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Légaliser le cabas, brider l’entreprise : le double jeu d’un pouvoir en panne

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Le pouvoir algérien légalise l’importation « du cabas » sous couvert d’intégrer l’informel. Mais au même moment, il renforce les blocages bureaucratiques et bancaires pour les véritables opérateurs économiques. Une stratégie du contournement érigée en politique économique, révélatrice d’un pouvoir à court d’ambition.

Le 29 juin 2025, la légalisation du commerce dit « du cabas » est devenue effective, avec la publication du décret exécutif fixant les modalités d’exercice de cette activité par les auto-entrepreneurs.

Lors d’un entretien diffusé samedi soir avec trois journalistes, le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que cette mesure visait à intégrer l’économie informelle dans l’économie réelle et à contenir l’importation parallèle. Selon lui, “l’importateur du cabas devient un agent économique reconnu”, désormais autorisé à exercer sans crainte, tout en contribuant, par le paiement des taxes et des droits de douane, aux recettes nationales.

Présentée comme une avancée stratégique, cette décision s’inscrit en réalité dans une logique d’accompagnement de ce que le pouvoir ne maîtrise plus. Ce n’est pas une réforme économique : c’est une légalisation de l’impuissance. Ce que l’on nomme désormais « micro-importateur » n’est pas soutenu pour produire, innover ou exporter. Il est simplement toléré, puis intégré, pour mieux encadrer ce qui lui échappe.

Le cabas, symbole d’une économie de survie, devient ainsi une ligne officielle de la politique économique. Cette reconnaissance n’est pas une revalorisation, mais une gestion du désordre. On ne transforme pas l’informel : on s’y adapte. On n’en sort pas : on l’institutionnalise.

Et pendant qu’on habille le cabas de légalité, les véritables opérateurs économiques, eux, se heurtent à de nouveaux obstacles. Le 9 juillet, une note de l’Association des banques impose aux entreprises un “programme prévisionnel d’importation” validé par le ministère du Commerce avant toute domiciliation bancaire. Autrement dit : plus de paperasse, plus de barrières, plus de découragement pour ceux qui veulent produire ou investir légalement.

Ce déséquilibre est le cœur du problème. À défaut de créer, on autorise à ramener. À défaut de bâtir un tissu productif, on simplifie l’importation à l’échelle individuelle. Le pouvoir fabrique un modèle économique paradoxal : il encourage l’économie du cabas tout en verrouillant celle de l’entreprise.

Cette politique à double vitesse n’est pas un accident. Elle reflète une volonté plus profonde : maintenir un équilibre précaire entre un discours de régularisation et une pratique de contrôle. Offrir un débouché légal à une économie de survie permet d’acheter, à bas coût, une forme de paix sociale.

Mais dans le même temps, le verrouillage de l’entreprise par des barrières administratives toujours plus opaques n’obéit à aucune rationalité économique. Il relève d’un réflexe autoritaire : garder le contrôle, empêcher l’autonomie, brider toute initiative qui échapperait à la tutelle de l’État.

Le chef de l’État parle de transparence et de régularité. Mais aucune régularité ne peut reposer sur un système qui étouffe les producteurs, décourage les entrepreneurs, et encadre les petits importateurs sans stratégie industrielle. Ce n’est pas l’intégration de l’informel dans l’économie réelle que l’on observe, mais sa normalisation comme horizon politique.

Le cabas, devenu légal, incarne cette contradiction : il raconte l’ingéniosité des citoyens autant que le vide des politiques publiques. Il devient un substitut à la stratégie industrielle, un palliatif déguisé, un cache-misère économique. Et c’est cette tentation de faire du provisoire une politique durable qui doit nous alarmer.

L’Algérie mérite mieux qu’un bricolage légal de sa précarité. Elle mérite un pouvoir qui ose investir dans la production, soutenir la création de valeur, et donner aux jeunes autre chose qu’une frontière à franchir et un sac à remplir.

Mohcine Belabbas, ancien président du RCD

Cette tribune est publiée par son auteur sur les réseaux sociaux.

«Cramés, les enfants du monstre» : plongée dans la jeunesse sacrifiée des quartiers nord de Marseille

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Après avoir dévoilé dans La Fabrique du Monstre les mécanismes d’un système politico-mafieux à l’œuvre à Marseille, puis analysé dans La Chute du Monstre, l’effondrement de ce même système, Philippe Pujol achève sa trilogie avec Cramés – Les enfants du Monstre.

Ce dernier volet s’attache au portrait poignant des enfants et adolescents livrés à eux-mêmes, broyés par un engrenage fait de trafic, de violence et d’abandon. À travers une immersion longue et respectueuse, le journaliste-écrivain donne la parole à ces « cramés », jeunes victimes d’un système qui se régénère à leurs dépens. Un récit nécessaire, dur mais humain, qui éclaire les réalités d’une jeunesse sacrifiée et appelle à une transformation profonde.

Le Matin d’Algérie : Ce nouveau livre clôt une trilogie entamée avec La Fabrique du Monstre et poursuivie avec La Chute du monstre. Comment s’inscrit Cramés – Les enfants du monstre dans cette continuité ?

Philippe Pujol : Le « Monstre » n’est pas une fatalité immuable. C’est un système profondément enraciné, difficile à abattre. Il peut être bloqué ou freiné, mais tant que les pratiques de corruption, clientélisme et favoritisme perdurent, le monstre se régénère. Changer de gouvernance ne suffit pas forcément, car les habitudes du système restent les mêmes, quel que soit celui qui prend le pouvoir.

La véritable bataille est de rompre avec ces mécanismes invisibles qui perpétuent l’injustice et l’abandon. Ce n’est qu’en transformant durablement les pratiques politiques et sociales que l’on pourra espérer vaincre ce monstre qui dévore les quartiers populaires. Cramés montre les conséquences concrètes de ce système en décomposition : les enfants du Monstre, ces jeunes abandonnés, victimes d’un engrenage qu’ils n’ont pas choisi. Ce livre est la suite logique et inévitable de la trilogie.

Le Matin d’Algérie : Pourquoi avoir choisi de centrer ce dernier volet sur les enfants et les adolescents ?

Philippe Pujol : Parce que ce sont les plus vulnérables et les plus invisibles. J’ai voulu m’intéresser à leur vie, à leurs environnements, à leurs rêves, à leurs vécus – pas à leurs réseaux ou trafics. Ces jeunes subissent souvent, dès le plus jeune âge, l’abandon familial, social, institutionnel. Mais ce sont avant tout des jeunes avec des espoirs et des histoires qui méritent d’être racontées.

