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Du peuple comme fantôme : l’impensé dans la critique algérienne entre Camus et Boudjedra

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Rachid Boudjedra
Rachid Boudjedra.

Il y a dans la critique littéraire algérienne une inégalité de traitement si flagrante qu’elle en devient gênante. On a fait d’Albert Camus un procès en invisibilité, en silence, en effacement du peuple algérien.

Et l’on a eu raison de poser la question : pourquoi, dans L’Étranger, dans La Peste, dans La Chute, la figure de l’Arabe reste-t-elle hors-champ, floue, désincarnée ? Pourquoi la parole algérienne ne surgit-elle pas dans l’espace du récit, sinon comme menace diffuse ou silhouette abstraite ?

Mais ce procès, devenu un topos du discours postcolonial, s’est arrêté à la frontière commode de la dénonciation symbolique. Car, pendant qu’on en faisait un cas d’école, on sanctuarisait un autre écrivain, algérien celui-là, qui, tout en prétendant écrire depuis l’Algérie, n’a cessé d’écrire contre elle : Rachid Boudjedra.

Or, chez Rachid Boudjedra, l’absence du peuple n’est pas une omission, elle est une opération délibérée d’annulation. Ce n’est pas un oubli, c’est une stratégie. L’Algérien populaire n’y est pas simplement invisible, il y est disqualifié.

Le peuple est soit grotesque, soit fanatique, soit muet. Il n’est jamais sujet, jamais pensé dans la complexité de ses contradictions, jamais honoré dans son humanité. Il est ce résidu que l’écriture doit secouer, violenter, congédier. Ce n’est pas de la littérature de la révolte, c’est une rhétorique du mépris.

Et pourtant, pas un mot. Aucun séminaire sur la « défiguration de l’Algérien dans l’œuvre de Boudjedra ». Aucun article universitaire dénonçant cette absence structurante, ce vide qui n’est pas silence mais disqualification ontologique. Pourquoi ce silence critique ? Par peur ? Par complicité ? Par effet de proximité culturelle ? Parce qu’il est plus facile de dénoncer l’ex-colon que d’interroger l’écrivain national ?

La critique postcoloniale, si elle est cohérente, doit être d’abord éthique. Elle ne peut exiger de l’Autre ce qu’elle refuse de demander au Même.

Si Albert Camus est responsable de l’absence du peuple algérien dans ses fictions, alors que dire de Boudjedra, dont le peuple est le terrain mais jamais la voix ? On nous dira : « Camus, c’est la colonie, Boudjedra, c’est l’Algérie libre. »

Mais justement. La liberté est-elle dans le droit de parler seul ? Dans l’arrogance de celui qui s’arroge le monopole du dire, tout en refusant à ceux dont il parle d’exister autrement que comme caricature ?

Il y a plus de dignité populaire dans le silence tragique d’un Arabe de Camus que dans le vacarme désincarné d’un peuple méprisé chez Boudjedra.

Il faut donc le dire clairement : Boudjedra n’a pas parlé avec son peuple. Il a parlé au-dessus de lui. Il ne l’a pas vu comme un interlocuteur, mais comme une masse à ébranler, une entité archaïque à dépasser, à disséquer, à réduire. Il n’a pas écrit dans le prolongement du peuple. Il a écrit contre lui, en l’effaçant sous la fureur de la syntaxe et le tumulte du style. Sa langue est une forteresse. Pas une agora.

La critique algérienne, si elle veut regagner en crédibilité, doit sortir de cette hypocrisie épistémique. Elle doit cesser de juger les écrivains non pas à l’aune de ce qu’ils disent du réel, mais en fonction de leur passeport ou de leur rhétorique révolutionnaire. Car le nationalisme littéraire, comme tout nationalisme, est aveugle. Et un écrivain qui ne fait pas place à l’altérité, qui n’ouvre pas sa langue au monde de ceux qu’il prétend penser, est un écrivain sans peuple.

Albert Camus fut peut-être aveugle à une partie du réel algérien. Mais Rachid Boudjedra, lui, a choisi de le rayer. Et cela, bizarrement, ne choque personne.

Cherfaoui Mohamed Rachid

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Après l’échec des BRICS, l’Algérie rejoint le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est

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Asean

Quelques mois après avoir échoué à intégrer les BRICS, l’Algérie concrétise son rapprochement avec une autre organisation majeure en adhérant officiellement au Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est (TAC).

La cérémonie de signature, organisée en Malaisie, a vu la participation du ministre algérien des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, M. Ahmed Attaf, qui a salué un tournant important dans les relations entre l’Algérie et l’ASEAN.

Dans son intervention, M. Attaf a insisté sur la portée symbolique et stratégique de cette adhésion, présentée comme une nouvelle fenêtre diplomatique ouverte sur l’Asie du Sud-Est, après la déception suscitée par la non-sélection de l’Algérie lors du dernier sommet des BRICS. Cette adhésion, selon lui, « marque une étape marquante dans le parcours international de l’Algérie », qui cherche à renforcer sa présence sur la scène mondiale à travers des partenariats diversifiés.

