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Vague de chaleur et feux de forêts : 47 incendies maîtrisés dans 12 wilayas

Alors que l’Algérie connaît depuis plusieurs jours un épisode de canicule exceptionnel, les services de la Protection civile ont dû faire face à une série de feux de forêts particulièrement virulents.

Dans un communiqué publié ce lundi matin à 8h30, la Protection civile a fait état de 47 incendies enregistrés dans 12 wilayas, tous maîtrisés grâce à l’intervention rapide de ses unités.

Parmi les régions les plus touchées figurent les wilayas de Béjaïa avec 13 foyers, et de Tizi Ouzou, durement éprouvée avec 18 incendies recensés. Dans la zone boisée sise entre les communes d’Ath Zmenzer et Souk Lethnine, au sud de Tizi-Ouzou, un avion bombardier d’eau de type AT 802 est intervenu en appui  des équipes déployées sur le terrain.

D’autres wilayas comme Jijel (3 incendies), Chlef, Batna, Tébessa, Alger, Aïn Témouchent et Bordj Bou Arréridj (1 incendie chacune), ainsi que Sétif, Skikda et Boumerdès (2 incendies dans chacune) ont également été touchées.

Les équipes de la Protection civile ont réussi à circonscrire l’ensemble des feux signalés, tout en maintenant une vigilance accrue à travers des opérations de surveillance et de patrouille pour prévenir toute reprise.

Cette recrudescence des incendies survient dans un contexte climatique particulièrement éprouvant, marqué par des températures caniculaires dépassant localement les 45 °C, un vent sec, et une végétation fortement desséchée, créant des conditions propices à la propagation rapide des flammes.

Les autorités appellent à la plus grande prudence, notamment dans les zones forestières, en rappelant l’importance du respect des consignes de prévention pour éviter l’embrasement de la végétation déjà fragilisée par la sécheresse.

La rédaction

Oserions un jour comprendre nos jeunes ? 

Pourquoi est-il difficile de comprendre nos jeunes? Pourquoi peine-t-on à communiquer avec eux? Pourquoi assiste-t-on, complètement dans  l’impuissance, au spectacle de leur désespoir ?

Triste est notre sort! De nos jours, la jeunesse algérienne, dans son écrasante majorité, vit un malaise sans nom. Elle ne respire qu’à peine. Ne rêve presque plus. Ne se projette pas dans l’avenir. Elle ne pense au meilleur que dans l’ailleurs. Elle est dans une expectative incertaine, aux horizons bouchés.

Si  elle ne prie pas pour qu’un quelconque visa tombe du ciel, c’est à un « bôté » qu’elle pense. Tout le temps, sans répit, avec entêtement. Un bôté qui va creuser les flots, en partance vers le monde de ses illusions, ses fausses illusions. Mais imaginons, juste un instant, un bôté qu’un jeune achète peut-être au prix de durs emprunts ou de longues économies pour fuir ce qu’il considère comme enfer et qui finit noyé en haute mer. Voilà le désastre et il y en a tout un tas, hélas! L’enfer pour un jeune algérien, c’est de cesser de rêver et d’espérer. C’est d’être face au néant du sous-emploi et du mal-logement.

C’est de survivre au lieu de vivre, avec toute la considération des siens, de son entourage. C’est de penser en soi-même n’être qu’une charge, un fardeau, un moins-que-rien pour les autres et toute la société. L’enfer, pour lui, c’est d’être forcé à se conformer à un monde sourd qui lui tourne le dos, qui le rejette, qui le marginalise, qui le méprise. Tout se joue dans les neurones ma foi!

Dans le regard qu’on jette sur le jeune dans la cité, dans le quartier, dans la village ou la ville. Dans la place qu’on lui réserve dans le champ social, culturel et politique.  La jeunesse algérienne, mal comprise, est en quête de soi dans un gros brouillard. Et il ne suffit pas de lui promettre argent et privilèges pour l’attirer ; la fixer au bercail, mais lui vouer du respect, lui redonner de la dignité et montrer de l’attention à son égard, de la compréhension. 

Et puis, il va falloir se rendre à l’évidence que la volonté de s’envoler par ses propres ailes, de découvrir le monde, de faire s’effondrer la citadelle des tabous qui la menace d’autodestruction personnelle et de mort lente, est ancrée dans son logiciel.

Bref, beaucoup de facteurs doivent être étudiés et analysés pour comprendre le psychisme d’un jeune algérien. Sous d’autres cieux, on fait périodiquement des sondages d’opinion pour aller au fond des plaies sociales. Et l’on s’interroge pourquoi ce n’est pas le cas chez nous. Nos élites, nos chercheurs, nos lumières doivent se pencher en urgence, et loin de tout chauvinisme, sur les raisons de ce défaitisme, de ce désespoir, de cette saignée effrénée vers d’autres horizons, d’une jeunesse, la nôtre, en perte de repères.

Il est grand temps de tirer des conclusions utiles de ce phénomène inquiétant qui menace la société, dans ce qu’elle a de plus cher : sa cohésion. Cela est d’autant plus grave que l’individualisme a pris des proportions alarmantes au sein même des familles et du tissu communautaire des villages, capitalisme marchand oblige. Notre société peine à trouver sa voie, son véritable équilibre dans un monde de plus en plus gagné par la technologie, le parasitage du numérique et de l’internet.

Ainsi constate-t-on que nos jeunes copient des modèles virtuels qui « colonisent » leurs esprits et leur miroitent un univers édénique, fait de fric, de distraction et de plaisirs de toutes sortes. L’inhibition intra-muros due au dogmatisme religieux en vogue avec ses métastases collatérales : l’hypocrisie et la corruption spirituelle, l’immobilisme politique et les perspectives en berne en matière d’emploi, dans un cadre général caractérisé par une sensation de marasme, ont tiré vers le bas les volontés des plus récalcitrants des optimistes.

