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Sous la poigne de fer du Kremlin, la mort suspecte d’un ministre choque l’élite russe

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Le président russe Poutine

Le probable suicide de Roman Starovoït, ex-ministre russe des Transports, survenu quelques jours à peine après son limogeage brutal par Vladimir Poutine, illustre une fois de plus la violence implacable du système de pouvoir en Russie.

Accusé de corruption, menacé d’arrestation, lâché par le Kremlin, Starovoït est devenu la dernière victime d’un régime qui n’hésite plus à broyer ses propres cadres pour maintenir une apparence d’ordre et de discipline en temps de guerre.

Limogé sans explication officielle, alors que circulaient des rumeurs d’une enquête en cours, l’homme de 53 ans a été retrouvé mort dans des circonstances troubles. Les autorités évoquent un suicide, mais le climat de peur et de répression qui règne au sommet de l’État russe ne laisse guère de place à la spontanéité.

Ses funérailles, vendredi à Saint-Pétersbourg, ont eu lieu dans un silence pesant. Vladimir Poutine, pourtant responsable de son ascension comme de sa chute, n’y a pas assisté. La veille, la cérémonie d’adieu s’est déroulée dans une atmosphère glaciale, quasi mafieuse, évoquant les funérailles d’un traître dans un film noir. Des collègues en costumes sombres sont repartis sans un mot, le regard fuyant, comme pour s’éloigner au plus vite de ce cadavre devenu embarrassant.

Une purge politique sous couvert de lutte anticorruption

Ancien gouverneur de la région de Koursk, à la frontière ukrainienne, Starovoït avait été nommé ministre à Moscou en mai 2024. Trois mois plus tard, une offensive surprise des forces ukrainiennes a permis à Kiev de reprendre une portion de ce territoire, exposant les failles de la défense russe. Dans ce revers humiliant pour le Kremlin, il a rapidement été désigné comme responsable – un bouc émissaire idéal dans un État obsédé par l’image de force et d’infaillibilité.

« Les autorités ont voulu faire de lui un exemple », affirme Andreï Pertsev, analyste pour le média indépendant Meduza, interdit en Russie. « L’armée était absente, mais c’est plus facile d’accuser un civil que de mettre en cause les vrais responsables. »

L’affaire Starovoït s’inscrit dans une vague de purges ciblant les élites russes soupçonnées de malversations, ou simplement devenues gênantes dans le climat de paranoïa d’un régime en guerre. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le système de pouvoir poutinien, déjà autoritaire, s’est mué en machine de répression ouverte contre ses propres serviteurs.

Une guerre qui justifie toutes les brutalités

« Avant, il y avait des règles tacites : une fois arrivé en haut, on était protégé. Aujourd’hui, ces règles sont mortes », explique encore Pertsev. Ce changement de cap brutal est visible à tous les niveaux de l’appareil d’État. De nombreux hauts gradés ont été arrêtés récemment, comme Timour Ivanov, ex-vice-ministre de la Défense, condamné à 13 ans de prison.

Pour Tatiana Stanovaïa, politologue du Centre Carnegie Russie-Eurasie, le Kremlin a instauré une nouvelle logique : « Toute action ou inaction qui fragilise l’État face à l’ennemi est impardonnable. » Dans cette logique quasi-totalitaire, l’échec est un crime. La déloyauté est présumée. Et la punition, souvent sans appel.

« Pendant une guerre sainte, on ne vole pas », résume crûment Nina Khrouchtcheva, professeure à la New School à New York. « On se sacrifie. » Ceux qui sont soupçonnés de ne pas se conformer à cette vision sont éliminés, parfois physiquement.

Un régime qui sacrifie ses propres hommes

Face à cette répression interne, l’élite politique russe vit dans la terreur. L’arrestation peut frapper à n’importe quelle porte. Le suicide — ou ce qui en tient lieu — devient parfois la seule sortie, réelle ou forcée.

« Le système est désormais prêt à sacrifier des figures de plus en plus haut placées », avertit Stanovaïa. Starovoït n’est peut-être que le premier d’une longue série. Dans une Russie où la verticalité du pouvoir repose sur la peur, l’élimination de ses propres fidèles n’est plus un tabou, mais un instrument de contrôle.

Rabah Aït Abache/AFP

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Kamel Daoud : « Ce deuil qu’on m’a volé »

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Kamel Daoud

Le cri de Kamel Daoud, ayant perdu sa mère et ne pouvant assister à son inhumation. Banni de sa mère et de sa terre, il n’a pas crié. Il n’a pas tempêté. Il a juste écrit :

« Aujourd’hui, ma mère est morte. Je ne peux pas la voir, la pleurer, ni la saluer et l’enterrer, car vous m’avez banni de mon foyer et m’avez interdit de revenir dans mon pays. »

En quelques mots glaçants, Kamel Daoud livre l’un des textes les plus poignants et les plus politiques qu’il ait jamais publiés. Adressé nommément à Abdelmadjid Tebboune, à Kamel Sidi Saïd, à Belkaïm et « aux autres », ce message n’est pas seulement une protestation : c’est un acte de mémoire et d’accusation, un testament d’exilé empêché de dire adieu.

