4.9 C
Alger
Accueil Blog Page 207

Quand les gyrophares masquent le mépris 

1
Véhicule de police en Algérie

Dans un pays où l’État de droit est vidé de sa substance juridique et morale par la suprématie du politique et la toute-puissance de l’Etat profond, l’abus de pouvoir se manifeste jusque dans les recoins de la vie quotidienne. Sur nos routes, les véhicules de service sont devenus le symbole parfait de cet abus d’un pouvoir qui exige tout, ne respecte rien et ne s’excuse jamais. 

Ces véhicules ne circulent pas ; ils foncent, ils s’imposent. Ils forcent le passage, balaient tout sur leurs chemins, et écrasent symboliquement ceux que le pouvoir est censé servir. 

Ils surgissent derrière vous comme un éclair. Tous feux allumés, gyrophares aveuglants et sirènes hurlantes, ils vous somment de disparaître, de vous effacer sur-le-champ. Aucun délai, aucun temps mort, aucune précaution. Vous n’avez même pas le temps ou l’espace nécessaire pour vous rabattre prudemment pour leur céder le passage. La brutalité de leur incivisme est telle qu’elle vous met dans un état de panique, vous contraint à des manœuvres précipitées, jusqu’à risquer l’accident — pouvant être fatal — dans le seul but de leur libérer la voie.

Souvent, aucune urgence réelle ne motive cette démonstration de force. Un comportement d’autant plus injustifiable qu’il ne répond souvent à aucune nécessité de service. Ce comportement ne s’embarrasse d’aucune considération pour les citoyens, et révèle au grand jour la véritable nature de tout régime autoritaire et ce qu’il s’efforce de masquer : son enclin à piétiner le principe d’égalité et l’Etat de droit.  

Le contraste avec les démocraties véritablement ancrées dans l’Etat de droit est saisissant. Ailleurs, les responsables de l’Etat ne cultivent ni la condescendance, ni fastes d’un protocole conçu pour flatter leur égo. Ils refusent les passe-droits, déclinent les privilèges que leur tend l’Etat profond soucieux de les asservir. Ils attendent au feu rouge, circulent sans escorte tapageuse, se déplacent parfois à vélo, sans bruit ni ostentation. Ils incarnent la retenue, le respect de la loi, et la conscience que le pouvoir n’autorise pas à écraser les autres, mais oblige à l’exemplarité.

Ici au contraire, la route devient le théâtre quotidien de la domination. Chaque cortège est une mise en scène du pouvoir absolu. Obliger les autres à se ranger sans sommation sur le bas-côté pour leur libérer la voie devient un rituel, Une forme de révérence des temps modernes, que l’on impose à ses sujets. 

C’est l’état d’esprit qui règne au sommet ; une violence arrogante, un mépris absolu pour la vie d’autrui. Aux yeux de ceux qui ont une parcelle de pouvoir, la vie des citoyens ne vaut presque rien. Elle n’a ni prix, ni sens. Elle peut être sacrifiée, à tout moment, sur l’autel de leur puissance et de leur impunité.

Qui parmi nous n’a pas vécu cette expérience humiliante ? Qui n’a pas ressenti cette peur soudaine, cette panique qui vous étreint quand les sirènes hurlent et que vous vous retrouvez sommé de dégager la voie sur-le-champ. Qui n’a pas eu ce sentiment de gêner, d’être en trop, simplement pour avoir eu l’audace d’emprunter l’espace public ? Cette pratique n’est ni exceptionnelle ni marginale ; elle est banalisée, presque institutionnalisée. A force de la subir, les citoyens finissent par intérioriser une forme de culpabilité absurde ; ils finissent de se croire fautifs ; fautifs d’emprunter les routes, fautifs de circuler à une « mauvaise » heure, fautifs d’exister là où ils n’étaient pas attendus.

Nous ne sommes pas seulement confrontés à des excès de comportement ou à des abus ponctuels. Ce que révèlent ces scènes de la route, c’est la conception autoritaire du pouvoir, profondément enracinée, qui ne voit dans la population qu’un obstacle à contourner ou un ennemi à tenir à distance.

Il est temps d’en finir avec cette culture politique de l’arrogance et de l’impunité. Il est temps de rappeler, avec force, que les routes appartiennent à tous, que la vie des citoyens a une valeur, et que le respect de chacun est le premier fondement d’un ordre juste. Ce combat commence là où commence toute démocratie digne de ce nom. L’égalité devant la loi, jusque dans les usages les plus ordinaires de l’espace public.

Hamid Ouazar, ancien député de l’opposition

- Publicité -

Saber Mansouri : « Estimer les siens vaut plus que la démocratie »

2
Saber Mansouri. Crédit photo Hannah Assouline
Saber Mansouri. Crédit photo Hannah Assouline

Historien, romancier et helléniste, Saber Mansouri vit aujourd’hui en Bretagne après avoir passé un quart de siècle à Paris. Il a enseigné à l’École pratique des hautes études ainsi qu’à l’Institut catholique de Paris. En 2003, il fonde sa propre collection aux éditions Fayard.

Son double regard – ancré entre Méditerranée, antiquité et modernité – irrigue une œuvre dense, à la croisée de l’histoire et de la littérature. Dans Quand la France perd le Sud et les siens et Un printemps sans le peuple (éditions Passés composés), il interroge aussi bien les angles morts du récit républicain français que les désillusions des révoltes tunisiennes.

Dans cet entretien accordé à Le Matin d’Algérie, il revient sur la marginalisation des périphéries, le poids des mots, la confiscation du langage révolutionnaire et la nécessité de rouvrir les archives pour retisser un lien entre mémoire et justice.

Le Matin d’Algérie : Vous semblez chercher l’histoire non pas au centre, mais dans ses marges. Pourquoi ce choix méthodologique et politique d’écrire depuis la périphérie ?

Saber Mansouri : Chercher la lumière dans la nuit, la vérité dans la marge, n’est ni un choix méthodologique ni un choix politique, c’est une vérité première que certains esprits éclairés, des élus donc, ont saisie. Dostoïevski a cette phrase lumineuse : l’histoire ne révèle sa propre essence qu’à ceux qu’elle a au préalable exclus d’elle-même. Ce sont souvent les « vies minuscules » et la périphérie qui nous racontent la grande histoire et le centre. Je ne sais plus quel écrivain français a cette formule assez juste : l’Internationale des snobs n’est pas l’univers.

Le Matin d’Algérie : Dans vos deux ouvrages, on retrouve un même fil conducteur : donner voix à ceux qui ne l’ont pas. Est-ce une manière de réhabiliter l’idée d’un peuple oublié, en France comme en Tunisie ?

Saber Mansouri : Dans les démocraties du temps présent, on a tendance à gouverner sans le peuple, voire contre lui. La démocratie est un mot en caoutchouc, dit Auguste Blanqui. J’ai une haute opinion de la politique, je crois qu’il faut estimer son pays et son peuple pour gouverner. Je considère que l’estime des siens est une valeur plus précieuse que la démocratie.

Le Matin d’Algérie : Vous parlez des “sans verbe”, de ceux qui ne peuvent pas nommer leur propre condition. Peut-on faire révolution sans mot, sans récit propre ?

Saber Mansouri : La révolution advient aussi par le verbe. Nommer l’événement de 2011, « le printemps arabe », la « révolution du jasmin », dans la langue arabe, voilà ce qui a manqué. La révolution advient aussi grâce à un processus d’auto-institution et d’autotransformation, deux mots chers à Cornelius Castoriadis. Malheureusement, les pays arabes ne sont pas encore entrés dans ce processus.

Le Matin d’Algérie : Le titre de votre livre évoque une double perte : celle d’un territoire (“le Sud”) et celle de ses enfants (“les siens”). Qu’entendez-vous exactement par là ?

Saber Mansouri : Ce livre couvre une période allant de 1870 à 2024, du décret Crémieux jusqu’à aujourd’hui. Après avoir perdu le Sud, l’Afrique, ses colonies, la France perd les siens, une partie de ses propres citoyens habitant la banlieue, les cités, la marge de la République, des citoyens considérés par certains idéologues et politiques comme des corps politiques imparfaits, difficiles à intégrer, à ramener à la raison républicaine, parce qu’ils sont musulmans. « Il est dangereux de faire citoyen un individu dont le cœur est ailleurs », dit-on, sauf que le gouvernement des cœurs peut engendrer le désastre – l’exemple de l’Inquisition est là pour nous le rappeler.

