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 Leïla Aslaoui nommée présidente de la Cour constitutionnelle

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Leila Aslaoui
Leila Aslaoui, 79 ans, à la tête de la Cour constitutionnelle

Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a procédé ce mardi à la nomination de Madame Leïla Aslaoui (79 ans) à la tête de la Cour constitutionnelle. Cette décision intervient en application des dispositions des articles 91 (alinéa 7), 92 (alinéa 1), 186 et 188 de la Constitution.

Jusqu’à sa désignation officielle, Leïla Aslaoui assurait l’intérim à la présidence de l’institution en sa qualité de membre le plus âgé, conformément à la procédure prévue. Elle succède à Omar Belhadj, dont la démission a été acceptée à sa demande. Ce dernier a été ensuite nommé ambassadeur de l’Algérie auprès de l’État du Koweït.

Leïla Aslaoui possède un parcours marqué par une longue expérience au sein de plusieurs gouvernements successifs durant les années 1990. Elle est nommée ministre de la Jeunesse et des Sports le 18 juin 1991 dans les premier, deuxième et troisième gouvernements dirigés par Sid Ahmed Ghozali. Par la suite, elle occupe les fonctions de secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Solidarité nationale et de la Famille, d’abord dans le gouvernement de Mokdad Sifi, puis dans celui de Redha Malek.

C’est notamment durant cette période qu’elle est confrontée à des dossiers sociaux sensibles, en lien avec l’assistance aux familles durement éprouvées par les violences de la décennie noire. Son implication dans ces questions à haute portée humaine et politique a renforcé son profil technocratique et son ancrage dans le paysage institutionnel.

Bien qu’écartée de la scène politique durant les mandats successifs du président défunt Abdelaziz Bouteflika, Leïla Aslaoui est restée proche des cercles décisionnels. Son retour à un poste de haute responsabilité témoigne d’une forme de continuité dans la gestion des affaires de l’État, et souligne la confiance que lui accorde l’exécutif.

La Cour constitutionnelle, instituée par la révision constitutionnelle de 2020, est chargée de veiller au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions et à la régularité des opérations électorales. On se souvient en septembre dernier, c’est la Cour constitutionnelle qui a annoncé les résultats finaux de la présidentielle. Omar Belhadj, son président, avait annoncé que la participation s’est élevée à 46,1 %. Un écart considérable avec les 23 à 25 % annoncés par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), objet de nombreux commentaires ironiques.

Le nombre de votants a été quasiment doublé, passant de plus de 5,6 millions, selon l’ANIE, à 11,2 millions selon la Cour constitutionnelle. Un tour de passe-passe qui a sauvé la face à Tebboune. Ce gonflement a induit une baisse du score du vainqueur, qui passe de 94,1 à 84,3 %, tout en lui accordant plus de 2,3 millions de voix supplémentaires. 

Eu égard à cette affaire, qui a éclaboussé la réputation déjà bien entamée de la présidentielle, le profil de Leïla Aslaoui, alliant expérience, loyauté institutionnelle et connaissance fine des rouages de l’État, répond aux exigences de stabilité qu’impose la présidence de cette haute juridiction.

La cérémonie de prestation de serment devant Abdelmadjid Tebboune est attendue dans les prochains jours.

La rédaction

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Répression en Algérie : l’arrestation de Lounis Saïdi, symbole des dérives de la nouvelle loi sur le droit de grève

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Saïdi Lounis
Le syndicaliste Saïdi Lounis libéré

L’incarcération de Lounis Saïdi, secrétaire général du Syndicat national des cheminots, sonne comme un signal d’alarme. Ce militant syndical a été placé en détention provisoire peu après avoir signé, au nom de sa fédération, un préavis de grève illimitée.

Ce mouvement de contestation devait démarrer le 7 juillet pour dénoncer une série de dysfonctionnements structurels dans le secteur ferroviaire, notamment la non-application d’accords salariaux, la dégradation des conditions de travail et la marginalisation des instances syndicales.

Mais derrière ce fait divers syndical se profile une réalité plus inquiétante : l’instrumentalisation croissante de la justice et des lois pour étouffer les mobilisations sociales. Car c’est bien au nom de la loi algérienne sur le droit de grève, adoptée le 21 juin 2023, que la procédure a été enclenchée.

Présentée comme un texte d’équilibre entre les droits des travailleurs et les obligations des services publics, cette loi est aujourd’hui dénoncée comme un outil de répression.

Les syndicats indépendants et les organisations de défense des droits humains y voient une remise en cause en règle du droit de grève, pourtant garanti par la Constitution. Ils pointent notamment les nombreuses barrières procédurales imposées avant qu’une grève ne soit déclarée légale : obligation de médiation, procès-verbaux de conciliation, délais allongés… Autant d’entraves qui affaiblissent l’action syndicale et ouvrent la voie à des poursuites pénales, comme dans le cas de Saïdi.

La fédération syndicale des cheminots dénonçait « l’impasse dangereuse » créée par la fermeture du dialogue social par la direction générale de la Société nationale des transports ferroviaires, accusée d’avoir ignoré les revendications des travailleurs et saboté les processus électifs des instances représentatives.

La direction, de son côté, s’est réfugiée derrière une interprétation étroite de la légalité. Elle a contesté la validité du préavis de grève, l’accusant de ne pas refléter l’avis majoritaire du bureau syndical, et de ne pas respecter les procédures imposées par la nouvelle législation. Elle a qualifié le mouvement de « perturbateur », tout en appelant les travailleurs à la responsabilité et à la continuité du service public.

Au-delà de cette confrontation syndicat-direction, c’est bien la législation elle-même qui cristallise les tensions. Ses détracteurs dénoncent une loi taillée pour contenir l’expression ouvrière plutôt que pour la réguler.

L’élargissement de la liste des secteurs jugés « essentiels », où le droit de grève est désormais restreint, et l’ambiguïté entretenue autour de la « représentativité syndicale », sont autant de leviers utilisés pour décrédibiliser ou neutraliser toute contestation.

L’affaire Lounis Saïdi n’est donc pas un simple différend professionnel. Elle s’inscrit dans un climat de durcissement général envers les syndicats autonomes, désormais pris en étau entre une administration inflexible et un arsenal juridique de plus en plus contraignant.

Pour nombre d’observateurs, elle incarne le glissement autoritaire d’un système qui, sous couvert de légalité, s’emploie à museler les voix discordantes du monde du travail.

Samia Naït Iqbal

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Les flammes encerclent Marseille : confinement et aéroport fermé

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Marseille
Marseille en feu

Ce mardi 8 juillet, un incendie d’une rare intensité a éclaté aux abords de Marseille, provoquant une mobilisation massive des secours et des mesures d’urgence inédites.