On connaissait l’écrivain, chroniqueur, analyste du fait religieux et politique. On le découvre ici dans une vulnérabilité nue. Le corps est loin. La mère est morte. L’exil, soudain, devient irréversible. Non seulement on vous empêche de rentrer, mais on vous interdit de pleurer.

Ce qui est confisqué à Kamel Daoud, ce n’est pas un passeport. C’est un geste, une prière, une main sur un front froid. L’État, dans sa brutalité, ne se contente pas d’exiler les vivants : il les éloigne même des morts.

L’auteur de Meursault, contre-enquête, de Mes indépendances, de tant de textes lucides et critiques sur l’Algérie post-indépendance, paie ici le prix d’une parole libre. Et ce prix est insupportable. L’écriture, chez lui, devient ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une substitution au rite, un tombeau en papier, un dernier recours.

Mais c’est aussi, et c’est peut-être là sa plus grande force, une charge symbolique contre un pouvoir qui ne supporte ni les voix divergentes ni les adieux dignes. Car interdire à un homme de pleurer sa mère dans sa langue, sur sa terre, c’est l’humilier au plus profond de son être.

Ce texte dit quelque chose de fondamental sur l’Algérie d’aujourd’hui. Sur ce pouvoir qui exile, réprime, enferme, réduit au silence. Sur cette violence qui, même dans la mort, refuse la paix. Et sur le courage des écrivains, journalistes, artistes, penseurs, qui tiennent malgré tout, hors du pays, la lampe d’une Algérie qui reste à libérer.

« Ce jour-là, je ne l’oublierai jamais. Ce que vous m’avez volé n’est pas seulement un droit, c’est un adieu. Et il ne se pardonne pas. »

Tout est dit.

Mourad Benyahia

La rédaction du Matin d'Algérie présente ses sincères condoléances à Kamel Daoud suite au décès de sa mère. Nous lui assurons de tout notre soutien en cette douloureuse circonstance. Que la terre soit légère à sa défunte mère.

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Tunisie : le journaliste Mohamed Boughaleb condamné à 2 ans de prison, la profession sous le choc

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Mohamed Boughaleb
Mohamed Boughaleb

Le couperet est tombé à Tunis : le journaliste Mohamed Boughaleb a été condamné à deux ans de prison par la chambre pénale n°44 du tribunal de première instance de Tunis.

Ce jugement, rendu jeudi 10 juillet 2025, repose sur l’article 24 du très controversé décret-loi n°54, relatif à la lutte contre les infractions aux systèmes d’information et de communication.

La condamnation intervient à la suite d’une plainte déposée par une universitaire à propos d’une publication sur les réseaux sociaux. Or, selon les résultats de l’expertise technique menée dans cette affaire, Boughaleb ne serait pas l’auteur de la publication incriminée.

Cette décision judiciaire a provoqué une onde de choc dans les milieux médiatiques et les défenseurs des droits humains en Tunisie. Dans un communiqué publié ce vendredi 11 juillet, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a qualifié le verdict d’« atteinte grave à la liberté d’expression » et de « nouvelle étape dans la répression des voix indépendantes ».

La SNJT y voit une dérive alarmante de l’appareil judiciaire, de plus en plus utilisé pour bâillonner les journalistes sous couvert de légalité. Le syndicat dénonce un usage abusif du décret 54, déjà largement décrié par les ONG et les avocats, et appelle à la suspension immédiate de son application, en particulier de son article 24. Ce dernier est actuellement visé par un projet d’abrogation examiné par l’Assemblée des représentants du peuple.

« Ce jugement marque un tournant dangereux », s’inquiète la profession, qui redoute une normalisation des peines de prison dans les affaires d’opinion. Le syndicat réaffirme son soutien inconditionnel à tous les journalistes emprisonnés ou poursuivis et réclame leur libération immédiate.

En Tunisie, la promesse de liberté née de la révolution de 2011 semble chaque jour davantage mise à mal par les pratiques autoritaires d’un pouvoir qui, sous couvert de légalité, étouffe peu à peu l’espace critique et médiatique.

Avec Express FM

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Affaire Sansal : Kamel Daoud dénonce la dérive autoritaire de l’Algérie et l’impuissance française

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Boualem Sansal
Boualem Sansal condamné arbitrairement à 5 ans de prison.

Dans un éditorial publié dans Le Point le 10 juillet 2025, l’écrivain Kamel Daoud revient sur l’affaire Boualem Sansal. Il y voit le symptôme d’un régime algérien verrouillé et d’une diplomatie française incapable d’agir.

Le silence est parfois plus éloquent que les cris. L’affaire Boualem Sansal, emprisonné en Algérie depuis le 16 novembre 2024, continue de susciter l’indignation. Dans un texte fort publié par Le Point, l’écrivain algérien Kamel Daoud signe une analyse lucide et implacable, qui va bien au-delà du sort d’un seul homme.

