Alors que le gouvernement vantait un effort « équitable » dans sa chasse aux déficits publics, la réalité s’impose : l’essentiel de l’effort retombe sur les collectivités territoriales et, in fine, sur les citoyens ordinaires, tandis que les plus riches voient leurs privilèges largement préservés.
Il fallait les formes pour faire passer l’amère pilule aux Français les plus modestes et les collectivités locales. C’est d’un ton grave que François Bayrou a tenu sa conférence de presse le 15 juillet. En préambule, le Premier ministre a déclaré que « cela fait cinquante ans que les dépenses publiques dépassent les recettes. Le déficit est purement et simplement de la dette. »
« C’est notre moment de vérité ». « Chaque seconde qui passe, la dette de la France augmente de 5 000 euros. Voilà où nous en sommes. Nous avons le devoir de prendre nos responsabilités », a-t-il insisté. « Il est tard, mais il est encore temps, alors il faut agir vite, fort, avec justesse et justice. »
Double peine pour les territoires
Le gouvernement a annoncé la suppression de deux jours fériés : le lundi de Pâques et le 8 mai ! Une énième demande qui ne passe pas auprès des salariés qui y voient un détricotage systématique de leurs acquis sociaux. Mais le gouvernement Bayrou ne se contente pas de cette mesure.
Il a aussi annoné mardi que les collectivités devront réaliser 5,3 milliards d’euros d’économies en 2026, soit le double de ce qui leur est demandé en 2025, déjà une année de coupes sévères.
Ces économies représentent 13% de l’effort global, selon le gouvernement, mais cette part reste disproportionnée face au poids réel des collectivités dans la dépense publique. Les élus locaux l’ont unanimement dénoncé comme « inacceptable », certains redoutant une facture encore plus lourde ampliée par des baisses additionnelles—jusqu’à 9 milliards d’euros selon les projections des élus.
Ces mesures toucheront directement la culture, le sport, l’aménagement du territoire et les services publics de proximité, accentuant l’asphyxie des budgets locaux.
Des économies « inacceptables pour l’ensemble des élus locaux », s’est insurgé auprès de l’AFP André Laignel, président du Comité des finances locales (CFL), qui défend les intérêts financiers des collectivités.
Si ces propositions étaient « maintenues, nous serions conduits à en appeler au Parlement pour refuser ce budget », a averti André Laignel, également premier vice-président délégué de l’Association des maires de France (AMF).
Il craint que la facture soit en réalité plus salée pour les collectivités. « A l’arrivée, leurs 5,3 milliards seront probablement 9 milliards. Il faut penser aux baisses de beaucoup de budgets qui concernent les territoires: les budgets de la culture, la ville, les sports, l’aménagement du territoire », a-t-il énuméré.
Un plan d’économies qui épargne les plus favorisés
Le gouvernement met en avant une soi-disant « contribution de solidarité » imposée aux plus hauts revenus, mais dans les faits, les mesures d’austérité frappent beaucoup plus violemment les budgets sociaux, les collectivités et donc le tissu local du pays.
Le gel des prestations sociales et des barèmes d’imposition pour 2026 va pénaliser l’ensemble des bénéficiaires, alors même que les niches fiscales et les optimisations patrimoniales profitant aux plus grandes fortunes ne sont pas remises en cause de façon significative ; la nouvelle « contribution » pour les hauts revenus est annoncée, mais sa portée reste marginale et son contour très flou.
Le gel des prestations sociales a des conséquences sociales majeures pour les plus vulnérables de la société, en particulier dans un contexte de hausse des prix de l’alimentation, de l’énergie et du logement, etc.
En l’absence de revalorisation des aides comme le RSA, l’APL ou l’AAH, les ménages modestes voient leur niveau de vie baisser, car leurs ressources stagnent tandis que le coût de la vie continue d’augmenter. Cela complique leur capacité à subvenir à leurs besoins essentiels, notamment en matière de logement, de nourriture ou de santé.
Les réductions sur le soutien à l’investissement local, mises à part quelques exceptions pour les territoires ruraux et prioritaires de la politique de la ville, vont freiner la relance, l’innovation et l’activité économique en région. Des élus locaux en colère, une politique d’ajustement injustifiable
Les associations d’élus tirent la sonnette d’alarme : ce plan va jusqu’à demander plus d’efforts aux collectivités qu’à l’État lui-même sur ses dépenses de fonctionnement. Les régions, départements et intercommunalités refusent d’être la « variable d’ajustement » d’une politique budgétaire qui épargne les couches les plus aisées du pays.
L’« année blanche » annoncée sur les prestations sociales va peser directement sur les départements, en charge du RSA et de l’APA, déjà sous pression constante.
L’aide exceptionnelle – à peine 300 millions d’euros pour les départements – apparaît dérisoire au regard de l’ampleur des coupes et des besoins réels du terrain.
Ce plan, qui prétend équilibrer les efforts, met en réalité la charge de la rigueur sur les épaules des territoires et des populations les moins protégées, tout en ménageant stratégiquement les intérêts des plus fortunés.
Alors que la France fait face à une crise de la dette, c’est le quotidien des citoyens et la vitalité de ses territoires qui en paient le prix fort, pendant que le gouvernement se refuse à remettre en cause les « cadeaux » fiscaux hérités des années passées.