Ce qui a détruit par ricochet les valeurs de l’entraide, de la fraternité et de la solidarité, typiques de la société de la paysannerie traditionnelle d’autrefois. On ne se parle plus au sein de nos familles ; on n’y communique plus ; on n’y entretient plus, comme avant, les liens filiaux, de sorte à ce qu’on sauvegarde l’esprit sacré d’union et de collégialité. Ce qui a pour fâcheuse répercussion une certaine agonie des consciences. Vu de l’extérieur, ce phénomène  n’est autre que la résultante logique de l’aspect sauvage de la modernité. De l’intérieur, cela dénote de la faiblesse , sinon de l’échec des relais traditionnels : famille, parents et proches, dans la transmission des valeurs ancestrales aux générations montantes. Autrement dit, il s’agit d’un conflit générationnel, à la fois incontournable et nécessaire, dans tout le processus développemental de n’importe quelle société… 

Mais revenons au vif du sujet : qu’est-ce qui manque, par exemple, à un jeune algérien chez lui, pour qu’il ose prendre une patera à ses risques et périls, laissant derrière lui famille et proches dans l’incertitude, pour aller dans un autre pays où sa réussite reste pourtant hypothétique? Peut-être dirions-nous qu’il y a l’aspect économique qui prime et qui fait en sorte que, démoralisés par les perspectives sombres du monde travail, les jeunes préfèrent prendre la tangente.

Mais force est de constater que cette grille de lecture est quelquefois fausse. Pourquoi? Parce que, tout simplement, on voit que par les temps qui courent, ce sont des jeunes cadres, parfois en bonne situation, qui préfèrent s’exiler, quitte à emprunter la voie de l’immigration clandestine. Le malaise est donc multiforme. Et il ne serait pas du tout rare qu’on se retrouve face à des cas de figure qui appellent à un profond diagnostic psycho-social.

En Algérie d’avant la parenthèse historique du Hirak, les jeunes se disaient écrasés sous les contraintes de l’autoritarisme avec sa tendance mafio-démagogico-rentière. La chape de plomb qui tombait sur eux était telle que, tout espoir du salut n’aurait été possible que par la chute de la dictature bouteflikienne. L’accumulation des frustrations collectives  conjuguée au reliquat empoisonné de la guerre civile et à l’effet de la colère contenue pendant deux longues décennies ont débouché sur un raz-de-marée populaire d’une ampleur jusque-là inédite dans l’histoire contemporaine de l’Algérie.

L’aspiration à un Day-after  démocratique, libre et prospère était forte. Les jeunes, dans leur ensemble, s’attendaient à une Algérie rayonnante, ensoleillée, jouissant d’une démocratie pionnière dans tout le bassin méditerranéen. C’était un rêve légitime à vrai dire, mais tout autant utopique, dans la mesure où, la spontanéité du mouvement populaire avait, en quelque sorte, plongé les masses dans un sentimentalisme passionné, frisant la cécité. S’il y a, au début cohérence dans les slogans portés pendant les manifestations, au fur et à mesure que le temps passe, les divergences idéologiques, résidus insolvables des déchirements du mouvement national du XXe siècle,  ont flotté à l’horizon et on sentait que les foules ont commencé à s’épuiser d’une situation gaguesque qui perdure, sans qu’elle ne donne concrètement de fruits pour la jeunesse.

Ce climat confus, clivant, anxiogène, contradictoire a eu pour conséquence l’essoufflement de la revendication populaire sur fond de l’apparition de la pandémie de Corona. Après la fièvre du Hirak, le train révolutionnaire a été comme fourvoyé, prenant un sérieux coup de vieux. Le processus révolutionnaire aurait irrémédiablement tourné à des guéguerres intestines. 

Et puis, la question des détenus d’opinion n’a pas été du tout du goût d’une population assoiffée de libertés et de démocratie.  Exaspérés, les jeunes ont compris que le chemin pour le sacre démocratique est encore plus long qu’il n’y paraît. L’Algérie nouvelle promise d’en haut et à laquelle rêvaient ceux d’en bas semble hors de portée.

Malgré quelques timides réformes, notamment dans la lutte contre l’hydre de la corruption, des pratiques obsolètes héritées de l’ancien système ont fait leur retour et la lenteur du passage à une économie diversifiée, créatrice d’emploi et de richesses, a compliqué le New Deal algérien.

La bureaucratie est devenue la voiture-balai d’un engrenage administratif complexe, aux relents putrides. La courroie de transmission qu’espérait la jeunesse entre la base et la pyramide du système social a été comme coupée et la crise enlise le pays dans des polémiques stériles qui n’en finissent pas. Ce décor rabat-joie a été, d’une certaine manière, l’unique spectacle qui saute aux yeux.

Et la victime expiatoire dans tout ça : le jeune. Or, ce dernier ne demande qu’une seule et unique chose : respirer. Que signifie ce mot? Cela veut dire tout bonnement avoir la possibilité de rêver d’un avenir meilleur chez soi, avec les siens, dans la dignité. De parler, de créer, d’innover librement. De vivre tout court..

Kamal Guerroua

L’Algérie conclut 5 nouveaux contrats d’hydrocarbures

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L’Algérie a franchi une nouvelle étape stratégique dans le développement de son secteur énergétique avec la signature, ce lundi, de cinq contrats d’hydrocarbures, dans le cadre de l’appel d’offres international 2024 (Algeria Bid Round 2024).

La cérémonie de signature, organisée au siège de la direction générale de Sonatrach, a été présidée par le ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, M. Mohamed Arkab.

L’événement a rassemblé plusieurs hauts responsables du secteur, dont le ministre de l’Économie de la connaissance et des Startups, M. Nourdine Ouadah, le PDG de Sonatrach, M. Rachid Hachichi, le président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT), M. Samir Bakhti, ainsi que des représentants syndicaux et des cadres des institutions impliquées.

Ces nouveaux contrats, d’une durée de 30 ans dont 7 ans consacrés à la phase d’exploration, s’inscrivent dans le cadre de la première compétition internationale organisée sous l’égide de la nouvelle loi sur les hydrocarbures (loi 19-13). Sur les six blocs proposés, cinq ont été attribués, pour un investissement minimal global estimé à 606 millions de dollars.