Selon Daoud, la détention de Boualem Sansal révèle l’état critique des libertés en Algérie. Le pays est décrit comme un « territoire des détentions arbitraires », où la répression ne s’arrête pas aux portes des intellectuels. L’auteur rappelle que les écrivains, naguère menacés par les islamistes, sont aujourd’hui poursuivis, calomniés ou emprisonnés par l’État. Il évoque aussi le cas du chanteur Cheb Mustapha, condamné à cinq ans de prison, sans que cela ne fasse réagir les grands médias internationaux.

Mais l’éditorialiste ne se contente pas de dénoncer la répression. Il s’en prend également à la France, incapable, selon lui, de défendre l’un de ses écrivains. « La France est restée impuissante face à la situation de Sansal », écrit-il, évoquant une suite de déclarations creuses, de gestes symboliques ou de silences prudents. Ce mutisme stratégique aurait renforcé l’impression d’un désengagement profond.

Pour Kamel Daoud, l’affaire Sansal cristallise une double crise : celle d’un régime algérien autoritaire qui instrumentalise la justice, et celle d’une France qui oscille entre radicalité, calculs politiques et réflexes de soumission. « Ceux qui ont cru amadouer le ravisseur se leurrent », écrit-il, dénonçant aussi certains relais français qui ont repris les accusations du pouvoir algérien contre Sansal, allant jusqu’à légitimer son enfermement.

L’écrivain voit dans cette affaire un tournant : non seulement elle révèle la fragilité de l’engagement démocratique sur les deux rives, mais elle expose aussi les limites de la relation franco-algérienne, autrefois rêvée comme un pacte postcolonial renouvelé. Désormais, la priorité semble être la gestion des crises, non leur résolution.

Kamel Daoud conclut avec gravité : « L’affaire Sansal nous a coûté à tous, mais moins qu’à lui. Lui, au moins, conserve sa dignité. »

Le message est clair : dans un monde qui tolère les injustices dès lors qu’elles sont géopolitiquement commodes, la parole littéraire reste l’un des rares contre-pouvoirs à ne pas avoir abdiqué.

Mourad Benyahia

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Markunda Aurès, une voix chaouie contre l’oubli

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Makunda

Elle s’appelle Markunda Aurès, un nom d’artiste choisi comme un manifeste, un ancrage, une fidélité. De son vrai nom Meriem Mebarki, elle est née en 1948, dans la tribu des Aït Soltane, au cœur du massif du Belezma, dans les Aurès, terre de résistances, de femmes fortes et de cultures entremêlées.

Psychologue de formation, chanteuse d’expression chaouie, aujourd’hui également écrivaine, elle a fait de sa vie un long chant contre l’oubli.

En novembre 1971, elle quitte l’Algérie pour s’installer à Paris, poursuivant des études de psychologie. Mais très vite, c’est la voix de l’exil et de la mémoire qui la saisit : Markunda commence à composer, à collecter, à restaurer des chants oubliés du patrimoine chaoui. Une entreprise patiente et engagée qui donnera naissance à quatre albums, près d’une centaine de titres, dont certains, comme Anzar, Aghenja ou Si melmi ntough, deviennent emblématiques.

En 1986, elle publie son premier disque, et deux ans plus tard, se produit sur la scène mythique de l’Olympia à Paris — un moment rare pour une chanteuse de langue berbère.

Mais Markunda ne chante pas seulement pour faire revivre une tradition. Elle résiste, à sa manière : contre l’effacement, contre l’invisibilisation des femmes, contre l’oubli des langues minorées. Car elle le sait — et le dit avec force — :

« Si on te nie, la mort t’oubliera. »

Cette phrase donne son titre à son premier roman, publié aux Éditions Thélès. Un récit autobiographique dense et pudique, où l’auteure revient sur sa propre histoire, celle d’un départ, d’un déracinement, d’un silence intérieur devenu chant et écriture.

Installée aujourd’hui entre Paris et une maison dans le Luberon, Markunda Aurès a trouvé dans la pierre et la nature un écho à ses montagnes d’enfance. C’est là, dans cette retraite où plane le souvenir de sa mère, Yemma, qu’elle entame l’écriture de ce livre. Si on te nie, la mort t’oubliera est un hommage à sa lignée, à ces femmes chaouies, belles et rebelles, que l’histoire n’a pas toujours su retenir.

À travers quatre générations, l’auteure tisse une mémoire familiale entremêlée à l’histoire nationale — guerre d’indépendance, fractures culturelles, modernisation brutale, exils successifs.

Dans une langue sobre, poétique, jamais plaintive, elle évoque les fêtes agraires, les mariages d’amour, les Azriates, ces femmes gardiennes des danses anciennes, et surtout la cohabitation des langues et des générations, dans un monde où berbère, arabe et français se parlaient sans s’exclure. Le récit est traversé par des figures puissantes : Dihya, Massika, les femmes de son clan, les femmes de son peuple.

