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Décès en détention de Tarik Bouslama, ex-PDG d’IMETAL : une fin de parcours dans l’oubli  judiciaire 

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 Tarik Bouslama
Tarik Bouslama mort en détention

 Tarik Bouslama, ancien président-directeur général du groupe public IMETAL, est décédé jeudi 3 juillet dans l’après-midi, alors qu’il se trouvait en détention depuis plus de deux ans. Il s’est éteint à l’hôpital Mustapha-Pacha d’Alger, où il avait été transféré en raison d’un état de santé dégradé.

Âgé d’une soixantaine d’années, Tarik Bouslama avait été placé sous mandat de dépôt en mars 2023, en même temps que trois autres hauts cadres du groupe IMETAL. Leur incarcération était intervenue à l’issue de leurs auditions par le magistrat instructeur du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed, spécialisé dans les affaires de corruption et de mauvaise gestion présumée au sein des entreprises publiques.

Deux ans et quatre mois plus tard, le dossier judiciaire n’avait toujours pas abouti à un procès. Ce décès remet crûment sur la table la question de la durée excessive des détentions provisoires en Algérie, notamment dans les dossiers à fort contenu économique ou politique. La situation de Bouslama, malade et sans jugement, illustre les dérives possibles d’une procédure censée être exceptionnelle.

Ancien cadre reconnu du secteur industriel, Tarik Bouslama avait occupé plusieurs postes de responsabilité avant de prendre la tête du groupe IMETAL, un acteur central de la sidérurgie et de la métallurgie en Algérie. Ses proches saluent un homme « rigoureux et discret », ayant « toujours œuvré pour la valorisation des capacités industrielles nationales ».

L’annonce de son décès a provoqué une vive émotion parmi ses anciens collaborateurs et dans les milieux industriels. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « déni de justice », soulignant qu’aucune condamnation n’avait été prononcée à son encontre et qu’il bénéficiait, de droit, de la présomption d’innocence.

Les autorités judiciaires ne se sont pas encore exprimées officiellement sur les causes exactes du décès ni sur l’état d’avancement du dossier pénal.

Cet ancien cadre n’est pas le premier à mourir en détention, on se souvient du Dr Kamel-Eddine Fekhar, la figure de contestation mozabite, lui aussi décédé en prison. Comme d’ailleurs le journaliste Mohamed Tamalt. Rentré de Grande-Bretagne voir sa famille, Tamalt est condamné à 2 ans de prison et est mort le 11 décembre 2016.

Hakim Debbazi (55 ans), détenu d’opinion en 2022, est mort en prison en mai de la même année. Sa famille a déposé plainte contre l’Etat.

Il y a près de 250 détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons algériennes. Un nombre indéterminé d’Algériennes et d’Algériens est sous interdiction de quitter le territoire national, dont des hauts cadres de l’Etat, d’anciens détenus d’opinion, des journalistes, des hommes d’affaires…

La rédaction

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Mohamed Lamine Belghit condamné à 5 ans de prison ferme

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Mohamed Lamine Belghit
Le négationniste Belghit définitivement condamné. Crédit image : DR

La justice algérienne a tranché le cas de l’universitaire nihiliste et raciste Mohamed Lamine Belghit. Le tribunal de Dar El Beïda à Alger a rendu son verdict, ce jeudi matin, en condamnant Mohamed Lamine Belghit à une peine de cinq ans de prison ferme.

Le 26 juin dernier, le parquet près le tribunal de Dar El Beïda a requis une peine de 7 ans de prison ferme et une amende de 700 000 dinars algériens à l’encontre de l’accusé en détention.

L’affaire remonte au 1er mai dernier, lorsque Mohamed El Amine Belghit a tenu des propos controversés lors d’une interview accordée à la chaîne Sky News Arabia. Dans cet entretien largement diffusé sur les réseaux sociaux, le pseudo historien a affirmé que « l’amazighité est une création sioniste et française », une déclaration aussitôt perçue comme une attaque frontale contre l’identité amazighe, reconnue pourtant dans la Constitution algérienne comme composante fondamentale de l’unité nationale.