Depuis dimanche, des combats opposent des combattants druzes, communauté présente dans cette région du pays, à des Bédouins, appuyés par les forces gouvernementales. Et ce mardi 15 juillet, les violences ont gagné la principale ville de la province, Soueïda, faisant de nouvelles victimes : au moins 19 personnes ont été tuées, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.
Le bilan des violences depuis dimanche s’élève à 203 morts, a annoncé mardi soir l’OSDH.
C’est dans la matinée que les combats ont éclaté à l’intérieur de la ville. Pour la première fois depuis le changement de régime en décembre dernier, les troupes des nouvelles autorités sont entrées dans Soueïda jusque-là contrôlée par des factions druzes, la communauté majoritaire dans cette région.
La plupart des chefs religieux druzes avaient pourtant demandé aux combattants de remettre leurs armes aux forces de Damas. Mais une des trois figures spirituelles influentes de la communauté a fait volte-face, accusant le gouvernement de ne pas avoir respecté sa promesse d’entrer pacifiquement dans la ville.
Des exactions malgré un accord de cessez-le-feu
Finalement, au bout de quelques heures, un accord de cessez-le-feu a été annoncé par le ministre de la Défense. Mais des habitants ont témoigné de tirs après cette annonce ainsi que d’exactions tout au long de la journée : des exécutions, pillages et maisons brûlées par les forces gouvernementales.
À cela s’ajoute un troisième protagoniste. Depuis la chute de Bachar el-Assad, Israël intervient aussi militairement dans cette province syrienne : avancées au sol et bombardements aériens. Le pays dit vouloir empêcher les nouvelles forces gouvernementales de se déployer dans cette région. Et depuis qu’elles sont entrées dans Soueïda ce matin, la ville a été bombardée par l’aviation israélienne à plusieurs reprises.
Selon l’OSDH, le bilan des affrontements et des exécutions sur le terrain à Soueïda depuis dimanche matin 13 juillet s’élève désormais à 203 morts. Parmi eux, 92 Druzes, dont 21 civils exécutés sommairement par des membres des ministères de la Défense et de l’Intérieur, 93 membres des forces gouvernementales, et 18 Bédouins.
Le chaos au milieu du champ de bataille
Les affrontements ont transformé Soueïda, la plus grande ville druze du pays, en un champ de bataille, rapporte l’envoyé spécial de Rfi sur place. Dans l’un des hôpitaux du gouvernorat, tenu par le ministère de la Santé, les ambulances arrivent sans discontinuer. Civils et militaires blessés sont évacués depuis les lignes de front. Le directeur parle de chaos : trop peu de personnel, pas assez de matériel, et un flux constant de blessés graves.
Dans la ville, les rues sont désertes. Devant certaines maisons en flammes, des corps gisent encore, recouverts à la hâte. Une fumée âcre stagne dans les quartiers touchés. Les vitrines des magasins sont brisées. Des hommes casqués, armés, repartent avec des cartons. Des ballets de pick-up de l’armée et de la sécurité intérieure roulent à toute allure sur la route reliant Soueïda à Deraa. Des soldats entrent dans les habitations, fouillent, parfois s’y installent. Les tirs se sont espacés, mais la peur reste omniprésente.
Sur d’autres axes, des groupes civils venus des villages alentours arrivent à moto, souvent par groupes de 20 à 30. Certains s’improvisent en milices armées. D’autres viennent piller ou disent vouloir soutenir les nouvelles autorités. Ils repartent avec des motos, des voitures ou des produits de première nécessité abandonnés dans les commerces. Les nouvelles autorités ont tenté de mettre en place des barrages pour vérifier les cartes grises et limiter les vols, mais les pillages restent massifs et incontrôlables.
Arrêtée à 22 ans en 1977 pour ses engagements politiques, Fatna El Bouih subit cinq années de détention dans les prisons du régime de Hassan II, marquées par la torture, l’isolement et la négation de toute humanité.
Dans « Toutes peines confondues », elle livre un témoignage bouleversant et salutaire, premier récit écrit par une femme marocaine ayant connu l’univers carcéral pour faits politiques.
Initialement publié en arabe sous le titre Hadit al-Atama (Discours des ténèbres), le texte connaît une première traduction française en 2002 (Une femme nommée Rachid). Cette nouvelle édition traduite par la poétesse Souad Labbize, enrichie et remaniée par la présente édition, redonne toute sa puissance à la parole de l’autrice : un récit à la première personne, structuré chronologiquement, traversé par la mémoire et le combat.
Depuis sa libération, Fatna El Bouih n’a cessé de militer pour les droits humains, en particulier ceux des prisonnières et anciens détenus politiques. À travers ce livre, elle affirme une conviction forte : ceux et celles qui ont souffert dans leur chair peuvent contribuer à réparer la société.
Toutes peines confondues est un acte de transmission, un cri de dignité, un document essentiel pour comprendre la répression politique au féminin dans le Maroc des années de plomb.
Par définition, les chroniques et les tribunes prennent beaucoup de liberté par rapport aux faits réels, et véhiculent généralement les opinions de leurs auteurs et leurs subjectivités personnelles.
Il y a cependant, dans le refus des faits objectifs, avérés et tangibles, ainsi que dans l’arbitraire des affirmations, une limite au-delà de laquelle la chronique ou la tribune se transforme en pamphlet et bascule de l’espace de la communication à celui de la propagande malveillante agressive et calomnieuse.