Le Matin d’Algérie : Pourquoi avoir choisi d’ancrer votre réflexion dans des lieux bien précis comme Clichy-sous-Bois, La Courneuve ou Vaulx-en-Velin ? Que disent ces territoires de la République française contemporaine ?

Saber Mansouri : Ces lieux périphériques nous racontent la France : la République a créé les conditions de ce que Maxime Rodinson appelle la « peste communautaire ». Mettre à l’écart du centre une partie du corps civique, c’est admettre de facto que « cette population » n’est pas « intégrable ». Dans ces cités, on va à la mosquée pour apprendre l’arabe et non à l’école de la République. L’idéologue et le politique, pressés de gouverner la France, disent qu’enseigner l’arabe à l’école, c’est islamiser le pays.

Le Matin d’Algérie : Dans votre livre, deux personnages – l’ancêtre et le petit-fils – semblent porter une même altérité. Pourquoi les dites-vous “soumis à l’islam”, donc difficiles à assimiler ?

Saber Mansouri : Ces deux êtres, l’ancêtre et le petit-fils, ont un cœur soumis à l’islam, ce sont deux corps politiques étrangers, donc difficiles à assimiler.

Le Matin d’Algérie : Quels leviers faudrait-il activer pour que la France intègre réellement ses marges et répare son lien à ces citoyens ?

Saber Mansouri : Pour que la France réussisse à intégrer ses marges, il faut que les intellectuels qui pensent et les politiques qui gouvernent comprennent le sens de l’histoire pour rendre la République plus républicaine. Et pour que cette République rassemble les siens autour d’un bien commun partagé, il faut ouvrir les archives aux historiens pour solder les maux du passé et apaiser les mémoires. Aussi, l’enseignement de l’arabe à l’école et une histoire qui n’exclut pas contribueront à se libérer de la « peste communautaire ».

Le Matin d’Algérie : En Tunisie, diriez-vous que la révolution a échoué aussi par défaut de langage ?

Saber Mansouri : Oui, cette révolution a échoué (en partie) faute de langage : ne pas pouvoir nommer ce qui nous arrive dans notre propre langue consolide l’idée de la défaite. C’est le Nord malin, fabricant de concepts, de théories, d’armes, de cartes, etc., qui a gratifié la Tunisie de « printemps arabe » et de « révolution du jasmin ». Nommer les choses dans notre propre langue, c’est aussi s’affranchir de la corruption du langage et de la contrebande des mots, deux maux qui font querelle au réel et à la vérité.

Le Matin d’Algérie : Vous critiquez le récit dominant autour du « printemps arabe ». Est-ce aussi une manière de dénoncer une confiscation du sens ?

Saber Mansouri : Je n’oppose pas le récit occidental de la transition démocratique au silence du peuple, je dis tout simplement qu’on peut penser à côté du peuple, voire contre lui, en corrompant le langage et l’événement. Je pense que ce qu’on appelle le « printemps arabe » est mort à l’instant même où on a bombardé la Libye. La démocratie ne s’offre pas par la guerre, ne s’impose pas par la force. Pour revenir à la Tunisie, au peuple tunisien, je le redis : l’estime des nôtres, la justice sociale, une éducation publique qui élève ses enfants et prépare l’avenir du pays, une santé accessible à tous, sont les clés pour redonner au peuple sa dignité et sa souveraineté.

Le Matin d’Algérie : Est-ce le peuple ou les élites qui font l’histoire ?

Saber Mansouri : Les dirigeants changent et les philosophes de la question politique s’inspirent ou se querellent, alors que le peuple est toujours le même (depuis que l’homme est devenu un animal politique). On a essayé plusieurs régimes politiques pour le gouverner : royauté, aristocratie, oligarchie, tyrannie et démocratie. Un pays n’appartient ni à une oligarchie ni à une élite, c’est un bien commun qui appartient à ce peuple qu’on essaie de gouverner, et ce peuple ne demande qu’une chose : être estimé.

Le Matin d’Algérie : Peut-on réconcilier les mémoires entre la France et le Maghreb sans un travail sur les archives ?

Saber Mansouri : Réinventer l’histoire, c’est être à la hauteur du passé, c’est regarder en face ses grandeurs et ses bassesses, et seule l’ouverture des archives peut aider à la réconciliation et à une certaine fraternité de destin entre les deux rives de la Méditerranée.

Le Matin d’Algérie : À quoi sert la littérature, selon vous, dans ces combats ?

Saber Mansouri : Un écrivain écrit pour être à hauteur du réel, de la vérité, des siens et de la guerre des hommes. Une phrase peut changer le destin d’un homme en le remettant devant son propre miroir : dans Nedjma, Kateb Yacine commence son roman ainsi : « Lakhdar s’est échappé de sa cellule. » Miracle de la littérature : non seulement l’Arabe, l’Algérien, a un prénom, une identité, il a aussi réussi à se libérer. Il est devenu visible et fier de l’être.

Le Matin d’Algérie : Vous avez une belle formule sur Ulysse. Pouvez-vous nous la rappeler ?

Saber Mansouri : Je me dis qu’avec une police des frontières et la douane d’aujourd’hui, Ulysse n’aurait pas pu accomplir son voyage de retour à Ithaque et retrouver son royaume et son épouse. Mais pour revenir au réel, en France, certains politiques pressés de gouverner et des idéologues alimentant l’opinion au quotidien continuent de parler de vagues migratoires et de grand remplacement, alors que le désir de s’installer en France s’éteint de plus en plus. Et comme le disait justement l’helléniste Nicole Loraux, il vaut mieux être un métèque à Athènes qu’étranger en France aujourd’hui.

Le Matin d’Algérie : Enfin, vous dites : “Dis-moi comment tu parles de l’autre, je te dirai qui tu es.” Que signifie cette phrase pour vous ?

Saber Mansouri : « Dis-moi comment tu parles de l’autre, je te dirai qui tu es », cette phrase, la mienne, figure dans un de mes livres. Elle dit la grandeur de fabriquer son propre miroir, de s’affranchir des vieilles représentations de l’Arabe, du musulman, de l’indigène, et de cet autre qu’on continue de clouer au mur. Tel un artisan, un écrivain travaille sa phrase, ne corrompt pas le langage, essaie d’être à la hauteur des siens, du passé et de la guerre des hommes.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Principaux ouvrages De Saber Mansouri

Essais

La Démocratie athénienne, une affaire d’oisifs ?, André Versaille

L’Islam confisqué : manifeste pour un sujet libéré, Actes Sud

Athènes vue par ses métèques (Ve – IVe siècle av. J.-C.), Éditions Tallandier

Tu deviendras un Français accompli : oracle, Éditions Tallandier

La France est à refaire : histoire d’une renaissance qui vient, Passés Composés

Un printemps sans le peuple : une histoire arabe usurpée, Passés Composés

Quand la France perd le Sud et les siens, Passés Composés

Romans

Je suis né huit fois, Éditions du Seuil

Une femme sans écriture, Éditions du Seuil

- Publicité -

Maghreb des livres 2025 : salon parisien, censure algéro-compatible

3
Maghreb des livres
La littérature algérienne à l'honneur sans ses écrivains les plus amblématiques.

Le Maghreb des livres 2025 s’est tenu à Paris. Sur le papier, du moins. Car à voir la sélection des auteurs, le format des débats et l’ambiance diplomatique soigneusement orchestrée, on aurait plutôt dit un événement piloté en direct depuis Alger, service culturel, cellule « ne pas déranger ».

Officiellement, on y célébrait la littérature algérienne. Dans les faits, on y fuyait tout ce qui fait sa grandeur : ses conflits, ses fractures, ses écrivains ingérables. Un salon sous haute surveillance morale, où la pensée libre devait rester dans son couloir. Ici, la littérature oui, mais à condition qu’elle soit repassée, remaquillée, parfaitement fréquentable.

La preuve ? Aucun mot sur Boualem Sansal, actuellement emprisonné pour avoir osé parler trop fort. Même pas une allusion. Sansal dérange ? On l’efface. C’est plus simple. Le silence est plus diplomatique. Et tant pis pour le principe : on peut vomir ses propos, refuser ses alliances, mais lorsqu’un écrivain est emprisonné pour avoir écrit, le minimum syndical serait un mot. Une indignation. Un geste. Rien.