Les accords ont été répartis comme suit :

1. Bloc “Kern El Koussa 2” (Béchar, Béni Abbès, El Bayadh, Timimoun) : contrat de type “partage” entre Sonatrach et SINOPEC International Energy Investment Holdings Limited.

2. Bloc “Zerafa 2” (Adrar, El Menia, In Salah, Timimoun) : contrat de “partage de production” avec Zhongman Petroleum and Natural Gas Group (ZPEC).

3. Bloc “Ahara” (Illizi) : contrat de “partage de production” avec QatarEnergy International E&P LLC et TotalEnergies EP Algérie.

4. Bloc “Reggane 2” (Adrar) : contrat de “partage de production” avec PTTEP Algeria Company Limited et Eni Algeria Exploration B.V.

5. Bloc “Twal 2” (Ouargla, Illizi) : contrat de “partage” avec ZANGAS Hoch-und Tiefbau GmbH et FILADA.

Cette série d’attributions témoigne, selon les autorités, de l’attractivité du nouveau cadre juridique mis en place, combinant flexibilité et sécurité pour les investisseurs. Elle s’inscrit également dans une stratégie plus large visant à valoriser les ressources nationales et à promouvoir des partenariats technologiques à forte valeur ajoutée.

L. M.

RCD, du recentrage au retour aux fondamentaux

Longtemps perçu comme en quête d’un nouveau souffle idéologique, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) semble opérer, ces derniers mois, non pas une simple réorientation stratégique, mais un véritable retour assumé à ses fondamentaux. 

Loin du recentrage modéré qui avait caractérisé certaines phases de son histoire récente, le parti a renoué avec un discours offensif contre ce qu’il qualifie de dérives graves du système politique actuel : la collusion entre le pouvoir exécutif et les forces islamistes.

La sortie publique la plus significative a été celle dénonçant avec fermeté la montée en puissance institutionnelle des partis issus de la mouvance frériste, en particulier le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP). 

Le RCD s’est inquiété de voir ce courant, réputé pour sa stratégie d’ambiguïté, accéder à des leviers de pouvoir déterminants, non seulement au sein de l’exécutif, mais surtout dans les instances parlementaires  où il préside désormais des commissions hautement sensibles telles que celles de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et des Affaires religieuses.

Dans un communiqué incisif, le parti fondé par Saïd Sadi a mis en garde contre ce qu’il qualifie de stratégie d’entrisme systémique visant à reconfigurer l’État en fonction d’une lecture idéologique rétrograde, sous couvert de légalité institutionnelle. Il y voit une menace directe contre les principes républicains, la laïcité de fait, et les libertés fondamentales.

Cette posture a suscité l’ire du MSP, qui n’a pas tardé à réagir dans un ton particulièrement virulent, accusant le RCD d’« islamophobie militante » et de « nostalgie de la confrontation stérile ». Des accusations que le RCD balaie d’un revers de main, y voyant une tentative de victimisation bien connue, destinée à détourner l’attention de l’inquiétante réalité d’une mainmise insidieuse sur des secteurs régaliens de l’État.

Accusations de convergence avec Rachad

Parallèlement à cette charge institutionnelle, le RCD a dû faire face à des accusations internes très fortes concernant une prétendue connivence avec le mouvement islamiste Rachad durant le Hirak. Des cadres historiques, proches de Saïd Sadi, reprochent à la direction actuelle de  « pactiser officiellement avec l’organisation Rachad », notamment en signant une feuille de route commune pendant le Hirak, ce qui constituerait, selon eux, une trahison du projet démocratique du parti.  

Ils dénoncent une « liquidation idéologique » et un effacement progressif des archives militantes du RCD, résultat, selon ces dissidents, d’un plan méthodique d’alignement avec les forces islamistes.

De son côté, la direction actuelle, portée par Atmane Mazouz, riposte que ces attaques visent à déstabiliser le parti, en pleine période de répression et d’interdiction de ses activités. Elle affirme : « Le RCD ne sera jamais un parti de soumission ni de compromission. Nous sommes … un rempart contre l’islamisme, l’autoritarisme et toutes les formes d’injustice. »  

Un rappel solennel de la fidélité du parti à ses grandes valeurs.

À travers ce nouvel engagement sans compromis, le RCD se réaffirme  dans son rôle de défenseur des principes républicains et démocratiques. L’enjeu est désormais de savoir si cette sortie offensive suffira à rallumer une dynamique militante et à redonner au parti une visibilité face à l’impasse politique persistante.

Ce retour au front idéologique n’est pas sans rappeler les années fondatrices du RCD, marqué dès sa naissance par un rejet viscéral de l’islamisme politique et par un attachement intransigeant à la modernité, à la citoyenneté et à la laïcité. En cela, le parti semble renouer avec son rôle historique de vigie démocratique, refusant toute normalisation des courants rétrogrades sous prétexte de compromis politiques.

Ce positionnement redonne au RCD une certaine clarté doctrinale et une meilleure lisibilité politique, à une période où de nombreux acteurs semblent prisonniers de compromis fragiles. Reste à savoir si cette orientation assumée suffira à raviver une dynamique militante dans un contexte de désengagement citoyen marqué.

Samia Naït Iqbal

Impasse politique : Soufiane Djilali plaide pour une 2e République

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Dans une interview accordée à la chaîne alternatv-atv, Soufiane Djilali, président du parti Jil Jadid, dresse un diagnostic sévère de la situation politique en Algérie. Loin des discours convenus, il y formule un appel clair à l’instauration d’une « 2e République », convaincu que le pays est arrivé au terme d’un cycle institutionnel et politique en voie de décomposition.

Un système à bout de souffle

Soufiane Djilali ne mâche pas ses mots : le système politique algérien est selon lui dans un état de « délabrement avancé ». Il fustige l’impasse post-Hirak, où les espoirs de transition démocratique se sont heurtés à la résilience des structures de pouvoir. Pour l’ancien candidat à la présidentielle de 2019, les institutions ont perdu toute légitimité et ne répondent plus aux attentes d’une société en mutation.