M. Cherfaoui Mohamed Rachid nous donne une excellente illustration de ce genre de transformation pitoyable, dans sa chronique parlant du Président Ghazouani.
Analysant la rencontre de Trump et des 5 présidents africains M. Cherfaoui Mohamed Rachid la ramène à une seule image fabulatoire générée dans son imagination par ses aprioris et ses préjugés sur la Mauritanie et son Président. C’est, selon lui, l’image d’un Président africain silencieux, passif, face à un Donald Trump autoritaire et dominateur. Et dans un flagrant mouvement de bascule de la chronique au pamphlet il ajoute que ce moment incarne une faillite symbolique : celle d’un chef d’État qui, au lieu de défendre la voix de sa nation, se serait effacé dans un silence coupable.
Examinons maintenant les innombrables faits objectifs tangibles et avérés que M. Cherfaoui occulte sciemment transformant sa tribune en une diatribe malveillante et agressive.
Le président Donald Trump a, lui-même,qualifié Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de “président merveilleux”, devant tous les autres chefs d’État africains invités, lui a accordé la parole en premier, et a tenu à ce qu’il soit assis directement en face de lui, dans la position la plus symbolique de la table, le placement, en diplomatie, n’étant jamais neutre.
En outre, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani fut le seul des cinq présidents africains invités dont le président américain Trump a partagé la réponse sur son réseau Truth Social, geste rare dans les usages de la communication présidentielle américaine.
Tous ces éléments sont là, visibles, palpables et conservés, son et image, pour l’éternité. Mais Cherfaoui refuse obstinément de les voir. Pourtant ils attestent indubitablement tout le respect et la considération accordés à la Mauritanie et à son Président lors de cette rencontre.
M. Cherfaoui refuse de voir tout celà. Son affirmation, quant à l’attitude du Président mauritanien est pour le moins sidérante. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est le premier à avoir parlé. Soucieux de bien mettre en relief la grandeur de son pays et les innombrables opportunités d’investissement qu’il offre, il a parlé au point d’empiéter sur le temps de parole initialement prévu. Mais il n’y a pas de plus sourd que celui qui ne veut entendre.
L’Afrique n’a pas besoin de surenchères verbales. Elle a besoin de constance, de stabilité, de fermeté discrète. Elle a besoin de chefs d’État qui savent, selon les circonstances, quand parler haut et quand construire patiemment. Il n’y a pas de faiblesse dans le calme. Il peut y avoir, au contraire, une force tranquille, plus durable que le fracas des colères passagères. Il n’y a donc, et les faits l’attestent, ni effacement ni silence coupable.
Si coupable il y a, c’est, indéniablement, M. Cherfaoui Mohamed Rachid lui-même : coupable d’avoir travesti les faits, coupable d’avoir confondu communication et propagande et coupable d’avoir, à coup de contres vérités et de calomnies malveillantes cherché, en vain, à ternir l’image d’un président unanimement reconnu comme incarnant un leadership fort, sobre et mesuré, qu’il a toujours mis au service de son pays et du continent africain dans son ensemble. Heureusement comme le dit l’adage… et la caravane passe.
Jean-Yves Clément est l’une des figures les plus singulières du paysage culturel français, au croisement de la littérature, de la musique et de la pensée. Écrivain, poète, essayiste, mais aussi éditeur et programmateur, il a su, en près de trois décennies, bâtir une œuvre rare qui conjugue rigueur intellectuelle, sensibilité artistique et passion pour les grandes figures du romantisme musical.
À travers ses nombreux ouvrages consacrés à Chopin, Liszt, Glenn Gould ou encore Scriabine, Jean-Yves Clément explore les dimensions les plus intimes de la création, non pas seulement en biographe, mais en méditant sur la musique comme une forme de pensée en soi, une voie vers la vérité et l’élévation.
Ses publications, nombreuses et variées, participent d’une ambition cohérente : faire entendre la voix intérieure des compositeurs tout en révélant leur portée universelle. Les Deux Âmes de Frédéric Chopin (2010) offre une biographie poétisée du musicien polonais, entre portraits-tableaux et rêverie analytique, où chaque page tente de restituer le secret contenu dans un accord, un silence, une modulation. Franz Liszt : La Dispersion magnifique (2011) s’attache à dévoiler la multiplicité d’un génie insaisissable, entre virtuosité flamboyante et mysticisme profond. Avec Glenn Gould ou le Piano de l’esprit (2016), Jean-Yves Clément pénètre l’univers d’un interprète-philosophe, questionnant la solitude de l’artiste face à la perfection. Dans Alexandre Scriabine : L’Ivresse des sphères, il évoque la musique comme une traversée cosmique, une quête de fusion entre l’homme et l’absolu.
Son travail comparatiste, notamment dans Chopin et Liszt, la magnificence des contraires (2021), révèle une rare finesse d’analyse : il y confronte les tempéraments opposés de deux géants romantiques pour mieux en faire ressortir les contrastes féconds — l’introspection de Chopin répondant à l’exubérance de Liszt, leur rapport différencié à la scène, à l’amour, à la mort. Ces essais, souvent salués pour leur exigence alliée à une grande accessibilité, réinventent le genre biographique en le teintant de lyrisme, de métaphysique, et de clarté poétique.