Le Matin d’Algérie : Qui sont ces “cramés” que vous décrivez ? Que recouvre ce mot dans le contexte de votre livre ?

Philippe Pujol : Leur destin est brûlé vif dès le début. C’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux. Ce sont des gamins utilisés, qui petit à petit n’auront pas d’autre possibilité que de continuer à être dans les stups ou la prostitution, souvent liés. Tous les malheurs les ont consumés totalement, il n’en reste que du charbon. Ils dealent le charbon mais ils sont eux-mêmes le charbon.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous rencontré ces jeunes dont vous retracez les parcours ? Quel lien avez-vous noué avec eux ?

Philippe Pujol : J’étais déjà sur le terrain depuis des années. Je ne suis pas allé vers eux pour parler des trafics ou réseaux, mais pour comprendre leur quotidien, leurs vécus, leurs rêves. La confiance s’est construite lentement, parfois sur plusieurs années, dans la patience et l’absence de jugement.

Le Matin d’Algérie : Votre travail s’appuie sur une immersion de longue durée dans les quartiers nord de Marseille. Quelles évolutions avez-vous constatées depuis vos débuts ?

Philippe Pujol : Beaucoup croient qu’il y a beaucoup d’argent dans ces quartiers. Ce n’est pas vrai. Sinon, on verrait des magasins, des voitures de luxe en circulation permanente. La réalité, c’est une grande précarité. Certaines voitures de luxe sont louées pour faire des photos sur les réseaux sociaux, une image factice. L’argent liquide circule très peu dans les mains des jeunes des cités. Certes, certains ont investi dans des snacks ou autres commerces, mais la majorité ne connaît pas la richesse. Et dans les trafics, la plupart des jeunes ne gagnent pas grand-chose, contrairement aux idées reçues.

Le Matin d’Algérie : Dans quelles conditions ces enfants basculent-ils dans les trafics, la violence ou la prostitution ? Y a-t-il des facteurs communs ?

Philippe Pujol : Le point commun, c’est l’abandon : familial, scolaire, institutionnel. Le système recrute ces enfants parce qu’ils sont vulnérables. En bas de l’échelle, il y a ces « choufs », ces guetteurs qui restent des heures dans la rue, payés au lance-pierre, souvent endettés auprès des plus gros. Cette spirale d’endettement et de pression pousse beaucoup à glisser dans les trafics ou la prostitution. Beaucoup ne s’en rendent pas compte, ils pensent « se débrouiller ». Mais c’est un piège. Dans les réseaux de prostitution, j’ai rencontré plus tard des filles qui ont commencé à se mettre en relation pour vivre autrement, ce qui montre qu’il se passe quelque chose, une prise de conscience et des tentatives d’échappatoire.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle jouent, selon vous, les institutions – École, Justice, Aide sociale à l’enfance – dans ces trajectoires ?

Philippe Pujol : Elles devraient être des protections, mais elles peinent à répondre aux besoins de ces jeunes. L’école, par exemple, n’est pas conçue pour des enfants ayant vécu des traumatismes graves. L’Aide sociale à l’enfance manque de moyens et de coordination. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais d’un système qui ne fonctionne pas à la hauteur des enjeux.

Le Matin d’Algérie : Votre récit montre une forme d’économie parallèle qui recycle la misère. Est-ce aujourd’hui un système à part entière ?

Philippe Pujol : Oui. Il y a une vraie organisation, avec des rôles définis : patrons, semi-grossistes, détaillants, guetteurs… Mais il faut rappeler que ce n’est pas une richesse facile. La plupart vivent dans la précarité, avec peu d’argent. Ce système se nourrit de la misère, mais ne l’efface pas.

Le Matin d’Algérie : Dans La Chute du Monstre, vous décriviez un effondrement politique et mafieux. Ce que vivent ces enfants est-il une conséquence directe de cet effondrement ?

Philippe Pujol : Oui. La chute du système politique et mafieux a créé un vide qui n’a pas été comblé. Dans ce vide, les plus fragiles trinquent. Ces enfants sont la face visible d’un abandon profond de la société.

Le Matin d’Algérie : Avez-vous croisé des jeunes qui ont réussi à s’en sortir ? Ou des initiatives locales qui tentent de faire front ?

Philippe Pujol : Bien sûr. Tous les jeunes des quartiers ne sont pas délinquants. Beaucoup font des études et réussissent. J’ai aussi rencontré des filles dans des réseaux de prostitution qui se sont mises en lien pour tenter de changer leur vie. Il y a des acteurs locaux, des associations, qui essaient de faire bouger les choses, même si c’est un combat difficile.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous travaillé l’écriture de ce livre ? Vous mêlez témoignages, portraits, descriptions : quelle a été votre méthode ?

Philippe Pujol : J’ai voulu donner la parole aux jeunes avec honnêteté et respect, sans jugement ni sensationnalisme. J’ai écouté, enregistré, noté, sur plusieurs années. J’ai essayé de restituer leur quotidien, leur humanité, pour que le lecteur puisse comprendre leur réalité.

Le Matin d’Algérie : Au-delà de Marseille, pensez-vous que ce que vous racontez concerne aussi d’autres villes en France ?

Philippe Pujol : Oui, clairement. Marseille est emblématique, mais ces dynamiques existent dans beaucoup de grandes villes françaises, là où la précarité et l’abandon social sont aussi présents. C’est un problème national.

Le Matin d’Algérie : S’il ne fallait retenir qu’un message de ce livre, pour les lecteurs comme pour les pouvoirs publics, lequel serait-il ?

Philippe Pujol : Ces enfants sont encore des enfants, même quand ils dealent ou vivent dans la rue. Ce sont des vies brisées par l’abandon. Si on ne fait rien, le Monstre continuera de se régénérer, et c’est une part entière de la société qui disparaît. Pour changer, il faut transformer en profondeur les pratiques politiques et sociales, agir durablement.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Récompenses

3e Prix Varenne en 2010 pour un article sur les Roms l’exploitation de la misère par la misère

Prix Varenne PQR 2012 pour sa série French deconnection, publiée dans La Marseillaise entre juillet et aout 2012.