Une deuxième République comme horizon

L’ancien membre de la société civile reconverti en acteur politique appelle à une rupture franche avec l’architecture institutionnelle actuelle, marquée par un hyper-présidentialisme qu’il juge contre-productif. La concentration excessive des pouvoirs entre les mains de l’exécutif a, selon lui, paralysé les contre-pouvoirs et vidé le fonctionnement démocratique de sa substance.

La Deuxième République qu’il appelle de ses vœux reposerait sur une redistribution équilibrée des pouvoirs, un Parlement fort, une justice indépendante et des institutions garantes de la transparence et de la reddition des comptes. Elle nécessiterait aussi un renouveau générationnel et une mobilisation civique soutenue.

Réformes de fond et critique du modèle économique

Sur le fond, Soufiane Djilali plaide pour des réformes structurelles dans des secteurs clés : l’école, l’université, les médias, tous perçus comme essentiels à la construction d’une citoyenneté active et éclairée. Il critique avec virulence la nouvelle loi sur les mines, dénonçant une logique de « dénationalisation rampante » des ressources naturelles. Une orientation qu’il interprète comme une nouvelle forme de dépendance économique, dans un contexte mondial où la souveraineté énergétique devient cruciale.

L’Algérie dans un monde en recomposition

L’entretien aborde également les défis géopolitiques auxquels l’Algérie est confrontée. À l’heure où les équilibres internationaux sont bousculés, Djilali insiste sur la nécessité pour le pays de se doter d’une doctrine de politique étrangère claire, fondée sur l’intérêt national et l’affirmation de son autonomie stratégique.

Une vision en quête d’écoute

En se positionnant en faveur d’une refondation républicaine, Soufiane Djilali tente de remettre au centre du débat une alternative institutionnelle, à contre-courant de l’immobilisme ambiant. Reste à savoir si son discours trouvera un écho dans une société où la défiance envers les élites politiques reste profonde, et où les passerelles entre la parole réformatrice et l’action concrète peinent encore à se construire.

Ce plaidoyer pour une Deuxième République se veut donc autant une mise en garde qu’un appel à repenser collectivement l’avenir de l’Algérie.

La rédaction

Les gains des casinos en ligne devraient-ils être taxés ?

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Les casinos en ligne ont révolutionné le divertissement numérique. Ce qui était autrefois un passe-temps réservé aux établissements physiques est désormais accessible à tous, disposant d’une connexion internet et de quelques minutes.

En quelques clics, les joueurs peuvent faire tourner les rouleaux, placer des paris et même rejoindre des jeux en direct diffusés en temps réel. Mais la frontière entre divertissement et revenu s’estompant, une question cruciale se pose : lorsque quelqu’un gagne de l’argent grâce à un casino en ligne, cet argent doit-il être imposé ?

Cette question ne concerne pas uniquement les gouvernements ou les comptables. Elle soulève des questions plus vastes sur l’équité, la responsabilité numérique et l’avenir des finances personnelles à une époque où l’argent peut être gagné instantanément et de manière inattendue sur un écran mobile. Alors que les jeux vidéo gagnent en popularité et en sophistication, la nécessité d’une réponse claire et raisonnable devient de plus en plus difficile à ignorer.

Les gains des casinos en ligne sont-ils actuellement taxés ?

L’imposition des gains des casinos en ligne dépend entièrement de la juridiction. Dans certaines régions, les joueurs ne sont pas imposés sur leurs gains, tandis que dans d’autres, ces gains sont considérés comme des revenus imposables. Même dans les pays où l’impôt s’applique, le mode de collecte peut varier. Certaines plateformes effectuent les déductions automatiquement au moment du paiement, ce qui laisse aux joueurs peu d’implication et de contrôle sur la gestion de leurs impôts.

Dans d’autres cas, notamment lorsqu’il s’agit d’un casino en ligne nouveau au marché, la responsabilité de déclarer et de régler ses obligations fiscales peut incomber entièrement au joueur. Ces plateformes plus récentes, au-delà de l’accès à des jeux exclusifs, de généreux bonus et de paiements rapides, privilégient souvent l’autonomie des utilisateurs. Cela signifie que les joueurs gèrent non seulement leurs comptes et leurs préférences, mais sont également responsables de leur conformité aux réglementations fiscales locales.

Par conséquent, les règles peuvent varier considérablement selon le lieu et la plateforme de jeu. Il est donc particulièrement important pour les joueurs de comprendre les exigences légales de leur juridiction et les politiques opérationnelles du casino qu’ils choisissent.

Les gains devraient-ils être taxés ?

La question de savoir si les gains des casinos en ligne doivent être imposés est à la fois pratique et philosophique. D’un côté, toute forme de revenu pourrait raisonnablement être considérée comme imposable par souci d’équité. Si quelqu’un gagne de l’argent – que ce soit par son travail, un investissement ou le hasard – ne devrait-il pas être tenu de contribuer comme tout le monde ?

En revanche, les jeux en ligne ne constituent pas une source de revenus stable ni fiable. La plupart des joueurs perdent plus qu’ils ne gagnent, et même lorsqu’ils gagnent, les sommes sont souvent modestes. Pour beaucoup, il s’agit d’un loisir, et non d’un plan financier. Taxer des gains occasionnels ou modestes peut paraître excessif, surtout pour ceux qui considèrent leur jeu comme un divertissement occasionnel plutôt qu’une activité lucrative.

Cela dit, lorsque les joueurs remportent des sommes importantes, cela introduit un autre type de considération, qui va au-delà de la politique fiscale. Des gains plus importants et inattendus soulèvent des questions sur la façon dont les individus gérer les gains financiers exceptionnels et si un certain niveau de contribution aux fonds publics est approprié dans ces rares cas. Mais appliquer les mêmes règles fiscales à chaque victoire, aussi minime soit-elle, risque de créer un système plus punitif qu’équitable.

Le défi du suivi et de l’équité

Changer le comportement des consommateurs numériques a rendu l’application de la loi plus difficile. Les joueurs passent désormais rapidement d’une plateforme à l’autre, utilisant souvent des comptes anonymes et s’attendant à des transactions instantanées. Cette évolution vers la rapidité et la commodité réduit la surveillance et complique le suivi et la déclaration fiables des gains individuels.