Même punition pour Kamel Daoud. Pas de tribune. Trop tranchant, trop médiatique, trop « libre », au mauvais sens du terme. Pourtant, l’occasion était belle : l’inviter pour le contredire, pour lui opposer des idées, pour débattre. Mais non. Mieux vaut ne pas prendre le risque d’être intelligent avec ceux qu’on ne supporte pas.

Et puisqu’on parle d’éviction, il faut saluer la performance : réussir à faire un salon sur l’Algérie littéraire sans citer une seule fois Kateb Yacine relève de l’exploit. Aucun débat. Aucun hommage. Comme si Nedjma n’avait jamais existé. Trop vivant, même mort. Trop difficile à citer sans provoquer de migraines idéologiques.

Mouloud Mammeri ? Réduit à une phrase glissée dans un coin de table ronde. Jean Sénac ? Rayé. Trop mystique, trop homo, trop solaire. Albert Camus ? Inexistant. Sujet tabou. Assia Djebar ? Ah, elle était dans l’air, oui. Mais pas dans les titres. Pas dans les voix. Dans un débat sur la littérature féminine, on a préféré pointer du doigt le patriarcat universel, plutôt que de rappeler cette femme de lettres qui dérange encore les lignes établies, même posthume.

Il faut tout de même noter une grande présence féminine. Des intervenantes brillantes, nombreuses. Mais là aussi, tout était sous contrôle. Le féminisme, ici, avait ses bornes. Pas de tensions, pas de contradictions. Un féminisme convenu, carré, propret. On dénonçait le machisme, le patriarcat, l’homme prédateur, d’un ton assuré.

J’ai bien failli proposer un débat sur le matriarcat algérien, celui, redoutable, qui règne sans partage dans les foyers. Mais j’ai eu un éclair de lucidité : même Kateb n’aurait pas osé. On peut critiquer les généraux, mais pas sa mère. J’ai donc re-rangé ma langue. L’autocensure, c’est aussi un instinct de survie.

Ce salon était, disons-le, bien ficelé. Mais trop bien. Tout était cadré pour ne froisser personne. Ou plutôt, pour ne froisser personne d’important. L’irrévérence n’était pas prévue dans la programmation. La littérature y était admise, à condition d’avoir déposé ses armes à l’entrée.

On a eu des discussions utiles, bien sûr. Des auteurs sincères. Des idées intéressantes. Mais aucun vrai vertige. Aucun vrai risque. Rien de ce qui fait frissonner une pensée. Rien de ce qui fait trembler un régime. Et c’est là que le bât blesse.

Un salon littéraire, surtout quand il prétend s’intéresser à l’Algérie, ne peut pas être une succursale culturelle aseptisée, installée à Paris mais pensée pour ne pas gêner Alger. On ne rend service à personne, ni à la République, ni à la diaspora, ni à la littérature elle-même.

Il ne s’agit pas d’en faire un champ de bataille. Mais un vrai lieu de parole. Où ceux qu’on aime et ceux qu’on hait puissent s’affronter. Où les morts puissent parler. Où les vivants puissent choquer. Où l’on ose penser, même à rebours. Car sans ça, ce n’est plus un salon du livre. C’est une salle d’attente littéraire, avec quelques livres posés là pour la décoration.

Et pendant ce temps, les écrivains censurés, oubliés, ou emprisonnés, continuent de nous faire signe. Même sans invitation.

Zaim Gharnati

- Publicité -

La main lourde de la justice algérienne

1
Christophe Gleizes
Christophe Gleizes condamné à 7 ans de prison ferme

La condamnation à sept ans de prison par l’État algérien d’un journaliste sportif français s’inscrit dans sa prévention contre les relations franco-algériennes non contrôlées. Il s’agit de proscrire les échanges entre les communautés, les relations entre Français et opposants «au bled», de plomber les signes indépendants en exil destinés aux oppositions bâillonnées vivant au pays. C’était déjà le sens de l’arrestation de Boualem Sansal.

On apprend que le harcèlement du journaliste sportif remonte déjà à mai 2024, assigné à résidence et finalement incarcéré. L’accusation est assurément «ubuesque», puisque sont visées les rencontres entre ce journaliste et le président de l’équipe footballistique de Tizi-Ouzou, capitale historique de la Kabylie. Ce responsable sportif de l’équipe JSK (Jeunesse sportive de Kabylie), emblématique de son sentiment d’appartenance irrédentiste, est par ailleurs membre du Mouvement pour l’indépendance de la Kabylie (MAK). Les attendus de la condamnation seraient la «possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national» et «l’apologie de terrorisme» puisque le MAK est classé comme «organisation terroriste» par le régime d’Alger. 

Cette accusation résonne de façon discriminatoire et infamante dans le contexte algérien où elle indiquait durant la décennie noire les groupes ultra-islamistes se livrant à des tueries récurrentes et des assassinats ciblés. 

Pour la comprendre en France, au-delà de la calomnie contre-accusatoire coutumière aux régimes policiers, il faut rappeler que le MAK, qui ne pratique pas la violence, a été désigné comme «terroriste» par l’État au sortir de la grave crise socio-politique de l’été 2021, consécutive aux incendies gigantesques qui ont ceinturé de nombreux villages de Kabylie.

Le MAK, dans ce drame, a accusé des services – armée, services spéciaux ? – d’avoir provoqué intentionnellement ces incendies pour éprouver et terroriser la Kabylie, région où l’influence du Hirak était encore vivace. 

Le MAK a réuni des faisceaux de présomptions qui en tout cas interrogent : simultanéité de nombreux départs de feux ; traces de poudre blanche en lignes le long de chemins alentours de villages, restes de boîtes métalliques qui auraient contenu des produits inflammables, parmi des traces de campements. On a parlé de phosphore blanc. Le MAK a réuni un dossier présenté à des instances internationales.

L’évidence du caractère artificiel de nombreux incendies cet été-là a semblé en tout cas suffisamment frappante pour que le régime lui-même, au lieu d’invoquer le Mektoub et le réchauffement climatique, déclare hautement, en État soucieux de protéger ses peuples, procéder à une enquête pour identifier les causes et les éventuels responsables de cette catastrophe meurtrière.

Avec sa sagacité légendaire, il a trouvé les responsables : le MAK associé à une association ultra-islamiste infime et quasi inconnue, pour dérouler la technique de l’amalgame calomnieux. C’est alors qu’il les a tous deux déclarés « terroristes », et donc désignés à toutes poursuites répressives. Cela vaut comme légitimation internationale puisque tous les États dénoncent le terrorisme et ne sont pas surpris d’en découvrir parmi des ultra-islamistes.

Il en ressort déjà que l’État algérien reconnaît l’origine artificielle de ces incendies, et qu’il se ridiculise sans souci pour qui connaît un tant soit peu l’histoire récente de la région.

Que le MAK incendie la Kabylie l’en proscrirait à jamais et ne peut être de sa sensibilité. Qu’il s’associe avec des ultra-islamistes est une autre impossibilité : les opposants kabyles s’inscrivent dans les mouvements de la renaissance berbère depuis les années 1980, et critiquent vivement l’islamisation linguistique, culturelle, institutionnelle que patronne l’État algérien pour appuyer son contrôle idéologique. Le récent anniversaire de l’assassinat de Lounès Matoub l’aura rappelé. 

Il importe de distinguer ces contradictions, à défaut de quoi l’État algérien peut raconter n’importe quoi sans contredit, et pousser sa lourdeur jusqu’à policer les échanges et rencontres internationaux, a fortiori franco-algériens. Il est désormais interdit et condamnable de parler avec des Kabyles en Algérie.

Jean-Louis Mohand Paul

- Publicité -

Tunisair : 24 heures de retard, zéro explication. Jusqu’où ira le mépris ?

0
Tunisair

À quoi joue Tunisair ? Le 30 juin 2025, un vol censé décoller à 21h00 de l’aéroport de Nice à destination de Tunis s’est transformé en calvaire pour des dizaines de passagers. Près de vingt-quatre heures de retard.