Prix Albert-Londres en 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit » sur les quartiers nord de Marseille

Prix ESJ-Paris en 2017 pour La Fabrique du Monstre

Mention spéciale ASBU du PriMed 2018 pour le documentaire Marseille, ils ont tué mon fils

Recouvrement des avoirs détournés : l’Algérie multiplie les démarches en vain !

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À l’occasion de la Journée africaine de lutte contre la corruption, le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa a annoncé que l’Algérie a adressé 335 commissions rogatoires internationales à 32 pays, dans le cadre de la lutte contre les flux financiers illicites liés à la corruption.

Des experts ont été envoyés à l’étranger et des efforts diplomatiques ont été engagés pour appuyer ces démarches, assure Lotfi Boudjemaa. En vain.

Parallèlement, 53 demandes de restitution d’avoirs ont été transmises à 11 pays, dont un en Afrique. Ces dossiers, toujours en cours de traitement, sont suivis par la justice nationale en coordination avec la Commission nationale d’experts, chargée du recouvrement des fonds détournés.

Selon Lotfi Boudjemaa, des réunions techniques par visioconférence et des missions sur le terrain ont permis quelques résultats concrets, sans que le ministre ne donne de détails chiffrés. Il a néanmoins souligné les nombreux obstacles rencontrés, en particulier la complexité des systèmes juridiques étrangers et la multiplicité des intervenants.

L’Algérie mise également sur une coopération internationale renforcée, en participant à des mécanismes comme StAR (Banque mondiale), GFAR, l’ONUDC, GLOBE Network, l’IACCC, UNICRI, ainsi que le réseau ARIN-MENA, rejoint récemment. Ces initiatives visent à appuyer les efforts de restitution dans un cadre multilatéral.

Le ministre a réaffirmé que la récupération des avoirs détournés demeure une priorité de l’État algérien.

Les résultats se font attendre. Lotfi Boudjemaa ne se pose toutefois pas la question du pourquoi de ces multiples échecs de réappropriation des avoirs détournés.

Aucun montant n’est donné par Lotfi Boudjemaa, pourtant le chef de l’Etat a bien argué que l’Algérie a récupéré les biens détournés. Alors qui dit vrai ?

La rédaction

Exploration des hydrocarbures dans le Sud : partenariat  entre l’Algérie et la Chine 

La compagnie nationale algérienne des hydrocarbures, Sonatrach, a signé un accord de principes avec la société chinoise Sinopec, dans le but de renforcer leur coopération dans le domaine de l’exploration et du développement des ressources énergétiques.

Cet accord vise à préparer la conclusion d’un ou plusieurs contrats futurs portant sur des projets communs dans le secteur des hydrocarbures.

Selon un communiqué du ministère de l’Énergie et des Mines, l’accord concerne notamment les bassins de Gourara et de Berkine Est, où les deux partenaires entendent évaluer et exploiter de nouvelles ressources. Le texte prévoit la mise en place d’un programme de travail commun, avec un accent particulier sur l’adoption des meilleures pratiques en matière de préservation de l’environnement, et le respect des principes d’une exploitation durable et responsable des ressources naturelles.

Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large visant à renforcer les investissements étrangers dans le secteur énergétique algérien, tout en consolidant la position de l’Algérie sur le marché mondial de l’énergie. Il s’agit également d’un prolongement des relations stratégiques déjà établies entre Sonatrach et Sinopec, présentes en Algérie depuis 2002.

Avec cette nouvelle étape, les autorités algériennes réaffirment leur volonté d’ouvrir de nouveaux horizons à la coopération internationale dans le domaine des hydrocarbures, notamment à travers des projets conjoints axés sur la recherche, l’exploration et l’innovation technologique.

Samia Naït Iqbal

Le ministre de l’Éducation récidive et minimise la performance de Tizi-Ouzou au bac 2025 : la colère gronde

Malgré un taux de réussite record au bac 2025, Tizi-Ouzou voit une nouvelle fois sa performance minimisée par le ministre de l’Éducation, Mohamed Seghir Saadaoui, . Des propos jugés injustes et politiquement orientés, qui ont déclenché une vague d’indignation.

La conférence de presse tenue par le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saadaoui, à l’occasion de l’annonce des résultats du baccalauréat 2025 ( un taux de réussite de 51,..%),  a ravivé la controverse. Il est vrai que ce ministre a du mal avec la Kabylie. Ses résultats lui restent décidément au travers de la gorge.

Une fois de plus, ce ministre donc a évité de saluer clairement la performance exceptionnelle de la wilaya de Tizi-Ouzou, qui s’impose pour la 15ᵉ année consécutive en tête du classement national. Il a préféré insister sur les résultats de la wilaya de Relizane, pourtant distancée de plusieurs dixièmes de points.

Pour justifier cette tentative de relativisation, le ministre affirme que Tizi-Ouzou serait « ex-æquo » avec Relizane. Un argument évidemment fallacieux. Mais la chimérique « nouvelle Algérie » de Tebboune tout est possible.

Pourtant, dans tout classement sérieux, ce sont les chiffres qui parlent — et les chiffres, eux, ne mentent pas. Tizi-Ouzou affiche un taux de réussite de 62,83 %, contre 62,09 % pour Relizane. Un écart de 0,74 point, certes modeste, mais suffisant pour établir une hiérarchie claire. Mathématiquement, il est donc infondé de placer les deux wilayas sur un même pied d’égalité. Mais il va encore plus loin, en ignorant Bejaia arrivée à la 3e place.

Cette posture a été largement perçue comme une tentative de gommer une performance méritée. En optant pour une lecture orientée des résultats, le ministre brouille les repères et alimente l’idée d’un traitement injuste à l’encontre de la région.

Ce n’est pas une première. Il y a moins d’un mois, lors de la publication des résultats du BEM, le ministre avait déjà été pointé du doigt pour avoir passé sous silence les résultats brillants de Tizi-Ouzou, préférant mettre en avant un établissement algérien basé… à Paris. Une manœuvre jugée aussi ridicule que révélatrice d’une volonté d’invisibilisation, voire d’ostracisme.

Sur les réseaux sociaux comme dans l’espace public, les réactions ne se sont pas fait attendre. De nombreux internautes dénoncent une volonté récurrente de minimiser les efforts des élèves, enseignants et parents de Tizi-Ouzou, pourtant exemplaires depuis des années.

 « C’est un manque de respect pour les élèves, leurs parents et leurs enseignants », déplore un enseignant de la région.