Jean-Yves Clément ne se contente pas d’écrire sur la musique : il la vit, la transmet, la met en scène. En fondant les Rencontres de Nohant-Chopin puis les Lisztomanias de Châteauroux, il a fait émerger deux rendez-vous majeurs du calendrier musical français, où musiciens, penseurs et artistes dialoguent autour des grands compositeurs du XIXe siècle. Avec le Prix Pelléas, il a également offert à la littérature musicale une reconnaissance et une visibilité accrues. Son action, à la fois érudite et ouverte, a permis de tisser des ponts entre disciplines, entre publics, entre générations.
Mais c’est peut-être dans ses recueils poétiques et aphoristiques que l’on perçoit le plus intimement sa voix : Nuits de l’âme, inspiré des Nocturnes de Chopin, ou 111 notes d’amour déploient une langue dépouillée, musicale, tendue vers l’essentiel. Le Chant de toi, ode à l’être aimé, est un chant nu, direct, où l’amour devient rythme et souffle. À travers ces textes, Jean-Yves Clément poursuit la même quête : retrouver dans la langue l’intensité d’une note, la précision d’un silence, la densité d’un instant musical.
Dans un monde culturel souvent fragmenté, Jean-Yves Clément impose une voix singulière : celle d’un humaniste moderne, pour qui l’art est une manière de vivre, de comprendre et de transmettre.
Son apport dépasse le simple cadre littéraire ou musical : il est celui d’un passeur, d’un esprit fidèle aux grandes figures du passé, mais profondément tourné vers l’avenir, vers la circulation des idées et l’exigence de beauté. À l’heure où la culture cherche ses repères, il demeure une boussole précieuse.
Dans cet entretien, Jean-Yves Clément nous livre les clés de son travail, en dévoilant comment il tisse un lien profond entre la musique et la littérature, deux arts qu’il considère comme indissociables dans leur capacité à exprimer l’intime et le mystère de l’existence.
Il nous parle de son rapport personnel à la création musicale, de la manière dont les œuvres de Chopin, Liszt ou Scriabine nourrissent sa propre écriture et sa réflexion philosophique. Il évoque également sa démarche de médiateur culturel, qui vise à rapprocher le public des grandes œuvres classiques, tout en réinterrogeant la place de la culture dans notre société contemporaine.
À travers ses réponses, c’est une vision humaniste, passionnée et engagée qui se dessine, où l’art devient un vecteur essentiel de sens, d’émotion et de dialogue.
Le Matin d’Algérie : Votre parcours embrasse la musique la poésie, la littérature, la philosophie, avec une profonde unité. Qu’est-ce qui, selon vous, relie ces disciplines dans votre démarche ?
Jean-Yves Clément : Ma vie ! Qui les embrasse depuis ma jeunesse. Ces différentes formes – et la musique est la première d’entre elles, qui a en quelque sorte généré les autres – semblent n’être qu’une déclinaison de celle-ci. Il y a effectivement un fil souterrain qui paraît les relier. Organique. Et qui sans doute échappe aussi à moi-même. C’est un fil qui en tout cas unit l’art et la vie. Je n’en connais pas d’autres.
Le Matin d’Algérie : Vos ouvrages tissent un lien subtil entre la biographie, la poésie et la philosophie. Comment cette alchimie s’opère-t-elle dans votre écriture ?
Jean-Yves Clément : J’ai écrit des « essais biographiques » sur Chopin, Liszt, Scriabine et Glenn Gould (chez Actes Sud en particulier), mais en aucun cas il ne s’agit d’ouvrages musicologiques, bien au contraire. Je lis la musique en professionnel (je suis pianiste au départ) mais j’écris sur elle sans aucun jargon. Là réside le défi. Celui pour moi de parler poétiquement (philosophiquement aussi) de la musique, et pas autrement. La musique étant elle-même une sorte de poésie supérieure. Toute autre commentaire me semble vain. En outre, j’ai écrit des ouvrages poétiques issus de la musique – il s’agit là d’une gageure plus grande encore, celle de transmuer les notes en mots. Enfin j’ai publié plusieurs recueils d’aphorismes – dont tout dernièrement L’Exil de la pensée (Le Condottiere), dont l’ambition stylistique est proprement musicale (la seconde partie est traitée comme un « thème et variations »). Dans les trois cas il s’agit bien d’avoir une écriture « poétique » mais à chaque fois d’une nature différente. La troisième « forme », les aphorismes, m’est la plus proche. Car c’est la plus essentielle. Son épure.
Le Matin d’Algérie : Vous avez fondé plusieurs festivals musicaux importants, comme les Lisztomanias, et vous en dirigez d’autres. Quel rôle jouent ces événements dans la transmission de la musique et de la culture ?
Jean-Yves Clément : Un rôle majeur. Pensons que Liszt justement fut le plus grand « transmetteur » de l’histoire de la musique ; en inventant le récital, qui donnait à entendre la musique dans de grandes salles, en transcrivant toute la musique de son temps (et d’avant), pour la faire connaître, en l’offrant à tous types de publics dans d’innombrables concerts de charité, enfin en créant une nouvelle manière d’enseigner à travers ses fameuses master classes, instituant une sorte de « communion » entre maître et élèves. Il s’agit là d’un modèle absolu de ce qu’il conviendrait de faire quand on dirige de telles manifestations – les ouvrir au plus grand nombre, sous les formes les plus libres possibles. Je pratique ces trois formes de transmission dans mes Lisztomanias. Génie oblige, comme le disait Liszt ! Car c’est aussi à nous, organisateurs, et aux artistes, d’aller vers les gens. Et d’affirmer en permanence avec conviction que toucher à la culture, c’est toucher le plus directement possible à la vie et rien d’autre !
