3 avril 2025
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Karim Tabbou interpelle le ministre de la Justice

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Le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa
Le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa

Karim Tabbou, opposant politique soumis à l’obligation de pointer dans une caserne, a rendu publique une déclaration dans laquelle il expose l’arbitraire dont il est victime et interpelle le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, qui se pique de défendre le droit des Algériens.

J’ai accompli hier le lundi 24 février 2025 l’obligation de signature sur le registre de mon contrôle judiciaire au niveau de la caserne relevant de la sécurité intérieure.

Ce contrôle judiciaire, outre son caractère injuste et injustifié, sert de moyen de pression contre les militants pour tenter de les faire renoncer à leur combat.

Un chantage judiciaire qui apporte la preuve que la justice a cessé de servir le Droit, reléguée à un simple instrument de manipulations politiciennes.

Les propos cyniques du ministre de la Justice devant les députés, menaçant d’utiliser son épée qu’il a décrite comme étant tranchante contre les citoyens et les militants politiques achèvent d’apporter la preuve de cette instrumentalisation.

La question se pose : contre qui cette épée sera-t-elle utilisée et sur qui sera-t-elle si tranchante ?

Contre des citoyens qui expriment leurs opinions sur les réseaux sociaux !

En tant que citoyen algérien, vivement préoccupé par la situation politique de mon pays et inquiet de l’avenir de ses enfants, je m’élève contre ces propos et regrette le caractère excessif et surtout accusateur du discours du ministre de la Justice.

Monsieur le ministre,

Vos propos sont allés au-delà de vos attributions légales. Ils confondent entre les plaidoiries d’un procureur lors des sessions criminelles et le discours d’un ministre devant une assemblée nationale censée, pourtant, être l’instance représentative du peuple !

Dans les pays démocratiques, lorsqu’un ministre est invité à répondre aux questions des députés – représentants du peuple –, il doit impérativement respecter la loi, se limiter à ses seules attributions légales et à faire preuve de retenue !

Votre discours ne fait que confirmer la justesse de notre combat en faveur d’un État de droit et d’une justice indépendante.

Il est plus qu’impératif que la justice se soustrait à cette conception erronée du droit et que cessent ces allures de potentat et cette paranoïa confondant le « moi » avec l’Etat et faisant de l’abus une preuve d’une prétendue fermeté et de l’élévation de la voix une attestation de courage !

La science juridique est si complexe et l’univers du droit si vaste qu’il a fallu des siècles aux penseurs pour théoriser les nobles valeurs humaines et les transformer en codes et lois capables d’assurer la justice et le bonheur de l’humanité !

La science juridique est loin d’être une simple conversation de comptoir. C’est un concentré de sciences : sociologie, histoire, philosophie, anthropologie, politique, etc.

Concernant ces propos du ministre de la Justice

  • 𝗣𝗿𝗲𝗺𝗶è𝗿𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, Monsieur le ministre doit savoir que fondamentalement la loi n’est pas une arme ; elle est l’expression de la volonté du peuple, l’outil essentiel qui permet d’organiser au mieux la vie publique et d’assure la protection des droits des citoyens. Elle ne peut en aucun cas être un instrument de répression utilisé pour faire taire les voix et restreindre les libertés.
  • 𝗗𝗲𝘂𝘅𝗶è𝗺𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, Monsieur le ministre doit comprendre que lorsqu’un pouvoir menace d’utiliser la « loi » comme une arme contre la libre expression politique des citoyens, il reconnaît implicitement son échec ainsi que son incapacité à trouver des solutions aux souffrances et aux préoccupations de ces derniers.
  • 𝗧𝗿𝗼𝗶𝘀𝗶è𝗺𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, Monsieur le ministre doit comprendre que le fait même de convoquer l’usage des lois, exclusivement dédiées, dans leur essence et leur esprit, à la justice, pour en faire un outil d’intimidation et de menace ne fera qu’altérer davantage la confiance des citoyens envers l’État et ses institutions.

Lorsqu’une loi devient une source de peur au lieu d’être un symbole de sécurité et d’équité, c’est que des tyrans sont aux commandes !

  • 𝗤𝘂𝗮𝘁𝗿𝗶è𝗺𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, Monsieur le ministre doit savoir que si la fonction de la loi est d’assurer la protection de la société et donc des citoyens contre les discours de haine, le chaos et la violence, cela n’autorise pas pour autant la remise en cause de l’expression libre des opinions et le droit à la critique.

La liberté d’expression est un droit constitutionnel garanti par les conventions et traités internationaux ratifiés par l’Algérie.

Confondre délibérément le discours politique critique de la gouvernance et du mode gestion de la cité avec un délit de diffamation, c’est faire preuve d’un manque d’éthique et du refus de la divergence des opinions.