Une nuit entière passée sur des lits de camp déployés à la hâte, que les agents de sécurité viendront ramasser à 6h du matin. Une scène surréaliste dans un aéroport européen. Mais à bord de ce vol fantôme : aucun message clair, aucune prise en charge digne, aucune explication de la compagnie.

Ce 1er juillet, à 21h50, le vol n’avait toujours pas décollé. L’avion, parti en retard de Tunis, n’était même pas encore arrivé à Nice. Les passagers, exténués, continuaient d’attendre un hypothétique embarquement vers 23h00 ou minuit.

Ce chaos n’est pas isolé. À Paris-Orly, ce même jour, une voyageuse publie sur les réseaux sociaux une photo du tableau d’affichage. Son vol Tunisair accuse dix heures de retard. Là aussi, silence. Là aussi, abandon.

Tunisair ne communique pas. Ne s’excuse pas. Ne réagit pas.

Pourtant, ce sont bien des familles, des enfants, des travailleurs, des personnes âgées, qui subissent cette désinvolture. Ce sont eux qui paient, parfois très cher, des billets pour être traités comme du fret. À chaque été, les mêmes scènes se répètent, avec leur lot de détresse et d’humiliation. Et toujours, le même mutisme de la compagnie.

Comment une entreprise nationale peut-elle à ce point ignorer ses obligations les plus fondamentales ? Où est la direction ? Où sont les autorités tunisiennes censées défendre les droits de leurs citoyens et de leurs ressortissants ?

Car c’est bien d’un mépris qu’il s’agit. D’un abandon. D’un effondrement.

Tunisair n’est plus seulement une compagnie en difficulté. Elle est devenue, pour beaucoup, le symbole d’un service public défaillant, où l’irresponsabilité est devenue système, et où l’humain n’a plus sa place.

Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement un retard d’avion. C’est une relation de confiance brisée avec des voyageurs qui méritent mieux. C’est un lien entre un peuple et son ciel qui se fracture, vol après vol.

Djamal Guettala 

- Publicité -

La famine ou les balles à Gaza : ce n’est pas une réponse humanitaire

0
Gaza
Famine à Gaza

Des ONG appellent à une action immédiate pour mettre fin au plan de distribution meurtrier mis en place par Israël (notamment avec la soi-disant Fondation humanitaire de Gaza) à Gaza, revenir aux mécanismes de coordination existants dirigés par les Nations unies et lever le blocus du gouvernement israélien sur l’aide et les approvisionnements commerciaux. Les 400 points de distribution d’aide qui fonctionnaient pendant le cessez-le-feu temporaire dans Gaza ont été remplacés par seulement quatre sites de distribution contrôlés par l’armée, ce qui contraint deux millions de personnes à se rendre dans des zones surpeuplées et militarisées où elles sont quotidiennement exposées à des tirs et tuées et blessées massivement lorsqu’elles tentent d’accéder à la nourriture, ces personnes se voyant aussi refuser l’accès à d’autres approvisionnements vitaux.

Aujourd’hui, les Palestinien·ne·s à Gaza sont confrontés à un choix impossible : mourir de faim ou risquer d’être abattus quand ils tentent désespérément d’obtenir de quoi nourrir leur famille. Les semaines qui ont suivi le lancement du programme de distribution israélien ont compté parmi les plus meurtrières et les plus violentes depuis octobre 2023. 

En moins de quatre semaines, plus de 500 Palestinien·ne·s ont été tués et près de 4 000 blessés alors qu’ils tentaient simplement d’accéder à de la nourriture ou de la distribuer. Les forces israéliennes et des groupes armés – dont certains opéreraient avec le soutien des autorités israéliennes – ouvrent maintenant régulièrement le feu sur des civil·e·s désespérés qui risquent tout, simplement pour survivre.

Le système humanitaire est délibérément et systématiquement démantelé par le blocus et les restrictions imposés par le gouvernement israélien, blocus qui est maintenant utilisé pour justifier la clôture de presque toutes les autres opérations d’aide au profit d’une alternative meurtrière, contrôlée par l’armée, qui ne protège pas les civil·e·s et ne répond pas à leurs besoins essentiels. Ces mesures sont conçues pour entretenir un cycle de désespoir, de danger et de mort. Des acteurs humanitaires expérimentés restent prêts à fournir à grande échelle une aide vitale. Pourtant, plus de 100 jours après que les autorités israéliennes ont de nouveau imposé un blocus quasi total sur l’aide et les biens commerciaux, les conditions humanitaires à Gaza connaissent un effondrement qui n’avait jamais été aussi rapide au cours des 20 derniers mois.

Avec le nouveau plan du gouvernement israélien, des civil·e·s affamés et affaiblis sont contraints de marcher pendant des heures, traversant des secteurs dangereux et des zones de conflit actif, avant de devoir se ruer dans une course violente et chaotique pour atteindre des sites de distribution clôturés, militarisés et qui n’ont qu’un seul point d’entrée. Là, des milliers de personnes sont relâchées dans des enclos chaotiques où elles doivent se battre pour des réserves de nourriture limitées. Ces zones sont devenues le théâtre de massacres répétés, en violation flagrante du droit international humanitaire. Des enfants orphelins et des aidant·e·s figurent parmi les morts ; des enfants ont été blessés dans plus de la moitié de ces attaques ayant visé des civil·e·s sur ces sites. Le système de santé à Gaza étant en ruine, de nombreuses personnes blessées par balle sont livrées à elles-mêmes, étant hors de portée des ambulances et privées de soins médicaux vitaux. 

Dans un contexte de faim sévère et de conditions proches de la famine, de nombreuses familles nous disent qu’elles sont désormais trop faibles pour batailler afin d’obtenir des rations alimentaires. Celles qui parviennent à se procurer de la nourriture reviennent souvent avec seulement quelques denrées de base qu’il est presque impossible de préparer sans eau potable ni combustible pour cuisiner. Le carburant est presque épuisé, ce qui paralyse des services vitaux comme les boulangeries, les systèmes d’approvisionnement en eau, les ambulances et les hôpitaux. Les familles s’abritent sous des bâches en plastique, utilisant des cuisines de fortune au milieu des décombres, sans combustible, sans eau potable, sans installations sanitaires et sans électricité. 

Il ne s’agit là en rien d’une réponse humanitaire.

Le fait de concentrer plus de deux millions de personnes dans des zones toujours plus confinées afin qu’elles aient une chance de nourrir leur famille ne constitue pas un plan pour sauver des vies. Depuis 20 mois, plus de deux millions de personnes sont soumises à des bombardements incessants, à l’instrumentalisation de l’accès à la nourriture, à l’eau et aux autres formes d’aide, à des déplacements forcés répétés et à une déshumanisation systématique, le tout sous le regard de la communauté internationale. L’organisation Sphere, qui fixe des normes minimales pour une aide humanitaire de qualité, a averti que l’approche adoptée par la Fondation humanitaire de Gaza ne respectait pas les normes et principes humanitaires fondamentaux.

Cette normalisation de la souffrance ne doit pas être tolérée. Les États doivent rejeter le faux choix entre des distributions de nourriture meurtrières et contrôlées par l’armée et le refus total d’aide. Les États doivent respecter les obligations qui leur incombent aux termes du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, notamment en ce qui concerne l’interdiction des déplacements forcés, des attaques aveugles et de l’obstruction à l’aide humanitaire. Les États doivent veiller à ce que les responsables de graves violations du droit international rendent des comptes. 

Nous, les organisations soussignées, appelons une fois de plus tous les États tiers à :

  • prendre des mesures concrètes pour mettre fin à ce siège étouffant et pour faire respecter le droit des civil·e·s de Gaza d’accéder en toute sécurité à l’aide et à recevoir une protection ; 
  • exhorter les donateurs à ne pas financer des programmes d’aide militarisés qui violent le droit international, ne respectent pas les principes humanitaires, aggravent les souffrances, et qui risquent aussi de les rendre complices d’atrocités ; 
  • soutenir le rétablissement d’un mécanisme de coordination unifié, dirigé par les Nations unies, fondé sur le droit international humanitaire et incluant l’UNRWA, la société civile palestinienne et la communauté humanitaire dans son ensemble, afin de répondre aux besoins de la population.

Nous réitérons nos appels urgents en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et durable, de la libération de tous les otages et personnes détenues arbitrairement, d’un accès humanitaire total à grande échelle et de la fin de l’impunité généralisée qui permet ces atrocités et prive les Palestinien·ne·s de leur dignité fondamentale. 