Même avec une politique en place, une taxation cohérente nécessiterait une coopération étroite entre les plateformes et les institutions financières, soutenue par des normes de déclaration claires. Sans cette structure, l’application repose sur l’auto-déclaration, ce qui ouvre la voie à des incohérences. Et si un acteur est taxé tandis qu’un autre l’échappe simplement par manque de suivi, le système se révèle injuste et sape la confiance.

Réflexions finales

Taxer les gains des casinos en ligne n’est pas une question universelle. Cela dépend de la manière dont la société considère le divertissement numérique, la responsabilité individuelle et les revenus imprévisibles. La bonne approche devra concilier équité, pragmatisme et la nature unique des jeux d’argent.

Les gains sont des moments passionnants, qui peuvent parfois changer une vie. Mais ils soulèvent aussi d’importantes questions sur ce que nous nous devons les uns aux autres dans un système économique partagé. Qu’ils soient taxés ou non, ces questions méritent une discussion approfondie et ouverte, d’autant plus que le monde des jeux en ligne continue d’évoluer.

L’équilibre entre tradition et nouveauté dans l’univers du jeu en ligne

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Sur les plateformes de casino en ligne, l’attention des joueurs est devenue une ressource rare. Entre les milliers de titres disponibles, les mécaniques toujours plus rapides et les interfaces dopées à l’animation, il devient difficile de capter et surtout de garder l’intérêt sur la durée. Pourtant, un constat simple se dégage : les jeux qui tiennent la route sont ceux qui trouvent un juste milieu entre les classiques rassurants et des formats plus modernes, surprenants sans être trop complexes.

Un nouveau souffle pour les mécaniques rétro

La tendance est nette, les joueurs ne veulent plus uniquement des machines à sous aux effets visuels tapageurs ou des roulettes à 27 variantes. Ce qu’ils cherchent, c’est une expérience à la fois familière et revisitée. C’est dans ce contexte qu’émergent des jeux hybrides, à mi-chemin entre les souvenirs d’arcade et les innovations crypto. Prenons un exemple : les titres inspirés du jeu du poulet, comme ceux que l’on retrouve dans ce guide du jeu du poulet qui traverse la route. Ce type de gameplay repose sur une mécanique très simple – avancer sans se faire attraper – mais y ajoute une couche de stratégie et de mise en argent. Le résultat est un jeu rapide à comprendre, mais difficile à lâcher.

Le confort du connu : un facteur de réassurance

Les jeux traditionnels ont cet avantage incomparable d’être ancrés dans nos repères. Que ce soit une partie de blackjack, de baccarat ou de vidéo poker, ces formats évoquent une certaine stabilité. Ils demandent un peu de réflexion, mais pas trop. Surtout, ils créent une relation de confiance. On sait ce qu’on vient y chercher. Pour les joueurs qui découvrent les casinos en ligne ou reviennent après une pause, ce sont des points d’entrée rassurants.

Les opérateurs en ligne l’ont bien compris. Nombre d’entre eux remettent ces jeux au goût du jour, en les adaptant au format mobile, en leur offrant une nouvelle esthétique ou en intégrant des fonctionnalités sociales (chat, classements, défis). Rien de révolutionnaire en soi, mais juste assez pour remettre ces classiques dans le mouvement.

L’innovation maîtrisée : surprise, mais sans surcharge

À l’inverse, les jeux purement innovants, souvent issus de l’univers crypto ou inspirés du gaming, doivent se faire une place en jouant la carte de l’originalité. Mais attention : trop de nouveauté peut créer de la confusion. Personne ne veut passer 10 minutes à lire les règles avant de lancer une partie.

Les formats qui fonctionnent sur la durée sont ceux qui injectent une dose d’inattendu dans un squelette simple. Par exemple, un jeu à la dynamique “crash” peut intégrer des paliers bonus, un système de “coffre” à débloquer, ou des graphismes empruntés à l’univers rétro gaming. Le tout, sans perdre l’essence recherchée, des décisions rapides, du risque à calculer, de la récompense potentiellement immédiate.

Les ingrédients clés

Les jeux d’argent en ligne ont la cote en Europe. Et ce qu’apprécient vraiment les joueurs dans ce type de divertissement, c’est rarement le graphisme ou la promesse de gros gains. Ce sont plutôt ces trois éléments :

  • Un rythme fluide (pas d’attente inutile et pas de lenteur)
  • Des règles accessibles sans tutoriel obligatoire
  • Une mécanique qui donne envie de rejouer tout de suite

Quand ces conditions sont réunies, le joueur reviendra parce qu’il a l’impression de progresser, de maîtriser quelque chose et de pouvoir relancer une partie dès qu’il aura une pause. Au fond, ce mélange entre ancien et nouveau répond à un besoin simple : celui de se divertir sans se sentir perdu. Le nostalgique y croise l’amateur de nouveauté, le stratège côtoie le joueur du dimanche. 

Rebrab c’est comme Zidane, les Kabyles lui pardonnent tout !

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Au village, les discussions sont aériennes. Ça vole haut, comme les hirondelles des montagnes. Les silences y sont aussi importants que les paroles ! Un temps pour dire, un autre, plus long, pour écouter et comprendre.

En kabyle, le dialogue se dit Ameslay, ce qui veut dire s’écouter. Chez les Kabyles, on s’écoute plus qu’on ne parle. Tout un art !

Dans le lieu qui sert habilement d’agora, quelques vieux échangent aimablement sur l’actualité de Rebrab. Des mioches jouent au ballon en contrebas. Quelques jeunes tendent discrètement l’oreille. Et toi, tu regardes se perpétuer devant toi une magnifique scène millénaire, où la parole a encore la noblesse de n’être prononcée que par ceux qui la sous-pèsent.

Le droit à la parole est un acte responsable. Un art, qui n’est permis qu’aux orfèvres du mot. Parler peu et bien. Parler vrai, parler juste. Une leçon de vie dans un monde brouillon, qui bavarde souvent pour ne rien dire.