Le ministre a décliné trois principales motivations derrière cette décision : l’admiration que suscite l’ASEAN en tant que modèle de coopération régionale efficace ; la volonté de renforcer les relations bilatérales et multilatérales avec ses membres ; et l’engagement de l’Algérie envers les principes fondateurs du TAC, tels que le respect du droit international, la souveraineté des États et la résolution pacifique des différends.

Dans un contexte international de plus en plus instable, M. Attaf a dénoncé le recours croissant à la force, les violations récurrentes du droit international et l’affaiblissement progressif des institutions multilatérales, en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU. Il a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à défendre, aux côtés de l’ASEAN, les principes de paix, de coopération et de multilatéralisme.

L’Algérie, qui aspire désormais à devenir partenaire de dialogue sectoriel de l’ASEAN, entend faire entendre sa voix dans les débats internationaux à travers de nouveaux canaux, tout en consolidant ses relations avec des régions stratégiques. Avec cette adhésion, elle devient le 52e État à rejoindre le TAC, marquant une nouvelle orientation diplomatique après l’épisode infructueux des BRICS.

Samia Naït Iqbal

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Leila et les autres : octogénaires, des ambitions de galopins !

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Leila Aslaoui.

Quel genre de botox ravigote ainsi nos gérontocrates FLiN-tox ?

L’impudence et l’impertinence que dégagent chaque incartade de nos indéboulonnables FLiN-tox sont impossibles à quantifier, ni à situer dans un quelconque référentiel de logique des plus élémentaires. Ils sont, pour la plupart, octogénaires, dépassant, pour certains, d’une bonne décennie (Salah Goudjil) l’espérance de vie de l’Algérien lambda.

Ils ont déjà dans la tombe, les deux pieds moins quelques orteils, en plus de l’index et du pouce de la main droite qui s’accrochent fermement pour perpétuer ce geste extatique de feuillettement de liasses de billets dont ils semblent puiser les nutritifs, fortifiants et autres toniques, nécessaires pour se garantir l’éternité, croyant sans doute pouvoir soudoyer jusqu’à Allah et négocier, liasses sonnantes et trébuchantes en main, une petite place d’immortels à sa droite, à l’aube de « youm el-qiyama ».

Abdelmadjid Tebboune (80 ans), le généralisssime Saïd Chanegriha (80 ans) et Leila Aslaoui (80 ans), les quelques ténors de la politique algérienne, totalisent, à eux seuls, un laps de temps vécu sur Terre qui s’étale allègrement sur deux siècles et demi ! De quoi faire exploser le Guinness-book de tous les records insolites !

Pour autant, ils ne donnent aucun signe d’essoufflement sur le terrain de l’ambition, bien au contraire, ils en demandent encore les gredins ! tant ils donnent l’impression que réussir d’autres exploits, affronter d’autres challenges (pas toujours conventionnels, c’est certain) font partie de leurs grands projets d’Avenir, avec un grand A, pendant que nos jeunes en sont réduits à braver toutes sortes de dangers pour échapper à cet étau de malveillance qui les oppresse et les malmène en permanence.

Comment ne pas se laisser tenter par l’idée de convaincre le collège Guinness d’attribuer à nos trois dinosaures des records de longévité maléfique ?  

Bien que décrépits de corps et d’esprit, leur soif de vie demeure tout aussi inassouvie qu’à leurs premières lampées, comme si la garantie d’une existence éternelle leur était assurée par quelconque messie ! Depuis 1962, ils s’entêtent à tout confisquer, pour le bonheur exclusif de leur « kamum » et des leurs ! à tel point que, de desseins, d’ambitions et de perspectives, il ne subsiste plus la moindre miette à consommer par une jeunesse spoliée de son propre avenir !

Les insatiables ploutocrates ont tout englouti.  C’est à croire qu’ils ont signé un pacte avec Lucifer pour ainsi s’obstiner à ne pas passer le flambeau à ces nouvelles générations qu’ils étouffent et vouent sans vergogne à un quotidien d’enfer !

Quels comportements contre-nature ! Quelle philosophie de vie diamétralement opposée aux règles qui prévalent sur la planète depuis que le monde est monde ! Quel affront porté à ces codes de transmissions génétiques qui veulent que quand les anciens se fanent pour mourir c’est pour céder la place aux nouveaux ; végétaux, animaux terrestres, petits ou gros poissons, tous sont programmés pour périr et laisser resplendir une sève fraîche, seule à même de garantir de nouvelles aurores au Vivant, sous toutes ses formes !

À ce propos, un exemple édifiant de sagesse nous vient de ces groupes d’Inuits qui avaient comme tradition, il n’y a pas si longtemps, celle de sacrifier les vieux, en faveur des membres actifs de leurs cellules familiales, dans des situations d’extrême disette.