Sur sa page Facebook, Djamel Bezaouche, président de la commission Éducation, Formation professionnelle et Enseignement supérieur à l’APW de Tizi-Ouzou, s’insurge également : « Ce n’est pas la première fois que notre wilaya, exemplaire par l’engagement de sa famille éducative, subit des lectures biaisées et politiquement orientées de la part de ce ministre. Nous refusons que le sérieux de nos enseignants, l’effort de nos élèves et le soutien de nos familles soient instrumentalisés pour masquer les défaillances systémiques du secteur à l’échelle nationale. »

Le journaliste M. Mouloudj s’est, lui aussi, exprimé avec vigueur sur sa page Facebook :

 « À quoi rime cette obstination maladive à déclasser Tizi-Ouzou ? Pourquoi cette volonté manifeste de nier ses performances scolaires, pourtant éclatantes et constantes ? Est-ce une forme de haine déguisée ou assumée à demi-mot ? »

Et d’enfoncer le clou : « Deux lectures s’imposent : soit le ministre parle en son nom propre, et cela exige une réaction de ses supérieurs. Soit il reflète une orientation gouvernementale, auquel cas il s’agit d’une politique officielle de marginalisation. Ce serait alors gravissime. »

 « Cette récidive sent l’acharnement. Un ressentiment mal dissimulé, une volonté presque pathologique de minorer les efforts d’une région qui, année après année, prouve la qualité de son encadrement éducatif et de ses élèves. Plutôt que de reconnaître cet effort collectif fait de sacrifices et de persévérance, on choisit de travestir les chiffres et de brouiller l’évidence. »

Certains vont jusqu’à demander des sanctions.

 « Le ministre de l’Éducation doit être sanctionné pour régionalisme primaire ! », affirme un autre  journaliste sur le réseau social Facebook 

Malgré cette tentative de banalisation, les résultats de Tizi-Ouzou au bac 2025 confirment, une fois de plus, le sérieux de sa communauté éducative. Un leadership stable, bâti sur l’engagement des enseignants, la rigueur des élèves et le soutien actif des familles — que les autorités gagneraient à reconnaître, au lieu de l’éclipser.

Dans un contexte national marqué par de fortes tensions identitaires, ce type de discours renforce le sentiment d’exclusion et d’injustice. Il jette également le discrédit sur une institution censée valoriser l’équité, le mérite et l’excellence.

Samia Naït Iqbal

Maroc : l’affaire Mehdi Hijaouy, révélateur des tensions au sommet du pouvoir

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La fuite à l’étranger de Mehdi Hijaouy, ancien cadre de la DGED (renseignements extérieurs marocains), révèle une guerre de clans au sein de l’appareil sécuritaire du royaume.

Un parfum de règlement de comptes plane sur le sommet de l’État marocain. Et cette nouvelle affaire a dû secouer le palais royal et le gouvernement marocain.

Mehdi Hijaouy, ancien cadre de la DGED (Direction générale des études et de la documentation, renseignement extérieur), a fui le royaume après avoir été visé par un mandat d’arrêt international pour « escroquerie » et « facilitation d’émigration illégale », selon Le Monde.

Exilé dans un pays non dévoilé, Mehdi Hijaouy est aujourd’hui défendu par les avocats français William Bourdon et Vincent Brengarth, qui dénoncent une affaire « strictement politique » et une procédure « montée de toutes pièces ».

Selon les informations révélées par Le Monde dans son édition du 17 juillet 2025, la fuite de Hijaouy a été suivie d’une vague de répression touchant ses proches. Plusieurs officiers de police et connaissances ont été lourdement condamnés, tandis que des membres de sa famille font l’objet de pressions administratives et judiciaires : avoirs gelés, interdictions de sortie du territoire, convocations répétées devant les tribunaux.

Mehdi Hijaouy, loin d’être un opposant, s’était distingué par son zèle en faveur du roi Mohammed VI. Il avait notamment pris la défense des frères Azaitar, figures controversées du MMA proches du souverain, puis remis en 2023 un « Livre blanc sur le renseignement » au roi – deux actes perçus comme des provocations par certains cercles du pouvoir, selon la même source.

Derrière ce dossier, c’est une féroce lutte d’influence qui se joue entre les principales structures sécuritaires (DGED, DGST), les conseillers royaux et certains clans économiques. Pour la presse marocaine proche du palais, l’affaire est tout autre. Elle s’en est même pris au quotidien français du soir pour avoir dévoilé la fuite de cet ancien officier de la DGED. Le déchaînement de cette presse en dit long sur les soubassement de ce qui est « l’affaire Hijaouy ».

À l’approche d’une succession monarchique désormais dans toutes les têtes, les rivalités internes s’aiguisent, laissant entrevoir un climat de tension extrême au sommet du régime.

Synthèse L.M.

Aserǧen n umezruy n ixuniyen n taârabt-tinneslement, mgal tamurt n Lezzayer (1)

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Tigawt/action n Naïma Salḥi, Othmane Saadi, Mohamed Belghit, Youcef Belmehdi, atg., ur telli d tuccḍa neɣ d « lɣalaṭa » deg wawal-nsen, akked tsertit-nsen.

Mačči d tamuɣli n umdan menwala, deg wawal ɣer wayeḍ, d tasertit n taârabt-tinneslemt i trekkilen rennun akken ad tbeddel udem tmurt-nneɣ, ad tbeddel Tmazɣa udem s userǧen n umezruy.

Di tmura nniḍen gan-as isem : « révisionnisme », d tirmeggit/délit, tifrat-is deg unnar n teɣdemt.

Awal n imdanen-a, iga d asalu asertan, d win i d-ifkan aẓar si ‘’tsertit taârabt’’, ma d Izzayriyen-a bedden d iqeddacen-is mgal tamurt-nsen.

Maca, ibeddel kan ufus i ten-isseqdacen, i ten-iseččayen : iḍelli d timura n Maser-Surya-Iraq akken ad kemmlen deg ubrid n « lfutuḥat », ass-a d tigeldiwin n Saâudya-Qatar-Emirates, s tedrimt n pétrole. Tawekka yiwet-is.

Awal aneggaru n uneɣlaf d temsal n ddin, Youcef Belmehdi, zun « Lezzayer d tamurt n Uqba Ibn nafaâ », issaweḍ aserǧen/manipulation ɣer tqacuct ; ur d-iǧǧi kra inetlen, zun d tiḥila n tsertit kan, d tin n « ddaw-as, nnig-s ».

