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Azuma : « Marche aussi avec la tête », un récit vrai d’exil studieux

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Marche aussi avec la tête
Azuma

Dans le flot souvent dramatique des récits migratoires venus d’Afrique, une voix singulière s’élève : celle d’un jeune homme qui a refusé le chemin de la mer pour celui de l’effort et du savoir.

Marche aussi avec la tête, publié aux éditions Tumast.Tazrigt.Amazigh en décembre 2024, est l’histoire vraie d’Azuma, Béninois de 19 ans, parti au Maroc avec une bourse d’études et une recommandation maternelle gravée dans le cœur :

“Quand tu vas dans un pays où les gens marchent avec la tête, marche aussi avec la tête.”

Ce récit n’est pas celui d’un miraculé des embarcations de fortune, mais d’un migrant légal confronté, lui aussi, à la solitude, à la précarité, à l’arrachement. Entre galères administratives, marginalisation sociale, et nécessité de s’adapter sans renier ses valeurs, Azuma avance, un pas après l’autre, grâce à l’éducation reçue et à la rigueur du sport.

Son livre donne à entendre une autre jeunesse africaine : celle qui ne rêve ni d’Europe à tout prix, ni de raccourcis, mais qui mise sur l’intelligence, le travail, et parfois sur une simple phrase transmise entre deux silences familiaux. Celle qui veut se former pour revenir, ou contribuer autrement, sans faire du départ une rupture irrémédiable.

Dans une langue simple, directe et sincère, Azuma livre un témoignage rare, à contre-courant des discours catastrophistes ou misérabilistes sur la migration. Il donne corps et voix à ces milliers de jeunes invisibles, déterminés à ne pas sombrer, même quand ils nagent à contre-courant.

À l’heure où l’exil est trop souvent résumé aux naufrages, ce livre rappelle qu’il existe d’autres formes de courage, d’autres manières de partir. Et surtout, d’autres façons de rester digne.

Djamal Guettala

 Infos pratiques :

Titre : Marche aussi avec la tête

Auteur : Azuma

Éditeur : Tumast.Tazrigt.Amazigh

Date de parution : 24 décembre 2024

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Mali : un important convoi militaire a quitté Gao pour Kidal

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Composée de plus de 70 véhicules, la colonne des Forces armées maliennes et de leurs supplétifs russes de l’Africa Corps a pour mission de ravitailler les camps militaires situés dans la région de Kidal. Une opération à haut risque dans une région où les jihadistes du Jnim liés à al-Qaïda et les rebelles indépendantistes du FLA sont très implantés. 

Au Mali, un important convoi des Forces armées maliennes (Fama) et de leur partenaire russe de l’Africa Corps est parti de Gao, jeudi 10 juillet, en direction de Kidal. Celui-ci doit ravitailler les camps militaires situés dans cette région du nord du pays, une mission à haut risque compte tenu de la présence des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) liés à al-Qaïda et des rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). 

La colonne est composée de plus de 70 véhicules, pour moitié des camions et des citernes de carburant. Assuré par les militaires maliens et leurs supplétifs de l’Africa Corps russe, le convoi logistique a pour mission de ravitailler les camps d’Anefis, Kidal, Aguelhoc et Tessalit.

Ces détails, ce sont d’abord les rebelles du FLA qui les donnent. Sollicitée par RFI, l’armée malienne n’a pas donné suite et n’a pas communiqué sur cette opération, mais plusieurs sources sécuritaires maliennes confirment ces informations.

Convoi scruté

C’est que les mouvements des soldats maliens et de leurs partenaires russes sont scrutés par les rebelles indépendantistes ainsi que par les jihadistes. Jeudi, quelques heures après que le convoi ait quitté Gao, deux véhicules ont sauté sur une mine près de Tin Aouker. Aucune victime n’a été rapportée mais les deux véhicules ne sont pas allés plus loin. L’attaque a été revendiquée par le Jnim. Plusieurs sources affirment qu’un homme circulant à proximité, en voiture, aurait été tué dans la foulée par les militaires.

