours, c’est Ahmed Ouyahia qui déclarait à France 24 que le candidat Bouteflika n’aura pas besoin de faire campagne électorale. Abdelmalek Sellal avait soutenu la même chose en 2014. 

Aujourd’hui un autre homme de paille du régime vient enfoncer la porte ouverte de la fraude qui se met en place. Farouk Ksentini qu’on ne peut pas soupçonner d’être un homme de droit a affirmé le doigt sur la couture sur Tsa que « le président Bouteflika ne sera pas obligé de prononcer l’intégralité du texte de la prestation de serment » s’il est élu ?

Ah bon ! Ainsi donc, M. Ksentini doute du maintien de Bouteflika au pouvoir ? Décidément si on n’est pas sûr que l’immense Fakhamatouhou ne sera pas adoubé par son peuple, à quoi bon ?

Mais sérieux. Les élections ne sont que formelles. Une autre occasion pour affirmer son allégeance au système Bouteflika. Rien d’autre. Avec le règne de Bouteflika et ses hommes, la Constitution a été vidée de son contenu. Elle n’est plus qu’un simple texte pour tromper une opinion crédule.

Alors à quoi bon prendre des pincettes au point où on en est ? Pourquoi attendre le 18 avril pour annoncer le vainqueur ?

L’administration est déjà sommée de préparer l’hallali ! De médiocres lièvres bavent déjà sur la ligne de départ pour donner l’illusion au bon peuple et l’état-major de campagne de l’inamovible président multiplie les déclarations pour enfumer son monde. Mais personne n’est dupe.

On est au XXIe siècle ! Potemkine c’était il y a très longtemps !  

Alors ! S’il y a encore des candidats qui croient le ministre de la Justice Tayeb Louh qui soutient que la présidentielle sera transparente, il serait peut-être temps de se ressaisir avant de prendre part à cette énième fraude du siècle. 

Auteur
Yacine K.

 




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