Il me revient en mémoire, un reportage qui remonte aux années 1960-70, dans lequel, se refusant à n’être plus qu’une charge de plus, une charge de trop, une vielle dame se sachant inapte à contribuer à la survie des siens exige qu’elle soit embarquée sur un traineau, éloignée de l’iglou familial et abandonnée dans la nature afin de servir de pitance aux bêtes sauvages, lesquelles, à leur tour, seront chassées pour préserver les générations suivantes d’Inuits !

Une sorte de cycle conforme à celui que dame nature fait fonctionner depuis des centaines de millénaires pour l’ensemble de la faune et de la flore engendrée sur Terre !

Bien entendu, on peut toujours, sur la base du degré d’évolution « accompli » de l’homo-sapiens, se sentir offusqué, et trouver inhumain ce genre de recyclage, mais posons-nous une question toute simple : si se présentait le choix de sacrifier sa vie de vieux chnoque pour assurer celle de ses chérubins ou s’accrocher à la vie à leurs dépens, quel être humain digne de ce nom ne s’immolerait pas pour garantir ses lignées ? à part, bien sûr, nos dinosaures FLiN-tox !

En s’accrochant ainsi aux brides d’un avenir destiné aux plus jeunes, Tebboune et Changriha ne sont-ils pas en train de braver dame nature en allant à contrecourant de codes élaborés depuis des centaines de millions d’années ? 

Ah si nous pouvions ordonner à leur encontre quelques châtiments à la mesure de leurs délits de « h’na imout Kaci » ! Je vois bien, lors d’un prochain rassemblement de « k’makam », tous ces indéboulonnables FLiN-tox parachutés en plein Sahara, à 500 kms d’Alger et de Tamanrasset, avec pour unique provisions de survie, quelques dates sèches et une gourde d’eau puisée de « bier-zemzem » ! Nous verrions alors quels genres de complots ils seraient capables d’ourdir pour que quelconque divinité vienne à leur secours pour les extraire de l’enfer du désert et racheter leurs innombrables péchés !

Ah si nos vœux délirants pouvaient juste une fois, rien qu’une fois, s’exaucer ! Qu’est-ce qu’on s’exulterait à châtier ces inénarrables « ploucs-ocrates » qui marivaudent autour du dictateur Tebboune pour marauder les derniers fruits de nos vergers !

Kacem Madani

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Présidentielle 2024 : Naghza, Sahli et Hammadi incarcérés pour fraude aux parrainages

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Saïda Naghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hammadi.
Saïda Naghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hammadi condamnés

La 10e chambre pénale de la cour d’Alger a rendu son verdict, ce mercredi, dans l’affaire dite des parrainages frauduleux pour l’élection présidentielle du 7 septembre 2024. Pas moins de 82 personnes étaient poursuivies, dont trois candidats déclarés à la magistrature suprême : Saïda Naghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hammadi.

Les trois intéressés ont été condamnés à quatre ans de prison ferme, assortis d’une amende d’un million de dinars chacun. Des mandats de dépôt ont été délivrés à leur encontre à l’issue de l’audience.

Le tribunal a également prononcé des peines allant de 18 mois à deux ans de prison ferme à l’encontre des autres prévenus, qu’ils soient en détention ou en liberté, assorties d’une amende de 20 000 dinars.

Ces condamnations font suite aux réquisitions du parquet, qui avait demandé dix ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars contre les trois candidats, ainsi que des peines de cinq à huit ans contre les autres accusés.

Au-delà des accusations de fraude dans la collecte des signatures, cette affaire ravive les critiques sur la gestion du processus électoral par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Régulièrement pointée du doigt pour son manque de transparence et son rôle controversé dans la validation des candidatures, l’ANIE se retrouve une fois de plus au cœur du débat, alors que la crédibilité du scrutin présidentiel est largement questionnée.

Avant même le prononcé du verdict, Saïda Naghza avait catégoriquement rejeté les accusations formulées à son encontre.

Elle affirme être victime d’un « complot » orchestré, selon ses dires, par des cercles influents du sérail politico-militaire et du monde économique, désireux de l’écarter en raison de ses ambitions politiques et de sa position au sein du patronat. Si ces allégations n’ont pas été retenues par la justice, elles confèrent à cette affaire une dimension politique supplémentaire, dans un climat électoral chargé et encore loin d’avoir livré tous ses secrets.

On sait qu’à l’issue de cette pseudo-présidentielle Abdelmadjid Tebboune a été déclaré vainqueur par la Cour constitutionnelle avec 84,30% de voix. Un résultat bien différent de celui avancé par l’ANIE.

La rédaction

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Juges nommés versus juges élus

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Justice

Lorsque vous détruisez un édifice ancien, chaque pierre contient un bout de lecture de son passé. Lorsque vous déchirez un livre, chaque page contribuera à reconstituer l’histoire.