Amezruy ur iqebbel tikerkas : Uqba d acengu i d-yusan s yimnayen-is, ssazlen idammen, snegren tamurt tamaziɣt, wwin tilawin zun d tunṭict (« el ɣanima »/butin de guerre) akken ad nzent d taklatin di leswaq n Damas, n Beɣdad… taggara Uqba yenɣa-t Aksil/Koceila di Tahuda, deg Awras, deg useggas 683.

Akken ad d-frarint tkerkas n Belmehdi, zun ur ikellex yiwen s wawal-is, irra-yas-d awal yiwen uneɣmas  : « Ma tamurt n Lezzayer d tamurt n Uqba Ibn Nafaâ, ihi tamurt n Lezzayer diɣ d tamurt n marical Bugeaud, n jiniral Bigeard, n jiniral Paul Aussaresse, n jiniral Massu, n François duc d’Orléans (2) i yemmuten di 1960 deg Iferḥunen… » ?

Awal-nneɣ, mačči akken ad nernu tikerkas i tkerkas n ixuniyen n taârabt-tinneslemt. Maca, d tamara ad d-nessifrir ayen iffren deg usalu-nsen, di tikli-nsen i tsertit-nsen, acku ẓran anida i teddun.

Anwa i d iswi-nsen amezwaru ?

Teddun akken ad rekklen takti n usekkak n « El Maɣreb el aârabi », akked « El Ǧazair el aârabiya», zun imezdaɣ n Tamazɣa, zik llan d Imaziɣen, maca seg unekcum n ddin ineslem, dewlen d Aâraben, s lberhan n rebbi, ifra wawal !

Maca, ur illi lberhan, d tasertit n « grand remplacement » kan i kkaten ad sezrin s yisem n ddin ineslem.

Mačči d ayen i d-snulfan nutni iḍelli, acku yiwen uneɣlaf n Lezzayer inna-t-id yakan deg iseggasen n 1970, d Ahmed Taleb Ibrahimi (3) : « nella d Imaziɣen, ddin ineslem yerra-yaɣ d Aâraben !».

Timeṭṭurfit tineslemt/islamisme d tagejdit n tsertit-nsen

Tikerkas-nsen mačči yiwet kan, di yal tallit tettbeddil udem, neɣ tettlal-d takti tamaynut :

  • Takti n tazwara d nnker n tmaziɣt/négation absolue : « Imaziɣen ur llin d aɣref, ur telli tutlayt tamaziɣt, d « lahǧa » kan, ur illi yidles amaziɣ (4).
  • « Imaziɣen usan-d si Lyaman », zun yiwen uẓar-nneɣ akked waâraben. D awal n idukturen-nsen i yeɣran s taârabt di Beɣdad; d awal i yerfed Chadli Bendjedid mi yella d aselway deg iseggasen n 1980.
  • « Aâraben i d-yusan si tazwara d iserdasen n Uqba akked wid d-irnan di lqern wis 11, Banu Hilal akked Banu Sulayman, zun beddlen aẓar akked idammen n tmurt ».
  • « Tutlayt n taârabt, darǧa n wass-a, tekka-d si Carthage, d yiwen wudem n tefniqit (zun d  taârabt !) i yessaɣen i Tmazɣa ». Ma d tamaziɣt ur telli d tutlayt n tmurt si lqern ɣer wayeḍ, tella kan di tallit n Masnsen (5).
  • Azekka diɣ, zemren ad d-rnun wayeḍ : « d iselmaden imasriyen, isuriyen akked ipalistinen i d-iwwi Ben Bella deffir 1962 akken ad slemden taârabt, i ibeddlen idammmen, iles akked uẓar n tmurt, tedwel tmurt n Lezzayer d tamurt taârabt… !

Anta tagejdit iɣef tekkan ixuniyen-a ?

Snat tegjda i yellan d ifadden n tsertit i d-ikecmen Tamazɣa seg wagmuḍ aârab, si tallit n tinneslemt :

  1. Taɣelnaẓri taârabt/nationalisme arabe, tin i yellan zik teṭṭef tanemmast si tlalit n liga aârabiya, ma d ass-a qqimen-d kan ixerban deg-s ; zun tenger tsertit-nni si mi teɣli tmurt n Maser deffir ṭṭrad n Kipur di 1973 mgal Israël, terna tenger tmurt n Iraq s ufus n Saddam Hussein akked G. Bush (USA) di 1991 akked di 2003, tenger diɣ tmurt n Surya si tsertit n twacult El Assad akked trewla n Bachar el Assad ɣer Russia, deg wass n 08/12/2024.
  • Timeṭṭurfit taârabt-tinneslemt/arabo-islamisme, tessaɣ i tmurt n wagmuḍ, tekcem yal tamurt tineslemt. D tin i d tagejdit n Mohamed Belghit, Othmane Saadi (4), Youcef Belmehdi akked wiyaḍ. Ayen illan d amaynut, d afus i yellan gar-asen akked udabu ibedden di tmurt n Lezzayer ass-a. Tasusmi n udabu, ɣas issekcem Mohammed Belghit ɣer unekraf, d tiḥila kan i tiṭ n Izzayriyen, akken ad ters tegnit. Nezmer ad d-nini, imdanen-a zdin akked d udabu, bedden d tasalelt-is, d « alliés objectifs », akken ad qqnen tamurt deg ubrid n taârabt-tinneslemt, ad rẓen amussu amagday d-ikkren ugar si tnekra n Hirak di 2019. Nutni qeblen, bedden d iqeddacen n udabu, ggunin tagnit, ar asmi ar as-d-kken si deffir, ma ufan abrid.
  • Taglizit mgal tutlayt tafransit akked tutlayt tamaziɣt. Adabu ildi aḍref amaynut deg ubrid n taârabt-tinneslemt s usekcem n teglizit deg uɣerbaz. Ur illi d anadi n tussna, neɣ d asihrew n unnar n yidles n umaḍal. Tasertit-is tban am uzal : ad kksen assaɣ illan ass-a akked tutlayt tafransit ideg tella tmussni n tmurt, ad d-skecmen tamussni akked yidles n wagmuḍ aârab, d afud i taârabt-tinneslemt. Syin ad bnun amezruy n usekkak amaynut. Anekcum n teglizit d tigawt akken diɣ ad terr di rrif tutlayt tamaziɣt. Iqeddacen n tsertit-a d ikabaren imeṭṭurfan, d Hamas, Bina akked wiyaḍ ; zun ifka-yasen udabu aḥric seg udabu i yuɣ akken ad qedcen fell-as deg ubrid-is. Taḥilet tettwassen, d beṭṭu n umahil asertan/ « division politique du travail ». Tawekka n tmura n igelliden (Saâudya – Qatar – Emirates) d timerna kan i d-terna s tedrimt tameqqrant. Ugur di tmurt n Lezzayer i yella.
  • Naïma Salhi, Belghit, Belmehdi, d tiyita n ‘’snipers’’ i yeggunin tagnit akken ad d-wten yal tikkelt, neɣ d amussu idergen, win iteddun am tmest ddaw walim ? Yal tikkelt ad d-inṭeg yiwen si tama-ya neɣ si tama-yen, di yal annar n usekkak. Aneggaru-nni yefka tamurt i Uqba Ibn Nafaâ, wayeḍ sdat-s isuffeɣ-d adrar di TV n Emirates, zun « tamaziɣt tekka-d si tḥilet, complot franco-sioniste ». Ɣas ur illi wassaɣ gar yemdanen-a akken ad d-neṭgen mi yasen-iɣemmez win i ten-isseqdacen, maca abrid-nsen injer, teddun, kkaten akken ufan.
Ma ur sen-tgi tmurt talast, ad timɣur temsalt. Tamezwarut d taɣdemt, ad ten-tessekcem di tlisa n uzref n tmurt, tis snat d tasertit iwatan di tmurt n Lezzayer i umezruy-idles-tutlayt tamaziɣt akken ad negren yixuniyen-a.