Le Jnim et le FLA ne combattent pas ensemble mais s’accordent pour ne pas se gêner face à leur ennemi commun : l’armée malienne et ses supplétifs russes. Des discussions ont été initiées il y a plusieurs mois pour mener des attaques conjointes, mais elles n’ont pas abouti à ce stade.

« Nous sommes sortis en nombre »

Si le convoi n’a pas pour objectif Tin Zaouatène, à la frontière algérienne, où, il y a tout juste un an, les Fama et leurs partenaires russes – à l’époque le groupe Wagner – ont connu leur plus lourde défaite – plus de 80 morts – face aux rebelles du FLA, les militaires savent tout de même que ce déplacement dans la région de Kidal est particulièrement risqué : « Nous sommes sortis en nombre pour nous protéger », explique une source sécuritaire malienne qui affiche sa confiance.

Ce vendredi 11 juillet, le convoi a dépassé Almoustarat, où des maisons ont été fouillées. Des notabilités locales et des membres du FLA rapportent des actes de vandalisme, des vols et des destructions. Les véhicules ont ensuite progressé et passé la nuit à proximité d’Anefis, à l’entrée de la région de Kidal.

Frappes aériennes dans les régions de Tombouctou et de Ménaka

Toujours vendredi, les Fama ont également mené des frappes aériennes sur deux autres théâtres d’opérations. Près de Ber, dans la région de Tombouctou, l’armée revendique dans un communiqué la destruction d’ « un important plot logistique de carburant ».

Entre Ménaka et Ansongo, près de la frontière avec le Niger, elle affirme avoir ici « neutralisé » des « terroristes jalonnant un convoi » militaire. Des sources civiles et sécuritaires locales concordantes assurent que des campements ont été touchés par ces frappes aux environs d’Indelimane, faisant une dizaine de victimes, parmi lesquelles des femmes et des enfants.

RFI

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Diocèse de Constantine-Hippone : Léon XIV nomme un évêque français pour les terres de Saint Augustin

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Basilique Saint Augustin

Le pape Léon XIV a nommé, vendredi 11 juillet 2025, Mgr Michel Guillaud évêque du diocèse de Constantine-Hippone, en Algérie. L’annonce a été faite par le Bureau de presse du Saint-Siège et relayée par l’agence I.Media, organe officiel d’information du Vatican.

Cette nomination dépasse la simple désignation d’un nouveau prélat : elle revêt une portée hautement symbolique, tant pour l’histoire de l’Église que pour le pontificat actuel.

Originaire de Lyon, Mgr Guillaud assurait depuis 2024 l’intérim en tant qu’administrateur apostolique de ce diocèse emblématique, dont le siège était resté vacant après la nomination de Mgr Nicolas Lhernould comme archevêque de Tunis, en avril 2024. Il prend désormais officiellement la tête de cette Église locale au rayonnement discret — elle ne compte que quelques centaines de fidèles — mais à la résonance spirituelle considérable.

Le diocèse de Constantine-Hippone correspond à l’ancienne Hippone, aujourd’hui Annaba, ville qui abrite la basilique Saint-Augustin, l’un des hauts lieux du christianisme antique. C’est là que vécut et œuvra saint Augustin (354-430), père de l’Église et évêque d’Hippone durant près de 35 ans. Ce lien n’est pas anodin : Augustin est l’une des figures tutélaires du pape Léon XIV, élu en mars dernier. Sa pensée inspire profondément le nouveau souverain pontife, qui voit en lui un modèle de dialogue entre foi et raison, entre cultures et civilisations.

Toujours selon I.Media, une visite officielle du pape Léon XIV en Algérie serait actuellement en cours de préparation. Ce déplacement marquerait une étape inédite dans le dialogue entre le Saint-Siège et le Maghreb, et consacrerait le lien historique, intellectuel et spirituel entre le successeur de Pierre et la terre d’Augustin. Une manière, aussi, de réaffirmer la place du christianisme dans l’histoire plurimillénaire de l’Algérie, en fidélité à une mémoire partagée, au-delà des appartenances religieuses contemporaines.