Le 3 mai, le procureur de la République avait ordonné son placement en détention provisoire. Selon le communiqué de la cour d’Alger, Belghit était poursuivi pour atteinte à l’unité nationale, atteinte aux symboles de la nation et de la République, ainsi que pour incitation à la haine et à la discrimination par le biais des technologies de l’information et de la communication.

Le verdict prononcé ce 3 juillet s’inscrit, visiblement , dans un contexte plus large de vigilance accrue des autorités algériennes vis-à-vis des discours jugés attentatoires à la cohésion nationale. Pour certains, il soulève également des interrogations sur l’équilibre entre la lutte contre les discours haineux et la préservation du débat intellectuel, surtout lorsqu’il implique des figures issues du milieu universitaire. 

D’autres estiment que la justice ne saurait faire preuve de permissivité face à des discours ouvertement révisionnistes et dépourvus de rigueur scientifique, surtout lorsqu’ils sont revêtus du manteau de l’autorité académique et largement relayés par les médias.

La rédaction

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Me Bakouri, avocat de Christophe Gleizes, communique

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Christophe Gleizes condamné en Algérie
Christophe Gleizes condamné en Algérie arbitrairement à 7 ans de prison

Dans un communiqué de presse rendu public, le 2 juillet 2025, Me Amirouche Bakouri revient sur la situation de son client le journaliste français Christophe Gleizes condamné à 7 ans de prison par le tribunal de Tizi-Ouzou pour « apologie du terrorisme ». Ci-dessous le communiqué.

« Constitué par Madame Sylvie Godard, la mère de M. Christophe Gleizes, je suis chargé de défendre les intérêts de son fils, journaliste sportif français actuellement incarcéré à la prison de Tizi-Ouzou.

Ce jour, je me suis rendu au centre pénitentiaire afin de lui rendre visite. M. Gleizes a été condamné en première instance, le 29 juin dernier, par le tribunal criminel de Tizi-Ouzou à sept (7) ans de réclusion criminelle pour des faits qualifiés d’apologie du terrorisme et de possession de publications à visée de propagande.

Christophe Gleizes, qui envisageait de faire un reportage sur le club de football emblématique de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), conteste fermement les accusations portées contre lui. Il clame son innocence et a interjeté appel de la décision rendue. Lors de notre entretien, j’ai constaté qu’il conserve un moral solide et une détermination intacte à faire valoir ses droits.

Il m’a expressément indiqué qu’il ne se plaint pas de ses conditions de détention et qu’il est traité avec respect par le personnel pénitentiaire. Nous avons également échangé sur son quotidien au sein de l’établissement, qu’il juge tolérable malgré l’épreuve que représente sa situation.

Pour ma part, j’assisterai M. Christophe Gleizes devant la juridiction d’appel, laquelle, j’espère, examinera cette affaire avec toute la rigueur, l’impartialité et la transparence qu’elle exige, conformément aux principes fondamentaux du procès équitable.

Maître Amirouche Bakouri.

Avocat au barreau de Béjaïa, agréé près la Cour suprême et le Conseil d’État.

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« On a dû cacher la vérité pendant un an » : la famille de Christophe Gleizes s’exprime

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Christophe Gleizes
Christophe Gleizes condamné à 7 ans de prison ferme

Document Francetv. Depuis dimanche, Christophe Gleizes dort dans une cellule de la prison de Tizi Ouzou, après sa condamnation pour « apologie du terrorisme ». Ses proches ont décidé de briser le silence. Ils dénoncent un procès « absurde ».

C’est « un cauchemar sans fin » qui ne hante pas seulement les nuits de Maxime. « C’est tout le temps, toute la journée, matin, midi et soir, que j’y pense. » Son frère aîné, le journaliste Christophe Gleizes, vient d’être condamné à sept ans de prison ferme par la justice algérienne, dimanche 29 juin, notamment pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». Cinq jours après, sa famille, « encore sous le choc », a accepté de prendre la parole pour la première fois auprès de France Télévisions.