Le Matin d’Algérie : Dans Chopin et Liszt, la magnificence des contraires, vous mettez en lumière leurs contrastes. Quel enseignement tirez-vous de cette comparaison pour notre compréhension du romantisme ?
Jean-Yves Clément : L’enseignement d’une complémentarité entre ces deux grands génies qui définissent pourtant chacun un romantisme bien différent – classique, mesuré, très pur et replié sur lui-même pour Chopin, théâtral, extérieur et nourri par les arts pour Liszt. Ils expriment du même coup deux visions très différentes de l’existence, l’une enfermée sur elle-même, l’autre ouverte sur l’univers. Le romantisme offre plusieurs visages possibles – mais dans tous les cas il s’agit bien d’une sorte « d’explosion interne » du sujet !
Le Matin d’Algérie : Comment abordez-vous la relation entre la musique et les mots dans vos recueils poétiques, où la musique semble presque se faire langage ?
Jean-Yves Clément : Je l’ai dit plus haut, ce sont des écrits d’un type très particulier puisqu’il s’agit précisément de commuer les notes en mots – alors qu’on a fait le contraire durant des siècles ! Je parle explicitement des recueils issus de pages de Chopin, tels ses Préludes ou ses Nocturnes (je l’ai fait aussi pour ses Valses et ses Études), où je tente de transformer presque analogiquement les notes en mots, du moins partiellement ; on ne peut prétendre suivre de façon durable et linéaire la musique comme si c’était un récit ordinaire. On doit seulement espérer aboutir à une sorte de vision poétique d’ensemble de la pièce qu’on « interprète » ainsi. Le mystère dans cette alchimie, c’est qu’il ne serait pas pensable pour moi de la pratiquer en dehors de pièces très précises – et nécessairement courtes – de Chopin. Ce qui est très étrange également, c’est que le moins bavard des musiciens, le moins littéraire me « permette » cette conversion, m’y autorise, en tout cas me l’inspire… J’ai écrit par ailleurs un grand poème, Le Chant de toi (cherche midi) et un récent recueil d’aphorismes, L’Exil de la pensée (Le Condottiere) dont j’ai parlé plus haut. Les deux se veulent « musicaux » avant tout… L’Exil finit même en exploitant le « thème et variations » cher à l’esprit de la musique…
Le Matin d’Algérie : Vos publications consacrées aux grands compositeurs mêlent analyse, sensibilité et intuition. Quelle part de vous-même déposez-vous dans ces portraits d’artistes ?
Jean-Yves Clément : Une part très importante dans la mesure où les quatre génies auxquels j’ai consacré des essais me sont particulièrement proches ! Donc ce sont un peu des miroirs de moi… Il y a un lien sans doute qui les unit, une certaine vision spirituelle de l’art à laquelle n’échappe pas le si pur Chopin, dont la musique semble composer une langue parfaite, « le langage des fleurs et des choses muettes », comme le disait le poète… (Baudelaire parlait également à propos de Chopin de « cette musique légère et passionnée qui ressemble à un brillant oiseau voltigeant au-dessus de l’horreur d’un gouffre » …) Chacun des quatre est une partie de moi…
Le Matin d’Algérie : Vous œuvrez depuis longtemps à faire rayonner la musique classique. Quel regard portez-vous sur sa place aujourd’hui, et comment imaginez-vous son devenir auprès d’un public élargi ?
Jean-Yves Clément : Un regard un peu dépité – surtout en France car visiblement elle intéresse de moins en moins, on lui préfère des ersatz peu ragoutants qui n’ont de musique (ou de pianistes) que le nom ! Mais elle intéresse moins aussi parce qu’on la traite mal, qu’on ne lui accorde que peu de crédit, comme c’est le cas pour la culture, d’une manière générale. Je ne veux pas imaginer son avenir mais continuer à faire ce que je sais faire, sans concession démagogique à la mode. Ni de chercher à tout prix un « public » ! « Un des pires mensonges sera toujours de prendre le nombre pour la qualité », affirmait André Suarès. Il ne s’agit toujours et encore que de montrer l’exemple. Ce que ne font pas toujours nos instances éducatives !
Le Matin d’Algérie : Le modèle des conservatoires français a longtemps été une référence internationale. Selon vous, conserve-t-il encore cette place aujourd’hui ?
Jean-Yves Clément : Les conservatoires conservent avant tout, sans se soucier beaucoup de la vie artistique en dehors d’eux, et c’est bien ce que je leur reproche… c’est une vieille histoire, déjà dénoncée par Liszt dans les années 1830, mais qui ne s’arrange guère… L’art – qui doit être une matière vivante et non une chose morte – et la fonction publique ne font pas bon ménage, ça ne date pas d’aujourd’hui… et ça ne changera pas puisque ces endroits prétendent être les seuls à dispenser l’évangile musical ! Et d’ailleurs ils n’incitent nullement – sauf exception – les élèves à se rendre à d’autres concerts qu’aux leurs… Le niveau est quand même différent à Lyon et Paris… où les professeurs sont (maintenant) souvent eux-mêmes des concertistes… Rêvons qu’un jour les professeurs de « français » soient des écrivains, et les professeurs de philosophie des philosophes !!