C’est ce qui arrive en ce moment avec Donald Trump. Sa démolition de tout ce qui avait été patiemment construit depuis plus de deux siècles pour fonder la démocratie américaine nous replonge dans les débats qui ont participé à sa construction. 

La décision de la Cour suprême de valider le renvoi des juges fédéraux par Donald Trump est l’une des pierres tombée au sol qui me donne l’impression de revisiter mes cours d’histoire et de droit. Cette pierre est indirectement liée à la décision de la Cour suprême mais a fait resurgir un autre débat juridique connexe et ancien, les juges doivent-ils être nommés ou élus ?

En considérant qu’il existe toujours un léger mix, l’exemple le plus emblématique de l’élection des juges est celui des Etats-Unis. Quant à celui de la nomination, il ne nous est pas possible d’échapper à l’exemple historique français qui donna naissance immédiatement après à la seconde constitution qui pose les bases du principe de la souveraineté populaire et de la séparation des pouvoirs.

La cohérence avec le postulat de la démocratie plaide donc à priori en faveur du système américain puisqu’il permet à cette souveraineté de s’exprimer.  Mais se trouve posé la question de l’indépendance des juges. Est-elle réellement assurée avec leur élection ? Impossible répondent les partisans de la nomination. Les juges seraient inévitablement tentés de prendre des décisions qui leur donneraient toutes les chances de réélection.

Imaginons un juge qui prendrait une décision clémente envers un immigré en situation illégale dans un territoire entièrement acquis aux idées ultraconservatrices. Imaginons ce qu’il en adviendrait pour la liberté confessionnelle, de mœurs ou politique. Imaginez le meurtre, l’agression ou un autre délit ou crime commis par un noir américain dans une ville à majorité blanche, conservatrice et majoritairement adepte d’une religion fondamentaliste. C’est même une marque historique de ce qu’on appelle l’Amérique profonde des territoires intérieurs.

Je ne pourrais pas penser que tous les juges soient partiaux, ce serait de ma part dire une très grossière bêtise, mais il faut avouer que la suspicion est tout de même très légitime. Il faut effectivement reconnaître que jusque-là le système s’est correctement comporté. Mais nous voyons que la suspicion à son égard s’est transformée en risque imminent avec l’élection de Donald Trump. L’édifice ne pourra pas tenir longtemps à ce rythme d’idéologisation et d’extrême populisme. 

Passons maintenant aux arguments des partisans de la nomination des juges. À l’évidence les avantages et les inconvénients s’inversent. Le système écorche l’idée de la démocratie en privant la souveraineté populaire de s’exprimer mais évite en même temps le biais de la tentation de prendre des décisions en fonction de l’intérêt de la réélection.

La France révolutionnaire de 1789, dans son élan de redonner aux citoyens le pouvoir suprême avait choisi le mode électif des juges. Très rapidement le pays a reformulé son choix pour un système de nomination. 

Cet exemple est assez parlant car la rage révolutionnaire par la terreur ne convient à la démocratie ni par la soif de vengeance des leaders ni par celle des citoyens « chauffés à blanc ». On pourrait presque rapprocher cette hystérie vengeresse révolutionnaire à celle de la secte de Donald Trump bien que les positions politiques soient radicalement opposées. Bien entendu en évitant l’anachronisme entre deux terreurs qui ne sont tout de même pas de même niveau d’où la précaution du « presque ».

Et si nous retournions au système électif se poserait une autre question très importante en droit. Comment trouverait-on la stabilité de la nécessaire régulation et homogénéité des jurisprudences qui unifient le droit dans tous les territoires pour des cas similaires ? Les décisions seraient éloignées les unes des autres en fonction des doctrines politiques de chaque électorat.

À cette question les partisans de l’élection nous répondent que la régulation provient des appels successifs au niveau fédéral puis de celui de l’ultime recours auprès de la Cour suprême. Or nous disent-ils, ceux-là ne sont pas élus mais désignés, donc stables et sans contrainte d’inféodation aux positions politiques de leur électorat  (ce qui me faisait dire en début de chronique qu’une petite proportion en mix existait).

Mais comme dans un match de ping pong la balle revient maintenant à la partie adverse. Le justiciable serait confronté au même risque d’une partialité politique de la majorité des juges directement liées à la position politique du président qui les a nommés, ce qui est le cas avec Donald Trump. Encore pire, les juges sont élus à vie, ce qui entraîne une impossibilité de changement avec le les présidents suivants. La souveraineté populaire est vidée de son sens puisque le changement de politique n’aurait aucun effet sur les convictions des juges.

Cette critique de l’inféodation de la Cour en fonction de la majorité issue de la nomination d’un président n’est pas nouvelle. Mais avec la majorité acquise à Donald Trump c’est une explosion des décisions ultraconservatrices qui remettent en cause toutes les avancées antérieures dans l’histoire, soit du point de vue démocratique que sociétal. 