Note de la rédaction :

  • Le 15 juin, l’hôpital de campagne de la Croix-Rouge à Al Mawasi a reçu au moins 170 patient·e·s blessés alors qu’ils tentaient d’atteindre un site de distribution de nourriture. Le lendemain, le 16 juin, plus de 200 patient·e·s sont arrivés dans le même centre, ce qui représente le nombre le plus élevé jamais enregistré à Gaza pour un incident ayant fait à lui seul un grand nombre de victimes. Sur ce nombre, 28 Palestinien·ne·s ont été déclarés morts. Un responsable de l’OMS a souligné ce schéma meurtrier : « Les récentes initiatives de distribution de nourriture menées par des acteurs autres que l’ONU causent à chaque fois des incidents entraînant un grand nombre de victimes. »
  • Ces décès s’ajoutent à un bilan déjà très lourd : depuis octobre 2023, plus de 56 000 Palestinien·ne·s ont été tués à Gaza, dont au moins 17 000 enfants.

Liste des organisations signataires

ABCD Bethlehem, ACT Alliance, Act Church of Sweden, Action Against Hunger (ACF), Action Corps, ActionAid, Age International, Agricultural Development Association – PARC, Al Ard for Agricultural Development, Al-Najd Developmental Forum, American Friends Service Committee, Amnesty International, Amos Trust, Anera, Anti-Slavery International, Arab Educational Institute – Pax Christi Bethlehem, Asamblea de Cooperación por la Paz, Asociación de Solidaridad Internacional UNADIKUM, Association for Civil Rights Israel (ACRI), Association Switzerland Palestine, B’Tselem – The Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories, BADIL Resource Center for Palestinian Residency and Refugee Rights, Beesan Charitable Association, Bimkom – Planning and Human Rights, Bisan Center for Research and Development, Botswana Watch Organisation, Breaking the Silence, Broederlijk Delen, CADUS e.V., Caritas Germany, Caritas International Belgium, Caritas Internationalis, Caritas Jerusalem, Caritas Middle East and North Africa, Center of Jewish Nonviolence, CESIDA – Spanish Coordinator of HIV and AIDS., Children Not Numbers, Choose Love, Christian Aid, Churches for Middle East Peace (CMEP), CIDSE – International Family of Catholic Social Justice Organisations, CNCD-11.11.11, codepink, Combatants for Peace, Comité de Solidaridad con la Causa Árabe, Congregations of St Joseph, COOPERATIVE AGRICULUTAL ASSOCIATION, Cordaid, Council for Arab-British Understanding (Caabu), Coventry Friends of Palestine, Cultures of Resistance, DanChurchAid, Danish Refugee Council, DAWN, Diakonia, Ekō, Embrace the Middle East, Emmaüs International, Entraide et Fraternité, Episcopal Peace Fellowship Palestine Justice Network, EuroMed Rights, FÓRUM DE POLÍTICA FEMINISTA, Friends Committee on National Legislation, Friends of Sabeel North America (FOSNA), Fund for Global Human Rights, Fundación Mundubat, Gaza Culture and Development Group (GCDG), Gaza Society for Sustainable Agriculture and Friendly Environment (SAFE), German Platform of Development and Humanitarian Aid NGOs (VENRO), Gisha – Legal Center for Freedom of Movement, Glia, Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P), Greenpeace, HaMoked: Center for the Defence of the Individual, Hands for Charity, HEKS/EPER(Swiss Church Aid), HelpAge International, Human Security Collective, Humanité Solidarité Médecine (HuSoMe ONG), Humanity & Inclusion – Handicap International, Humanity Above All, INARA, Independent Catholic News, Indiana Center for Middle East Peace, International Federation for Human Rights (FIDH), International NGO Safety Organisation (INSO), INTERSOS, Islamic Relief Worldwide, Jewish Network for Palestine, Jüdische Stimme für Demokratie und Gerechtigkeit in Israel/Palästina, JVJP, Just Foreign Policy, Just Treatment, Kairos Ireland, Kenya Human Rights Commission, Kvinna till Kvinna Foundation, Martin Etxea Elkartea, Maryknoll Office for Global Concerns, Médecins du Monde International Network, Médecins Sans Frontières, MedGlobal, Medical Aid for Palestinians, Medico International, medico international schweiz, Medicos sin fronteras (MSF – Spain), Mennonite Central Committee, Middle East Children’s Alliance, Mothers Manifesto, MPower Change Action Fund, Muslim Aid, Mwatana for Human Rights, Nonviolent Peaceforce, Norwegian Church Aid, Norwegian People’s Aid, Norwegian Refugee Council, Oxfam International, Palestine Children’s Relief Fund (PCRF), Palestine Justice Network of the Presbyterian Church (U.S.A.), Palestinian American Medical Association (PAMA), Parents Against Child Detentions, Partners for Palestine, Partners for Progressive Israel, PAX, Pax Christi Australia, Pax Christi England and Wales, Pax Christi International, Pax Christi Italy, pax christi Munich, Pax Christi Scotland, Pax Christi USA, Peace Direct, Peace Watch Switzerland, Penny Appeal Canada, Physicians for Human Rights Israel, Plan International, Plataforma de Solidaridad con Palestina de Sevilla, Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, Polish-Palestinian Justice Initiative KAKTUS, Première Urgence Internationale, Presbyterian Church (USA), Quixote Center, Religious of the Sacred Heart of Mary – NGO, ReThinking Foreign Policy, Right to Movement, Rumbo a Gaza-Freedom Flotilla, Saferworld, Saskatoon Chapter of Canadians for Justice and Peace in the Middle East, Save the Children, Scottish Catholic International Aid Fund, Sisters of Mercy of the Americas – Justice Team, Solsoc, Stichting Heimat International Foundation, STOPAIDS, Støtteforeningen Det Danske Hus i Palæstina, Terre des Hommes International Federation, Terre des hommes Lausanne, Terres des Hommes Italia, The Eastern Mediterranean Public Health Network (EMPHNET), The Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD UK), The Palestine Justice Network of the Presbyterian Church USA Bay Area, The Rights Forum, Union of Agricultural Work Committees-UAWC, United Against Inhumanity (UAI), Universities Allied for Essential Medicines UK, US-Lutheran Palestine Israel Justice Network, Vento di Terra, War Child Alliance, War on Want, Welthungerhilfe, et Yesh Din.

- Publicité -

Micro-importation en Algérie : le CARE établit son analyse

0
Importation avec cabas
L'économie du cabas, la dernière idée de Tebboune.

Dans un communiqué, le Cercle d’action et de réflexion pour de l’entreprise porte son analyse sur la dernière décision du chef de l’Etat d’autoriser l’importation avec les cabas.

  1. Présentation du décret sur la micro-importation

Un nouveau cadre légal vient encadrer une activité jusqu’ici largement informelle : la micro-importation. Le décret exécutif n° 25-170, publié le 29 juin 2025 au Journal Officiel, fixe les règles du jeu pour les Algériens souhaitant importer eux-mêmes des biens depuis l’étranger pour les revendre en l’état.

  1. Qui peut faire de la micro-importation ? 

Cette activité est réservée aux auto-entrepreneurs. Pour y accéder, il faut :

  • Être algérien, résider en Algérie, et avoir l’âge légal pour travailler 
  • Ne pas avoir d’autre emploi ou activité professionnelle 
  • Être affilié à la CASNOS (Caisse des non-salariés) 
  • Avoir un compte devises à la Banque extérieure d’Algérie (BEA)
  • Disposer d’une carte d’auto-entrepreneur portant la mention « micro-importation » 
  • Obtenir une autorisation générale délivrée par le ministère du Commerce extérieur.
  1. Quelles sont les limites ?

Le micro-importateur peut :

  • Réaliser deux déplacements par mois maximum, à l’étranger 
  • Importer à chaque fois pour 1,8 million de dinars de marchandises maximum (hors allocation touristique) 
  • Revendre les produits en l’état sur le marché national

Mais il doit financer ses achats avec ses propres devises, déclarer les marchandises à l’avance via une plateforme numérique, et étiqueter correctement les produits (nom, origine, quantité…).