Le préfet des Bouches-du-Rhône Georges-François Leclerc a appelé mardi la population à garder son calme et «à rester confinée»

Le feu est parti aux Pennes-Mirabeau, à proximité immédiate de l’autoroute A552, à la jonction entre l’A55 et l’A7. Il aurait été déclenché, selon ICI Provence (ex-France Bleu), par un véhicule en feu vers 11h. Propulsé par des vents violents, le brasier a gagné rapidement les zones végétales environnantes.

Le 16e arrondissement de Marseille confiné

La préfecture de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a ordonné le confinement des habitants du 16e arrondissement de Marseille, particulièrement touché par les fumées. Le quartier de l’Estaque est sous haute surveillance, l’incendie s’étant dangereusement rapproché des voies ferrées.

Les autorités recommandent aux riverains de fermer les volets et de calfeutrer les ouvertures avec des linges humides pour éviter l’infiltration des fumées toxiques.

L’aéroport Marseille-Provence à l’arrêt

En raison de la proximité immédiate des flammes, l’aéroport Marseille-Provence a été fermé.

Sur le terrain, 168 pompiers et 62 véhicules sont mobilisés pour tenter de contenir l’incendie. Cinq Canadair, deux Dash 8, deux hélicoptères bombardiers d’eau et un Hélicoptère Puma ont été engagés pour éteindre l’incendie. Les opérations sont toutefois rendues extrêmement difficiles par les conditions météorologiques défavorables.

Le feu gagne aussi le Languedoc

Dans l’Aude, près de Narbonne, un autre incendie reste hors de contrôle. « Le feu n’est toujours pas fixé et reste actif », a confirmé Christophe Magny, directeur du SDIS de l’Aude sur franceinfo. « Le vent ne faiblit pas, au contraire, il s’est levé dès 6h ce matin », a-t-il précisé.

Alerte rouge maximale dans trois départements

Météo-France a placé les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse en vigilance rouge, soit le niveau d’alerte le plus élevé concernant les risques de feux de forêt. Cette alerte ne tient pas compte des incendies en cours, mais signale une forte probabilité de départs de feu dans les conditions actuelles : végétation asséchée, vents violents, températures élevées.

Alors que la France affronte une saison estivale à haut risque, les autorités appellent à la vigilance extrême, à limiter les déplacements dans les zones forestières et à signaler toute fumée suspecte.

Djamal Guettala

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Cour d’Alger : l’ex-président du RCD, Mohcine Belabbas, condamné

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Les avocats avec Mohcine Belabbas
Les avocats avec Mohcine Belabbas

Le verdict du procès en appel de Mohcine Belabbas, ex-président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) : « Confirmation du jugement dont appel dans l’ensemble de ses dispositions », rapporte Me Fetta Sadat.

Mohcine Belabbas est donc condamné à six mois de prison ferme. Il s’agit d’un jugement rendu le 24 mars 2024 par le tribunal d’Hussein Dey qui a infligé à Mohcine Belabbas une peine de 6 mois de prison ferme et 100 000 dinars d’amende, en sus d’ une somme de 50000 da à faire valoir à la partie civile, la commune de Gué-de-Constantine, précise la militante des droits humains, Fetta Sadat, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

Les poursuites enclenchées en son encontre courant octobre 2021 ordonnant l’ouverture d’une information judiciaire par le juge d’instruction près le tribunal d’Hussein dey (cour d’Alger) ont donné lieu à sa mise sous contrôle judiciaire depuis le 10 janvier 2022, rappelle la même source qui souligne que Mohcine Belabbas est depuis sous contrôle judiciaire.

Accusations

« Les faits reprochés à cet homme politique concernaient le délit d ‘obtention de documents sans droit (en l’espèce, il s’agit du permis de construire qui lui a été pourtant régulièrement établi depuis 2014), la contravention d’hébergement d’un étranger sans autorisation et la contravention d’emploi d’un étranger sans autorisation », explique l’avocate de l’ancien président du RCD. Puis ajoute : « Mais curieusement 9 jours plus tard, par réquisitoire supplétif du 19 février 2022 a été ajoutée à cette liste d’infractions le délit d’homicide involontaire ».

L’avocate poursuit :

L’instruction judiciaire aura duré 02 longues années. le procès s’ est tenu le 17 mars 2024 par devant le tribunal d’ Hussein dey et qui a abouti au jugement de condamnation précité rendu en date du 24 mars 2024.

Après plusieurs renvois le procès en appel s’est déroulé en date du 24 juin 2025. Le représentant du ministère public avait requis la confirmation du jugement dont appel.

La défense fortement mobilisée avait plaidé la relaxe pure et simple de cet homme politique mettant en évidence les flagrantes irrégularités de la procédure et l’ absence de fondement légal ou matériel de tous les faits, objet des poursuites et leur totale inanité.

L’audience s’ etait également caractérisée par une brillante déclaration présenteé par Mohcine Belabbas par laquelle il a tenu à éclairer la cour sur différents aspects des poursuites enclenchées à son encontre les mettant à nu.

L’affaire mise à l’examen pour l’audience d’aujourdhui, 08 juillet 2025, a abouti à la confirmation pure et simple du jugement de l’appel.

La criminalisation de l’action politique n’aura pas raison de l’engagement pérenne de cet homme politique pour l’idéal démocratique et une Algérie des droits et libertés. Le lourd combat pour la construction d’un Etat de droit…. »

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Controverse du Sintrom 4 mg contrefait en circulation : Tizi-Ouzou alerte, Alger rassure

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Le Sintrom (acénocoumarol)
Le Sintrom (acénocoumarol)

Un vent de confusion a soufflé ces derniers jours sur la chaîne du médicament en Algérie. En cause : une note d’alerte émise par la Direction de la santé de la wilaya de Tizi-Ouzou concernant un « risque éventuel de commercialisation d’un médicament falsifié, le Sintrom 4 mg », suivie d’un démenti catégorique du ministre de l’Industrie pharmaceutique, M. Wassim Kouidri.

Deux discours, deux tonalités, mais un même sujet sensible : la sécurité médicamenteuse et la confiance des citoyens dans le système de santé.

Tout commence avec une note officielle émanant de la Direction de la santé et de la population (DSP) de Tizi-Ouzou, intitulée « Signalement d’un médicament falsifié “Sintrom 4 mg” ». Cette dernière fait état d’informations reçues sur une possible circulation de contrefaçons de cet anticoagulant essentiel, prescrit notamment dans la prévention des accidents thromboemboliques. La DSP appelle les établissements de santé à la plus grande vigilance : vérification de l’origine du médicament, suspension de la délivrance en cas de doute, et signalement immédiat de tout lot suspect.