Pour les uns, Rebrab est un patriote, un homme qui a fait du bien à sa communauté et à sa région. D’autres, moins admiratifs, croient que c’est d’abord un homme d’affaires, un industriel qui s’est enrichi, comme tout bon capitaliste, grâce au travail des autres, et ne comprennent pas ce soutien indéfectible des Kabyles :

– Le fondateur de Cevital aurait déboursé plusieurs millions de dollars pour ses investissements en Algérie. Des investissements qui ont permis à des milliers de familles de la région de vivre dignement. Rebrab est généreux, et pendant la Covid-19, il avait offert des milliers de respirateurs à des centres hospitaliers. Il avait aussi fait parvenir des convois de denrées alimentaires aux populations de Blida, pour les aider à surmonter les déboires dus au confinement. Ça, personne ne peut le nier !

– Oui, mais ça reste un capitaliste, qui a refusé en 2020 à des travailleurs de Numilog, filiale de Cevital à Bgayet, de se structurer en syndicat. Il ne leur a pas seulement refusé le droit de se syndiquer, il les a tout bonnement licenciés ! 200 familles se sont retrouvées sans le sou du jour au lendemain. Des familles kabyles ! Ces personnes avaient marché un an auparavant, bravant l’interdit et la menace, pour le faire libérer de prison, où il avait été incarcéré par El Gaid Salah. Avant, ses accointances avec les militaires, sa proximité présumée avec Toufik Rab Dzair, étaient un secret de Polichinelle.

– Ce sont des ragots ! Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Et concernant l’usine à Béjaïa, ce n’était pas lui, mais son fils Malik : il avait fait du zèle ! Et c’était plus compliqué que ça, parce que les syndicalistes étaient manipulés par le pouvoir de l’époque. C’est ce même pouvoir qui lui a toujours mis des bâtons dans les roues, qui l’a incarcéré en 2019. Ce même pouvoir qui a dressé Bouchouareb, un repris de justice, pour le salir et l’accuser de malversations et d’évasion fiscale ! Où est maintenant ce brigand de Bouchouareb ? En cavale, à se terrer comme un termite ! On en veut à ce capitaine d’industrie juste parce qu’il est kabyle et qu’il n’a pas marché dans leurs combines !

– Ce n’est pas aussi simple. Rebrab est cité dans le scandale des Panama Papers, il a fait de l’évasion fiscale, a fait affaire avec le sulfureux bureau d’avocats Mossack Fonseca pour créer Dicoma Entreprises Ltd aux îles Vierges britanniques. Il a eu des sociétés-écrans en son nom. Ce n’est pas si simple de tout mettre sur le dos d’un pouvoir. Certes, ce pouvoir est pourri, mais lui, sur ce coup, est vraiment louche. Le doute est cependant permis sur les accusations de surfacturations et d’importations de matériel désuet pour Evcon. Là, c’est un peu tiré par les cheveux ! Le pouvoir a en effet essayé de le saboter avec des accusations farfelues.

– Son erreur, c’est d’avoir, sans doute, misé sur le mauvais cheval, d’avoir soutenu Ali Ghediri. Et le pouvoir actuel ne le lui a jamais pardonné. D’abord, c’était lui qui était visé en 2022 par une interdiction d’exercer, maintenant c’est son fils Omar. C’est de l’acharnement. Heureusement qu’il a diversifié ses ressources avec ses 24 ou 26 filiales et ses investissements à l’étranger — en France, en Italie ou au Brésil ! Si ce magnat était pourri, on ne lui ouvrirait pas les portes des chancelleries de la sorte.

– Bof, les chancelleries sont très peu regardantes du moment que l’argent afflue et que des entreprises et des emplois sont sauvés. Ce qui me dérange, par contre, c’est qu’il est toujours resté loin de la politique. Il ne s’est jamais ouvertement engagé avec le FFS ou le RCD, ou un quelconque autre parti démocrate. Et la JSK ? Ça, c’est le plus grand parti politique de la Kabylie, non ? Et il n’a rien fait pour le faire grandir !

– Il a beaucoup trop d’intérêts pour pouvoir être libre ! Il a beaucoup à perdre ! Quatre milliards de dollars, ce n’est pas ce que peut porter ma bourse ! On ne réfléchit pas de la même manière quand on a 4 milliards de dollars et quand on a quatre sous ! Et puis, concernant la JSK, c’était Hannachi qui n’en voulait pas. Après cela, Cevital est devenu le sponsor officiel et majoritaire du club.

– Et Liberté ? N’oubliez pas que c’est lui qui avait signé l’arrêt de mort du journal. Il s’est soumis aux injonctions du pouvoir. C’est clair ! Il avait pourtant tenté de racheter El Khabar TV sans succès. Donc, qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une question de rentabilité économique. Avec sa richesse, Rebrab aurait dû tenir par militantisme, pour garder un symbole d’une presse libre ! Au lieu de cela, il a signé un acte de mise à mort volontaire. C’est un homicide volontaire. Une euthanasie ! J’ai l’impression que plus on a d’argent, et moins on a de principes ! Je ne comprends pas l’amour que vouent les Kabyles à cet homme pourtant très controversé et sulfureux à plusieurs égards.

Et c’est ainsi que l’écoute fut interrompue par le plus vieux, qui était resté silencieux jusqu’ici :
– Ne cherchez pas à comprendre. Rebrab, c’est comme Zidane, ce n’est pas à cause d’un coup de boule qu’on le hait ! On pardonne tout à Rebrab. On pardonne tout aux virtuoses !

K.H.

Légaliser le cabas, brider l’entreprise : le double jeu d’un pouvoir en panne

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Le pouvoir algérien légalise l’importation « du cabas » sous couvert d’intégrer l’informel. Mais au même moment, il renforce les blocages bureaucratiques et bancaires pour les véritables opérateurs économiques. Une stratégie du contournement érigée en politique économique, révélatrice d’un pouvoir à court d’ambition.

Le 29 juin 2025, la légalisation du commerce dit « du cabas » est devenue effective, avec la publication du décret exécutif fixant les modalités d’exercice de cette activité par les auto-entrepreneurs.