Écrire ce livre, pour Markunda, c’est retourner à soi. Mais c’est aussi parler aux autres, à celles et ceux qui cherchent dans l’écriture ou la chanson une forme de vérité, un moyen de renouer avec ce qui semblait perdu. À travers ses influences — de Kundera à Faulkner —, elle ancre son geste dans une littérature du temps, de la mémoire, de l’identité fragmentée.

Aujourd’hui, Markunda Aurès poursuit son chemin discret mais essentiel. Elle chante toujours, écrit désormais, transmet inlassablement. Elle n’a jamais cessé d’incarner cette parole rare, celle des femmes des Aurès, à la fois fragiles et indomptables. Elle le fait sans bruit, sans posture, mais avec une justesse poignante.

Et elle nous rappelle, simplement, que se souvenir est déjà une forme de résistance.

Djamal Guettala

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Algérie 2025 : un pays devenu irrespirable

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Tebboune et Chanegriha ont fait de l'Algérie une grande prison.

C’est une image glaçante, et pourtant tristement banale dans l’Algérie d’aujourd’hui : trois citoyens, trois candidats à l’élection présidentielle de septembre 2024, ont passé leur première nuit en prison.

Leur faute ? Avoir cru, un instant, qu’ils vivaient dans un pays libre. Avoir cru, un instant, que se présenter à une élection ne relevait pas du crime de lèse-majesté. Avoir cru, un instant, que l’Algérie leur appartenait un peu.

Ce mercredi 9 juillet, Saïda Neghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hamadi ont été condamnés à quatre ans de prison ferme, avec mandat de dépôt immédiat. Ils sont tombés pour avoir voulu être candidats. Pour avoir voulu exister politiquement, dans un pays qui ne tolère plus que les ombres fidèles.

En première instance, ils avaient écopé de dix ans. Dix ans pour ambition présidentielle. Dix ans pour avoir rassemblé des soutiens, parfois maladroitement, comme dans toutes les démocraties balbutiantes. À l’appel, la peine est réduite. Mais l’essentiel est ailleurs : la prison est confirmée, les barreaux tombent, l’exemple est donné.

La justice algérienne, transformée en bras armé du régime, a envoyé un message net : il ne faut pas oser. Il ne faut pas s’élever. Il ne faut pas se présenter. Le pays, sous la surface de ses institutions, est verrouillé par une volonté unique : empêcher que quiconque, en dehors du cercle autorisé, ne vienne troubler l’ordre établi.

L’affaire dépasse ces trois noms. Elle dépasse même l’échéance électorale. Elle dit quelque chose de plus vaste, de plus terrible : l’Algérie est devenue irrespirable pour ses propres enfants. Aucun souffle ne peut plus y passer sans l’aval du pouvoir. Aucun élan, aucun projet, aucune parole libre ne trouve grâce à ses yeux.

Boualem Sansal est en prison. Kamel Daoud est traqué. Des journalistes sont bâillonnés. Des artistes sont surveillés. Des syndicalistes, emprisonnés. Et voilà maintenant que des prétendants à la magistrature suprême sont punis avant même d’avoir fait campagne.

Quelle est cette République qui jette en prison des candidats avant les élections ? Quel est ce régime qui criminalise la volonté de servir son pays autrement ? Il ne reste plus rien du rêve d’indépendance quand on enchaîne ceux qui veulent proposer un autre chemin. Et ceux qui, de loin, regardent ce naufrage en se taisant — ou en s’en félicitant — partagent la responsabilité du désastre.

Le peuple algérien mérite mieux. Mieux que cette mascarade d’élections verrouillées. Mieux que cette justice aux ordres. Mieux que ce régime qui s’autodévore, faute de pouvoir respirer l’air libre.

Il fut un temps où l’Algérie inspirait le monde par sa quête d’émancipation. Elle inspire aujourd’hui la peur, la fuite, le silence. Et parfois, dans les cellules froides d’Alger, des hommes et des femmes qui avaient juste rêvé d’un bulletin de vote — et qui, pour cela, paient le prix d’un insupportable enfermement.

Kamel Bencheikh

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Tajmaât : socle ancestral de l’organisation communautaire

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Tajmaat

Tajmaât, ou comité de village, est une structure ancestrale d’organisation communautaire. Elle est animée par les membres les plus sages du village, choisis par consentement pour leur exemplarité morale et leur sens de l’intérêt général. Ses missions fondamentales portent sur l’exercice des droits citoyens au sein du village, dans un esprit de dialogue, de concertation et de planification collective des projets communs.

Elle veille à la gestion des biens et du patrimoine collectifs tels que les lieux de culte, le cimetière et autres espaces communs, tout en organisant les solidarités locales, garantes de la sérénité et de la cohésion sociale.

Au-delà de sa mission d’organisation de la vie communautaire, Tajmaât a aussi été un instrument de résistance. Cette structure, fondée profondément sur l’entraide et la responsabilité collective, a joué un rôle important dans la dynamique de préservation de l’identité et de la résilience de notre peuple.