Dans un contexte de recomposition des équilibres religieux et culturels à l’échelle méditerranéenne, cette nomination et l’éventuelle visite papale témoignent de la volonté du Saint-Siège de maintenir un dialogue fécond avec les sociétés du sud. À Constantine comme à Annaba, le souvenir d’Augustin reste bien vivant. Il trouve aujourd’hui un nouvel écho dans le geste pastoral du pape Léon XIV.

Des Témoins de Jéhovah condamnés pour prosélytisme 

 Si elle venait à se concrétiser, cette visite pontificale aurait une portée hautement symbolique, mais interviendrait dans un climat marqué par une surveillance accrue des pratiques religieuses non musulmanes.

Récemment, plusieurs membres d’un groupe missionnaire affilié aux Témoins de Jéhovah ont été condamnés par la justice algérienne pour des faits de prosélytisme. L’affaire remonte à mai 2024, avec l’arrestation à Tizi Ouzou de cinq personnes, dont deux ressortissants français, soupçonnées d’avoir incité des citoyens à adopter une autre religion que l’islam. Présentés au procureur le 2 juin 2024, ils ont été poursuivis pour « incitation à embrasser une religion autre que l’islam » et « atteinte à l’unité nationale », en vertu de la loi sur les cultes non musulmans (article 11) et de l’article 79 du Code pénal.

Le 22 octobre 2024, le tribunal de Tizi Ouzou a prononcé à leur encontre une peine de deux ans de prison ferme assortie d’une amende de 100 000 dinars algériens. Ce jugement a été confirmé en appel le 11 mars 2025. Les autorités prévoient désormais leur expulsion administrative après restitution de leurs passeports.

Cette affaire a suscité de vives réactions au niveau international. Plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies, notamment sur la liberté de religion, les droits des minorités et la liberté de réunion pacifique, ont exprimé leurs inquiétudes quant au respect des garanties fondamentales et aux implications pour la liberté de culte en Algérie.

En réponse, début juillet 2025, le gouvernement algérien a assuré que le procès s’était déroulé dans le respect des règles de procédure et des droits garantis par la Constitution. Il a par ailleurs souligné qu’aucune plainte n’avait été déposée par les condamnés ou leurs avocats, tout en refusant de commenter les critiques récurrentes concernant l’usage controversé des lois anti-prosélytisme.

Dans ce contexte, la venue du pape Léon XIV en Algérie prendrait une dimension à la fois religieuse et diplomatique. Elle pourrait marquer une volonté de dialogue renouvelé, mais aussi tester les équilibres délicats entre mémoire chrétienne, législation nationale et ouverture au pluralisme religieux.

Samia Naït Iqbal

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Législation sécuritaire : des ONG alertent sur les dérives autoritaires en Algérie 

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Tribunal

Les organisations signataires expriment leur vive préoccupation suite à l’adoption, ce mardi 8 juillet 2025 par le Parlement algérien, de deux textes législatifs majeurs : la modification du Code de procédure pénale et la promulgation d’une nouvelle loi relative à la mobilisation générale.

Ces évolutions interviennent dans un contexte de fermeture accrue de l’espace civique et sans consultation ouverte et transparente avec les acteur.ice.s concernés, notamment les organisations de la société civile.

La modification du Code de procédure pénale introduit des dispositions qui fragilisent les garanties du droit à un procès équitable. Il autorise notamment la prolongation de la garde à vue sans autorisation du juge après la clôture de l’enquête par la police judiciaire, ce qui constitue une atteinte grave aux droits de la défense et ouvre la voie à des détentions arbitraires sans base légale claire.

La possibilité du recours à la visioconférence lors des procès est élargie, sans nécessiter le consentement de la personne poursuivie, ce qui compromet les principes de l’oralité des débats et du contradictoire et empêche une appréciation directe des éléments de preuve par le juge et constitue également une atteinte aux droits de la défense.

Par ailleurs, la réforme introduit des mesures attentatoires à la liberté de circulation, notamment à travers l’interdiction de quitter le territoire national décidée par le procureur sur la base d’un rapport de la police judiciaire dans le cadre d’une enquête ouverte, sans possibilité de recours effectif en cas de refus du procureur de lever cette interdiction, ce qui ouvre la voie à une application arbitraire et à des restrictions disproportionnées des libertés individuelles.