« On parle pour faire du bruit, pour qu’on n’oublie pas Christophe, répète Maxime. L’accuser d’apologie du terrorisme, pardon, mais c’est absolument dingue. Mon frère était en Algérie seulement pour faire des reportages sur le foot. C’est tout ! J’ai aussi lu que mon frère était un espion, c’est complètement absurde. »

FranceTv infod

C’est en effet pour réaliser un article sur le club de la Jeunesse sportive de Kabylie que le journaliste indépendant de 36 ans, collaborateur régulier des magazines So Foot et Society, s’était rendu dans le pays en mai 2024. Avant d’être arrêté quelques jours plus tard, le 28 mai, à Tizi Ouzou, la deuxième plus grande ville de Kabylie, puis placé sous contrôle judiciaire pendant 13 mois avec interdiction de quitter le territoire.

 La justice lui reproche d’avoir été en contact avec un dirigeant de club de foot, par ailleurs responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021.

« Enfermé dans une cellule de 10 m2, avec un codétenu »

Il y a quelques jours, Maxime Gleizes a fini par taper « prison Tizi Ouzou » sur internet. « C’était plus fort que moi, je voulais absolument voir dans quel endroit mon frère est désormais incarcéré. Les premières photos que j’ai vues étaient dures. » L’avocat de Christophe Gleizes, qui a été autorisé à rendre visite à son client mercredi, a pu dissiper les angoisses. « Maître Amirouche Bakouri nous a dit qu’il était bien traité. Il est enfermé dans une cellule de 10 m2, avec un codétenu, d’une autre nationalité. Il y a une douche, des toilettes, et de quoi lire. Il y a une télé aussi, mais que des chaînes algériennes, sauf une en français, BeIN Sports. »

Christophe Gleizes a, semble-t-il, « plutôt le moral »« Il ne s’attendait pas à autant de soutien de la part de la France. Pour lui, il est pris dans un étau, mais il essaye de relativiser, poursuit Maxime. Il n’a qu’une envie, c’est de rentrer à la maison. » 

« Mercredi, c’était mon anniversaire. Christophe a donc profité de la venue de son avocat pour lui demander de me souhaiter un très bon anniversaire de sa part », Maxime Gleizes à Franceinfo.

Samedi, la veille de la condamnation, les deux frères avaient même pu échanger quelques minutes. « On a surtout parlé du combat de chessboxing [un mélange de jeu d’échecs et de boxe] que je devais disputer en vue des championnats du monde l’année prochaine. Il m’a coaché, m’a donné des conseils. Je lui ai dit que je pensais fort à lui. Je l’ai trouvé plutôt serein. On était loin d’imaginer ce qui allait lui tomber sur la tête quelques heures plus tard… »

Après une année de silence, lors de laquelle ils se préparaient discrètement « à tous les scénarios, comme une relaxe… », la mère et le beau-père de Christophe Gleizes ont pris la parole jeudi soir sur le plateau du 20 Heures de France 2. « Une condamnation ferme de sept ans pour un journaliste qui fait son travail, on a été terrassé par cette nouvelle et donc on a été décidé de lancer la médiatisation »explique Sylvie Godard, la mère du reporter. « On était plutôt dans la voie de l’apaisement. On pensait lorsqu’il a été arrêté que les choses allaient d’arranger rapidement. Cette affaire a pris des proportions invraisemblables », a déploré son beau-père, Francis Godard.

Satisfait du soutien des journalistes français, le couple souhaiterait désormais que des personnalités s’emparent de cette affaire. « Ca serait formidable que Zinédine Zidane s’engage dans ce combat parce que c’est un combat pour la liberté de la presse et c’est un combat pour le monde du football », a proposé le beau-père de Christophe Gleizes. 