Si nous quittons le cas particulier de la nomination des juges de la Cour suprême, les partisans de l’élection reprennent force pour la critique du système à nomination des juges. En France, puisque j’ai repris l’exemple historiquement fondateur du système nominatif, les magistrats passent par le concours de l’école de la magistrature, ce qui crée un terreau de l’entre-soi, en allant même jusqu’à la constitution d’une caste que beaucoup dénoncent. 

Cet entre-soi ne supprime pas pour autant le risque de l’orientation politique des juges qui est souvent mise en accusation en raison notamment de leur adhésion à des syndicats à obédience politique à peine voilée. Il y a pour ceux qui critiquent ce système un danger double, celui des inconvénients des deux systèmes réunis.

Il y a tant d’autres arguments de part et d’autres mais ma chronique s’est focalisée sur les plus importants, ceux qui ont une résonance avec la définition politique de la démocratie. Quelle est alors ma position ?

Je croyais l’avoir clairement dit, je suis résolument contre l’élection des juges pour les raisons énoncées précédemment. Il n’y a jamais de distance de celui qui résume avec ses propres mots les arguments opposés dans un débat. Un arbitre neutre n’existe pas en politique. 

Boumediene Sid Lakhdar

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Donald Trump convie cinq chefs d’État africains à Washington

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Trump
Donald Trump envers et contre tous.

Les présidents sénégalais, libérien, gabonais, mauritanien et bissau-guinéen entament ce mercredi 9 juillet une visite de trois jours aux États-Unis avec, en point d’orgue, un « dialogue de haut niveau » et un « déjeuner de travail » avec Donald Trump. Le président américain espère notamment conclure à cette occasion plusieurs partenariats avec des pays qui disposent d’importantes ressources stratégiques.

Le format de la rencontre est inédit. Du mercredi 9 au vendredi 11 juillet, cinq chefs d’État africains sont conviés à Washington pour un sommet avec les États-Unis.

Le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le Libérien Joseph Boakai, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló vont notamment participer à un « dialogue de haut niveau ainsi qu’à un déjeuner de travail » avec le président américain Donald Trump alors que des rencontres bilatérales devraient également avoir lieu, si l’on en croit les sources diplomatiques contactées par RFI en Afrique de l’Ouest.

Grande première depuis l’arrivée au pouvoir du président républicain, l’initiative vise à favoriser « un dialogue ouvert »  avec les « nations africaines », selon les informations transmises par un haut responsable américain, les États-Unis se disant « à l’écoute de [leurs] préoccupations et de [leurs] priorités » avec pour objectif de « nouer des partenariats » et de « promouvoir l’engagement économique et l’investissement du secteur privé ».

Minerais stratégiques contre appui sécuritaire dans le Golfe de Guinée

Comme souvent avec Donald Trump, le commerce va donc, une fois encore, se retrouver au centre du jeu lors de ce rendez-vous voulu, si possible, gagnant-gagnant, avec des pays loin d’avoir été choisis au hasard : si aucun d’eux ne compte parmi les géants démographiques du continent africain, le Sénégal, le Liberia, le Gabon, la Mauritanie et la Guinée-Bissau ont tous, en revanche, l’avantage d’y posséder des ressources – en particulier dans leur sous-sol – qui intéressent au plus haut point le président américain.

Tel est par exemple le cas du Gabon qui détient des stocks de minerais stratégiques comme le manganèse ou l’uranium encore peu ou pas exploités… Comptant bien y obtenir un accès privilégié, Donald Trump pourrait proposer en échange à ses hôtes un appui sécuritaire, notamment contre la piraterie dans le Golfe de Guinée. 

Alors que pour Washington, ce sommet représente aussi l’occasion d’aborder la question du contrôle des flux migratoires – tous les pays conviés sont des pays côtiers – et, surtout, de se positionner dans une région du monde où la Chine et la Russie se taillent la part du lion, les cinq dirigeants africains qui y sont invités devraient, de leur côté, en profiter pour défendre leurs intérêts face au président américain, notamment sur la question brûlante des tarifs douaniers.

Très endetté, le Sénégal entend plaider sa cause auprès de Donald Trump

Sujet prioritaire s’il en est pour le Sénégal, la question de sa dette publique – estimée à 111,4 % de son PIB par le FMI – devrait figurer en bonne place des discussions que devraient avoir Bassirou Diomaye Faye et Donald Trump à Washington.

Selon une source diplomatique sénégalaise, le président sénégalais devrait plaider pour que son homologue américain pèse de tout son poids sur les institutions de Bretton Woods et pour que le FMI lève la suspension de son prêt d’1,8 milliard de dollars bloqué depuis plus d’un an en raison de la découverte de manquements graves dans les données des comptes publics transmises par l’administration précédente. Pour Dakar, ces décaissements représentent en effet une étape incontournable en vue de récupérer des marges de manœuvres budgétaires.