Quant à la loi sur la mobilisation générale, il s’agit d’un nouveau texte législatif aux formulations vagues, qui confère à l’exécutif des prérogatives exceptionnelles en matière de réquisition, de contrôle des biens et des personnes, et de mobilisation des ressources civiles et militaires, sans contrepoids institutionnel suffisant.

Dans un État de droit, toute réforme d’une telle ampleur devrait faire l’objet d’un débat parlementaire approfondi, d’une large concertation nationale, et d’un examen substantiel et non expéditif de la conformité des textes avec la Constitution algérienne et les engagements internationaux de l’Algérie en matière de droits humains.

En conséquence, les organisations signataires appellent le gouvernement algérien à :

• Abroger les textes adoptés à la lumière des principes constitutionnels et des instruments internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l’Algérie.

• Garantir un cadre participatif, transparent et pluraliste pour toute réforme législative ayant un impact sur les libertés fondamentales.

• S’abstenir de toute utilisation de ces nouvelles dispositions à des fins de restriction de l’espace civique ou de répression de l’action pacifique des citoyen.ne.s, des journalistes, des syndicalistes et des défenseur·es des droits humains.

• Préciser clairement les conditions, les limites et les garanties relatives à l’application de la loi sur la mobilisation générale, en particulier en matière de respect des droits fondamentaux.

• L’engagement d’un dialogue national ouvert avec la société civile indépendante sur les enjeux liés à la sécurité, à la justice et aux libertés.

• Permettre un accès effectif à l’information législative et garantir la publication anticipée des projets de loi pour permettre un débat public éclairé.

• Respecter pleinement les engagements internationaux de l’Algérie, notamment ceux découlant du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, des engagements issus de l’Examen Périodique Universel du pays de 2021, des recommandations du Comité des droits de l’homme des Nations unies en 2018 et celles formulées par les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la liberté d’association et sur la situation des défenseur·e·s des droits humains à la suite de leur visite en Algérie en 2023, qui préconisent la mise en œuvre d’une réforme législative fondée sur un dialogue réel avec la société civile indépendante, afin de garantir un environnement libre, pluraliste et respectueux des droits humains.

Organisations signataires :

• La Fondation pour la promotion des droits

• Le Collectif de Sauvegarde de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (CS-LADDH)

• Le Collectif des familles de disparus en Algérie

• Libertés Algérie

• L’Alliance Transméditerranéenne des Femmes Algériennes (ATFA)

• Riposte Internationale

• L’Association Féministe Algérienne Tharwa n’Fadhma n’Soumer

• Centre Justitia Pour la Protection Légale des Droits Humains en Algérie

• Euromed Droits  

• MENA Rights Group

• Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits Humains

• Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits Humains

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Algérie : terre de Saint Augustin au Vatican et de Uqba en Algérie

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Ministre du culte

Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, M. Youcef Belmehdi, a tenu à l’occasuin de la commémoration de l’indépendance (5 juillet 1962-2025), un discours dans lequel son Algérie est la terre de Uqba Ibn Nafi3 et Abu Al-Mouhajir Dinar, envoyés par l’émir Omeyade de l’Arabie pour conquérir l’Afrique du Nord.

Ainsi l’Algérie n’est pas la terre de Massinissa, Jugurtha, Aksel, Dihya, … et de St Augustin.

Pourtant ce même ministre algérien des affaires religieuses, plutôt islamiques, s’est rendu le 18 mai passé au Vatican pour participer à la messe d’inauguration du pontificat du nouveau pape Léon XIV. À ce dernier il lui a insinué que l’Algérie est la terre de St Augustin, considéré (par le Pape) comme son père spirituel.

Six mois avant, en décembre 2024, juste après la victoire de Donald Trump, le même ministre a présidé à Alger, un colloque sur « La liberté du culte » où il a cité avec fierté St Augustin, l’enfant de Thagaste (Souk Ahras) qui est, pour reprendre ses propres termes, Algérien qui a fait rayonner la religion chrétienne.