Sa grand-mère a appris sa détention à la télévision

La prise de parole des parents et du frère de Christophe Gleizes marque aussi la fin de longs mois de secret. « On a dû cacher une partie de la vérité pendant un an, calcule Maxime. Lorsqu’il a été arrêté mais laissé en liberté conditionnelle, le quai d’Orsay, en accord avec Reporters sans frontières, nous a conseillé de ne rien dire pour faciliter sa sortie rapidement. On nous disait qu’il n’y avait pas de problème, qu’il n’y avait rien dans le dossier, que tout allait bien se passer. On a respecté cette directive, et on s’est tous tus. »

Au fil des mois, quelques proches finissent par être mis au courant. « Nos cousines, nos tantes, les amis… » Mais il y a une personne qu’il faut « absolument » préserver : « Notre grand-mère de 101 ans qui habite dans le Sud-Ouest. On lui mentait en disant que Christophe avait juste été arrêté, mais qu’il allait bientôt rentrer. » Dimanche soir, c’est en regardant le journal télévisé qu’elle a appris que son petit-fils était derrière les barreaux, à 1 400 kilomètres de la France. « On était tous dévastés. »

Aujourd’hui, c’est dans un groupe WhatsApp que les Gleizes s’échangent des nouvelles, mais aussi tous les projets d’actions imaginés par les uns et les autres pour soutenir leur frère, cousin, neveu, ami. Le nom de la conversation est sans équivoque : « Free Christophe Action ».

Une pétition, déjà signée par plus de 11 000 personnes, a également été lancée pour exiger sa libération. Son procès en appel devrait se tenir en octobre.

Francetvinfos

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Une grande nuit populaire sur la Scène sur l’eau, samedi 26 juillet à Marseille

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Soirée Algérie à Marseille

Marseille, sa mer, son Vieux-Port, ses voix libres. Samedi 26 juillet 2025, la cité phocéenne célèbrera la culture populaire algérienne avec une soirée musicale d’exception, portée par trois artistes majeurs : Cheba Zahouania, Amine Babylone et Mehtoze, réunis sur la Scène sur l’eau dans le cadre de L’Été Marseillais.

Cheba Zahouania, la voix rebelle du raï féminin

Née dans la tradition orale des meddahât oranaises, Cheba Zahouania incarne depuis les années 1980 la vitalité d’un raï féminin affranchi, dansant, festif et sans tabou. Elle a su faire le pont entre les héritages des cheikhât et les sonorités modernes, devenant une figure centrale du raï algérien. Sur scène, elle électrise les foules, avec une présence à la fois populaire et puissante, entre mémoire vivante et rythmes festifs.

 Amine Babylone, l’élégance d’un nouveau souffle algérien

Depuis 2012, Amine Babylone, fondateur du groupe Babylone, revisite les musiques régionales algériennes en y insufflant une sensibilité contemporaine. Sa voix douce, ses textes poétiques en darja, ses arrangements aux influences berbères, andalouses, sahariennes et méditerranéennes, ont touché un large public, en Algérie comme dans la diaspora. Il viendra partager ce lien intime qui unit musique et identité.

 Mehtoze, mix entre traditions et grooves urbains

Mehtoze, DJ marseillais issu de l’école Akademix fondée par DJ Djel (Fonky Family), complète cette affiche avec un set qui mêle jazz, funk, hip-hop, raï, sons du Maghreb, musiques latines et électroniques. Véritable alchimiste du son, il incarne le brassage créatif et généreux d’une ville comme Marseille.

Une fête en plein air, gratuite et accessible à toutes et tous

Ce rendez-vous culturel et festif, libre d’accès, se tiendra dans un cadre exceptionnel, en bord de mer, avec des tribunes installées et un dispositif spécifique pour les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite.

Djamal Guettala

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Scène sur l’eau – Hôtel de Ville, 13002 Marseille
Samedi 26 juillet 2025 – dès 20h
Accès : Métro Vieux-Port
Tribunes accessibles – Point info handicap sur place
Restauration ouverte pendant le concert
Entrée libre

👉 Infos complètes : etemarseillais.fr/evenements/amine-babylone-mehtoze-cheba-zahouania

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Belghit et Sansal : deux fœtus d’un débat contradictoire sans cesse avorté

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Sansal Belghit

Deux hommes, deux paroles, deux chutes. Mohamed Lamine Belghit et Boualem Sansal, que tout oppose dans la texture de leurs discours, se retrouvent pourtant dans le même abîme judiciaire.