  1. Produits exclus du dispositif : 
  • Médicaments, produits sensibles ou dangereux 
  • Produits nécessitant des autorisations spéciales 
  • Tout ce qui porte atteinte à la sécurité ou à l’ordre public.
  1. Quels avantages ?

Le micro-importateur bénéficie :

  • D’une comptabilité simplifiée 
  • D’une dispense de registre de commerce 
  • D’une dispense d’autorisations d’importation 
  • D’un droit de douane réduit à 5 %.

  • En résumé. L’État ouvre une voie légale à l’importation individuelle, en l’encadrant strictement. Une opportunité pour créer de la micro-activité tout en respectant des règles du jeu claires et simples.
  1. Les Commentaires et Interrogations de CARE sur ce nouveau dispositif 
    1. Reconnaissance bienvenue d’une activité utile

Le principal mérite de ce décret est de reconnaître officiellement une pratique déjà répandue dans la société depuis de longues années : l’importation à petite échelle par des particuliers. Le cadre instauré permet désormais de formaliser cette activité dans un environnement légal sécurisé, tout en favorisant l’emploi autonome et la satisfaction du marché.

  1. Pourquoi imposer le déplacement physique à l’étranger ? 

Le montant maximal de chiffre d’affaires autorisé mensuellement est de l’ordre de 3,6 Millions de DA, soit pour l’ensemble d’un exercice annuel, quelques 43,2 Millions de DA. Ce montant parait tout à fait raisonnable et suffisant pour rendre l’activité en question économiquement viable. 

Il est toutefois difficile de comprendre les motivations derrière cette obligation de 24 déplacements à l’étranger pour importer un bien quelconque. Le coût de 24 déplacements à l’étranger est en soi exorbitant, il est tout à fait inutile et représente un handicap majeur pour l’exercice d’une activité quelconque, Il est vrai que l’idée première était celle de normaliser une activité à la limite de la légalité et qui était exercée principalement en marge de déplacements à l’étranger : mais dans la mesure où l’Etat s’engage dans un processus de régularisation organisée et transparente, il n’y a plus lieu de paramétrer cette même activité à l’aune de la seule frange de population qui l’exerçait jusque-là. 

La loi étant par principe générale et impersonnelle, pourquoi ne pas simplement autoriser comme pour toute marchandise importée, la commande à distance, plus efficace et plus inclusive ? Les portes seraient grandes ouvertes à tous les citoyens intéressés sans discrimination d’accès et sans que ces derniers soient à la merci des restrictions de visas que de nombreux pays leur imposent.

  1. L’accès aux devises : une contradiction majeure

Le décret impose de financer les achats en devises propres, sans accès au marché officiel. Cela poussera les micro-importateurs vers le marché noir. Pourquoi ne pas autoriser un quota de change officiel et contrôlé, dès lors qu’il s’agit d’une activité qui est reconnue par la loi et dont les conditions de fonctionnement sont strictement encadrées par un texte réglementaire ?

L’effort d’adaptation qui est la substance même de cette nouvelle réglementation risque d’être totalement érodé aux yeux de la population algérienne par une situation de fait qui voudrait que l’Etat lui-même invite les auto-entrepreneurs à s’adresser à un marché noir des devises qu’il s’efforce par ailleurs de contenir et de réprimer.

  1. Et quid des autres PME et TPE locales légalement installées ?

Le décret exclut les entreprises formelles qui pourraient utiliser ce même canal pour importer des intrants essentiels à leur activité. Nul n’ignore qu’un grand nombre d’entre elles peinent à s’approvisionner à l’étranger pour l’accès à des matières premières essentielles pour leur fonctionnement au quotidien. Pourquoi ne pas leur permettre de créer en leur sein un département de micro-importation qui leur permette de bénéficier elles aussi des avantages de ce nouveau cadre réglementaire ?

Certaines d’entre elles sont quelquefois contraintes de suspendre tout un processus de production parce qu’il leur manque une pièce de rechange, un petit équipement quelconque, un matériau indispensable, un réactif chimique ou tout autre intrant spécifique, etc. Très souvent, les coûts de tels achats sont totalement insignifiants au regard des retards encourus et des surcoûts générés pour un nombre incalculable d’activités de production essentielles. 

Et en tout état de cause, s’il n’y a rien à redire concernant l’objectif légitime de simplifier l’approvisionnement de quelques « supérettes » en produits d’appel importés pour leur clientèle, il est difficile d’expliquer en quoi celui-ci est plus important que l’approvisionnement de centaines de milliers de PME et TPE productrices de biens et de services essentiels pour le bon fonctionnement de l’économie nationale dans son ensemble.

  1. Fiscalité : un régime intéressant, mais pourquoi aussi exclusif ?

Le régime fiscal avantageux (droit de douane réduit, simplifications administratives ; imposition favorable à 0,5% du chiffre d’affaires annuel) est tout à fait pertinent. Mais alors, pourquoi ne pourrait-on pas l’élargir à d’autres structures économiques utiles au pays : coopératives, jeunes entreprises, producteurs ? Pourquoi ne pas l’élargir également à toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 43,2 MDA ? 

  1. Le chiffre d’affaires annuel plafonné légalement à 5 MDA pour les auto-entrepreneurs

Il s’agit là d’un problème formel touchant au plafonnement légal (loi des finances pour 2023) du chiffre d’affaires des auto-entrepreneurs à un montant de 5 MDA. Ce seuil légal est pourtant largement dépassé pour le cas des micro-importateurs, avec un montant maximal affiché dans le décret à 43,2 MDA. Aussi, sur un strict plan légal et par souci du respect de la hiérarchie des normes juridiques (un décret ne peut pas changer une disposition légale), cette disposition du décret n’est pas acceptable, elle requiert au préalable un changement de la disposition pertinente de la loi des finances (article 51 de la LF 2023).

  1. Quel est la finalité précise de cette « autorisation générale » à délivrer par l’administration du commerce extérieur ? 

Dans la mesure où le texte de ce décret sur la micro-importation affiche de manière claire, transparente et non ambigüe les règles et le cadre d’organisation de cette activité et qu’il pose à la base le principe de l’autorisation de son exercice par des auto-entrepreneurs parfaitement déclarés et identifiés, pourquoi serait-il nécessaire que l’administration du commerce extérieur doive elle-même la réautoriser de son côté ? 

De même, comme la liste des marchandises interdites ou non concernées par l’activité de micro-importation est clairement affichée, pourquoi les auto-entrepreneurs doivent-ils déclarer à l’avance les marchandises à importer sur une plate-forme numérique dédiée ? N’y a-t-il un risque réel de voir l’administration interférer indûment dans la gestion des auto-entrepreneurs concernés ? 

S’il existe un motif quelconque qui justifie ce contrôle préalable dévolu à l’administration du commerce extérieur (ou à toute autre administration) il serait nécessaire de le préciser d’une manière ou d’une autre. S’il ne s’agit que de suivi et de contrôle à postériori, la base de données publiques des douanes algériennes est largement suffisante. 

  1. Eléments de conclusion

Ce décret constitue, dans son esprit et si l’on s’en tient aux orientations initiales du Président de la République, une avancée incontestable et un pas dans la bonne direction. Mais, à l’évidence, il a besoin de faire l’objet d’une maturation un peu plus poussée.

Par-dessus tout, il a besoin de s’inscrire dans le cadre d’une vision d’avenir et non d’être enfermé dans une niche étroite qui reproduit à l’infini les errances d’une bureaucratie administrative de plus en plus épuisante, que les pouvoirs publics s’acharnent par ailleurs à combattre.

Fondamentalement, il n’est pas acceptable que, dans l’Algérie de 2025, ce soient toujours les clients algériens, pourtant tout à fait solvables, qui s’acharnent à courir derrière leurs fournisseurs, là où dans le monde entier, ce sont ces derniers qui viennent proposer sur place leurs produits et leurs services. 

Pourquoi ces mêmes clients algériens devraient-ils continuer d’aller changer leurs dinars durement gagnés, comme des voleurs, au détour de ruelles sombres et non dans aux guichets de banques officiellement établies ?

A l’ère de la finance mondiale totalement digitalisée, la seule permanence du marché du Square Port-Saïd, illégal mais toléré par la force des choses, est un chancre humiliant qui illustre à lui seul l’étendue des retards de notre système financier et monétaire. 

Il est temps, plus que jamais, de tourner la page et, une fois pour toutes, de le faire rentrer dans la modernité.