En rivalité avec l’Etat colonial, elle a largement empiété sur ses prérogatives, cherchant à soustraire la communauté villageoise à son autorité et à la tenir à l’écart de son influence. Tajmaât a ainsi remplacé la justice coloniale pour mettre sur pied un système de « jugement » pour éviter toute immixtion de l’autorité coloniale dans la gestion des conflits internes à la communauté pour en faire un moyen de division. 

Véritable garant de l’intérêt général, Tajmaât s’érigea ainsi en rempart contre l’emprise coloniale. Elle s’imposa comme une muraille invisible mais infranchissable, protégeant le tissu social et les valeurs communes.

Cette forme d’organisation ancestrale découle d’une conviction profonde. Ces communautés avaient en effet compris, très tôt, que l’indifférence à l’égard de l’intérêt collectif ne pouvait que les exposer à la fragilité et à la désagrégation.

À l’inverse, la réponse collective, enracinée dans la solidarité active et l’engagement partagé, démultiplie la capacité à surmonter les épreuves, à se relever dans l’adversité, et à inscrire leur destin dans la durée. Centrée ainsi sur la défense du bien commun et de l’intérêt collectif, elle a constitué le socle d’une société résiliente, qui a pu se projeter dans l’avenir malgré les épreuves, les privations et les traumatismes laissés par les guerres. Dans cette forme d’organisation, la solidarité est plus qu’une idée politique. Elle est le ciment de la cohésion sociale, protégeant les plus vulnérables et stimulant l’effort collectif. Elle est un principe fondamental qui sous-tend l’autorité publique, le socle même de la légitimité.

Tajmaât, cette organisation communautaire, a fortement marqué l’histoire de la Kabylie et, plus largement, celle du pays. Une histoire loin d’être linéaire, jalonnée de bouleversements, rythmée par un cycle douloureux de colonisations et de décolonisations.

Notre Histoire, celle dont nous parlons aujourd’hui, est d’abord celle des résistances, des renaissances et des luttes inlassables pour la souveraineté. C’est à la force de cette organisation autonome, mais aussi à ces refuges naturels que sont l’immensité désertique et les replis majestueux des montagnes, choisis pour leurs fortifications intrinsèques, que notre peuple doit, pour une grande part, sa survie.

À l’écart des routes et les plaines conquises, ces lieux rudes et silencieux, généralement ingrats, ont offert à nos ancêtres un asile. Eux, en retour, s’y sont dotés d’une organisation propre, conçue pour préserver leur être profond, leur langue, leur culture, leur dignité. Ce sanctuaire naturel nourri à l’esprit de Tajmaât fut ainsi le cœur battant de la résistance.

C’est dans cette rigueur que s’est forgée la détermination farouche à se libérer du joug colonial, se constituant en un immense réservoir de maquisards et en un lieu de sûreté et de quiétude.

Une autonomie stigmatisée par l’Etat 

Au lendemain de l’indépendance, les communautés villageoises ont concilié leur mode d’organisation ancestral avec les impératifs du jeune Etat en voie de consolidation. Les traditions étaient mises au service de la promesse républicaine portée par l’accession à la souveraineté. Les réflexes de défiance hérités de l’ère coloniale laissaient place à la bienveillance envers l’Etat naissant. À ce dernier, ces communautés consentirent la reprise en main des fonctions relevant de ses attributions régaliennes, consolidant ainsi le socle d’un ordre institutionnel unifié. Tajmaât a su s’intégrer harmonieusement dans le processus de construction d’un Etat moderne, tel que promis par les Martyrs, tout en préservant sa singularité, notamment son rapport distancié à la religion. Cette posture, relevant d’une forme implicite de laïcité, a toujours été assumée comme telle, sans jamais être érigée en revendication spécifique et politique.  

L’Etat indépendant affirma dès lors son autorité pleine et entière sur l’ensemble du territoire national. Aucune pratique communautaire ne devait désormais entraver le processus d’intégration ni faire obstacle à la construction d’une cohésion nationale sous l’égide du pouvoir central.

Engagée dans une profonde mue, la représentation villageoise s’affranchit de son rôle ancien de rempart, celui-là même qui, sous la domination coloniale, avait permis d’ériger une muraille invisible pour préserver l’autonomie locale. Son action, désormais, ne s’opposait plus à celle de l’Etat, mais s’y articulait de manière complémentaire, en participant dans une dynamique harmonieuse au développement local.

Pour autant, il n’a jamais été question de renier l’engagement initial en faveur de la souveraineté populaire, un serment fait aux martyrs et sans cesse ravivé par l’histoire. Ces structures ancestrales, restées imperméables aux tentatives de récupération et d’instrumentalisation, demeurent fidèles à cet engagement historique aux côtés des instances légitimes de la Révolution. Porteuses d’une tradition de contre-pouvoir, elles se dressent avec constance contre les falsifications de l’histoire et la négation de l’identité plurielle de l’Algérie, faisant alors de la région un no man’s land où sont bannies toutes les idéologies totalitaires.