Cinq ans de prison. Même peine. Même silence imposé. L’un, replié dans une vision ethniciste de l’Algérie, nie l’amazighité du pays et fabrique de toutes pièces un complot « franco-sioniste » pour nourrir sa paranoïa idéologique.

L’autre, figure plus installée dans les circuits intellectuels occidentaux, ne cesse de dynamiter les fondements symboliques de l’État post-indépendance, jusqu’à remettre en cause les frontières mêmes de la nation.

Aucun des deux n’élève la pensée. Ni l’un ni l’autre n’offre à la société un espace fécond de réconciliation, de profondeur ou de vérité. Tous deux enfoncent le langage dans la provocation, dans le simplisme, dans l’excès. Et pourtant, leur condamnation ne marque pas leur chute à eux seuls, elle marque le point exact où une nation décide de substituer la peine à la pensée, la clôture judiciaire à l’ouverture critique.

Car ce qui se joue ici n’est pas l’histoire, ni l’identité, ni la cohésion sociale. Ce qui se joue, c’est le droit d’un peuple à penser librement, même au risque de la fracture, de l’erreur, de l’égarement.

Car une pensée que l’on ne peut contredire que par l’incarcération n’est plus pensée, c’est un dogme.

Et un État qui en vient à répondre par le pénal à la parole, aussi misérable soit-elle, devient lui-même un producteur de mutisme collectif. Dans toute société vivante, il existe une zone ardente, celle du désaccord. C’est là que la conscience collective s’éprouve, se forge, se déstabilise, se réinvente.

Une société mûre n’en a pas peur. Elle accepte que certains y errent, que d’autres y brûlent, parce que c’est le prix de l’intelligence partagée. Mais lorsque cette zone devient périlleuse, lorsque s’y risquer expose à la geôle, alors l’horizon de la pensée se referme, et avec lui celui de la liberté.

Que reste-t-il alors du débat national ? Un théâtre d’ombres où ne circulent plus que les mots sûrs, les paroles filtrées, les discours domestiqués. L’université se tait. Les médias se replient. Les intellectuels s’exilent dans l’euphémisme.

La contradiction devient suspecte. L’interrogation, un danger. Et le doute, ce ferment de toute conscience éclairée, devient lui-même coupable.

Belghit et Sansal ne sont pas des martyrs de la pensée. Mais leur condamnation fait d’eux autre chose : les symptômes d’une crise plus profonde que leurs idées. Ce n’est pas leur voix qu’il fallait censurer, c’est notre impuissance à leur répondre autrement que par la loi. Car dans une nation adulte, on ne gouverne pas la pensée, on y répond. On n’en trace pas les limites au nom de l’unité, on y ouvre les passages au nom de la vérité.

À force de croire que l’unité se protège par la répression, on oublie qu’elle se construit par la confrontation. Une confrontation raisonnée, parfois violente, mais qui a pour vertu de faire circuler l’intelligence et de mettre chaque idée à l’épreuve du réel. L’Algérie a besoin de cette friction. Non pour se diviser, mais pour se réveiller.

Le philosophe italien Giorgio Agamben rappelait que « l’État moderne est né de l’état d’exception », le moment où le droit se suspend au nom d’un danger. Mais ce danger, ici, est imaginaire. Ce ne sont pas des paroles excessives qui menacent l’unité, c’est l’absence de contre-paroles. Ce n’est pas le tumulte des idées qui fissure une nation, c’est leur stérilité organisée.

Par conséquent, Belghit et Sansal ne sont que les extrémités bruyantes d’une pensée qui n’ose plus exister. Leur emprisonnement ne les grandit pas. Mais il nous diminue.