A lire sur www.care.dz

  1.  “Au-delà du cabas : pour une refondation lucide de notre économie”, Note de CARE du 23 mai 2025. https://care.dz/fr/espace-presse/au-dela-du-cabas-pour-une-refondation-lucide-de-notre-economie-art715 
- Publicité -

Keynésianisme militaire et justice social

0
Roquette
Image par Adam Małycha de Pixabay

La Commission européenne a décidé dans un programme intitulé ReArm Europe (rebaptisé Readiness 2030) d’investir 800 milliards d’euros dans la défense de l’Europe. La présidente de la commission Ursula Van Der Leyen autrefois partisane d’un strict respect de la limite de 3 % des déficits des budgets des États a décidé de faire une exception concernant les règles budgétaires pour financer l’effort de défense à hauteur de 650 milliards et d’avoir recours à la dette pour le solde de 150 milliards. Ceci dans un contexte où certains États sont déjà fortement endettés et souffrent de déficits budgétaires importants.  

Ce réarmement de l’Europe est présenté comme une mesure nécessaire face à ce que les médias et un très grand nombre de responsables politiques appellent « la menace russe ». Cette menace russe est cependant difficile à concilier avec les discours évoquant la défaite russe en Ukraine ou encore la lenteur des conquêtes territoriales de la Russie à l’Est et au Sud de l’Ukraine.

La Russie est une dictature ou une démocrature mais menace-t-elle l’Europe ? Les pays de l’OTAN dépensent déjà beaucoup plus que la Russie pour la défense, les États-Unis à eux seuls dépensent environ 7 fois plus que la Russie et 3 fois plus que la Chine. 

Aux dépenses américaines il faut ajouter celles des pays européens qui, à elles seules, déjà dépassent celles de la Russie. Les pays européens viennent d’accepter de s’agenouiller devant le président américain et de porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB, sauf l’Espagne qui a immédiatement été menacée de vengeance par le président Trump 

Des pays qui dépensent des sommes conséquentes pour leur défense acceptent donc de grever leur budget pour faire face à une menace qui n’existe pas. Cette menace n’existe pas non pas parce que la Russie est un État exemplaire ou pacifique mais parce qu’elle ne peut ni ne veut s’attaquer à des pays qui font partie de l’OTAN et ont des moyens de défense conséquents y compris l’arme nucléaire pour certains d’entre eux 

La très brutale et importante augmentation des dépenses militaires se fait bien évidemment au détriment des dépenses sociales et de protection de l’environnement. La Grande-Bretagne dirigée par un parti travailliste néolibéral supprime des aides aux personnes âgées mais augment ses dépenses militaires, la France voit son système de retraites s’effriter. L’Allemagne va augmenter ses dépenses dites de défense à 153 milliards d’euros en 2029. Il n’est pas sûr qu’une Wehrmacht archi puissante soit de nature à rassurer les voisins de ce pays dont l’histoire récente est faite d’agressions. 

Ce qu’avait dit le président américain Eisenhower en 1953 reste vrai aujourd’hui : « Chaque arme qui est fabriquée, chaque navire de guerre qui est lancé, chaque roquette qui est tirée représente, en fin de compte, un vol au détriment de ceux qui ont faim et qui ne sont pas nourris, de ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus. »  Plus loin il ajoute « Ce que nous payons pour un seul destroyer représente des logements qui auraient pu accueillir 8000 personnes ». 

Eisenhower n’était pas un pacifiste mais il connaissait le prix à payer pour les dépenses militaires. Aujourd’hui l’Europe qui ne cesse de dire qu’elle doit devenir indépendante des États-Unis mais suit aveuglément tous les caprices du président américain d’extrême droite veut rejoindre dans la dérive militariste le pays qui sacrifie ses infrastructures et systèmes sociaux.

Les États-Unis n’ont pas de système d’assurance sociale universelle mais dépensent mille milliards de dollars pour ce qui est appelé leur défense mais est surtout leurs interventions militaires partout dans le monde afin d’assurer leur « domination totale du spectre militaire » (full spectrum dominance). 

L’idée que les dépenses militaires servent à relancer l’économie et donc renvoie aux idées de Keynes sur la relance grâce au déficit ne tient pas compte du secteur dans lequel ont lieu ces dépenses. Construire des écoles, des hôpitaux ou financer les salaires des chercheurs n’a pas le même impact social. Le choix des dépenses militaires accrues est un choix politique dont le premier effet sera de renforcer le complexe militaro-industriel européen mais surtout états-unien.

Déjà les commandes affluent aux États-Unis, la Grande-Bretagne vient de passer commande de 12 avions F35 fort couteux et gros consommateurs de carburant. Chaque F-35 consomme plus de 5072 litres de carburant par heure de vol mais les partis écologistes, à l’instar des Verts allemands, soutiennent la dérive militariste de l’UE. 

L’Europe austéritaire rejette ses critères pour se lancer dans le réarmement et l’on peut donc s’interroger sur les vraies raisons de cette volte-face. Elle n’est pas motivée par de véritables craintes de la Russie et fait le jeu de Trump dont il est officiellement nécessaire de ses protéger. Pour Trump un accroissement des dépenses militaires européennes à 5 % du PIB représente un gigantesque transfert de richesse de l’Europe vers les États-Unis.

Transfert de richesse qui fait suite aux commandes de gaz de schiste américain 4 à 5 fois plus cher que le gaz russe. La destruction des gazoducs Nordstream, que le journaliste d’investigation Seymour Hersh attribue aux États-Unis, s’était déjà révélée comme une aubaine pour les États-Unis qui s’apprêtent à bénéficier d’un déluge de commandes militaires qui vont aussi bénéficier aux divers complexes militaro-industriels européens.

Il y a une ligne de continuité entre l’austérité néolibérale qui a fait éclater les inégalités et multiplié le nombre tant de milliardaires que de pauvres et la dépense militaire qui sera accompagnée de profits accrus pour les uns et de baisses de niveaux de vie pour la majorité. Les mêmes décideurs sont passés d’un discours à l’autre.

La fabrication du consentement, un concept cher à Noam Chomsky, bat son plein : les médias dominants et les dirigeants attisent la peur de la Russie pour légitimer un transfert de richesse, non seulement de l’Europe vers les Etats-Unis mais aussi et surtout des contribuables de la classe ouvrière et des classes moyennes vers les profiteurs de guerre ou de la peur de la guerre. 

La guerre en Ukraine est un phénomène complexe, elle est illégale mais aussi fortement provoquée et attisée par l’Occident qui a fait capoter plusieurs tentatives de négociation, notamment à Istanbul en mars-avril 2022. Les responsabilités pour cette guerre ne sont pas que celle de la Russie. L’Occident a clairement poussé à la guerre, comme l’indiquait une étude de la Rand Corporation en 2019 (« Overextending and Unbalancing Russia ») et ensuite a tout fait pour éviter le succès de la diplomatie. Ceci n’exonère pas la Russie de ses responsabilités mais permet d’expliquer la dérive militariste actuelle. L’Occident, c’est dire en fait les États-Unis qui ont transformé les Européens en vassaux, voulait utiliser l’Ukraine dans une guerre par procuration pour défaire la Russie voire la démanteler. Ce projet rencontre une grande résistance sur le terrain et le prix en vies humaines, ukrainiennes mais aussi secondairement russes, est fort élevé.

La militarisation actuelle est la poursuite du projet et correspond à une nouvelle guerre froide dans laquelle l’Occident s’oppose à un front sino-russe et à une grande partie de ce qu’il est convenu d’appeler le Sud global. Le réarmement de l’Europe est bien plus une tentative d’enrayer le déclin relatif de l’Occident conduit par les États-Unis que de faire face à une menace d’invasion russe totalement imaginaire. La rhétorique de guerre a envahi l’espace médiatique comme dans les périodes historiques précédant les conflits. 

Les guerres soutenues par l’Occident y compris les massacres israéliens, qui ne sont pas une guerre à proprement parler, sont un désastre humain et écologique. Les armes de guerre et notamment les avions contribuent à la détérioration de l’environnement. Un ancien président français avait dit « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » (Chirac en 2002 à Johannesburg). Aujourd’hui nous prenons une part active dans l’incendie de notre planète dans une attitude suicidaire par le refus de traiter les problèmes de l’environnement et en choisissant les dépenses militaires. On peut suivre Yanis Varoufakis qui dans un discours tenu au parlement européen le 13 juin 2025 a dénoncé la transformation de l’Europe en machine de guerre. 