Le Matin d’Algérie : Avez-vous des projets en cours ou à venir ?
Jean-Yves Clément : Toujours et jusqu’au bout ; ma vie me semble un grand projet dont je ne veux pas voir l’issue ! Sa coda… Composé de beaucoup de choses variées mais qui forment une mosaïque unifiée et en mouvement, jamais arrêtée, jamais fixe…
Le Matin d’Algérie : Un dernier mot peut-être ?
Jean-Yves Clément : Vive la vie et le méchoui ! Avant toute chose !
Christophe Gleizes condamné à 7 ans de prison ferme
Le journaliste sportif français Christophe Gleizes a été condamné, dimanche 29 juin 2025, à sept ans de prison ferme par la justice algérienne. Reporters sans frontières lance une pétition pour réclamer sa libération.
Collaborateur régulier des magazines So Foot et Society, il avait été interpellé en mai 2024 alors qu’il réalisait un reportage sur l’histoire de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) et sur les circonstances de la mort, en 2014, du footballeur camerounais Albert Ebossé. Christophe Gleizes devait également interviewer l’entraîneur du Mouloudia Club d’Alger et dresser le portrait du joueur Salah Djebaïli.
Les accusations retenues contre le journaliste — « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national » — sont jugées « totalement infondées » par l’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui dénonce une « condamnation inique » et « un affront au métier de journaliste ». Il s’agit, selon RSF, de la peine la plus lourde infligée à un journaliste français en plus d’une décennie.
Face à cette situation, RSF a lancé une pétition internationale pour réclamer la libération immédiate et inconditionnelle de Christophe Gleizes. L’organisation appelle également les autorités françaises à intensifier leurs démarches diplomatiques et consulaires pour obtenir une issue rapide à cette affaire. « Il faut faire du bruit pour Christophe », a déclaré Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, estimant que cette affaire illustre une instrumentalisation politique de la justice.
À ce jour, la pétition lancée par RSF pour la libération de Christophe Gleizes a recueilli environ 17 000 signatures. Le décompte sur le site RSF indiquait 16 888 signatures, arrondi à 17 000 selon les médias
Un comité de soutien étoffé a également vu le jour, incluant des dizaines de personnalités publiques (acteurs, musiciens, animateurs) et des acteurs du monde sportif (clubs de foot, FFF) s’y sont associés.
Selon l’ONG, une centaine de journalistes dans le monde ont été ciblés pour avoir enquêté sur des sujets liés au sport, dont deux encore détenus. Le cas de Christophe Gleizes vient s’ajouter à une liste préoccupante, alors que la liberté de la presse reste un enjeu majeur à l’échelle internationale.
L’économie algérienne a enregistré une croissance de 4,5 % au cours du premier trimestre 2025, selon les données publiées récemment par l’Office national des statistiques (ONS).
Cette progression, mesurée en volume par rapport à la même période de l’année précédente, confirme la poursuite de la reprise amorcée en 2023, dans un contexte économique toujours marqué par des tensions sur le commerce extérieur.
Une dynamique portée par les secteurs hors hydrocarbures
Le rapport de l’ONS met en lumière une croissance particulièrement soutenue dans les secteurs hors hydrocarbures, avec une hausse de 5,7 % sur la période janvier-mars 2025. Les industries manufacturières affichent un bond de 14,4 %, confirmant leur rôle moteur dans la diversification économique. De son côté, le secteur agricole a progressé de 6,1 %, un niveau supérieur à celui enregistré au premier trimestre 2024 (+3,8 %), traduisant de meilleures conditions climatiques et un regain de productivité dans certaines filières.
Autre indicateur positif, la formation brute de capital fixe (FBCF), qui reflète l’investissement productif, a crû de 13,9 %, traduisant un regain de confiance chez les opérateurs économiques. La consommation finale des ménages, quant à elle, a progressé de 4,7 %, soutenant la demande intérieure.
Un commerce extérieur en déséquilibre
En revanche, le volet commercial affiche une évolution plus contrastée. Les importations ont fortement augmenté (+24 %), tandis que les exportations ont reculé de 3,8 %. Ce déséquilibre renforce la pression sur la balance commerciale, déjà fragilisée par la baisse des cours des hydrocarbures au premier trimestre. Ce retournement contraste avec les performances du premier trimestre 2024, où les exportations avaient progressé de 9,5 % et les importations étaient restées contenues (+4,2 %).
Une trajectoire globalement stable
Comparée aux trimestres précédents, la croissance de début 2025 reste stable : elle est légèrement supérieure à celle enregistrée au dernier trimestre 2024 (+4,3 %), mais en retrait par rapport au pic de 5,2 % atteint au deuxième trimestre 2024. Cette stabilisation traduit une croissance désormais moins dépendante du secteur des hydrocarbures, en dépit des incertitudes liées aux marchés internationaux.
L’ONS souligne par ailleurs que l’économie nationale bénéficie d’un environnement plus favorable à l’investissement et d’une meilleure mobilisation des ressources internes. Toutes ces estimations et chiffres sont à prendre avec beaucoup de prudence, car dans la « nouvelle Algérie » de Tebboune, caractérisée par un système hermétique, où tous les segments de la société et de l’Etat sont mis au pas. des statistiques peuvent en cacher d’autres.