Les visées autoritaires de la nouvelle autorité politique née au lendemain de l’indépendance nationale ont presque rappelé à Tajmaât son rôle de facteur de résilience. C’est ainsi que la communauté villageoise s’est mobilisée pour honorer les martyrs de la Révolution et éviter le « détournement des sacrifices, en s’inscrivant, comme durant celle-ci, dans le processus politique de reprise et de recouvrement de la souveraineté populaire.

Les militants du FFS de 1963 ont été pris en charge principalement par les villages. Ces derniers ne pouvaient s’y opposer, tant que Tajmaât restait l’instance délibérante, donc le lieu de décision.

La présence et la persistance de Tajmaât ne se sont pas limitées à des prises de position dans des moments de grande incertitude, mais elle a assumé son rôle de gestion du quotidien des communautés villageoises pendant des années, et ce, malgré les tentatives de dévoiement de sa mission. En avril 1980, les comités de village n’ont pas hésité à se prononcer sur les événements du Printemps amazigh, mobilisant les citoyennes et les citoyens autour des idées de liberté, de droits et de dignité. En 2001, l

Lors du Printemps noir de Kabylie, face à la tragédie meurtrière imposée par le pouvoir et à la faillite des organisations de médiation dites modernes, notamment les formations politiques, les citoyens de la région ont fait appel à cette organisation pour reprendre l’action politique et mettre fin à la répression.

Regroupées au sein des Aarchs, elles ont pris en charge, dans un cadre pacifique, la conduite de la contestation face à l’autoritarisme et au musèlement des libertés, affirmant en cela l’engagement qui fait d’elles les bastions des luttes démocratiques. C’est aussi dans cet esprit qu’elles ont opposé une résistance ferme à l’idéologie des Frères musulmans, courant politique en rupture avec les fondements mêmes de la nation algérienne.

À la différence de ces comités de quartier urbains, souvent créés à l’initiative des autorités pour servir de simples relais administratifs, sans réelle vocation représentative, les structures villageoises revendiquent une indépendance fondée sur l’autonomie, la mémoire historique et la fidélité à l’idéal démocratique. Et c’est précisément pour cette autonomie que le pouvoir les stigmatise. Il leur impute la responsabilité d’alimenter des foyers de contestation, d’incarner une forme d’insoumission à l’ordre institutionnel.

Dès lors que le pouvoir central y voit une structure porteuse d’authenticité et surtout de contestation pacifique et organisée, il tente vaille que vaille de démanteler l’organisation, quitte à provoquer des troubles, en brisant un ordre qui a su, des siècles durant, canaliser la force, les colères et réunir la communauté autour d’un idéal de liberté, de Twiza et de démocratie.   

Dans sa logique d’affrontement avec la société, fidèle à une stratégie de disqualification systématique de toute voix dissidente, le pouvoir politique, qui s’efforce de projeter au monde l’image d’une cohésion unanime de son peuple avec ses dirigeants, s’en est pris à ces espaces d’ancrage social, en dépit de leur utilité manifeste.

Le caractère frondeur de cette région, mis en lumière avec éclat lors du Hirak, est une offense intolérable aux yeux de ceux qui ont trahi les idéaux de Novembre. Incapables d’assumer l’héritage des luttes pour la liberté, il se montre résolument hostile à ces formes d’organisation autonome qui perpétuent une mémoire indocile et un esprit de résistance.

Faute de pouvoir les soumettre, il s’emploie à les délégitimer et à les démanteler. Enracinés dans une tradition de luttes démocratiques, les comités de village ont toujours été dans le viseur du pouvoir, notamment depuis le Hirak, résolu à éradiquer ce qui subsiste de contre-pouvoir communautaire. Leur attachement à la souveraineté populaire fait d’eux une aspérité dans un paysage que le régime s’emploie à uniformiser selon les dogmes d’une idéologie arabo-islamique étatisée, en rupture avec la pluralité historique du pays.

En s’en prenant à ces espaces d’une citoyenneté résiduelle, le pouvoir vise à étendre son emprise jusqu’au cœur même des villages. Il cherche à rompre tout lien avec les origines, à effacer l’empreinte de l’ancestralité, et à éliminer tout particularisme susceptible d’échapper à son modèle centralisé. Ce qu’il attaque, au fond, ce n’est pas seulement une forme d’organisation locale, mais une mémoire vivante, une tradition de gouvernance fondée sur l’autonomie et la coresponsabilité.

Pour ce faire, l’administration a imposé un « caractère » légal à ces « associations », en les obligeant à identifier leurs membres afin d’en faciliter la « manipulation » et, le cas échéant, leur contrôle. Tous les comités de village qui consentent à cette « obligation » sont admis avec facilité au sein de l’administration. Les autres, qui s’y refusent, sont exclus des aides publiques.

Ces structures autonomes sont ainsi gravement menacées. Elles subissent, d’une part, le chantage à l’agrément, arbitrairement octroyé ou retiré par une administration toute-puissante ; d’autre part, elles sont placées sous une surveillance constante et soumises à un contrôle étroit des rares activités tolérées, conditionnées à l’obtention d’autorisations préalables.