  • 𝗖𝗶𝗻𝗾𝘂𝗶è𝗺𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, Monsieur le ministre doit faire un effort intellectuel pour être dans l’ère du temps et comprendre que les réseaux sociaux sont des plateformes d’expression. Plutôt que de lancer des accusations et des menaces contre leur utilisateurs, l’État aurait été mieux inspiré d’ y prêter une attention particulière, puisqu’ils servent de moyens d’alerte, mais également d’outils de transmission de l’information. Encore plus aujourd’hui avec la mort de la presse.
  • 𝗦𝗶𝘅𝗶è𝗺𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, nier l’existence de détenus d’opinion en Algérie, alors qu’ils sont des centaines de citoyens et de militants politiques arrêtés puis emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinions critiques envers le pouvoir, à travers les réseaux sociaux, relève du mensonge d’État.

Monsieur le ministre,
Dans votre discours devant l’Assemblée, vous avez sciemment confondu l’insulte et la diffamation avec la libre expression afin de tenter de tromper l’opinion publique, d’une part, et de vous accorder le droit de suspendre les libertés et d’interdire la parole, d’autre part.

Existe-t-il plus grande violation de la loi, un piétinement flagrant des droits du citoyen, lorsque celui qui est censé représenter la loi et veiller à son application foule au pied le fondamental du droit et proclame des sentences accusatrices contre des citoyens en se basant sur le contenu de leurs téléphones ?

N’est-ce pas une grave atteinte à leurs droits ?

N’est-ce pas là une atteinte caractérisée à la vie privée des personnes et une atteinte à leur honneur ?

Lorsqu’un responsable, de surcroit occupant un poste régalien, déclare publiquement traquer des citoyens en se basant sur les données trouvées sur leurs téléphones personnels et non sur leurs publications, il viole la loi et porte gravement atteinte à la Constitution. (La Constitution interdit à quiconque de consulter les correspondances personnelles et protège la vie privée des citoyens.)

S’il est bien connu que sous les régimes de dictature, les constitutions et les lois ne servent que de couverture légale aux dirigeants pour palier leur illégitimité et leur inefficacité politiques, l’histoire nous apprend, en revanche, que les régimes fondés sur la répression et qui s’appuient sur des lois liberticides portent en eux-mêmes les germes de leur propre destruction !

Monsieur le Ministre doit méditer le sort de ses prédécesseurs et en tirer les leçons qui s’imposent.

Où sont aujourd’hui Tayeb Louh, Mohamed Cheurfi, Ahmed Ouyahia ?…

En guise de conclusion, je m’adresse personnellement au ministre de la Justice en lui lançant un défi !

Monsieur le Ministre,
Vous avez bien insisté sur le fait que vous allez utiliser votre « épée tranchante », notamment dans les affaires de diffamation, d’insultes et d’atteintes à l’honneur des personnes.

Alors, je vous expose mon cas et je vous mets devant vos responsabilités.

Vous n’êtes pas sans ignorer que j’ai déposé une réclamation auprès du procureur général de la Cour de Blida concernant des faits graves dont je suis victime. En effet, lors d’un procès tenu au tribunal de Boufarik, le procureur de la République avait proféré des insultes, des accusations graves, gratuites et infondées contre ma personne lors d’une audience publique, en me qualifiant de « terroriste classé ».

Une accusation qu’il a répétée à deux reprises devant un panel de plus de quinze avocats et des citoyens venus assister à ce procès.

Ces propos ont porté atteinte non seulement à mon honneur personnel, mais ont aussi attenté à mon image, à ma famille, à mes enfants et à mon parcours de militant enraciné dans les valeurs démocratiques et de respect.

Je vous mets au défi d’agir, de prendre des sanctions, de faire respecter la loi et surtout de prendre toutes les dispositions légales pour me réhabiliter et réparer le grave préjudice qui m’a été causé.

Monsieur le Ministre, je vous invite à lire Bulwer-Lytton et à méditer ses paroles : « La loi doit être une épée brandie pour protéger les faibles, et non une épée menaçant les innocents ».

« La loi doit être une épée forgée par le peuple et non par le gouvernement », soutient Tom Paine, tandis que Spinoza décrète que : « Les lois qui bâillonnent les bouches et brisent les plumes se détruisent elles-mêmes ».

Monsieur le Ministre de la Justice, le jugement de l’histoire est imparable : elle ne pardonnera jamais à ceux qui utilisent le pouvoir de la loi pour réprimer les citoyens et les emprisonner.

Quelque fussent les obstacles et les difficultés, le peuple ne cessera jamais de chercher la liberté et la justice.

Rien, ni personne ne pourra arrêter sa quête de ses droits.

Gloire à nos martyrs
Mon soutien total aux détenus d’opinion.

Karim Tabbou

Alger, le 26 février 2025

La France annonce des « restrictions de circulation » contre des « dignitaires » algériens

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Passeport algérien.

Des « mesures de restriction de circulation et d’accès en France pour certains dignitaires algériens ont été prises » par le gouvernement, a révélé mardi le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur BFMTV. Faut-il s’attendre à un retour du bâton d’Alger ?