L’autre dossier de taille que Bassirou Dimaye Faye pourrait aborder avec Donald Trump concerne la migration, alors que le Sénégal est menacé, avec 24 autres pays africains, d’un nouveau travel ban, une interdiction de voyage sur le sol américain. En cause : l’interpellation de plus de 20 000 Sénégalais à la frontière mexicaine avec les États-Unis entre janvier et juillet 2024 – un chiffre dix fois plus élevé qu’il y a deux ans – selon un document du ministère américain de l’Intérieur.

La question est éminemment sensible pour le pays dont plus de 30 000 ressortissants vivent aux États-Unis et dont la contribution financière est vitale puisqu’elle est plus élevée que l’aide publique au développement, toujours selon une source diplomatique sénégalaise.

RFI

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Le RCD et le PT s’insurgent contre l’acharnement judiciaire visant Belabbas et Saïdi

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La répression judiciaire et politique franchit un nouveau cap en Algérie. À quelques jours d’intervalle, deux figures de l’opposition politique et syndicale ont été frappées de plein fouet par des décisions judiciaires à forte teneur politique. Le Rassemblement pour la culture et la Démocratie (RCD) et le Parti des travailleurs (PT) dénoncent une dérive autoritaire marquée par la criminalisation croissante de l’engagement indépendant.

Le 8 juillet, la cour d’Alger a confirmé la condamnation à six mois de prison ferme de Mohcine Belabbas, ancien président du RCD, pour des motifs que le parti qualifie d’« arbitraires ». Cette sentence intervient dans un contexte de durcissement général à l’encontre des opposants politiques. Pour le RCD, cette décision « illustre une volonté persistante de criminaliser l’engagement politique », dans un climat où toute voix dissidente est systématiquement assimilée à une menace.

Dans le même temps, une autre affaire suscite indignation et inquiétude : celle du syndicaliste Lounis Saïdi, secrétaire général de la fédération des cheminots affiliée à l’UGTA. Arrêté et placé sous mandat de dépôt le 5 juillet — jour hautement symbolique de la fête nationale — pour avoir osé déposer un préavis de grève illimitée, il devient la nouvelle cible d’une répression qui n’épargne plus même les structures syndicales historiquement proches du pouvoir. Le PT y voit une tentative manifeste de « remettre en cause un droit fondamental, l’immunité syndicale », en évoquant un « précédent gravissime ».

Pour les deux partis, les événements récents ne sont pas des faits isolés, mais les symptômes d’un climat politique de plus en plus hostile à l’expression libre. Le PT, dans un ton alarmiste, estime que « les lois syndicales adoptées en 2023 doivent être profondément revues », car elles transforment l’exercice syndical en délit potentiel.

En appelant à la libération immédiate des deux hommes et à la fin des poursuites contre les militants politiques et syndicaux, le RCD et le PT convergent autour d’un constat partagé : la scène nationale est en train de se refermer dangereusement sur elle-même. Les mécanismes traditionnels de médiation sociale – comme le dialogue ou la négociation – cèdent la place à la répression judiciaire et administrative.

Ce durcissement du régime envers les figures de l’opposition et du mouvement social soulève de vives préoccupations dans une société déjà marquée par une défiance profonde envers les institutions. L’emprisonnement de Louanis Saïdi, dont le seul tort semble avoir été de défendre les intérêts des cheminots, renvoie à une conception autoritaire du pouvoir où toute velléité d’autonomie est perçue comme une insubordination insupportable.

En filigrane, ce sont les libertés fondamentales – liberté syndicale, droit de grève, liberté d’expression – qui se trouvent menacées. Les cas Belabbas et Saïdi, chacun à leur manière, dessinent les contours d’une nouvelle ère où le politique et le social sont étroitement surveillés, verrouillés et punis lorsqu’ils s’émancipent des lignes imposées par le pouvoir.

La rédaction

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Pourquoi les Algériens aiment-ils les dictateurs ?

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Tebboune lors de l'une de ses rares sorties
Tebboune lors de l'une de ses rares sorties

Qui se souvient d’Ahmed Ben Bella ? Non ? La honte ! Pour faire court, c’est le Tebboune d’aujourd’hui avec plus de cheveux et de jeunesse ! Avec plus de « légitimité historique » aussi !

Tu ne peux pas t’imaginer à quel point tes grands-parents, les gens du terroir et des villes, les villageois crédules, semblaient l’aimer. Et pour beaucoup, il incarnait, en 1963, l’espoir d’une Algérie nouvelle (déjà !). On convulsait presque en sa présence ! On se jetait à ses pieds comme pour implorer un marabout !

Des mises en scène d’El Yatima (encore en rodage) le présentaient comme un homme adulé, érigé, en peu de temps, en une véritable divinité ! Survint le temps du désenchantement, et l’euphorie s’est dissipée au contact de la bestialité imposée. La dictature était bien installée, et la damnation ne nous quittera plus !