Le ton est clair : préventif et alarmé, mais sans affirmer l’existence avérée de contrefaçons. Il s’agit d’une posture de précaution maximale, comme l’imposent les principes de pharmacovigilance. À Tizi-Ouzou, on préfère sonner l’alarme trop tôt que trop tard.

Un ministre rassurant mais…

La réponse du ministre de l’Industrie pharmaceutique ne s’est pas fait attendre. S’exprimant publiquement, M. Kouidri a voulu couper court aux rumeurs, affirmant que « l’Algérie est exempte de médicaments falsifiés ou contrefaits ». Il a catégoriquement démenti les informations évoquant l’introduction de faux lots de Sintrom, tout en rappelant que ce médicament n’est plus importé depuis 2023, et que seules deux sources de production, dûment autorisées, en assurent la disponibilité.

Fait notable, le ministre a repris à son compte les consignes de vigilance contenues dans la note de Tizi-Ouzou, demandant aux professionnels de santé de ne pas prescrire ni délivrer de produits suspects. Une manière implicite de valider les mesures prises localement, tout en maintenant un discours d’assurance au niveau national.

Deux niveaux de gestion du risque

Ce double discours n’est pas nécessairement contradictoire. Il reflète deux logiques institutionnelles : celle de la réaction rapide à une alerte potentielle, même non confirmée, et celle de la gestion globale d’une image de confiance dans le système de santé.

Du côté de la DSP de Tizi-Ouzou, il s’agit de protéger la population locale en temps réel, sur la base de signaux faibles ou d’informations partielles. Une attitude de santé publique responsable, d’autant plus justifiée lorsqu’il est question d’un médicament à marge thérapeutique étroite, comme le Sintrom.

De son côté, le ministère joue un rôle de régulation nationale. Il s’appuie sur des données consolidées, sur la traçabilité des circuits d’approvisionnement et sur le contrôle des sources agréées. Le discours rassurant de M. Kouidri cherche à éviter une crise de confiance et à prévenir une panique injustifiée.

Couacs dans la communication institutionnelle 

Ce cas met en lumière la délicate articulation entre gestion locale du risque et communication nationale. S’il est légitime que les autorités locales déclenchent une alerte dès qu’un doute sérieux émerge, il est tout aussi crucial que les autorités centrales intègrent cette alerte dans une communication cohérente, sans balayer les préoccupations locales d’un revers de main.

La reprise des mesures de la DSP dans la déclaration ministérielle montre une certaine reconnaissance du bien-fondé de la vigilance locale. Toutefois, le contraste entre l’alerte et le démenti, diffusés à quelques jours d’intervalle, laisse planer le doute dans l’esprit du citoyen.

Une vigilance qui doit se renforcer

En matière de santé publique, mieux vaut une fausse alerte qu’un silence coupable. La prudence de la DSP de Tizi-Ouzou est donc à saluer, même si elle s’est heurtée à une réponse plus politique que technique. Ce genre d’épisode souligne l’importance d’un dispositif national de pharmacovigilance clair, réactif, transparent et coordonné, capable de traiter rapidement les alertes tout en maintenant la confiance du public.

Pour l’instant, rien ne prouve que des faux lots de Sintrom aient effectivement circulé. Mais cet épisode rappelle que la sécurité du médicament est un chantier permanent, et qu’elle repose autant sur les remontées du terrain que sur la rigueur des contrôles centraux.

Samia Naït Iqbal

 Qu’est-ce que le Sintrom ?

Le Sintrom (acénocoumarol) est un anticoagulant oral appartenant à la classe des antivitamines K (AVK). Il est utilisé dans le traitement et la prévention des accidents thromboemboliques (phlébites, embolies pulmonaires, prévention des AVC chez les patients porteurs de valves cardiaques mécaniques, etc.). Son bon usage nécessite un suivi rigoureux du taux de coagulation (INR), et toute variation dans sa qualité ou son dosage peut avoir de graves conséquences.
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Automobile : l’octroi des agréments relève du Conseil des ministres, rappelle Tebboune

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conseil des ministres

À l’occasion du Conseil des ministres tenu ce lundi, Abdelmadjid Tebboune a recentré fermement la gouvernance du secteur automobile. Toute décision concernant l’octroi des agréments, qu’il s’agisse de fabrication ou d’importation de véhicules, « relève exclusivement du Conseil des ministres », a-t-il tranché, écartant ainsi toute délégation de cette prérogative à d’autres instances.

C’est la dernière trouvaille du très inspiré chef de l’Etat. Après avoir fixé le prix du mouton, promis vainement d’en importer un million, annoncé une allocation tourisme jamais concrétisée, désormais l’octroi des agréments pour l’importation de voitures relève du conseil des ministres.

Ce rappel intervient dans un contexte de relance stratégique du secteur, où le pouvoir entend éviter les dérives passées. Le chef de l’État a salué les opérateurs engagés dans des projets d’implantation d’usines de production réelles, marquant une rupture assumée avec « l’histoire noire » de l’ancienne pseudo-industrie de montage, décriée pour son opacité et son inefficacité.

Dans cette optique, Tebboune a réaffirmé l’exigence d’un ancrage industriel local solide. L’intégration des entreprises nationales, notamment celles actives dans la sous-traitance, les composants électroniques, la fabrication de pièces ou encore les technologies liées à l’électromobilité, a été posée comme un impératif. « Il ne peut y avoir de véritable industrie automobile sans un écosystème de fournisseurs nationaux qualifiés », a-t-il insisté. Une évidence que tout un chacun connaît. Cette concentration des décisions en dit long sur le peu de confiance qui règne en haut lieu. Et tout porte à croire que cette décision connaîtra le même sort que celle concernant l’importation de voitures de moins de 3 ans.

Rêvons un peu ! L’objectif affiché par Tebboune est ambitieux : faire émerger une filière mécanique capable de générer une contribution d’au moins 12 % au produit intérieur brut à moyen terme. Pour cela, les projets en cours bénéficieront d’un accompagnement étroit, mais rigoureux, sous la supervision directe de l’exécutif. Mais tout cela demeure dans les papiers et les sempiternelles déclarations sans lendemains de Tebboune.

Petit rappel toutefois pour les étourdis. En mars 2023, nous avions appris que 27 licences d’importation ont été octroyées. La durée de validité de ces licences était d’un an. Rien n’est fait entretemps. C’est dire que tout est tombé à l’eau. Le feuilleton continue.

Outre ce dossier, le Conseil des ministres a validé deux textes législatifs : l’un portant sur la prévention et la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, l’autre sur la protection des données personnelles. Des lois qui s’inscrivent dans l’effort de renforcement du cadre juridique face aux menaces financières et à la nécessité de garantir les droits numériques des citoyens, argue-t-on en haut lieu.