Racid AT Ali Uqaci

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Mustapha Boutadjine : collages de silence, portraits de lutte

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Mustapha Boutadjine
© Hamid Benamra

Mustapha Boutadjine est l’un de ces artistes dont l’œuvre dépasse les murs des galeries pour venir habiter la mémoire collective. Né à Alger, formé aux Beaux-Arts d’Alger, puis à l’ENSAD de Paris et à la Sorbonne, Boutadjine a fait de l’art un instrument de conscience. 

Son parcours, aussi discret que déterminé, l’a conduit à développer une œuvre singulière, à la croisée du collage, de la peinture et de l’affiche engagée, où chaque portrait est un manifeste silencieux.

Ce qui distingue immédiatement son travail, c’est sa technique : un art du collage exigeant, composé de fragments de magazines de luxe soigneusement découpés, assemblés, superposés jusqu’à former des visages d’une densité saisissante. Ces visages ne sont jamais anodins. Ce sont ceux des résistants, des oubliés de l’histoire, des figures de luttes contre le colonialisme, le racisme, l’oppression.

Larbi Ben M’hidi, Djamila Bouhired, Mehdi Ben Barka, Angela Davis, Frantz Fanon, Sankara, Lumumba, mais aussi des figures de la mémoire tzigane ou de la Shoah. À travers eux, Boutadjine ne dresse pas une simple galerie de portraits : il restitue des présences, redonne corps à des engagements, rend justice à des causes trahies ou effacées.

Ses œuvres, à la fois graphiques et politiques, puisent dans l’esthétique de l’affiche militante tout en la transfigurant. Le regard est d’abord happé par la composition, par cette précision presque chirurgicale du papier, puis saisi par ce que le visage convoque : une histoire, une douleur, un combat. Ernest Pignon-Ernest a d’ailleurs salué cette capacité à faire des visages de véritables paysages, traversés par les plis de l’histoire et les strates de la mémoire.

L’impact de Boutadjine tient autant à la puissance de ses images qu’à leur portée symbolique. En choisissant de représenter ceux que les récits dominants ont souvent marginalisés, il redéfinit les contours de la mémoire collective.

Il ne cherche pas à flatter une mémoire nationale figée, mais à ouvrir des brèches, à rappeler que la liberté s’est construite sur des sacrifices que l’histoire officielle peine à reconnaître.

En cela, il est un artiste profondément politique, au sens le plus noble : il agit sur le sensible pour interroger le collectif, il travaille la mémoire pour nourrir la vigilance.

Son exposition Les Résistants, présentée à Alger en 2024, a marqué les esprits. Vingt-quatre grands portraits mêlant figures algériennes et internationales s’y répondaient dans un dialogue silencieux mais vibrant. Ce n’était pas seulement une exposition, mais une leçon d’histoire humaine, une cartographie des luttes. Le succès populaire et institutionnel de cette présentation a confirmé ce que son œuvre laisse déjà entendre depuis longtemps : que l’art peut être un lieu de transmission, un creuset d’engagement et de beauté.

Boutadjine est également un pédagogue. Fondateur du département de design aux Beaux-Arts d’Alger dans les années 1980, il a formé des générations d’artistes avant de poursuivre l’enseignement en France. Ce travail souterrain, moins visible que ses expositions, est pourtant essentiel. Il témoigne d’une volonté constante de transmission, d’un souci de dialogue entre les formes, les cultures, les générations.

En 2015, il publie Collage Résistant(s), une monographie magistrale de plus de 300 pages regroupant 152 œuvres accompagnées de textes d’intellectuels. Cet ouvrage est à la fois un manifeste esthétique, un hommage aux luttes et un outil de mémoire. Il incarne ce que Boutadjine défend depuis toujours : un art exigeant, beau, mais jamais neutre. Un art qui attire, séduit, et puis, une fois qu’il a capté l’attention, interpelle, interroge, éveille.