Puis se joua un match de football au stade Zabana d’Oran, qui le mit définitivement hors-jeu à la minute historique du 19 juin 1965 (il n’y avait pas la VAR à l’époque) ! Il a joué les prolongations dans les prisons de son successeur, Boumediene !

Les mêmes geôles qu’il avait fait construire pour ses opposants lui ont servi de maison de redressement ! Comme quoi, il ne faut jamais siffler la fin de la partie avant le temps réglementaire ! Le stade du coup d’État fut rebaptisé stade du redressement… révolutionnaire ! Ça a de l’humour, un dictateur !

Et c’est ce même Boumediene, alors colonel des armées, avec sa silhouette chétive d’escogriffe mal en point (il s’est bien rattrapé par la suite), et ses yeux noir corbeau, qui est devenu le nouveau Calife ! Et revoilà ton grand-père, ou peut-être déjà ton père (pas tous, mais la plupart), par peur ou par ignorance, qui se mettent à lui vouer un culte pharaonique ! Ben Bella, le marabout, a été promptement enterré vivant, sans mausolée, sans épitaphe, pendant plus de 15 ans ! Le temps que durera le règne du pharaon ! Et ton père, ton grand-père, que crois-tu qu’ils aient fait ? Ils ont applaudi l’incarcération du premier et pleuré, comme des orphelins, la disparition du second, malgré les années de plomb et de misère ! M3a louaqef ya jeddek (avec celui qui reste debout !)

Mais ils ont tout de suite cherché le salut dans son successeur : Chadli Bendjedid, l’artisan de la continuité, de la ruine et de l’apocalypse islamiste ! On ne va pas raconter toute l’histoire des successions et des spoliations répétitives, du viol systémique de la Constitution et des espoirs, des assassinats politiques, de l’arbitraire ou de la guerre civile.

On ne va pas non plus raconter l’histoire déjà bien connue de Bouteflika, qui t’a gouverné, vingt années durant, toi et tes diplômes de l’école fondamentale… sur une chaise roulante, puis avec un cadre, sans prononcer un seul mot pendant six longues années, jusqu’au Hirak béni ! Étonnant, non ?

Tu l’auras compris : tu appartiens à une lignée qui aime louer ceux qui l’écrasent ! Qui les attire comme les victimes des violences conjugales ! Et si ça peut te rassurer, tu peux toujours te dire que ce n’est pas une malédiction, mais El Mektoub ! El Mektoub a le dos large et peut porter même les plus grandes lâchetés !

L’Algérien aime la figure du père autoritaire. Celui qui rugit à la maison parce que le couscous est sec ou trop arrosé. Celui qui manie le bâton et la ceinture. Celui qui ordonne par le frémissement de moustache ou de sourcil. Qui casse les assiettes parce qu’il ne trouve pas de fourchettes. Celui qui ordonne une sieste-surprise par décret à 15h !

L’Algérien aime aussi la figure du prophète sorti du désert. Il croit aux miracles et aux livres saints. Il rêve de vivre une épopée mystique, l’ascension d’un berger qui devient roi ! L’Algérien est candide parce qu’il est profondément croyant ! Tes grands-parents partageaient leurs maigres récoltes avec le marabout du coin pour avoir sa bénédiction ! Tu as toi-même, (sans le savoir ?), une appétence presque naturelle pour le mythe et le surnaturel.

Tu cohabites avec les interdits et tu t’en accommodes. Tu as l’habitude du dieu invisible qui dicte ce qui est sacré, halal ou haram ! C’est ainsi qu’un Tebboune devient un messager et pas un usurpateur ; Boumediene, Aïssa et pas Juda ! À cela se rajoute l’ordonnance prophétique de l’allégeance envers le commandeur des croyants, qui scelle définitivement une structure mentale prédisposée à la soumission !

L’Algérien est envieux, même contre son propre intérêt ! Il aime ouvrir un commerce parce que le voisin est potelé depuis qu’il en a ouvert un ! Il aime construire un garage à la place du jardin, parce que le voisin construit déjà le 4e et semble plus riche !

C’est avec un raisonnement similaire qu’on s’est fabriqué les zaïms Ben Bella et Boumediene, parce que les voisins avaient Nasser et Saddam ! L’envie érigée en modèle de gouvernance ! Quelle absurdité… et pourtant, c’est la réalité des sociétés tribales, qui peinent à se défaire d’un fonctionnement profondément archaïque, voire reptilien ! Arabiste plus que les Arabes, islamiste plus que les musulmans ! Le rêve de puissance par la taille du minaret ! Et ça a failli dégénérer en une République islamique avec un Khomeiny made in bledek (avorté celui-là). Al hamdoullah !

L’esprit de la tribu — avec le chef, le clan, les peurs, les lâchetés et les ignorances — c’est le package dont hérite l’enfant algérien à la naissance. Et ce n’est pas en homme libre qu’il se rêve, mais en chef de clan ! Ce n’est pas en révolutionnaire qu’il se conçoit, mais en réactionnaire. Une h’chicha plutôt qu’un papillon ! Car, croit-il, un avenir morose, mais certain vaut les plus beaux avenirs incertains ! Et il perpétue instinctivement la tradition de la soumission par loyauté à une structure sociétale et mentale qui l’écrase, et dont il ne conteste ni l’utilité, ni l’efficacité !