Enfin, face aux risques accrus d’incendies avec l’arrivée des fortes chaleurs, le chef de l’Etat a ordonné la mobilisation de tous les moyens pour la prévention, en particulier dans les zones agricoles en pleine période de moisson. Une oukase qui ressemble à une platitude. Le problème des incendies est connu puisque récurrent chaque été. Ce ne sont pas avec des déclaration faite début juillet qu’on lutte contre les incendies, mais par des plans établis bien en amont dans l’année. Avec des moyens techniques et humains conséquents. Le reste n’est que voeu pieux.

Yacine K.

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L’anglais promu, le français stigmatisé : El Khabar et le piège de l’unilinguisme militant

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El Khabar

L’introduction de l’anglais dans le cycle primaire en Algérie, officialisée par les autorités depuis la rentrée 2022-2023, a marqué un tournant dans la politique linguistique nationale. Cachez-moi cette langue française que je puis supporter, nous intime le courant arabo-baathiste.

Présentée comme une réforme structurante, cette décision s’inscrit dans une volonté de préparer les élèves dès le jeune âge à maîtriser une langue désormais incontournable dans les domaines de la science, de la technologie et de la communication globale. Un choix que le journal El Khabar a salué à travers plusieurs articles, en insistant sur sa portée stratégique.

Mais au-delà de la pertinence de cette réforme, la tonalité adoptée par le quotidien dans son traitement éditorial soulève des interrogations. En opposant frontalement l’anglais au français, et en présentant ce dernier comme un « reliquat de la colonisation », El Khabar semble s’engager dans une logique de rupture, là où d’autres voix plaident pour une approche complémentaire et inclusive.

Un virage éditorial assumé

On est désormais bien loin du quotidien El Khabar historique qu’Issad Rebrab a failli acheter ! Depuis quelque temps, El Khabar adopte une ligne éditoriale résolument favorable à un recentrage linguistique autour de l’arabe et de l’anglais, au détriment du français.

En cela, le quotidien, fondé par des journalistes profondément attachés aux valeurs de modernité, d’ouverture et de pluralisme sous toutes ses formes, semble aujourd’hui s’éloigner de cet héritage. En adoptant des postures idéologiques rigides, il glisse vers une vision réductrice du débat linguistique, qui n’a parfois rien à envier aux discours les plus fermés et conservateurs qu’il dénonçait autrefois.

Cette orientation, si elle peut se comprendre dans le cadre d’un repositionnement stratégique, marque toutefois une rupture nette avec l’esprit fondateur du journal.

Des figures comme Rezki Cherif, Ali Djerri ou le regretté Omar Ourtilane incarnaient un attachement profond à une modernité ouverte et inclusive, où la pluralité linguistique était considérée non comme une entrave à l’identité nationale, mais comme une richesse à cultiver. En s’éloignant de cet héritage, El Khabar semble aujourd’hui céder à une lecture plus rigide et idéologique, au détriment de la complexité et du dialogue.

À travers une rhétorique qui oppose désormais systématiquement « anglais moderne » à « français hérité », le journal s’inscrit dans une lecture à forte charge symbolique, où la langue française est réduite à son passé colonial, sans considération pour sa place actuelle dans la vie académique, scientifique et culturelle du pays.

Un débat complexe, à mener sans passion

La valorisation de l’anglais, en soi, est une orientation qui répond à des impératifs réels : ouverture sur les savoirs, adaptation aux mutations technologiques, facilitation de l’accès aux publications scientifiques internationales. La formation d’enseignants, le recrutement de professeurs d’anglais et l’intégration de cette matière dans les premières années de scolarité témoignent d’un effort structuré.

Cependant, il serait contre-productif de penser cette avancée en termes de substitution ou d’exclusion. Le français, qu’on le veuille ou non, reste une langue de travail dans de nombreux secteurs en Algérie — santé, droit, université — et continue de jouer un rôle d’interface dans les échanges internationaux. Le rejeter ou le marginaliser pourrait créer des déséquilibres contreproductifs, notamment pour les jeunes générations appelées à évoluer dans un monde plurilingue. Pas seulement, tout indique que cette traque du français est menée par un courant arabo-islamiste proche de la Turquie. Un courant qui oeuvre depuis longtemps pour éloigner l’Algérie de la France. D’où l’entretien des braises antifrançaises par tous les moyens.

Une vision apaisée de la pluralité linguistique

L’enjeu pour l’Algérie n’est pas de trancher entre les langues, mais d’en faire un usage intelligent et complémentaire. Une politique linguistique efficace ne se bâtit pas sur le ressentiment ou les oppositions symboliques, mais sur des critères d’efficacité, d’inclusion et de cohérence. L’arabe, l’anglais, le français — et même tamazight — peuvent coexister dans un cadre structuré, équilibré, au service de l’intérêt national.

Le rôle de la presse, à cet égard, est essentiel. Elle peut contribuer à enrichir le débat, à éviter les raccourcis idéologiques, et à accompagner sereinement les mutations linguistiques du pays. Car ce qui est en jeu, au fond, ce n’est pas une langue contre une autre, mais la capacité à bâtir une école et une société ouvertes sur leur temps.

L’anglais est un outil d’avenir. Le français reste un acquis. L’arabe et tamazight demeurent un socle. La pluralité linguistique n’est pas un luxe, c’est une richesse. Encore faut-il la penser sans crispation.

Samia Naït Iqbal

Pour lire l’article dEl Khabar : https://urlr.me/2KJdpQ

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ENI et Sonatrach : un contrat de  1,35 milliard de dollars pour un nouveau gisement

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Pétrole

L’Algérie et l’Italie consolident leur coopération énergétique à travers un nouveau contrat signé entre la compagnie nationale Sonatrach et le groupe italien ENI. Ce partenariat porte sur le développement d’un périmètre d’hydrocarbures situé à Zemlet El Kebar, dans la région de Ouargla, à l’est du grand champ de Hassi Messaoud.

Le projet, qui s’inscrit dans le cadre du dispositif juridique mis en place par la loi 19-13 régissant le secteur des hydrocarbures, prévoit une durée initiale de 30 ans, avec une clause de prolongation de dix années. Une phase exploratoire de sept ans est incluse, avec un montant total d’investissement évalué à1,35 milliard de dollars, dont une partie – 110 millions – sera dédiée aux opérations de recherche en sous-sol.

Selon les projections communiquées, les réserves exploitables pourraient atteindre jusqu’à 415 millions de barils équivalent pétrole, parmi lesquelles figurent plus de 9 milliards de mètres cubes de gaz.