Lors d’un entretien diffusé samedi soir avec trois journalistes, le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que cette mesure visait à intégrer l’économie informelle dans l’économie réelle et à contenir l’importation parallèle. Selon lui, “l’importateur du cabas devient un agent économique reconnu”, désormais autorisé à exercer sans crainte, tout en contribuant, par le paiement des taxes et des droits de douane, aux recettes nationales.

Présentée comme une avancée stratégique, cette décision s’inscrit en réalité dans une logique d’accompagnement de ce que le pouvoir ne maîtrise plus. Ce n’est pas une réforme économique : c’est une légalisation de l’impuissance. Ce que l’on nomme désormais « micro-importateur » n’est pas soutenu pour produire, innover ou exporter. Il est simplement toléré, puis intégré, pour mieux encadrer ce qui lui échappe.

Le cabas, symbole d’une économie de survie, devient ainsi une ligne officielle de la politique économique. Cette reconnaissance n’est pas une revalorisation, mais une gestion du désordre. On ne transforme pas l’informel : on s’y adapte. On n’en sort pas : on l’institutionnalise.

Et pendant qu’on habille le cabas de légalité, les véritables opérateurs économiques, eux, se heurtent à de nouveaux obstacles. Le 9 juillet, une note de l’Association des banques impose aux entreprises un “programme prévisionnel d’importation” validé par le ministère du Commerce avant toute domiciliation bancaire. Autrement dit : plus de paperasse, plus de barrières, plus de découragement pour ceux qui veulent produire ou investir légalement.

Ce déséquilibre est le cœur du problème. À défaut de créer, on autorise à ramener. À défaut de bâtir un tissu productif, on simplifie l’importation à l’échelle individuelle. Le pouvoir fabrique un modèle économique paradoxal : il encourage l’économie du cabas tout en verrouillant celle de l’entreprise.

Cette politique à double vitesse n’est pas un accident. Elle reflète une volonté plus profonde : maintenir un équilibre précaire entre un discours de régularisation et une pratique de contrôle. Offrir un débouché légal à une économie de survie permet d’acheter, à bas coût, une forme de paix sociale.

Mais dans le même temps, le verrouillage de l’entreprise par des barrières administratives toujours plus opaques n’obéit à aucune rationalité économique. Il relève d’un réflexe autoritaire : garder le contrôle, empêcher l’autonomie, brider toute initiative qui échapperait à la tutelle de l’État.

Le chef de l’État parle de transparence et de régularité. Mais aucune régularité ne peut reposer sur un système qui étouffe les producteurs, décourage les entrepreneurs, et encadre les petits importateurs sans stratégie industrielle. Ce n’est pas l’intégration de l’informel dans l’économie réelle que l’on observe, mais sa normalisation comme horizon politique.

Le cabas, devenu légal, incarne cette contradiction : il raconte l’ingéniosité des citoyens autant que le vide des politiques publiques. Il devient un substitut à la stratégie industrielle, un palliatif déguisé, un cache-misère économique. Et c’est cette tentation de faire du provisoire une politique durable qui doit nous alarmer.

L’Algérie mérite mieux qu’un bricolage légal de sa précarité. Elle mérite un pouvoir qui ose investir dans la production, soutenir la création de valeur, et donner aux jeunes autre chose qu’une frontière à franchir et un sac à remplir.

Mohcine Belabbas, ancien président du RCD

Cette tribune est publiée par son auteur sur les réseaux sociaux.

«Cramés, les enfants du monstre» : plongée dans la jeunesse sacrifiée des quartiers nord de Marseille

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Après avoir dévoilé dans La Fabrique du Monstre les mécanismes d’un système politico-mafieux à l’œuvre à Marseille, puis analysé dans La Chute du Monstre, l’effondrement de ce même système, Philippe Pujol achève sa trilogie avec Cramés – Les enfants du Monstre.

Ce dernier volet s’attache au portrait poignant des enfants et adolescents livrés à eux-mêmes, broyés par un engrenage fait de trafic, de violence et d’abandon. À travers une immersion longue et respectueuse, le journaliste-écrivain donne la parole à ces « cramés », jeunes victimes d’un système qui se régénère à leurs dépens. Un récit nécessaire, dur mais humain, qui éclaire les réalités d’une jeunesse sacrifiée et appelle à une transformation profonde.

Le Matin d’Algérie : Ce nouveau livre clôt une trilogie entamée avec La Fabrique du Monstre et poursuivie avec La Chute du monstre. Comment s’inscrit Cramés – Les enfants du monstre dans cette continuité ?

Philippe Pujol : Le « Monstre » n’est pas une fatalité immuable. C’est un système profondément enraciné, difficile à abattre. Il peut être bloqué ou freiné, mais tant que les pratiques de corruption, clientélisme et favoritisme perdurent, le monstre se régénère. Changer de gouvernance ne suffit pas forcément, car les habitudes du système restent les mêmes, quel que soit celui qui prend le pouvoir.

La véritable bataille est de rompre avec ces mécanismes invisibles qui perpétuent l’injustice et l’abandon. Ce n’est qu’en transformant durablement les pratiques politiques et sociales que l’on pourra espérer vaincre ce monstre qui dévore les quartiers populaires. Cramés montre les conséquences concrètes de ce système en décomposition : les enfants du Monstre, ces jeunes abandonnés, victimes d’un engrenage qu’ils n’ont pas choisi. Ce livre est la suite logique et inévitable de la trilogie.

Le Matin d’Algérie : Pourquoi avoir choisi de centrer ce dernier volet sur les enfants et les adolescents ?

Philippe Pujol : Parce que ce sont les plus vulnérables et les plus invisibles. J’ai voulu m’intéresser à leur vie, à leurs environnements, à leurs rêves, à leurs vécus – pas à leurs réseaux ou trafics. Ces jeunes subissent souvent, dès le plus jeune âge, l’abandon familial, social, institutionnel. Mais ce sont avant tout des jeunes avec des espoirs et des histoires qui méritent d’être racontées.

Le Matin d’Algérie : Qui sont ces “cramés” que vous décrivez ? Que recouvre ce mot dans le contexte de votre livre ?