Cette logique d’encadrement, loin de relever d’un souci de régulation, vise à neutraliser toute expression politique portée par une légitimité populaire. À cela s’ajoute la menace plus insidieuse que fait peser l’article 87 bis du Code pénal, brandi contre toute voix dissidente. Il plane tel un couperet au-dessus des représentants de ces comités, susceptibles à tout moment d’être criminalisés sous des chefs d’inculpation aussi vagues que redoutables. Le prétexte sécuritaire sert ainsi à museler ce qui, dans la société, refuse de se soumettre à l’ordre autoritaire.

Et pourtant, ces structures ne réclament ni privilèges ni confrontation, mais reconnaissance. Leur action, loin de concurrencer les services de l’Etat, le complète en servant la collectivité au plus près de ses besoins. Le pouvoir doit comprendre que ce n’est pas par la répression que l’on tisse le lien national, mais par la reconnaissance de ce qui, dans la société, incarne la dignité, la mémoire et le sens du commun.

Et que seule l’écoute de ces voix autonomes, conjuguée à une réforme profonde fondée sur les principes de l’Etat de droit, de la démocratie et de la justice sociale, permettra de restaurer la confiance et de ranimer l’espérance auprès de ces montagnards, gardiens infatigables de la résilience.

Hamid Ouazar, ancien député de l’opposition

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Kamar Idir et les mémoires invisibles : une œuvre immersive au Mémorial des Déportations de Marseille

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Mémorial des déportations
Mémorial des déportations

Mardi 8 juillet, le Mémorial des Déportations de Marseille a accueilli une création audiovisuelle inédite : « Prémices ». Pensée par le réalisateur et enseignant Edouard Mills-Affif, cette œuvre immersive propose une traversée visuelle et sonore du Marseille populaire et cosmopolite, de l’entre-deux-guerres aux années 1990.

Trois regards d’artistes se croisent pour faire résonner la mémoire d’une ville aux multiples strates : Jacques Windenberger, Pierre Ciot et Kamar Idir.

Photographe de l’ordinaire militant, Windenberger a documenté la vie des quartiers nord, les luttes sociales, les visages oubliés de l’après-guerre. Pierre Ciot, reporter de l’urbain, a suivi la transformation brutale du paysage marseillais, entre béton, ruines et réinventions. Mais c’est peut-être le regard de Kamar Idir, artiste d’origine algérienne, qui offre la tonalité la plus sensible, la plus souterraine de Prémices.

Né de l’exil, formé aux Beaux-Arts d’Alger, Kamar Idir a fui les années noires pour trouver refuge à Marseille, où il n’a cessé depuis de traquer les présences effacées. Fondateur du collectif Artriballes, animateur à Radio Galère, il photographie comme on écoute. Il collecte les silences, les murmures, les traces. Dans Prémices, il donne corps aux quartiers disparus, aux solidarités invisibles, à cette ville que les archives ne racontent jamais.

Un geste artistique, une parole mémorielle

Prémices prend place dans le cadre de l’exposition Marseille 1900-1943. La mauvaise réputation, qui revient sur les pages sombres de l’histoire marseillaise : les rafles de l’Opéra et du Vieux-Port en janvier 1943, menées par les nazis avec l’aide active du régime de Vichy, suivies de la destruction méthodique des vieux quartiers. Des événements qualifiés aujourd’hui de crimes contre l’Humanité, et qui ont marqué durablement le visage et la mémoire de la ville.

La création audiovisuelle d’Edouard Mills-Affif – composée de deux diaporamas et d’un essai filmique projetés sur les murs du bunker du Mémorial – tisse un récit sensible. Films muets, documents audiovisuels, photographies anciennes et contemporaines s’y rencontrent pour raconter autrement Marseille : par ses absents, ses rebords, ses fractures.

Kamar Idir n’y est pas simplement un contributeur. Il est un révélateur. Par son approche poétique, politique et profondément humaine, il questionne la ville depuis ses failles. Il interroge ce qui demeure : les voix non entendues, les visages sans noms, les mémoires tues. Ses images ne cherchent pas le spectaculaire, elles font émerger l’essentiel : ce qui résiste, ce qui vit encore, ce qui mérite d’être transmis.

Une mémoire collective, habitée et partagée

À trois, Windenberger, Ciot et Idir composent une polyphonie. À travers leurs prismes, Prémices devient bien plus qu’une œuvre artistique : c’est une archive vivante, un geste de réparation, un hommage rendu aux disparus comme aux survivants. Dans une époque où la mémoire est menacée par le brouhaha de l’oubli, cette création propose une pause, un regard, une écoute.

Et Kamar Idir, lui, rappelle à sa manière douce et tenace qu’il n’y a pas de grande histoire sans les petites.

Que la photographie est aussi un acte de justice. Et que Marseille, pour qui sait la regarder, continue de murmurer ses vérités.

Djamal Guettala

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Mohamed Ould Ghazouani ou la fatigue d’exister

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Trump et 5 chefs d'Etat africains
Trump et 5 chefs d'Etat africains. Le mépris.