La signature s’est tenue ce lundi au siège de la direction générale de Sonatrach à Alger, en présence des dirigeants des deux groupes, Rachid Hachichi pour Sonatrach et Claudio Descalzi pour ENI. Ce dernier a été reçu plus tard par le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, lors d’une rencontre qui a rassemblé des hauts responsables de la présidence et du secteur de l’énergie, signe de l’attention politique portée à cette coopération.

Outre l’accord principal, deux ententes supplémentaires ont été conclues : l’une concerne les modalités de commercialisation du gaz à l’international, l’autre, à vocation pédagogique, vise à renforcer les compétences des ressources humaines locales via un partenariat avec la filiale universitaire d’ENI.

Le dirigeant de Sonatrach a indiqué que cette nouvelle phase de collaboration permettra d’introduire des technologies avancées dans les activités de forage et d’exploitation, tout en soutenant les initiatives nationales en faveur de l’intégration locale et de la valorisation des savoir-faire internes.

De son côté, Claudio Descalzi a évoqué la continuité d’un partenariat enraciné depuis plusieurs décennies, fondé sur une relation durable avec les autorités algériennes.

Cette annonce intervient alors qu’ENI multiplie les initiatives pour renforcer sa position sur le marché énergétique algérien. D’après les informations relayées par l’agence Reuters, le groupe prévoit d’investir plus de 8 milliards d’euros dans le pays sur les quatre prochaines années, dans le cadre d’un programme régional qui englobe l’Afrique du Nord.

En 2022, ENI avait déjà élargi son portefeuille en Algérie en rachetant les actifs de BP, incluant notamment les participations dans les gisements de In Salah et In Amenas. Ces sites ont affiché une production combinée de 11 milliards de mètres cubes de gaz et 12 millions de barils de condensats sur une seule année.

La production actuelle d’ENI en Algérie dépasse les 120 000 barils équivalent pétrole par jour, ce qui en fait le premier opérateur étranger dans le pays. Le groupe est aussi présent dans le domaine des énergies renouvelables, avec des projets solaires à l’image de la centrale de 10 MW de Bir Rebaa, dans le bassin de Berkine.

Samia Naït Iqbal

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Sublimer l’abîme, tisser l’espoir : la voix incandescente de Wafa Ghorbel

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Wafa Ghorbel
Wafa Ghorbel

Dans cet entretien exclusif avec Le Matin d’Algérie, Wafa Ghorbel, romancière, chanteuse et universitaire, nous ouvre les portes de son univers artistique et intellectuel. Marquée par une double appartenance tunisienne et française, elle tisse une œuvre où se mêlent identité, résilience et création.

À travers ses romans, tels que Le Jasmin noir, Le Tango de la déesse des dunes et Fleurir, elle explore les blessures de l’intime et les élans de vie, portée par une écriture polyphonique et musicale. De son rapport aux langues arabe et française à l’influence du flamenco ou de Georges Bataille, Wafa Ghorbel nous livre une réflexion profonde sur l’art, la mémoire et la capacité à « fleurir » malgré les failles. Cet échange révèle une artiste qui fait de l’entre-deux un espace de création vibrant, où la douleur se mue en lumière.

Le Matin d’Algérie : Votre parcours est marqué par une double appartenance, tunisienne et française. En quoi ce métissage nourrit-il votre imaginaire d’écrivaine ?

Wafa Ghorbel : Ce métissage ne fait pas que nourrir mon imaginaire : il le constitue. Ce double ancrage, parfois vécu comme un arrachement ou un déchirement, est en réalité un sillon fertile. J’écris depuis cette ligne de faille. Être entre deux terres, deux langues, deux cultures, c’est habiter un intervalle. Et c’est dans cet intervalle que mon imaginaire prend forme, qu’il tisse des ponts.

Je viens d’un jardin aux parfums mêlés, où le jasmin et la rose cohabitent sans se confondre. Le jasmin, c’est ma Tunisie natale : une fleur discrète, mais entêtante, qui embaume les nuits d’été et s’offre sans bruit. La rose, quant à elle, incarne la France : plus éclatante, plus codifiée peut-être, mais tout aussi essentielle à mon imaginaire. Elle évoque pour moi la langue française, avec ses pétales de douceur et ses épines de rigueur. Entre ces deux fleurs, il n’y a pas de hiérarchie, mais un tressage. Mon écriture naît précisément de ce bouquet, de ce tissage, de ce frottement entre deux sensibilités, deux rythmes, deux musiques. J’ai longtemps cru qu’il fallait choisir, renoncer à l’une pour appartenir pleinement à l’autre. Aujourd’hui, j’ose affirmer que c’est dans la tension entre les deux que je me tiens debout, et que j’écris. C’est peut-être cela, être écrivaine pour moi : concevoir une maison dans l’entre-deux, où le manque devient matière, où le va-et-vient devient source d’invention, de croisements, de correspondances. Mon écriture se tisse à partir de cette complexité identitaire, et c’est sans doute ce qui la rend mouvante, poreuse, toujours à la recherche d’une forme qui puisse accueillir l’écart, la fêlure.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes romancière, chanteuse, universitaire : comment ces trois dimensions dialoguent-elles entre elles dans votre création artistique ?

Wafa Ghorbel : Je ne les vois pas comme des identités séparées, des compartiments fermés, mais comme des voix complémentaires dans une même intériorité. L’universitaire en moi lit, analyse, interroge, met en perspective. La chanteuse cherche le rythme, l’intonation juste, l’émotion nue. Et la romancière accueille tout cela, le savoir et l’élan, la rigueur et la fièvre, pour écrire un monde à la fois pensé et senti. Au fond, ce que je cherche, c’est une forme de cohérence sensible : faire dialoguer la pensée et la voix, la scène et la page, l’esprit et le corps. Enseigner-chercher, chanter et écrire sont autant de manières d’habiter le monde et le langage qui se croisent, s’entrelacent, s’influencent. J’écris en chantant, je chante en écrivant, je pense en rythme, je romance en mélodie.

Le Matin d’Algérie : Vous avez choisi Georges Bataille comme objet de thèse et comme compagnon de route intellectuel. Qu’est-ce que sa pensée vous a permis d’ouvrir, ou de bousculer ?

Wafa Ghorbel : Bataille a été pour moi une secousse fondatrice. Il m’a permis de regarder l’obscur sans ciller, de sonder les limites du langage, de questionner le corps, la transgression, le désir, l’angoisse. C’est lui qui m’a offert l’audace, non pas de tout dire, mais de dire autrement, en acceptant l’éclat, le chaos, l’inconfort. Toutefois, mon univers romanesque ne ressemble pas du tout au sien. Mon écriture, même si elle peut emprunter le chemin du vertige, ne cherche pas l’annihilation. Elle est habitée par une autre énergie : celle d’une vie tenace, en dépit de sa fragilité.