Philippe Pujol : Leur destin est brûlé vif dès le début. C’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux. Ce sont des gamins utilisés, qui petit à petit n’auront pas d’autre possibilité que de continuer à être dans les stups ou la prostitution, souvent liés. Tous les malheurs les ont consumés totalement, il n’en reste que du charbon. Ils dealent le charbon mais ils sont eux-mêmes le charbon.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous rencontré ces jeunes dont vous retracez les parcours ? Quel lien avez-vous noué avec eux ?

Philippe Pujol : J’étais déjà sur le terrain depuis des années. Je ne suis pas allé vers eux pour parler des trafics ou réseaux, mais pour comprendre leur quotidien, leurs vécus, leurs rêves. La confiance s’est construite lentement, parfois sur plusieurs années, dans la patience et l’absence de jugement.

Le Matin d’Algérie : Votre travail s’appuie sur une immersion de longue durée dans les quartiers nord de Marseille. Quelles évolutions avez-vous constatées depuis vos débuts ?

Philippe Pujol : Beaucoup croient qu’il y a beaucoup d’argent dans ces quartiers. Ce n’est pas vrai. Sinon, on verrait des magasins, des voitures de luxe en circulation permanente. La réalité, c’est une grande précarité. Certaines voitures de luxe sont louées pour faire des photos sur les réseaux sociaux, une image factice. L’argent liquide circule très peu dans les mains des jeunes des cités. Certes, certains ont investi dans des snacks ou autres commerces, mais la majorité ne connaît pas la richesse. Et dans les trafics, la plupart des jeunes ne gagnent pas grand-chose, contrairement aux idées reçues.

Le Matin d’Algérie : Dans quelles conditions ces enfants basculent-ils dans les trafics, la violence ou la prostitution ? Y a-t-il des facteurs communs ?

Philippe Pujol : Le point commun, c’est l’abandon : familial, scolaire, institutionnel. Le système recrute ces enfants parce qu’ils sont vulnérables. En bas de l’échelle, il y a ces « choufs », ces guetteurs qui restent des heures dans la rue, payés au lance-pierre, souvent endettés auprès des plus gros. Cette spirale d’endettement et de pression pousse beaucoup à glisser dans les trafics ou la prostitution. Beaucoup ne s’en rendent pas compte, ils pensent « se débrouiller ». Mais c’est un piège. Dans les réseaux de prostitution, j’ai rencontré plus tard des filles qui ont commencé à se mettre en relation pour vivre autrement, ce qui montre qu’il se passe quelque chose, une prise de conscience et des tentatives d’échappatoire.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle jouent, selon vous, les institutions – École, Justice, Aide sociale à l’enfance – dans ces trajectoires ?

Philippe Pujol : Elles devraient être des protections, mais elles peinent à répondre aux besoins de ces jeunes. L’école, par exemple, n’est pas conçue pour des enfants ayant vécu des traumatismes graves. L’Aide sociale à l’enfance manque de moyens et de coordination. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais d’un système qui ne fonctionne pas à la hauteur des enjeux.

Le Matin d’Algérie : Votre récit montre une forme d’économie parallèle qui recycle la misère. Est-ce aujourd’hui un système à part entière ?

Philippe Pujol : Oui. Il y a une vraie organisation, avec des rôles définis : patrons, semi-grossistes, détaillants, guetteurs… Mais il faut rappeler que ce n’est pas une richesse facile. La plupart vivent dans la précarité, avec peu d’argent. Ce système se nourrit de la misère, mais ne l’efface pas.

Le Matin d’Algérie : Dans La Chute du Monstre, vous décriviez un effondrement politique et mafieux. Ce que vivent ces enfants est-il une conséquence directe de cet effondrement ?

Philippe Pujol : Oui. La chute du système politique et mafieux a créé un vide qui n’a pas été comblé. Dans ce vide, les plus fragiles trinquent. Ces enfants sont la face visible d’un abandon profond de la société.

Le Matin d’Algérie : Avez-vous croisé des jeunes qui ont réussi à s’en sortir ? Ou des initiatives locales qui tentent de faire front ?

Philippe Pujol : Bien sûr. Tous les jeunes des quartiers ne sont pas délinquants. Beaucoup font des études et réussissent. J’ai aussi rencontré des filles dans des réseaux de prostitution qui se sont mises en lien pour tenter de changer leur vie. Il y a des acteurs locaux, des associations, qui essaient de faire bouger les choses, même si c’est un combat difficile.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous travaillé l’écriture de ce livre ? Vous mêlez témoignages, portraits, descriptions : quelle a été votre méthode ?

Philippe Pujol : J’ai voulu donner la parole aux jeunes avec honnêteté et respect, sans jugement ni sensationnalisme. J’ai écouté, enregistré, noté, sur plusieurs années. J’ai essayé de restituer leur quotidien, leur humanité, pour que le lecteur puisse comprendre leur réalité.

Le Matin d’Algérie : Au-delà de Marseille, pensez-vous que ce que vous racontez concerne aussi d’autres villes en France ?

Philippe Pujol : Oui, clairement. Marseille est emblématique, mais ces dynamiques existent dans beaucoup de grandes villes françaises, là où la précarité et l’abandon social sont aussi présents. C’est un problème national.

Le Matin d’Algérie : S’il ne fallait retenir qu’un message de ce livre, pour les lecteurs comme pour les pouvoirs publics, lequel serait-il ?

Philippe Pujol : Ces enfants sont encore des enfants, même quand ils dealent ou vivent dans la rue. Ce sont des vies brisées par l’abandon. Si on ne fait rien, le Monstre continuera de se régénérer, et c’est une part entière de la société qui disparaît. Pour changer, il faut transformer en profondeur les pratiques politiques et sociales, agir durablement.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Récompenses

3e Prix Varenne en 2010 pour un article sur les Roms l’exploitation de la misère par la misère

Prix Varenne PQR 2012 pour sa série French deconnection, publiée dans La Marseillaise entre juillet et aout 2012.

Prix Albert-Londres en 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit » sur les quartiers nord de Marseille

Prix ESJ-Paris en 2017 pour La Fabrique du Monstre

Mention spéciale ASBU du PriMed 2018 pour le documentaire Marseille, ils ont tué mon fils