L’œuvre de Mustapha Boutadjine s’inscrit dans une tradition où l’art ne se replie pas sur l’objet mais s’ouvre au monde. En plaçant les figures de résistance au centre de son travail, il en fait des icônes modernes, non pas figées, mais actives, réactivées. Il nous rappelle que le passé est toujours en dialogue avec le présent, et que le rôle de l’artiste n’est pas seulement de créer du beau, mais de rendre visible ce que l’on voudrait oublier. Son apport à l’art contemporain algérien et international est ainsi immense : il est l’un des rares à conjuguer aussi étroitement exigence plastique et force politique, sans céder à la tentation du spectaculaire ni du didactique.

Avec Mustapha Boutadjine, l’image devient un espace de lutte, de dignité et de mémoire. Un lieu où les vaincus, les effacés, les sacrifiés retrouvent une gloire, non pas de façade, mais intérieure, patiemment reconstruite, image après image, visage après visage.

L’œuvre de Mustapha Boutadjine nous invite à regarder autrement, à écouter ce que disent les visages quand ils sont faits de silence et de mémoire. En rendant hommage aux résistances oubliées, il redonne souffle et dignité à ceux que l’histoire a trop souvent effacés. Son art, à la fois minutieux et bouleversant, ne cherche pas à séduire, mais à éveiller. Il nous rappelle que créer, c’est parfois reconstruire ce qui a été brisé — une mémoire, une vérité, une humanité. Dans chaque collage, c’est un combat qui continue, sans bruit mais avec éclat. Et c’est peut-être là que réside la vraie gloire : dans cette fidélité têtue à la justice, portée non par la clameur, mais par la beauté.

Brahim Saci

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France : Boualem Bensaïd, un des auteurs des attentats de 1995, sera-t-il expulsé en Algérie ?

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Cellule

L’un des auteurs des attentats meurtriers de 1995, Boualem Bensaïd, sera remis en liberté le 1er août après un feu vert de la cour d’appel de Paris à une demande de libération, sous condition d’expulsion vers l’Algérie, a appris vendredi 11 juillet l’AFP de source judiciaire.

Condamné en 2002 à la perpétuité avec une période de sûreté de vingt-deux ans, le terroriste du GIA sera contraint de quitter le territoire français pour l’Algérie.

Reconnu notamment coupable d’avoir posé la bombe qui a explosé dans le RER B station Saint-Michel le 25 juillet 1995, faisant 8 morts et 150 blessés, Boualem Bensaïd avait été condamné en 2002 puis en appel en 2003 à la perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans. Aujourd’hui âgé de 57 ans, il a passé près de trente années en prison.

Dans un arrêt du 10 juillet, «la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Paris a admis Boualem Bensaïd au bénéfice de la libération conditionnelle avec expulsion à destination de l’Algérie à compter du 1er août 2025», a indiqué la source judiciaire à l’AFP.

Cette libération s’effectuera «sous réserve de l’exécution de la mesure d’éloignement et sous condition pour le condamné de quitter le territoire français et de ne plus y paraître».

Cependant, eu égard aux relations exécrables entre l’Algérie et la France, il y a fort à parier que le dossier de Boualem Bensaïd risque de connaître quelques complications.

Avec AFP

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Sous la poigne de fer du Kremlin, la mort suspecte d’un ministre choque l’élite russe

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Le président russe Poutine

Le probable suicide de Roman Starovoït, ex-ministre russe des Transports, survenu quelques jours à peine après son limogeage brutal par Vladimir Poutine, illustre une fois de plus la violence implacable du système de pouvoir en Russie.

Accusé de corruption, menacé d’arrestation, lâché par le Kremlin, Starovoït est devenu la dernière victime d’un régime qui n’hésite plus à broyer ses propres cadres pour maintenir une apparence d’ordre et de discipline en temps de guerre.

Limogé sans explication officielle, alors que circulaient des rumeurs d’une enquête en cours, l’homme de 53 ans a été retrouvé mort dans des circonstances troubles. Les autorités évoquent un suicide, mais le climat de peur et de répression qui règne au sommet de l’État russe ne laisse guère de place à la spontanéité.