Le Matin d’Algérie : Votre premier roman a été écrit en arabe, mais aujourd’hui vous écrivez en français. Comment vivez-vous cette bascule linguistique, et que dit-elle de vous ?

Wafa Ghorbel : Mon premier roman (non publié), je l’ai écrit vers l’âge de quatorze-quinze ans, en arabe littéraire. Ensuite, à l’université, je me suis spécialisée en langue et littérature françaises, parce que le pays des Lumières a toujours exercé sur moi une attirance inexpliquée. C’est en France, juste après le dépôt de ma thèse de doctorat, que j’ai commencé à écrire Le Jasmin noir, mon premier roman qui ne sera publié que bien plus tard. Dans ce contexte franco-français, les mots me sont venus plus naturellement en français.

La bascule, en vérité, n’en est pas une. Il s’agit plutôt d’une danse entre deux rives, deux voix qui m’habitent depuis l’enfance. L’arabe est mon premier amour. C’est la langue du berceau (ou presque, puisque le tunisien n’est pas vraiment l’arabe littéraire), ma langue maternelle, celle qui m’a appris à dire la tendresse, la colère, le manque, toujours avec pudeur. C’est la langue de mon surmoi. Le français, quant à lui, est la langue de la construction, de l’analyse, du rêve articulé, structuré. C’est l’amour choisi. J’ai appris à y penser, à y lire, à m’y libérer sans restriction, sans lignes rouges. Cependant, quand j’écris en français, je le fais toujours avec un souffle arabe, voire tunisien, en arrière-fond. Une sorte d’accent souterrain, une musicalité de l’exil. Des mots, des expressions, des chansons en arabe agrémentent mes écrits.

Ce passage d’une langue à l’autre ne gomme rien : il ajoute. Il me rend plus poreuse, plus attentive à l’esprit et au rythme de chacune. Mon écriture cherche justement à faire dialoguer ces deux sources, à en tisser une identité multiple. En somme, cette « bascule » linguistique parle moins de rupture que d’alliance, de traduction intime d’une voix en mouvement.

Le Matin d’Algérie : L’intime est très présent dans votre écriture. Quelle est votre frontière entre autobiographie assumée et fiction littéraire ?

Wafa Ghorbel : Je n’ai jamais écrit de texte strictement autobiographique. D’ailleurs, je remets en question le genre lui-même. J’écris des romans plus ou moins inspirés de ma vie, de mon parcours, ou de celui de personnes que j’ai croisées. Même Le Jasmin noir, qui est sans doute le roman le plus proche d’une part de mon histoire, ne saurait être rangé dans la case de l’autobiographie. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une autofiction. La frontière entre réalité et fiction est mouvante, poreuse. Je ne ressens pas le besoin de raconter ma vie, mais j’aime faire d’une expérience vécue, d’un frisson ancien, d’un souvenir enfoui, d’une blessure non suturée, ou d’un désir – comblé ou non – un point de départ pour la fiction. Très vite, cependant, les personnages s’éloignent. Ils prennent le large, vivent d’autres vies, empruntent d’autres voix. Je crois davantage à la sincérité de l’émotion qu’à la transparence du récit. Ce qui m’importe, c’est de toucher le lecteur, non de me confesser. En cela, je m’inscris dans une écriture de l’entre-deux : entre la vérité et la fiction, entre ce qui a été vécu et ce qui aurait pu l’être.

Le Matin d’Algérie : Dans vos romans, les personnages féminins affrontent des blessures profondes, mais cherchent à « fleurir » malgré tout. Peut-on parler d’une écriture de la résilience ?

Wafa Ghorbel : Oui, sans doute. Une résilience lucide, qui ne gomme pas la douleur, mais la sublime. J’ai horreur des récits où l’on « s’en sort » comme dans un conte moral. Ce qui m’intéresse, c’est le chemin, pas le triomphe. Mes héroïnes ne sont pas des modèles de force : elles tanguent, trébuchent, chutent, doutent, mais elles avancent, une fleur à la main, même flétrie, même noircie. Leur résilience est une manière d’habiter la faille autrement. Non pas de la refermer, mais d’y faire entrer la lumière : « N’est-ce pas par la blessure que la lumière entre en soi ? Rumi l’avait dit. Je danse pour fendiller davantage ma meurtrissure, l’étirer aux mesures de l’univers, y allumer un soleil doré et y faire pousser des fleurs… les fleurs du mal… les fleurs du bien. » C’est ce que dit Yasmine Ellil, l’héroïne de Fleurir (Fleurir, Kalima Éditions, p. 132). Mes héroïnes, comme des tournesols, s’inclinent vers la lumière sans pour autant renier l’ombre qui les a façonnées. Elles avancent toujours, même abîmées. Il y a en elles une obstination à vivre, à danser avec leurs blessures. Pour moi, écrire, c’est accompagner ce mouvement. La résilience suppose parfois une forme d’oubli. Moi, je travaille plutôt avec la mémoire, même douloureuse, même entachée.

Le Matin d’Algérie : Vous évoquez le flamenco comme un art salutaire, presque cathartique. En quoi la musique et la danse peuvent-elles, selon vous, réparer l’être ?

Wafa Ghorbel : Le flamenco dans Fleurir – comme le tango dans Le Tango de la déesse des dunes, comme le chant dans Le Jasmin noir – touche à quelque chose de viscéral. Il s’agit d’un cri esthétisé, d’une plainte mise en rythme, d’une douleur qui danse. Il y a dans cet art une manière de transfigurer la peine, de la porter à incandescence pour mieux la traverser : « Je danse pour écraser mon mal de mes pieds, pour le déchirer de mes mains, pour l’anéantir au rythme de cette musique déchaînée et de ces voix cassées et coupantes comme des lames. Je danse pour réhabiliter mon corps bafoué, mon corps meurtri. » dit Yasmine Ellil (Fleurir, p. 132). Je ne danse malheureusement pas comme Yasmine, mais je fais danser mes cordes vocales.

Quand je chante, c’est mon corps tout entier qui s’engage. Il devient instrument, caisse de résonance, terrain d’accueil pour les émotions enfouies… La musique, la danse, le chant ont ce pouvoir-là : ils permettent de dire ce qui ne peut se dire autrement. Ils court-circuitent la raison, contournent le mental et touchent au noyau brut de l’être. Je crois profondément que l’art peut réparer, non pas en effaçant les blessures, mais en les sublimant, en leur donnant une nouvelle forme, une dignité, une beauté. Il ne s’agit pas d’une consolation, mais d’une transmutation. Une façon de redonner souffle à ce qui étouffait.