Samia Naït Iqbal
Voici le lien direct vers le rapport trimestriel de l’ONS (Comptes nationaux trimestriels – 1er trimestre 2025)
Le monde artistique algérien est en deuil. Le comédien Medani Namoun, figure emblématique du théâtre et de la télévision, s’est éteint mardi 15 juillet à l’âge de 81 ans, à la clinique privée « Al-Azhar » à Dely Ibrahim (Alger), des suites d’un cancer du poumon.
Né en 1944 dans la Casbah d’Alger, Medani Namoun avait été formé à l’école du théâtre populaire, notamment sous la direction de Mustapha Kateb et Mahieddine Bachtarzi. Il avait fait ses premiers pas sur les planches dans les années 1960, avant de se faire connaître du grand public à travers de nombreuses pièces télévisées diffusées à la télévision nationale, où son jeu naturel et sa diction limpide marquaient les esprits.
Son visage familier et sa voix chaleureuse ont accompagné des générations d’Algériens. Il a incarné des rôles aussi bien comiques que dramatiques, apportant à chaque personnage une humanité palpable. Medani Namoun n’était pas seulement un acteur : il était un passeur de mémoire, portant sur scène et à l’écran les récits des Algériens dans toute leur complexité.
L’enterrement devrait avoir lieu demain à Alger. Ses collègues, ses proches, ses anciens élèves et son public s’apprêtent à lui rendre un dernier hommage.
Avec la disparition de Medani Namoun, c’est une page du patrimoine théâtral national qui se tourne. Mais ses œuvres, elles, continueront à vivre dans la mémoire collective.
L’œuvre de Tchekhov, L’Homme à l’étui (1898), dépasse le simple cadre littéraire pour offrir une clé de lecture implacable de la condition algérienne contemporaine.
Belikov, cet enseignant russe momifié dans une carapace de conventions, devient le reflet déformé, mais terriblement familier, de l’Algérien moderne, enveloppé dans un « étui » psychique fait de normes sociales asphyxiantes, de silences politiques calculés et d’un pragmatisme économique érigé en éthique de survie.
Cet étui, invisible mais omniprésent, n’est pas un accessoire mais une architecture existentielle : il redéfinit les frontières du possible, circonscrit l’horizon des désirs et mutile dans l’œuf tout désir d’émancipation.
Comme Belikov qui ne sortait qu’enveloppé dans sa gaine de cuir, l’Algérien chemine dans la vie publique et privée protégé par une bulle de rituels sociaux, de non-dits stratégiques et de prudence érigée en vertu cardinale, où la moindre transgression est perçue comme une menace existentielle.
La sacralisation des normes collectives, initialement conçues comme cadres protecteurs, a opéré une inversion toxique : la conformité est devenue une fin en soi. Les Algériens, des Belikov en devenir, entretiennent une relation fétichiste (Žižek, 1989) avec ces rôles prescrits, élevant la tradition au rang d’idole immuable comme le fonctionnaire tchékhovien idolâtrait les circulaires administratives.
Ce fétichisme génère une anxiété sociale pathologique où la peur de la transgression l’emporte sur le désir de vivre. Chaque initiative personnelle devient un champ de mines symbolique : choisir une carrière non conventionnelle équivaut à un suicide social, exprimer une opinion divergente à une provocation, etc.
L’espace public, théoriquement lieu de débat, se mue en scène de théâtre où chacun joue un rôle préétabli, où la sincérité est souvent punie et le masque récompensé.
Dans cette mise en scène collective, l’Algérien fuit le risque vital comme Belikov fuyait la vie, préférant la sécurité étouffante de l’étui aux incertitudes fécondes de la liberté. La conséquence en est une atrophie systémique de l’audace : pourquoi imaginer, créer ou contester quand le système récompense la docilité et punit l’originalité ?
Par ailleurs, l’autoaliénation de l’Algérien révèle un mécanisme plus néfaste encore que celui de Belikov : il ne subit pas passivement son étui, il en devient l’artisan zélé. En intériorisant le verdict social comme unique baromètre de sa valeur, il se dépossède de sa subjectivité au profit d’un moi stéréotypé, forgé et faconné par le renoncement au désir, un « étui transparent » où s’exhibent des performances désincarnées.
Cette autocensure, ne pas désirer, produit des existences en pointillé, des vies en mode mineur où l’énergie vitale est détournée vers la gestion obsessionnelle de l’image. L’espace social devient alors un « théâtre d’absences » : les corps sont présents physiquement – dans les cafés, les administrations, lieux de travail, les fêtes de mariages – mais les esprits, enfermés dans l’angoisse de la déviance, se détournent de l’échange authentique pour guetter en permanence d’éventuels signaux de réprobation.
La responsabilité de cette claustration collective, Tchekhov nous invite à la chercher non pas dans l’individu mais dans le système qui le produit. Si Belikov meurt « heureux » dans son cercueil, ultime étui parfaitement hermétique, c’est parce que tout son entourage – collègues, voisins, autorités – a toléré, voire encouragé, sa pathologie par lâcheté ou confort.