Mohamed Rachid Charfaoui

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Boussad Berrichi : faire revivre Mammeri par le savoir et l’archive

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Boussad Berrichi
Boussad Berrichi

Boussad Berrichi, écrivain et universitaire, s’impose depuis plusieurs années comme l’un des intellectuels les plus attentifs à la mise en valeur du patrimoine littéraire et culturel nord-africain, en particulier à travers l’œuvre de Mouloud Mammeri. 

Boussad Berrichi est titulaire d’un doctorat ès Lettres en littératures comparées francophones, obtenu à l’Université Paris-Ouest Nanterre. Il a enseigné les littératures françaises et francophones en Algérie, en France et au Canada. Berrichi mène une carrière à la croisée de la recherche universitaire et de l’engagement culturel. Il est également chercheur associé au Canada-Mediterranean Centre de l’Université York à Toronto et chercheur invité de la Fondation Kastler de l’Académie des sciences en France. Installé au Canada depuis plusieurs années, il enseigne à l’Université d’Ottawa et continue de collaborer avec diverses institutions francophones et amazighes à travers le monde. 

Son parcours est à l’image de son œuvre : transfrontalier, exigeant, ancré dans une volonté de transmission. Il a d’abord exercé comme enseignant en Algérie, avant de poursuivre sa carrière en France. Boussad Berrichi a animé l’émission radiophonique « Tiggwura Igenwan » (Les Portes du ciel) sur la Chaîne 2 de la radio kabyle d’Alger de 1998 à décembre 2000. Cette émission lui a valu la Médaille d’Or du Grand Prix URTI (Union Radiophonique et Télévisuelle Internationale) en 2000 pour son travail de médiation culturelle.

Par ailleurs, il a également animé l’émission « Idles / Culture » sur BRTV (Berbère Télévision) en 2004 et 2005. Cette émission bilingue (français/tamazight) mettait en lumière des écrivains, universitaires et intellectuels autour de leurs œuvres et publications.

Cette expérience témoigne de son rôle actif dans la diffusion de la culture amazighe au-delà des cercles académiques et de son engagement à rendre cette culture accessible à un large public. 

Son engagement intellectuel le conduit à explorer des figures clés de la francophonie maghrébine, notamment des auteurs souvent marginalisés par les canons littéraires occidentaux.

Parmi les œuvres les plus notables de Berrichi figure sans conteste Mouloud Mammeri Amusnaw, publié aux éditions Séguier en 2009-2010, est bien plus qu’une simple biographie : il s’agit d’une véritable entreprise de réhabilitation intellectuelle.

À travers un agencement soigné de textes, d’archives et de témoignages, Berrichi construit un portrait riche et nuancé de Mammeri, écrivain, linguiste, anthropologue et militant culturel dont l’œuvre, bien que reconnue, reste trop souvent réduite à quelques éléments de surface.

Le terme « Amusnaw », qui signifie « sage » ou « homme de savoir » en tamazight, prend ici toute sa dimension : il ne s’agit pas simplement de raconter une vie, mais de restituer un legs, une parole, une posture éthique. L’ouvrage s’ouvre sur un entretien inédit et précieux avec le sociologue Pierre Bourdieu, réalisé en 2000, dans lequel ce dernier évoque son amitié intellectuelle avec Mammeri, sa place dans le champ culturel postcolonial, et le rôle des intellectuels dans les sociétés en transition. Cette introduction donne le ton d’un travail ancré dans une lecture critique de la mémoire postcoloniale, et soucieux de réarticuler les liens entre engagement, production de savoir et transmission. 