Ses funérailles, vendredi à Saint-Pétersbourg, ont eu lieu dans un silence pesant. Vladimir Poutine, pourtant responsable de son ascension comme de sa chute, n’y a pas assisté. La veille, la cérémonie d’adieu s’est déroulée dans une atmosphère glaciale, quasi mafieuse, évoquant les funérailles d’un traître dans un film noir. Des collègues en costumes sombres sont repartis sans un mot, le regard fuyant, comme pour s’éloigner au plus vite de ce cadavre devenu embarrassant.

Une purge politique sous couvert de lutte anticorruption

Ancien gouverneur de la région de Koursk, à la frontière ukrainienne, Starovoït avait été nommé ministre à Moscou en mai 2024. Trois mois plus tard, une offensive surprise des forces ukrainiennes a permis à Kiev de reprendre une portion de ce territoire, exposant les failles de la défense russe. Dans ce revers humiliant pour le Kremlin, il a rapidement été désigné comme responsable – un bouc émissaire idéal dans un État obsédé par l’image de force et d’infaillibilité.

« Les autorités ont voulu faire de lui un exemple », affirme Andreï Pertsev, analyste pour le média indépendant Meduza, interdit en Russie. « L’armée était absente, mais c’est plus facile d’accuser un civil que de mettre en cause les vrais responsables. »

L’affaire Starovoït s’inscrit dans une vague de purges ciblant les élites russes soupçonnées de malversations, ou simplement devenues gênantes dans le climat de paranoïa d’un régime en guerre. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le système de pouvoir poutinien, déjà autoritaire, s’est mué en machine de répression ouverte contre ses propres serviteurs.

Une guerre qui justifie toutes les brutalités

« Avant, il y avait des règles tacites : une fois arrivé en haut, on était protégé. Aujourd’hui, ces règles sont mortes », explique encore Pertsev. Ce changement de cap brutal est visible à tous les niveaux de l’appareil d’État. De nombreux hauts gradés ont été arrêtés récemment, comme Timour Ivanov, ex-vice-ministre de la Défense, condamné à 13 ans de prison.

Pour Tatiana Stanovaïa, politologue du Centre Carnegie Russie-Eurasie, le Kremlin a instauré une nouvelle logique : « Toute action ou inaction qui fragilise l’État face à l’ennemi est impardonnable. » Dans cette logique quasi-totalitaire, l’échec est un crime. La déloyauté est présumée. Et la punition, souvent sans appel.

« Pendant une guerre sainte, on ne vole pas », résume crûment Nina Khrouchtcheva, professeure à la New School à New York. « On se sacrifie. » Ceux qui sont soupçonnés de ne pas se conformer à cette vision sont éliminés, parfois physiquement.

Un régime qui sacrifie ses propres hommes

Face à cette répression interne, l’élite politique russe vit dans la terreur. L’arrestation peut frapper à n’importe quelle porte. Le suicide — ou ce qui en tient lieu — devient parfois la seule sortie, réelle ou forcée.

« Le système est désormais prêt à sacrifier des figures de plus en plus haut placées », avertit Stanovaïa. Starovoït n’est peut-être que le premier d’une longue série. Dans une Russie où la verticalité du pouvoir repose sur la peur, l’élimination de ses propres fidèles n’est plus un tabou, mais un instrument de contrôle.

Rabah Aït Abache/AFP

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Kamel Daoud : « Ce deuil qu’on m’a volé »

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Kamel Daoud

Le cri de Kamel Daoud, ayant perdu sa mère et ne pouvant assister à son inhumation. Banni de sa mère et de sa terre, il n’a pas crié. Il n’a pas tempêté. Il a juste écrit :

« Aujourd’hui, ma mère est morte. Je ne peux pas la voir, la pleurer, ni la saluer et l’enterrer, car vous m’avez banni de mon foyer et m’avez interdit de revenir dans mon pays. »

En quelques mots glaçants, Kamel Daoud livre l’un des textes les plus poignants et les plus politiques qu’il ait jamais publiés. Adressé nommément à Abdelmadjid Tebboune, à Kamel Sidi Saïd, à Belkaïm et « aux autres », ce message n’est pas seulement une protestation : c’est un acte de mémoire et d’accusation, un testament d’exilé empêché de dire adieu.