Tuttra taneggarut :

Amur ameqqran n imdanen-nni inekren tamaziɣt, wid i yesseftiyen tikerkas n « Lezzayer taârabt » akked « complot franco-sioniste », am Othmane Saadi, Naïma Salhi, Muḥemmed Belghit… amur ameqqran deg-sen si yiwet temnat n tmurt n Lezzayer, d Imaziɣen i llan am akken llan akk Izzayriyen. Maca, yiwen seg-sen ur d-ikkir ad d-yini s wawal ifran : « nek aẓar-iw si Beɣdad, neɣ si Banu Hilal, usiɣ-d seg wagmuḍ aârab, d imnekcem, ṭṭfeɣ tamurt ! ».

Ar ass-a, yiwen kan i d-innan awal : « nek ur lliɣ d Amaziɣ », d Abdelkader Bengrina. D azref-is, maca awal-is iqqim d azgen, ur ifri.

D tuttra iwumi ur nufi tiririt…

Aumer U Lamara

Timerna / Notes :

1. Azwel/titre : « Manipulation de l’histoire par les militants arabo-islamistes, contre l’Algérie »

2. François Gaston Michel Marie d’Orléans, né au manoir d’Anjou à Woluwe-Saint-Pierre en Belgique, le 15  Aout 1935 et mort pour la France à Imzouagh (Iferhounène, Kabylie), en Algérie au cours d’un accrochage avec l’ALN, le 11 Octobre 1960 est un militaire français. Descendant du roi Louis-Philippe Ier, il reçoit de son père à titre posthume le titre de duc d’Orléans.

3. « Nous sommes des berbères, l’islam nous a plus ou moins arabisés », Ahmed Taleb Ibrahimi, deg iseggasen n 1970, « Tous les Algériens sont des Berbères plus ou moins arabisés »

Irna-d awal diɣ : « L’erreur qu’a commise l’Algérie indépendante est d’avoir occulté la dimension berbère ».

Commentaire : Comment un crime  de civilisation devient une simple ‘’erreur’’ pour Ahmed Taleb Ibrahimi,. Zun d tuccḍa tameẓyant !

Interview de Ahmed Taleb Ibrahimi, par Olivier Da Lage, RFI, 2004.

http://www1.rfi.fr/actufr/articles/018/article_8444.asp

4. « La preuve que les Amazighs sont des Arabes », Othmane Saadi.

https://www.lematindz.net/news/23061-la-preuve-linguistique-que-les-amazighs-sont-arabes-pour-la-constitutionnalisation-du-genocide-culturel-en-algerie.html

5. Abdou Elimam (1949 – 2023), d amussnaw n tutlayin, linguiste, d aselmad/professeur di tesdawit n Wehran. Yura idlisen ɣef temsalt n tutlayin di tmurt-nneɣ : « Le maghribi, langue trois fois millénaire », éditions ANEP, 1997 ; « Après tamazight, la darija (le maghribi), éditions Frantz Fanon, 2020.

Deux romans, deux crimes, une même désillusion : quand la littérature algérienne sonde ses ténèbres

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Avec La Fertilité du mal d’Amara Lakhous (Actes Sud) et La Fin du Sahara de Khatibi Saïd (Gallimard), deux romans traduits par Lotfi Nia, c’est une Algérie fracturée, hantée par ses non-dits et ses renoncements, qui s’écrit. Deux récits noirs où l’Histoire rattrape les corps, les villes et les consciences.

Oran, 5 juillet 2018. Sud algérien, septembre 1988. Deux moments clés, deux époques charnières, deux meurtres. Dans ces romans récemment traduits en français par Lotfi Nia, le polar devient prétexte à une dissection chirurgicale de l’Algérie post-indépendance. Derrière les intrigues policières, c’est la société tout entière qui passe à la barre des accusés.

Oran, fête de l’indépendance et cadavre mutilé

Dans La Fertilité du mal, Amara Lakhous situe son récit à Oran, un jour de fête nationale. Le colonel Soltani, officier des services antiterroristes, est dérangé chez sa maîtresse : un ancien combattant du FLN, devenu magnat du pouvoir algérien, vient d’être retrouvé égorgé et mutilé. Ce crime n’est pas seulement un fait divers : il dévoile les soubassements d’un pouvoir où les anciens héros sont devenus les nouveaux prédateurs.

À travers l’enquête de Soltani, Lakhous dépeint une ville schizophrène, partagée entre ruines coloniales et quartiers arrogants, entre silence imposé et colère contenue. Dans ce roman noir à la fois politique et existentiel, l’auteur explore la dégénérescence d’un régime qui a trahi les promesses de la révolution.