D’autres contributions, comme celles du philosophe Mohammed Arkoun, de l’écrivain Tahar Djaout ou encore de l’intellectuel Abdelwahab Meddeb, viennent enrichir la réflexion, créant une polyphonie de regards autour de la figure mammerienne. Mais c’est sans doute à travers l’édition scientifique monumentale des deux volumes Mouloud Mammeri, Écrits et paroles, parus en 2008 aux éditions du CNRPAH à Alger, que le travail de Boussad Berrichi atteint une ampleur et une profondeur exceptionnelles. Ce projet éditorial colossal, fruit de plusieurs années de recherches, de collectes, de transcription, de vérification et d’annotation, constitue aujourd’hui une référence incontournable. Plus de soixante-dix textes – essais, scénarios, entretiens, correspondances, discours – y sont réunis, certains totalement inédits ou longtemps restés dans l’ombre. Cette somme documentaire donne accès à un Mammeri plus complet, plus politique, plus engagé, notamment à travers ses écrits clandestins pendant la guerre d’Algérie, soigneusement contextualisés par Berrichi. 

L’exigence scientifique appliquée à cette mise en forme critique, la rigueur du travail de compilation et l’intelligence du commentaire font de ces volumes une contribution majeure à la connaissance de l’œuvre mammerienne. Ce travail, d’une ampleur rare dans le champ des études littéraires francophones, est unanimement salué par les spécialistes comme une entreprise salutaire, méthodique et essentielle. Ce souci de rendre visible les voix minorées traverse l’ensemble de son œuvre. En 2010, il dirige Tamazgha francophone au féminin, un recueil collectif qui explore, à travers les prismes du genre, de la langue et de la mémoire, l’expression littéraire des femmes amazighes dans l’espace francophone. 

Ce travail interdisciplinaire illustre bien l’approche inclusive de Berrichi, qui cherche à faire dialoguer littérature, anthropologie et histoire dans une perspective critique et décoloniale. De même, il consacre un ouvrage à Assia Djebar – Une femme, une œuvre, des langues –, poursuivant ainsi sa réflexion sur les écrivains d’expression française issus du Maghreb, et sur les stratégies multilingues qu’ils mobilisent pour dire la complexité de leur rapport au monde. 

Boussad Berrichi n’est pas un biographe au sens classique du terme. Il est un passeur, un archiviste engagé, un lecteur sensible qui, à travers ses travaux, s’efforce de préserver les fragments d’un patrimoine intellectuel souvent menacé par l’oubli ou la récupération idéologique. Son travail autour de Mouloud Mammeri est à la fois un hommage et une entreprise critique, visant à restituer à l’un des grands penseurs nord-africains du XXe siècle toute la densité de sa parole. 

Boussad Berrichi contribue ainsi à réinscrire l’écrivain et chercheur Mouloud Mammeri dans l’histoire longue de la pensée méditerranéenne, francophone et amazighe, là où tant d’autres l’avaient figé dans une image stéréotypée d’auteur folklorisant ou d’intellectuel périphérique. Loin d’être un simple exercice de mémoire, l’œuvre de Berrichi a un impact réel sur les études littéraires francophones et postcoloniales. Elle fournit aux chercheurs et aux lecteurs une matière précieuse, aussi bien pour comprendre les trajectoires individuelles que pour interroger les enjeux collectifs de la production littéraire au Maghreb. 

Par son style limpide, son érudition sans ostentation, et son engagement dans les luttes pour la reconnaissance des identités plurielles, Berrichi s’impose aujourd’hui comme une voix essentielle dans le champ de la critique francophone contemporaine. Sa contribution au rayonnement et à la compréhension de l’œuvre de Mammeri, par l’ampleur et la précision du travail accompli, représente sans conteste l’un des gestes intellectuels les plus significatifs de ces dernières décennies dans le domaine de la littérature nord-africaine.

Brahim SACI

Boussad Berrichi est l'invité de Youcef Zirem au café littéraire parisien de l'Impondérable, au 320, rue des Pyrénées, Paris XXe, ce dimanche 6 juillet 2025 à 18h, pour parler de ses travaux sur Mouloud Mammeri.
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Mondial 2026 (7e journée) : l’Algérie accueillera le Botswana le 5 septembre à Tizi Ouzou

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Les Verts
L'équipe nationale. Crédit photo : DR

La sélection algérienne de football accueillera son homologue botswanaise pour le compte de la septième journée du groupe G des qualifications de la Coupe du monde 2026, au stade Hocine Aït Ahmed de Tizi Ouzou, vendredi 5 septembre, à 17h, a indiqué jeudi la Fédération algérienne de football (FAF).