Le flamenco, tout comme le kintsugi (cela s’applique aussi à toute forme d’expression artistique), est « l’art de sublimer les cassures, les fissures », comme l’explique Adam à Yasmine, dans Fleurir : « Kintsugi, veut dire réparer à l’or… Il s’agit d’une méthode japonaise qui consiste à réparer des objets cassés en porcelaine ou en céramique avec de la laque et de la poudre d’or, de mettre en valeur la cicatrice, de l’exhiber au lieu de la dissimuler… La fracture de l’objet ne signifie plus sa fin, mais plutôt son renouveau, le début d’un autre cycle de vie… » (Fleurir, p. 352).

Yasmine Ellil fait de La Singla, une bailaora gitane sourde-muette, son maître à penser, à danser : « Elle danse comme si sa vie en dépendait, comme si un cri, un gémissement ou une plainte allaient échapper des forces d’impulsion de son corps, comme si elle cherchait à chasser les fantômes du mutisme et du silence qui la hantent depuis sa naissance.  » Como caballo sin freno « , chantait Camarón de la Isla, elle se déchaîne, libre, comme un cheval sans frein. » (Fleurir, p. 129).

Le Matin d’Algérie : Vous enseignez aussi bien le roman, la bande dessinée, le théâtre, la poésie que la chanson. Pourquoi est-il important, selon vous, d’ouvrir l’université à ces formes artistiques diverses ?

Wafa Ghorbel : Pour moi, il est essentiel d’ouvrir l’université aux différentes formes d’expression artistique parce que la littérature ne vit pas en vase clos. Elle se nourrit de tout : des images, des couleurs, des sons, des gestes, des silences. Ouvrir l’université, c’est refuser la hiérarchie implicite entre les formes dites « nobles » ou « savantes » et celles qu’on juge plus populaires ou périphériques. La bande dessinée, la chanson, le roman graphique ou la poésie performée sont des langages à part entière, avec leurs codes, leurs puissances, leurs fulgurances. Ils disent le monde autrement, parfois avec plus de justesse, de liberté ou d’impertinence que les formes académiques. Les enseigner, c’est interroger la littérature autrement, par l’image, par le rythme, par la voix.

En tant qu’enseignante, j’essaie de transmettre cette curiosité-là à mes étudiants : ne pas enfermer la pensée, ne pas sacraliser les genres, cultiver les passages, les dialogues, les frottements. L’université devrait être un lieu de vivacité, de mouvement, de tremblements, pas un musée du savoir figé, un bloc monolithique cloisonné. La littérature, comme l’université, respire par ses marges, ses tremblements, ses entrelacements, ses débordements d’émotion et de sens.

Le Matin d’Algérie : Vous avez mis plusieurs années pour écrire chacun de vos livres. Que se passe-t-il en vous durant ces silences ou ces lenteurs de la création ?

Wafa Ghorbel : Il se passe beaucoup de choses dans ces silences. En apparence, je me tais, mais en réalité, je décante. J’écoute, j’observe, je rumine. L’écriture ne se limite pas au moment où la main trace les mots : elle commence bien avant, dans le chaos des émotions, des lectures, des rencontres. Je mets du temps à écrire parce que j’ai besoin que les choses infusent. Je ne cherche pas à produire, mais à laisser advenir. Il y a dans la lenteur une forme de fidélité à soi, une manière d’attendre le bon tempo intérieur.

Chaque livre me demande une mue. Et cette mue ne se fait pas dans le bruit ni dans l’urgence (même si mes impulsions d’écriture, mes jets, se font dans l’urgence). Elle exige du silence, de l’immobilité parfois, une écoute très fine de ce qui frémit en profondeur. Ces lenteurs sont les conditions de ma sincérité. Elles sont nécessaires. Je n’écris pas pour combler un vide, mais quand quelque chose s’impose. Il me faut du temps pour laisser fermenter les images, les voix, les histoires. Parfois, le silence est une forme d’écriture. Il prépare le sol. Il me permet de vivre, de lire, d’écouter, de m’égarer aussi. Et puis, un jour, une phrase frappe, une musique s’élève, et le texte recommence à couler.

L’écriture, chez moi, n’obéit pas à un emploi du temps. Je ne suis pas de ces écrivains organisés qui écrivent de cinq heures du matin à midi ou de minuit jusqu’à l’aube. Je suis une passionnée, et non une professionnelle de l’écriture. Mon écriture obéit plus à mes pulsions, à mes impulsions qu’à un devoir cérébral à accomplir.

Le Matin d’Algérie : Vos titres – Le Jasmin noir, Le Tango de la déesse des dunes et Fleurir – évoquent tous des tensions entre beauté, douleur, et mouvement. Comment les choisissez-vous, et que symbolisent-ils ?

Wafa Ghorbel : Je choisis mes titres comme on choisit un parfum : ils doivent condenser l’essence du livre, en suggérer l’effluve sans tout dire. Il s’agit de seuils, de promesses, d’indices à explorer. J’aime les titres qui portent en eux une tension et qui interpellent l’imaginaire. Le Jasmin noir, par exemple, est une image oxymorique qui réunit deux contraires : la fleur la plus immaculée et la couleur du deuil, disant une complexité, une beauté blessée, une enfance bafouée. Le Tango de la déesse des dunes métisse une danse occidentale et un paysage oriental. Il mêle la sensualité du mouvement à l’aridité du paysage intérieur. Quant à Fleurir, c’est un verbe à l’infinitif qui cherche à être conjugué et que chacun peut conjuguer (ou pas) à sa façon, au féminin, au masculin, au singulier, au pluriel… Il m’a été inspiré par le mot espagnol floreo qui, dans le répertoire flamenco, « désigne ces figures travaillées des mains et des doigts, ces gestes qui imitent les mouvements des pétales d’une fleur, d’où l’appellation florale. » (Fleurir, p. 126). Ces titres sont des clés d’entrée. Ils donnent le ton, l’impulsion de chacun de mes romans. Je les entends souvent avant même d’avoir écrit le livre. Ils sont comme une musique inaugurale, une vibration première qui guide l’écriture. Ils sont parfois la matrice même du livre.

Le Matin d’Algérie : Fleurir s’impose par sa structure narrative très travaillée, presque musicale, où se croisent et se répondent les voix de Yasmine, d’Adam et de Yassine Ellil. Pourquoi avoir choisi cette construction polyphonique, et comment s’est imposée cette forme symphonique à votre écriture ?

Wafa Ghorbel : Dans Fleurir, il y a deux récits principaux : le récit encadrant narré par Adam et le récit encadré tenu par Yasmine dans son journal intime. D’autres mini-récits viennent s’enchâsser dans cette structure, comme ceux des migrants, pour me permettre d’aborder d’autres voix, d’autres réalités. Je voulais écrire une partition plus qu’un récit linéaire. Fleurir est né de cette polyphonie, de ce chœur intérieur. En écrivant, je n’entendais pas une seule voix, mais plusieurs, qui se répondaient, se contredisaient, s’interpellaient. Yasmine, Adam et Yassine Ellil ne sont pas seulement trois personnages : ce sont trois angles, trois prismes à travers lesquels une même histoire se déploie différemment. Chacun d’eux a vécu un traumatisme d’enfance qui l’a marqué à jamais.