C’est pour cette raison qu’il défendra Tebboune, jusqu’à ce qu’il soit déposé par un autre dictateur… qu’il glorifiera à son tour!

K.H

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« L’Étrangère » : Marie Cardona, la voix oubliée de Camus révélée à Avignon

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L'Etrangère

C’est l’une des premières du Festival Off d’Avignon 2025 qui suscite déjà l’attention. Du 5 au 26 juillet à 13h30, le Théâtre du Balcon accueille L’Étrangère, une création audacieuse qui interroge notre rapport aux classiques littéraires.

Adaptée librement de L’Étranger d’Albert Camus, la pièce place au centre du récit un personnage trop longtemps resté dans l’ombre : Marie Cardona, la compagne de Meursault.

Dans cette proposition scénique inédite, une étudiante d’aujourd’hui — seule présente au cours d’un professeur passionné mais figé dans son savoir — engage avec lui un dialogue intellectuel et émotionnel autour du chef-d’œuvre de Camus. Ce face-à-face devient alors le point de départ d’une véritable enquête littéraire. Une fouille des mots et des silences. Un voyage entre fiction et réalité. Un appel à entendre autrement les voix étouffées.

En mêlant les phrases d’Albert Camus à l’imagination contemporaine d’une jeune femme du XXIe siècle, L’Étrangère s’insinue dans les marges du roman, en explore les absences, et déploie une lecture sensible, critique et profondément humaine. Marie Cardona y devient non plus personnage secondaire, mais conscience active, dépositaire d’une mémoire, d’un amour, d’un questionnement.

Cette pièce n’accuse pas Camus : elle le relit, le questionne, le confronte au présent. Pourquoi certaines œuvres traversent-elles les siècles ? Que racontent-elles — et que taisent-elles ? En replaçant une femme au cœur du récit, L’Étrangère interroge aussi notre façon de transmettre les grands textes : avec fidélité, mais sans aveuglement.

Une œuvre forte, épurée et nécessaire. Une ode au théâtre comme lieu de mémoire, de transmission et de réinvention.

Djamal Guettala

L’Étrangère – Théâtre du Balcon

Du 5 au 26 juillet 2025 à 13h30

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« Rassa Morra », Ania Mezaguer explore la face cachée du monde professionnel

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Une femme, DRH dans une multinationale, évolue dans un univers masculin où compétence rime rarement avec reconnaissance. Les obstacles ne sont ni bruyants ni spectaculaires.

Ils prennent la forme de silences, de petites trahisons, de pressions informelles. Dans Rassa Morra, son premier roman publié aux éditions El Qobia, Ania Mezaguer donne à voir ce quotidien de résistance, à travers le personnage d’Aziyadé, femme intègre, cible d’un management agressif et mal préparé.

Ce n’est pas une fiction inventée de toutes pièces : le récit s’inspire du vécu de l’autrice, elle-même DRH dans plusieurs multinationales. Rassa Morra condense des années de tensions, d’injustices, d’observations – les siennes, et celles de nombreuses femmes africaines évoluant dans des structures dominées par des logiques de pouvoir opaques.

Trois thèmes majeurs traversent le livre :
– La marginalisation des femmes dirigeantes, souvent déstabilisées quand elles ne se plient pas aux jeux de pouvoir ;
– Le déficit criant de compétences managériales, dans des postes où l’autorité se confond trop souvent avec l’abus ;
– L’expatriation, non pas comme un tremplin, mais comme une forme d’isolement professionnel et humain.

Le titre, Rassa Morra, intrigue autant qu’il interpelle. Dans un entretien accordé au quotidien L’Expression, Ania Mezaguer explique que l’expression lui a été soufflée par son père, lors d’une discussion sur les dérives et humiliations qu’elle a subies au travail. Sous le coup de la colère, il lance cette formule en arabe dialectal – qu’elle traduit par « race maudite » – pour désigner certains comportements destructeurs. L’autrice hésite, juge le terme trop dur, puis finit par l’adopter, tant il résume ce que le livre dénonce : une violence systémique, feutrée, mais brutale.

Ania Mezaguer aurait pu écrire un témoignage ou un essai. Elle a préféré la fiction. « Je voulais qu’on lise une histoire, pas un manuel », dit-elle. Le choix du roman psychologique s’impose comme une évidence, pour dire l’usure silencieuse, le doute qui s’installe, la dignité qui tient bon.

Avec Rassa Morra, elle signe un premier roman sobre, tendu, sans effets inutiles. Un texte qui résonne longtemps après sa lecture, tant il touche à une réalité partagée, mais rarement nommée.

Djamal Guettala

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