Contrairement à ses précédents romans écrits en italien, Amara Lakhous a ici choisi de revenir à l’arabe, sa langue d’origine. Un choix fort, symbolique, qui donne au récit un enracinement profond. La traduction de Lotfi Nia, fluide et exigeante, restitue avec justesse les tensions de cette langue sèche, mordante, parfois cruelle, mais toujours habitée.

Une chanteuse morte, un désert en colère

La Fin du Sahara, de Khatibi Said, se déroule à la veille des événements d’octobre 1988, dans une ville saharienne frappée par la faim, les criquets, et la lassitude. Une chanteuse, Zakia Zaghouani, est retrouvée morte. Un homme est arrêté. Mais très vite, l’enquête s’enlise : tout le monde semble avoir une raison de se taire… ou de haïr la victime.

Le roman se transforme en une fresque sociale dense, où chaque voix – policier, avocate, mère, voisin – dévoile un pan du refoulé collectif. Derrière ce meurtre, c’est une communauté entière qui se déchire, minée par les secrets, les frustrations, les petites trahisons et les grandes désillusions. Le roman interroge aussi la place des femmes dans une société sclérosée par le patriarcat et l’honneur.

Là encore, Lotfi Nia signe une traduction fine, rigoureuse, qui respecte la polyphonie du roman sans l’aplatir. Il réussit à transmettre l’oralité, les colères sourdes et les douleurs muettes de cette Algérie périphérique trop souvent absente du récit national.

Traduire l’Algérie au scalpel

Traducteur discret mais essentiel, Lotfi Nia fait ici bien plus que transposer des mots : il rend audible une Algérie qu’on préfère souvent taire, ou masquer sous les discours commémoratifs. En traduisant ces deux œuvres puissantes et sombres, il contribue à restaurer un espace de vérité littéraire, où la fiction permet de dire ce que l’histoire officielle refoule.

La Fertilité du mal et La Fin du Sahara ne sont pas seulement des romans policiers. Ce sont des autopsies de l’Algérie contemporaine, où l’on cherche moins le coupable que la cause profonde du mal. Et peut-être aussi, au détour d’une page, un espoir de sursaut.

Djamal Guettala

 La Fertilité du mal, Amara Lakhous, traduit de l’arabe par Lotfi Nia, Actes Sud, 288 pages, octobre 2024

La Fin du Sahara, Khatibi Said, traduit de l’arabe par Lotfi Nia, Gallimard (Folio Policier), 320 pages, mars 2025

L’inquiétante révolte de la France «qui paie »

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Un vent de colère traverse la France des classes moyennes et populaires. À l’annonce d’un plan d’économie de 43,8 milliards d’euros pour l’année 2026, présenté par le Premier ministre François Bayrou, deux mouvements citoyens — les « Gueux » et « Nicolas qui paie » — ont surgi et se font entendre.

Leur message : trop, c’est trop. Cette France laborieuse, celle « qui paie », refuse de porter seule le poids des efforts budgétaires, et le fait savoir.

Nés sur les réseaux sociaux, relayés par le bouche-à-oreille militant, ces mouvements reflètent un profond ressentiment vis-à-vis d’une classe dirigeante accusée d’injustice fiscale et d’aveuglement technocratique. Ils expriment le ras-le-bol de ceux qui travaillent, cotisent, respectent les règles… mais se sentent sacrifiés au nom de la rigueur.

La révolte, silencieuse mais structurée, prend aujourd’hui de l’ampleur, et inquiète l’exécutif. Le spectre des Gilets jaunes rôde encore, et les slogans de 2018 résonnent dans cette mobilisation spontanée. Plusieurs figures politiques, notamment à droite et à l’extrême droite, s’emparent déjà de ces colères diffuses.

Les sondages confirment le rejet massif du plan Bayrou :

– 87 % des Français estiment qu’il nuira à leur pouvoir d’achat,

– 78 % ne font pas confiance au gouvernement pour redresser les finances,

– et 74 % jugent les efforts exigés profondément injustes (Odoxa–L’Opinion).

La suppression de deux jours fériés et les coupes dans la santé sont perçues comme des attaques directes contre les conditions de vie. Seule la contribution sur les plus hauts revenus semble recueillir une large approbation (74 % d’avis favorables), mais cela ne suffit pas à équilibrer l’indignation générale.

Pour François Bayrou, il s’agit d’un choix de responsabilité budgétaire. Pour une grande partie de la population, c’est un passage en force, au mépris des réalités sociales.

Les prochains mois diront si cette fronde reste diffuse ou s’organise en un véritable mouvement de masse. Mais déjà, à l’Élysée, on observe cette France « qui paie » avec attention — et nervosité.

Synthèse Djamal Guettala

Source : L’Opinion, article de François-Xavier Bourmaud, « L’inquiétante révolte de la France “qui paie” », publié le 17 juillet 2025

Moyennes surnaturelles au service du régime : l’école transformée en miroir de propagande

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A quoi bon ces moyennes célestes au BEM ou au baccalauréat (19,50/20, 19,70, voire 19,90) dans un pays figé depuis des décennies, vidé de toute perspective, où la pensée est confinée, où la parole libre est suspecte, où l’intelligence est isolée et où la médiocrité, partout, a verrouillé les portes de l’avenir ?

À quoi bon s’extasier devant des performances arithmétiques extraordinaires, alors que l’université est naufragée, que l’école est sinistrée, que la société est désertée par l’esprit critique, et que le savoir lui-même, pourtant sacré, est devenu marchandise ou outil de propagande ?

Il est temps de regarder en face la falsification qui se joue sous nos yeux, cette inversion obscène des signes qui présente la réussite scolaire comme preuve de vitalité du système éducatif, alors qu’elle en constitue l’alibi le plus cynique.

L’école transformée en théâtre du simulacre

Dans les discours officiels, ces moyennes hors-norme sont brandies comme des trophées, des victoires de la République, des preuves que « tout va bien ». Le régime en fait une célébration annuelle, une parade émotionnelle sur les plateaux télévisés, où les majors de promotion sont appelés en direct, félicités par le ministre lui-même, transformés en mascottes nationales.

Larmes à l’antenne, applaudissements, récits de sacrifices familiaux, puis glissement subtil : le mérite individuel devient capital politique, la réussite personnelle est instrumentalisée pour légitimer un système en faillite. Mais derrière cette mise en scène, l’effondrement est total. L’école n’élève plus, elle administre ; elle n’éveille plus, elle évalue ; elle n’enseigne plus, elle répète. Le savoir y a perdu sa verticalité, son souffle, sa transcendance.