De même, la soumission algérienne aux carcans normatifs est le fruit d’un écosystème complice. Les institutions – de l’école à la mosquée – exigeant une adhésion sans faille aux rituels établis, valident ce marchandage symbolique où la liberté est troquée contre une sécurité illusoire. Les familles, enfin, investies dans un « capitalisme rentier des apparences » où la réputation devient monnaie d’échange sociale, scrutent les conduites de leurs membres comme des dividendes à protéger.
Cette triple pression fabrique en série des « Algériens à l’étui », êtres rétrécis qui ne peuvent nicher leur soif de liberté que dans les interstices clandestins du système social – vivre ailleurs, pratiques artistiques souterraines, ….
Pour briser l’étui, Tchekhov ne propose pas de solution miraculeuse mais un impératif simple et radical: avoir le courage de « vivre autrement ». Pour l’Algérien, cela exige une révolution copernicienne intime : déplacer le centre de gravité existentiel de la conformité extérieure vers l’auto-détermination intérieure.
Concrètement, cela implique de déconstruire le fétichisme des normes par une « sociologie des émancipations » (Bacqué & Biewener, 2013), d’inventer des espaces de liberté interstitiels hors du contrôle normatif, et surtout de restaurer la confiance dans le potentiel individuel comme fin en soi. L’Algérien doit oser le geste que Belikov ne fit jamais : déchirer sa gaine psychique, affronter le vertige de l’autonomie, et accepter que la vraie vie – avec ses risques ainsi que ses fulgurances – vaut mieux que la survie sécurisée.
La société dans son ensemble doit, quant à elle, faire émerger ses « Kovalenko », ces figures émancipatrice incarnées dans la nouvelle par le professeur de grec, c’est-à-dire des forces vitales capables de fissurer les étuis par l’exemple d’une authenticité contagieuse. Sans cette double dynamique – individuelle et collective – la société ne produira que des Belikov, magnifiquement adaptés pour durer dans un monde immobile, et parfaitement incapables d’y vivre.
Dr Hamaizi Belkacem
ENS de Sétif
Références
Žižek, S. (1989). The Sublime Object of Ideology. Verso.
Tchekhov, A. P. (2021). L’homme à l’étui. BoD-Books on Demand.
Sartre, J-P. (1960). Critique de la raison dialectique. Gallimard.
Bacqué, M-H. & Biewener, C. (2013). L’Empowerment, une pratique émancipatrice. La Découverte.
On connait les affiches des quarts de finale de la CAN féminine après une 3e journée conclue sur le festival de l’Afrique du Sud face au Mali (4-0). Nigeria-Zambie sera le choc des quarts, tandis que le Sénégal défiera la championne en titre sud-africaine et que le Maroc aura les faveurs des pronostics devant le Mali. Et l’Algérie affrontera le Ghana.
Ce sera peut-être un tournant dans l’histoire de la CAN féminine. Ce choc Nigeria-Zambie sera un véritable test pour les Super Falcons qui n’ont certainement jamais rencontré un adversaire aussi redoutable à ce stade de la compétition. Dans l’histoire de la CAN, le Nigeria a toujours atteint au moins les demi-finales, mais la Zambie a tous les atouts pour le renvoyer prématurément à la maison cette fois. À commencer par la prodige Racheal Kundananji, qui tient toutes ses promesses depuis le début du tournoi.
Associée en attaque à la capitaine Barbra Banda, Joueuse africaine de l’année, la buteuse de Bay FC a inscrit trois buts en phase de poule. Comme Banda. Les Coppers Queens ont été les dernières à battre les Nigérianes à la CAN ; en 2022 pour le match de la 3e place.
L’Algérie un coup à jouer face au Ghana
La partie s’annonce moins risquée pour l’Afrique du Sud qui fera face au Sénégal. Les Lionnes, qui ont démarré tambour battant la compétition en infligeant une correction à la RD Congo, ont montré leurs limites dès que le niveau s’est élevé face à la Zambie (2-3) et au Maroc (0-1).
L’Afrique du Sud, tenante du titre, a été minimaliste en début de tournoi avant d’exploser lors de la troisième journée. De mauvais augure pour une ambitieuse équipe sénégalaise en manque d’expérience.
Le Ghana, qui a raté la dernière édition, va disputer le quart des outsiders face à l’Algérie qui a franchi le premier tour pour la première fois de son histoire. Les Ghanéens, qui ont atomisé la Tanzanie lors de leur dernier match (4-1), feront face aux Algériennes qui n’ont encaissé aucun but au premier tour. En effet, les coéquipières de Roselène Khezami qui ont terminé le 1er tour de leur groupe B, en seconde place avec (5 points), derrière le Nigéria (7 points), savaient qu’elles allaient en découdre avec le 2e au classement du groupe (C) entre l’Afrique (tenant du titre), Mali et Ghana.
Enfin, le Maroc, pays organisateur, gros prétendant à la victoire finale, aura-t-il des raisons de craindre le Mali, un des deux meilleurs troisièmes qualifiés ? Les Aigles dames n’ont marqué que deux buts en poules et leur déroute devant l’Afrique du Sud (4-0) lors de la dernière journée n’est pas de nature à rendre optimiste.
Des pluies orageuses, accompagnées de chutes de neige et de vents continueront d'affecter, vendredi, plusieurs wilayas du pays, indique un bulletin météorologique spécial (BMS),...
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