Cette rencontre sera suivie par le déplacement des Verts chez la Guinée, pour le compte de la huitième journée dont la date et le lieu n’ont pas encore été déterminés, ajoute la FAF dans un communiqué publié sur son site officiel.

Au terme des rencontres de la sixième journée du groupe G, disputées en mars 2025, l’Algérie occupe la première place du classement avec 15 points, devant le Mozambique (12 pts), le Botswana et l’Ouganda (9 pts), la Guinée (7 pts), alors que la Somalie est dernière avec un point.

Pour rappel, les premiers des neuf groupes en lice seront directement qualifiés pour la phase finale du Mondial 2026 prévu aux Etats-Unis, Canada et Mexique. Les quatre meilleurs deuxièmes (des groupes) joueront dans un tournoi de barrage de la CAF. Le vainqueur du tournoi de barrage de la CAF participera au tournoi de barrage de la Fédération internationale (FIFA).

APS

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Téléphonie mobile : attribution de licences d’exploitation de la 5G à Mobilis, Ooredoo et Djezzy

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Téléphonie de 5e génération

L’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE) a attribué, jeudi, 3 licences d’exploitation de réseaux de communications électroniques mobiles ouverts au public, de cinquième génération (5G) avec la fourniture des services associés, aux trois opérateurs de téléphonie mobile « Mobilis », « Ooredoo » et « Djezzy ».

L’entreprise « ATM » (Mobilis) est ainsi arrivée en première position, suivi de Wataniya Telecom Algérie (Ooredoo) en deuxième position et Optimum Telecom Algérie (Djezzy) en troisième position.

Dans une allocution à cette occasion, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a affirmé que les services de la 5G marquent « une nouvelle étape visant à ancrer un modèle numérique à même de faire de l’Algérie une plateforme numérique régionale ».

L’annonce des résultats de cet appel à concurrence pour l’octroi de ces licences a eu lieu en présence de membres du Gouvernement, de représentants d’instances officielles et des opérateurs de téléphonie mobile.

APS

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Plages algériennes : 59 décès par noyade en juin dernier

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Noyade

Cinquante-neuf décès par noyade survenus au niveau des plages et des réserves d’eau ont été enregistrés dans plusieurs wilayas du pays durant le mois de juin dernier, indique jeudi un bilan de la Protection civile.

Sur la zone côtière qui compte 14 wilayas, « 40 personnes ont perdu la vie, dont 18 au niveau des plages interdites à la baignade et 22 sur des plages surveillées », souligne la même source, précisant que parmi ces derniers décès, « 12 ont eu lieu en dehors des horaires de surveillance ».

Les bilans les plus lourds ont été enregistrés à Mostaganem (11 victimes), Oran (6 victimes), ainsi qu’à Bejaia et à Annaba (5 victimes chacune), poursuit la même source qui note « une hausse de 3,4% des noyades en mer par rapport à juin 2024 ».

S’agissant des réserves d’eau, « 19 décès ont été recensés, dont 11 dans des mares », sachant que par rapport à l’année précédente, le nombre de noyades dans ces plans d’eau « a augmenté de 9,2% ».

Dans le même contexte, les services de la protection civile ont effectué, dans l’ensemble, « 9990 interventions au niveau des plages surveillées, où 6465 personnes ont été sauvées d’une noyade certaine, 2781 traitées sur place et 658 personnes ont été évacuées vers les structures sanitaires locales ».

La wilaya de Boumerdès a enregistré le plus grand nombre d’interventions durant la même période, avec 1577 interventions, suivie par Ain Temouchent (1519 interventions) et Bejaia (1413 interventions), conclut le bilan.

APS

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Artiste peintre et calligraphe algérien, Smaïl Metmati transforme le tifinagh, alphabet ancestral amazigh, en un langage visuel moderne. À travers ses œuvres, il allie peinture,...

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Smaïl Metmati

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