L’université, jadis lieu de dispute intellectuelle, d’interrogation du sens, est devenue un espace exsangue, soumis à la logique bureaucratique, où les cours s’enchaînent dans l’indifférence, où les enseignants sont découragés, et où les étudiants, même les plus brillants, errent sans guide, sans cap, sans espérance.

La falsification par le chiffre : le règne de l’indicateur vide

Ce que l’on célèbre, ce ne sont pas des intelligences en éveil, mais des performances calibrées pour répondre à un système de notation hypertrophié.

Ce n’est pas une école exigeante qui produit ces résultats, mais un dispositif de plus en plus standardisé, technocratisé, algorithmisé. L’inflation des notes devient un écran de fumée, une opération cosmétique pour maquiller le désastre. Car le régime ne répare pas, il maquille. Il ne réforme pas, il simule. Il n’augmente pas la qualité des enseignants ni le contenu des programmes ; il ajuste les barèmes, il simplifie les sujets, il prépare les élèves non pas à comprendre le monde, mais à franchir un seuil statistique. Et chaque année, plus les chiffres montent, plus le réel s’efface. Il s’agit là d’une falsification structurelle, systémique.

Le chiffre devient totem, il remplace le sens. Il donne l’illusion que le système fonctionne, alors que tout se délite : les langues s’appauvrissent, la pensée critique se retire, la culture générale s’effondre, l’éthique disparaît. L’excellence devient spectacle.

Du système de formation au système de notation : confusion entretenue

Ce glissement n’est pas innocent. Il repose sur une confusion fondamentale que le régime ne cesse d’entretenir, celle entre système de notation et système de formation.

Le premier mesure mécaniquement, le second transforme profondément. Le premier produit des bulletins, le second façonne des êtres. Le premier vise la réussite immédiate, le second prépare à la dignité, à la lucidité, à l’autonomie. Mais dans un régime obsédé par le contrôle et la vitrine, former est devenu secondaire, voire dangereux.

Ce que l’on valorise, c’est l’adaptabilité, la docilité, l’absence de critique. L’élève est noté pour ce qu’il restitue, non pour ce qu’il comprend. Il est loué pour son silence, jamais pour sa parole. Le système ne cherche pas à éveiller des consciences, mais à produire des sujets conformes, standardisés, prévisibles. C’est ainsi qu’est née une génération de majorants sans magistère, d’élèves surentraînés à la récitation, mais désarmés face à la complexité du monde, incapables de penser la société, de lire leur époque, de faire face à l’incertitude.

La trahison silencieuse des élites pédagogiques

Mais ce naufrage ne serait pas possible sans la trahison silencieuse de certaines élites éducatives. Car si le pouvoir manipule, il trouve en face de lui des relais qui, au lieu de résister, accompagnent. Des responsables pédagogiques, des doyens, des inspecteurs, des recteurs, qui ont renoncé à l’esprit critique pour préserver leur position.

Ils savent que le système ment, mais ils corrigent quand même, ils valident, ils félicitent. Leur silence est un acte politique. Leur conformisme est une abdication morale. L’éducation, pourtant, est une mission sacrée. Elle suppose courage, transmission, responsabilité. Elle ne peut être réduite à une fonction technique. Elle est vocation. Dans la civilisation islamique comme dans l’humanisme occidental, enseigner, c’était élever l’âme.

Aujourd’hui, enseigner, c’est remplir des cases, surveiller des examens, gérer des carrières.

Le prix à payer : une société sans mémoire, sans pensée, sans avenir

À force d’avoir falsifié le mérite, neutralisé le savoir, sacrifié l’exigence à la mise en scène, la société se vide d’elle-même. Elle perd ses repères, ses repenseurs, ses éveilleurs.

Les jeunes n’ont plus foi dans les institutions, les meilleurs rêvent de partir, les médiocres occupent les postes, et les diplômes n’ouvrent plus que sur des portes closes. Le savoir se venge toujours. Quand il est méprisé, il se retire. Il n’irrigue plus les esprits, il ne féconde plus les politiques, il ne soutient plus les institutions. Ce n’est pas seulement l’école qui s’effondre, c’est tout un modèle de civilisation qui s’épuise, car il a trahi son souffle.

L’éducation comme lieu sacré de la transformation humaine : ce que d’autres civilisations avaient compris

Il suffit de regarder ailleurs pour mesurer l’ampleur de notre renoncement. En Chine ancienne, l’accès au pouvoir passait par une maîtrise profonde des classiques, une éthique personnelle, une capacité à raisonner.

Le lettré n’était pas un technicien, c’était un sage. En Andalousie, la quête du ‘ilm était une voie initiatique. On n’apprenait pas seulement à lire, mais à s’élever, à débattre, à contempler, à relier le monde visible à l’invisible.

En Europe renaissante, l’université formait des hommes complets, ouverts à la philosophie, aux lettres, aux sciences, à la théologie, capables de dialoguer avec la tradition et d’inventer le futur. Tous avaient compris que former, ce n’est pas seulement transmettre un contenu, c’est élever une conscience.

Conclusion : la note comme mensonge d’État

Dans notre cas, la note est devenue un outil de dissimulation politique. On ne la donne pas pour évaluer, mais pour séduire. On l’exhibe non pour encourager, mais pour justifier. Le régime s’offre ainsi, chaque année, une transfusion symbolique : il vampirise la réussite des jeunes pour masquer son propre immobilisme.

Il instrumentalise l’émotion des familles pour occulter l’effondrement institutionnel. Il ne forme pas, il récupère. Il ne construit pas, il scénarise. Il ne pense pas, il parade. Et pendant que le ministre appelle les bacheliers en direct à la télévision, pendant que les caméras filment les larmes et les hourras, pendant que l’on glorifie le système éducatif en mondovision, le naufrage continue, sans bruit, dans les salles de classe vides, dans les bibliothèques fermées, dans les universités désertées.

Il est temps de rompre avec cette mascarade. De rappeler que le mérite ne se donne pas en spectacle. Que l’école n’est pas un décor, mais un pilier. Que l’intelligence ne se mesure pas, elle s’honore. Et qu’aucun chiffre, aussi flatteur soit-il, ne pourra dissimuler la faillite d’un État qui a tourné le dos à l’esprit.

Hassina Rabiane