Toutefois, leur façon d’y répondre est très différente : résignation, rébellion, sublimation ou suicide sont autant de réactions possibles face aux drames de la vie. La polyphonie est intéressante parce qu’elle complexifie le regard. Elle oblige le lecteur à composer lui aussi, à naviguer dans l’incertitude, à faire entendre en lui ce tumulte de vérités possibles. Et puis il y a dans cette structure quelque chose de musical. J’ai voulu que le texte respire comme un morceau, avec ses crescendos, ses silences, ses reprises. Chaque voix apporte sa couleur, son rythme, sa façon de faire. Écrire ainsi, c’était tenter une forme vivante, mouvante, qui ne s’enferme pas dans une logique causale, mais qui épouse les méandres et les soubresauts de l’âme et de la vie.

Le Matin d’Algérie : Le jeu d’échos, de reflets et de récits enchâssés dans Fleurir crée une architecture littéraire dense et mouvante. Peut-on dire que cette mise en récit multiple est une façon d’explorer les différentes facettes d’un même traumatisme, ou d’un même espoir ?

Wafa Ghorbel : Oui, tout à fait. Je l’ai un peu expliqué dans la question précédente. Cette mise en récit multiple est une manière d’explorer les strates d’un même traumatisme, mais aussi d’un même désir de vie. Chaque voix porte sa part d’ombre et de lumière, et c’est dans leur entrecroisement que quelque chose se révèle. Entre Yasmine, violée par son enseignant et mariée de force, Adam, noyé par son frère et devenu bègue, et Yassine à jamais piégé dans la culpabilité d’avoir été à l’origine du handicap de son jumeau, la tresse du drame est au complet. Yasmine se soumet d’abord aux lois patriarcales et finit par se livrer à un vent de révolte et de flamme de flamenco. Adam fait de son handicap sa force, son art. Yassine, quant à lui, tente d’affronter, mais la crue est insurmontable. Je crois, par ailleurs, que nous sommes tous faits de récits enchâssés, de couches superposées d’émotions, de regards croisés. En écrivant Fleurir, je voulais donner corps à cette complexité, sans simplifier, sans lisser. Au contraire, j’ai cherché à laisser émerger les contradictions, les frottements, les angles morts. Cette architecture mouvante offre plusieurs chemins vers un même centre : celui d’une blessure intime, mais aussi celui d’un élan vers l’avenir, vers la beauté, vers l’art.

Le Matin d’Algérie : Si vous pouviez glisser un mot, une phrase, dans un roman que lirait une jeune fille de treize ans, en Tunisie ou ailleurs, qu’aimeriez-vous lui dire ?

Wafa Ghorbel : Merci pour cette question essentielle. Voici la réponse, telle que je l’écrirais, en écho profond à Fleurir. Je lui dirais : « Tu n’es pas ce qu’on t’a fait. Tu es ce que tu choisis de devenir. » Yasmine a vécu le pire, pourtant elle ne s’est pas laissé faire : « C’est à ce moment que je découvre que vivre est une décision que seule moi peux prendre. Quand on touche le fond de l’abattement, quand on est plus bas que terre, plus bas que mer, plus bas que tout, il ne reste que deux alternatives : s’enliser, sombrer irrémédiablement, sans appel, s’anéantir et en finir… ou remonter, renaître de ses eaux, de ses cendres, de ses meurtrissures en feu, bourgeonner et fleurir. Et c’est la renaissance que je choisis. » (Fleurir, p. 123). Je voudrais qu’elle se dise : « Si Yasmine l’a fait, moi aussi je peux le faire ! Je peux renaître ! Je peux fleurir ! »

Et j’ajouterais peut-être : « Ton corps t’appartient. Ta voix aussi. Même si on a tenté de les éteindre, de les anéantir, ils sont là, en toi, vivants, résistants. » Je voudrais que cette jeune fille sache qu’elle n’est pas seule, que d’autres femmes ont connu l’abîme et qu’elles s’en sont relevées, parfois boiteuses, mais debout.

Je ne suis pas donneuse de leçons, c’est pour cela que je voudrais qu’elle lise dans mes romans, notamment dans Fleurir, non pas une leçon, mais un souffle, une promesse de floraison. Je voudrais qu’elle sache simplement que l’on peut refuser le récit imposé par les autres, qu’on peut écrire un jour sa propre histoire.

Merci du fond du cœur pour cette traversée attentive de mon univers romanesque, de ses éclaircies comme de ses ombres.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Prix littéraires

2016 Prix Découverte des Comar d’or pour Le Jasmin noir

Prix de la Fête annuelle des écrivains de la région de Sfax pour Le Jasmin noir

2018 Prix Béchir-Khraïef de création littéraire dans le roman 

Prix de la Foire internationale du livre de Tunis pour Le Tango de la déesse des dunes

Prix Zoubeida-Bchir – prix de la création littéraire en langue française du CREDIF pour Le Tango de la déesse des dunes

2024 Prix spécial du jury des Comar d’or pour Fleurir

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France : le député Olivier Marleix retrouvé mort à son domicile

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Olivier Marleix
Olivier Marleix aurait mis fin à ses jours

Le député français Olivier Marleix, élu Les Républicains (LR) d’Eure-et-Loir, a été retrouvé mort lundi à son domicile à Anet, dans le centre de la France. L’annonce a été faite par l’AFP dans l’après-midi, confirmée en soirée par un communiqué du parquet de Chartres.

Selon les premiers éléments communiqués, le corps de l’élu a été découvert pendu dans une chambre à l’étage de sa maison, après une alerte donnée par le maire de la commune. « Son corps était inanimé, pendu par une corde attachée à une poutre », précise le parquet. Une enquête a été ouverte « en recherches sur les causes de la mort », avec des perquisitions menées dans la maison et le véhicule du parlementaire.

Âgé de 53 ans, Olivier Marleix siégeait à l’Assemblée nationale depuis 2012. Fils de l’ancien ministre Alain Marleix, il avait présidé le groupe Les Républicains entre 2022 et 2024. Connu pour ses prises de position sur les questions industrielles, institutionnelles et de souveraineté économique, il incarnait une droite républicaine attachée à la rigueur budgétaire et à l’autorité de l’État.

Son décès soudain intervient dans un contexte politique particulièrement tendu en France, à la veille d’une recomposition parlementaire issue des élections législatives anticipées.

Avec AFP

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