La même Europe qui soutient le génocide à Gaza et qui, par la voix du chancelier allemand, dit qu’Israël « fait le sale boulot pour nous » dans sa guerre contre l’Iran choisit une voie qui n’est pas celle de la paix et de la diplomatie. Elle met en danger les services publics, la justice sociale et la nécessaire lutte pour protéger l’environnement. Elle reste alignée sur les États-Unis en dépit des paroles critiques de son président clownesque et d’extrême droite. En parlant de Trump le secrétaire général de l’OTAN l’a appelé « daddy » (papa) l’infantilisme assumé est une parole de vérité sur la dépendance de vassaux puérils.

Pierre Guerlain

Professeur de civilisation américaine, université Paris Nanterre

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

Site : http://www.recherches-internationales.fr/ 

https://shs.cairn.info/revue-recherches-internationales?lang=fr

- Publicité -

Aux plages publiques de l’Algérie d’Allah !

2
Plage algérienne
Une plage algérienne où il fait bon de bronzer !!!!

Aller à la plage, pourquoi faire ? Au pays du soleil d’Allah, les parasols des hommes se négocient à prix fort comme les tickets du paradis ! Et le bout de sable loué à des édentés furieux ne t’offre même pas la quiétude de manger une pastèque sans jouer des coudes.

Les mégots sous ta serviette empestent le goudron et le cancer des poumons! Les draps te cachent la mer, et la mer te regarde avec des yeux de mâles assoiffés!

Surtout si tu n’es pas un « VRAI » et que tu emmènes les femmes se baigner ! Et particulièrement si tu n’as pas TikTok et que tu n’as pas suivi les avertissements du barbu ! Et plus encore, si tu n’as pas la barbe et le qamis et que tu ne fais pas la prière de la plage avec ceux qui scannent tes femmes à travers les draps.

Malgré cela, tu écrases ton cœur et tes états d’âme et tu décides quand même de rester! Surtout pour les enfants. Les enfants sont la source du bonheur, mais aussi d’ennuis. Soudainement, un vent de poussière se lève au même temps que des cris. Juste après avoir payé 1000 dinars de rançon !

Une meute de jeunes qui ne zyeutent plus tes femmes courent, armées de machettes, derrière le vent et la poussière! Là, tu te dis que les gendarmes en rangers et mitraillette vont vite calmer le vent. Mais voilà que la poussière et les cris se dirigent rapidement vers toi. Comme un banc de sardines affolées! Ou de piranhas !

Forcément, tu veux aller chercher tes enfants partis se baigner sans prévenir! Mais tu as peur de laisser les femmes, seules, avec la pastèque derrière les draps. Et tu commences à faire des allers-retours frénétiques, entre l’eau et le parasol, tel le hadj ou le minibus Asia qui t’avait remorqué plutôt dans la journée, parce que ta voiture de pauvre surchauffe sous le soleil impitoyable de juin! Et tu vois, dans la poussière qui court, les mêmes édentés furieux qui t’ont racketté, qui fuient les rangers et les mitraillettes !

Et les grosses bedaines poilues, qui dansaient juste en face de toi, après un zvitti épicés, s’écartent amusés pour leur céder le passage! Les mêmes qui, comme toi, ont payé, sous la contrainte, pour un bout d’ombre sans pouvoir manger une pastèque ensablée. Les mêmes qui n’ont pas ramené leurs femmes, qui faisaient la prière avec le muezzin sur l’eau d’une plage où, tes enfants ont voulu nager, et où tes femmes ne peuvent même pas tremper le bout d’un orteil, sans qu’elles ne se fassent fusiller par leurs regards de gredins !

Et comme tu as déjà l’âge des vieux souvenirs, tu te prends à rêver que tout cela n’est qu’un cauchemar.

Que la belle plage que tu as connue jeune, son sable blanc, les vagues tendres qui la caressaient, le vent où virevoltaient les sourires amoureux, tout ce bonheur, cette légèreté ne pourraient pas disparaître ainsi derrière de vulgaires draps! Qu’Allah n’a pas dévoré Éros comme un malheureux beignet et que les corps des femmes peuvent encore se mêler à la mer sans que ça ne déclenche le jour du jugement dernier!

Mais les rêves ne durent que le temps d’une prière. Le temps que le banc de piranhas t’arrache le parasol! Le temps de ramasser, impuissant, ta pastèque ensablée et tes ouailles, et t’éloigner de cette folle guérilla! Le temps d’aller vite regagner le trottoir démoli et le minibus Asia. Le temps d’appeler le mécanicien qui ne te répond plus. Sous les regards assassins des milliers de mâles assoiffés qui te prennent pour un « FAUX ».

En remorquant, lourde, l’insupportable tristesse des femmes et des enfants! Dans ces zones de l’ombre, sous un soleil de plomb, je ne suis qu’un pauvre père de famille qui n’a ni mitraillette, ni argent pour fuir les plages publiques et l’Algérie d’Allah!

K. H.

- Publicité -

Paris « déplore » la condamnation en appel de Boualem Sansal

2
Boualem Sansal
Boualem Sansal condamné à 5 ans de prison, a été gracié il y a quelques jours.

Dans une déclaration rendue publique ce mardi 1er juillet, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a exprimé sa vive inquiétude et son incompréhension suite à la confirmation en appel de la condamnation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal à une peine de prison ferme par la justice algérienne. La réaction officielle française, qui se caractérise par sa tonalité directe, qualifie la décision de « à la fois incompréhensible et injustifiée ».

« La France regrette la condamnation en appel à une peine de prison ferme de notre compatriote Boualem Sansal, qui maintient la peine prononcée en première instance », indique le communiqué du porte-parolat. Cette déclaration particulièrement prudente s’inscrit dans un contexte où les relations entre Alger et Paris connaissent un regain de tension, alimenté notamment par des différends mémoriels, migratoires et désormais judiciaires.

De la confrontation à l’humanitaire

Si les autorités françaises n’entrent pas dans les détails du dossier judiciaire, elles insistent sur la nécessité d’un règlement humanitaire de la situation. « La France appelle les autorités algériennes à faire preuve d’un geste de clémence et à trouver une issue rapide, humanitaire et digne », peut-on encore lire, une allusion claire à l’état de santé préoccupant de l’écrivain. Le ministère rappelle que la situation de Sansal appelle à « des considérations humanitaires », et conclut en formulant le vœu que l’intéressé « puisse être libéré et soigné ». Cette prise de position est loin des déclarations comminatoires des mois précédents. Paris semble donc avoir changé de fusil d’épaule.

Cette affaire survient au lendemain de la condamnation très médiatisée du journaliste français Christophe Gleizes par une  juridiction algérienne ( Tribunal de Tizi-Ouzou), ce qui alimente les soupçons d’une crispation politique, visiblement, orchestrée par Alger dans le contexte du bras de fer et des tensions  diplomatiques avec Paris. 

En appelant à la clémence et à une résolution humanitaire, Paris cherche visiblement à désamorcer une escalade diplomatique tout en maintenant une ligne ferme sur la défense de ses ressortissants à l’étranger. Reste à savoir si cet appel sera entendu par Alger, ou s’il contribuera au contraire à envenimer un peu plus les relations bilatérales.

Aucun commentaire officiel n’a pour l’instant été publié, du côté algérien,  en réponse à la déclaration française.

La rédaction

- Publicité -

DERNIERS ARTICLES

Marie-Noelle Melchionne

Marie-Noelle Melchionne : « La peinture me permet de traverser des épreuves...

0
Nous avons rencontré Marie-Noelle Melchionne pour la première fois au Centre médico-psychologique de Marseille, à l’occasion de son vernissage. Professeure de grec et de...
Donald Trump

La Pax Americana

LES PLUS LUS (48H)

Marie-Noelle Melchionne

Marie-Noelle Melchionne : « La peinture me permet de traverser des épreuves...

0
Nous avons rencontré Marie-Noelle Melchionne pour la première fois au Centre médico-psychologique de Marseille, à l’occasion de son vernissage. Professeure de grec et de...
Donald Trump

La Pax Americana