Ils avaient été conviés à dîner à la Maison-Blanche, mais ce n’était pas un banquet d’égal à égal. C’était une convocation diplomatique, une mise en scène d’autorité où cinq chefs d’État africains étaient alignés autour de Donald Trump comme naguère les gouverneurs indigènes autour du résident colonial.

L’Afrique, encore une fois, appelée à comparaître sous prétexte de dialogue. Tout, dans la disposition des corps, dans le tempo de la parole, dans l’ambiance du lieu, rappelait la verticalité d’un monde que l’on croyait révolu. Et soudain, la scène s’est resserrée sur un détail, presque banal, mais lourd de ce que l’Histoire ne cesse de répéter : l’humiliation en direct, crue, sèche, administrée avec le naturel de ceux qui ont toujours dominé.

Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani prend la parole. Il ne demande rien de déraisonnable. Il ne réclame ni faveur ni privilège. Il cherche à exposer une idée, à parler, simplement, au nom de son pays.

Mais dès qu’il ouvre la bouche, quelque chose gêne. Sa voix hésite, trébuche, cherche ses mots dans un français approximatif. Il parle comme un élève mal préparé, baragouinant sa leçon devant un maître agacé.

Ce n’est pas une parole souveraine qui s’élève, c’est un murmure mal assuré, une parole déréglée qui ne semble pas croire à sa propre légitimité. Et c’est là que Donald Trump l’interrompt, d’un ton abrupt, comme on coupe court à une gêne : « Juste votre nom et votre pays, ce serait génial. » Pas un sourire. Pas une formule adoucie.

Rien que l’ordre sec d’un maître de maison à un invité de trop. Cette phrase n’est pas simplement rude, elle est hiérarchique. Elle renvoie Ghazouani non à sa fonction de chef d’État, mais à une présence encombrante qu’il faut réduire à l’essentiel. Nom. Pays. Silence. Le minimum tolérable dans une mise en scène impériale.

Et le plus terrible, le plus déchirant, ce n’est pas l’interruption, c’est ce qui suit. Mohamed Ould Ghazouani s’exécute. Il se tait. Il obéit. Pas un mot de protestation, pas une tentative de reprendre la parole, pas même une crispation dans le regard. Il rentre dans l’humiliation comme on rentre dans une habitude. Il s’efface comme s’il savait déjà qu’il n’avait rien à dire de plus.

Ce n’est pas un homme qu’on a fait taire, c’est un président qui a rendu sa voix sans lutte. Ce n’est pas un propos qui a été interrompu, c’est une mémoire, un peuple, une histoire, une dignité qui se sont effondrés sans résistance.

Ce silence n’était pas diplomatique. Il n’était pas stratégique. Il était structurel, intériorisé, postcolonial. C’était le silence d’un homme qui a appris à ne pas déranger. Le silence d’un représentant devenu gestionnaire. Le silence de ceux qui, à force de plier, ont oublié la verticalité de leur propre nation. Trump n’a rien inventé. Il a agi selon la vieille logique du centre impérial, il parle, il distribue la parole, il retire ce qu’il a concédé.

Mais ce qui sidère, ce qui accable, c’est cette soumission immédiate, presque naturelle, du président mauritanien. Il ne s’est pas défendu. Il n’a pas même tenté d’exister. Il a validé, par son mutisme, le statut humiliant qu’on lui imposait. Et ce silence ne s’arrête pas à sa personne, il retombe comme un couvercle sur tout un peuple, sur une nation entière qui, par cette scène, voit sa voix niée, sa mémoire blessée, son histoire écrasée par la continuité d’une domination à peine travestie.

On ne mesure pas la gravité d’un silence à son intensité sonore, mais à ce qu’il laisse piétiner derrière lui. Ghazouani ne s’est pas seulement tu. Il a collaboré avec son propre effacement.

Trump a humilié. Ghazouani a ratifié l’humiliation. Et c’est tout un continent, encore une fois, qu’on a sommé de n’être qu’un nom et un pays. Rien d’autre.

Cherfaoui Mohamed Rachid

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Mali : le général Assimi Goïta promulgue la loi lui accordant un mandat illimité de président

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L'autoproclamé général Assimi Goïta
L'autoproclamé général Assimi Goïta veut un pouvoir à vie

Le chef de la junte au pouvoir au Mali, l’autoproclamé général Assimi Goïta, a promulgué la loi lui accordant un mandat de cinq ans renouvelable sans élection et est devenu de facto président de la République du Mali, selon le Journal officiel jeudi 10 juillet.

Assimi Goïta veut mourir au pouvoir. Comme tous les tristes dictateurs africains qui l’ont précédé. Le régime militaire lui a accordé la semaine passée un mandat de président de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire pr» et sans élection. La promulgation de la loi, attendue depuis plusieurs jours, maintient donc Assimi Goïta à la tête de l’État jusqu’à au moins 2030.

Elles sont loin les premières déclarations des lendemains de coup d’Etat où ce purschiste promettait d’organiser des élections et de rendre le pouvoir aux civils. Ce général d’apparat fait faire à son pays plusieurs décennies en arrière.

La rédaction/AFP

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