On connaissait l’écrivain, chroniqueur, analyste du fait religieux et politique. On le découvre ici dans une vulnérabilité nue. Le corps est loin. La mère est morte. L’exil, soudain, devient irréversible. Non seulement on vous empêche de rentrer, mais on vous interdit de pleurer.

Ce qui est confisqué à Kamel Daoud, ce n’est pas un passeport. C’est un geste, une prière, une main sur un front froid. L’État, dans sa brutalité, ne se contente pas d’exiler les vivants : il les éloigne même des morts.

L’auteur de Meursault, contre-enquête, de Mes indépendances, de tant de textes lucides et critiques sur l’Algérie post-indépendance, paie ici le prix d’une parole libre. Et ce prix est insupportable. L’écriture, chez lui, devient ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une substitution au rite, un tombeau en papier, un dernier recours.

Mais c’est aussi, et c’est peut-être là sa plus grande force, une charge symbolique contre un pouvoir qui ne supporte ni les voix divergentes ni les adieux dignes. Car interdire à un homme de pleurer sa mère dans sa langue, sur sa terre, c’est l’humilier au plus profond de son être.

Ce texte dit quelque chose de fondamental sur l’Algérie d’aujourd’hui. Sur ce pouvoir qui exile, réprime, enferme, réduit au silence. Sur cette violence qui, même dans la mort, refuse la paix. Et sur le courage des écrivains, journalistes, artistes, penseurs, qui tiennent malgré tout, hors du pays, la lampe d’une Algérie qui reste à libérer.

« Ce jour-là, je ne l’oublierai jamais. Ce que vous m’avez volé n’est pas seulement un droit, c’est un adieu. Et il ne se pardonne pas. »

Tout est dit.

Mourad Benyahia

La rédaction du Matin d'Algérie présente ses sincères condoléances à Kamel Daoud suite au décès de sa mère. Nous lui assurons de tout notre soutien en cette douloureuse circonstance. Que la terre soit légère à sa défunte mère.

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Tunisie : le journaliste Mohamed Boughaleb condamné à 2 ans de prison, la profession sous le choc

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Mohamed Boughaleb
Mohamed Boughaleb

Le couperet est tombé à Tunis : le journaliste Mohamed Boughaleb a été condamné à deux ans de prison par la chambre pénale n°44 du tribunal de première instance de Tunis.

Ce jugement, rendu jeudi 10 juillet 2025, repose sur l’article 24 du très controversé décret-loi n°54, relatif à la lutte contre les infractions aux systèmes d’information et de communication.

La condamnation intervient à la suite d’une plainte déposée par une universitaire à propos d’une publication sur les réseaux sociaux. Or, selon les résultats de l’expertise technique menée dans cette affaire, Boughaleb ne serait pas l’auteur de la publication incriminée.

Cette décision judiciaire a provoqué une onde de choc dans les milieux médiatiques et les défenseurs des droits humains en Tunisie. Dans un communiqué publié ce vendredi 11 juillet, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a qualifié le verdict d’« atteinte grave à la liberté d’expression » et de « nouvelle étape dans la répression des voix indépendantes ».

La SNJT y voit une dérive alarmante de l’appareil judiciaire, de plus en plus utilisé pour bâillonner les journalistes sous couvert de légalité. Le syndicat dénonce un usage abusif du décret 54, déjà largement décrié par les ONG et les avocats, et appelle à la suspension immédiate de son application, en particulier de son article 24. Ce dernier est actuellement visé par un projet d’abrogation examiné par l’Assemblée des représentants du peuple.

« Ce jugement marque un tournant dangereux », s’inquiète la profession, qui redoute une normalisation des peines de prison dans les affaires d’opinion. Le syndicat réaffirme son soutien inconditionnel à tous les journalistes emprisonnés ou poursuivis et réclame leur libération immédiate.

En Tunisie, la promesse de liberté née de la révolution de 2011 semble chaque jour davantage mise à mal par les pratiques autoritaires d’un pouvoir qui, sous couvert de légalité, étouffe peu à peu l’espace critique et médiatique.

Avec Express FM

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