« Ce sont des mesures qui sont réversibles et qui s’éteindront dès lors que la coopération à laquelle nous appelons reprendra », a ajouté le ministre français des Affaires étrangères qui affirmait être prêt à se déplacer à Alger pour discuter avec les autorités algériennes. Néanmoins cette déclaration « belliqueuse » arrive à la veille d’une réunion interministérielle sur le contrôle de l’immigration sur fond de crise diplomatique majeure avec Alger.

Aucun détail de ces mesures ni qui les « dignitaires » qui seraient touchés, n’a été avancé par le ministre français des Affaires étrangères.

Les couteaux son tirés à Paris, comme à Alger. Les relations se résument donc à des petites phrases assassines et à des déclarations comminatoires qui n’ont pour effet que de creuser le différend entre les deux pays.

Les tensions entre l’Algérie et la France ne cessent de s’aggraver de semaine en semaine. Lundi dernier, un nouveau point de friction est survenu, alors que le chef du gouvernement français a qualifié d’“inacceptable” le refus des autorités algériennes de reprendre un de leurs ressortissants, un homme responsable d’un meurtre et de plusieurs blessures à Mulhouse, dans l’Est de la France, samedi soir.

Selon François Bayrou, le suspect, un Algérien de 37 ans, avait été présenté dix fois aux autorités de son pays pour qu’elles acceptent de le renvoyer chez lui, mais chaque fois la réponse avait été négative. Cette situation a fait naître un sentiment de colère au sein du gouvernement français, d’autant plus que cet homme avait déjà un passé judiciaire lourd, ayant été condamné pour apologie du terrorisme après être arrivé illégalement en France en 2014. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a annoncé qu’il était désormais nécessaire de préparer des décisions fermes pour faire comprendre à l’Algérie la détermination de la France.

Cet incident survient à un moment où une réunion interministérielle sur le contrôle de l’immigration était déjà prévue pour mercredi, une occasion désormais cruciale pour aborder les relations avec l’Algérie. Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, a suggéré que des mesures de rétorsion seraient envisagées. Elle a souligné qu’il n’était pas nécessaire de maintenir des quotas de visas aussi élevés, et a évoqué la possibilité de restreindre les visas pour certaines personnalités influentes dans les relations franco-algériennes.

Le député David Amiel, du parti présidentiel, a également plaidé pour la révision de l’accord de 2007, qui permet aux dignitaires algériens de se rendre en France sans visa. Il a ajouté que l’objectif était de faire pression sur le régime algérien, en ciblant sa “nomenklatura”, sans nuire aux citoyens ordinaires. Pour autant, cette mesure aura-t-elle quelque influence sur les dirigeants algériens ? Peu sûr.

Les revendications du parti d’extrême droite, le Rassemblement national (RN), se sont aussi intensifiées, avec des appels à la suppression des visas pour les responsables algériens et à la révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie. Le leader du RN, Jordan Bardella, a réclamé une posture plus ferme envers Alger, dénonçant une “humiliation” de la France. Le président Emmanuel Macron, quant à lui, est resté silencieux sur cette question pour l’instant.

Les relations entre les deux pays se sont détériorées depuis l’été 2024, particulièrement après l’annonce du soutien de la France au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, un territoire disputé.

Depuis, les tensions ont continué à s’intensifier, notamment avec l’arrestation en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, et l’arrestation de plusieurs influenceurs algériens en France pour apologie de la violence. Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a dénoncé la dureté du régime algérien, évoquant notamment le cas de Boualem Sansal, dont la vie est en danger selon lui. Il a ajouté que la France ne pouvait pas accepter d’être humiliée par un tel traitement.

Par ailleurs, les tensions se sont aussi cristallisées autour du traitement réservé aux influenceurs algériens. Youcef A., alias « Zazou Youssef », a été condamné en France à 18 mois de prison ferme pour avoir incité au terrorisme sur TikTok. Le même jour, Boualem Naman, un autre influenceur algérien connu sous le nom de “Doualemn”, a vu six mois de prison avec sursis requis à son encontre en raison de vidéos jugées incitatrices à la violence.

Enfin, un nouvel élément pourrait encore compliquer les relations entre Paris et Alger. Le déplacement du président du Sénat français, Gérard Larcher, au Sahara occidental, prévu ce mardi, risque de raviver les tensions, exacerbant une situation déjà tendue.

Rabah Aït Abache

Le réel et le ressenti, si opposés ?

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Image par Gerd Altmann de Pixabay

Bien que l’opposition entre les deux mots soit aussi ancienne que leur définition et leur usage, ils ont fleuri récemment dans le langage et les comptes rendus d’actualité d’une manière exponentielle et inattendue. Tout est analysé en réflexion double, par le réel et le ressenti.

La première apparition étrange de cet usage, aujourd’hui généralisé, est celui des bulletins météorologiques. Si les deux notions sont connues depuis le début de la science météorologique, il y a encore quelques années il ne serait pas venu à l’idée des commentateurs de prétendre qu’il y aurait deux températures en même temps. Il faut reconnaître qu’il est étrange qu’on vous dise qu’il fera 12 degrés mais qu’en ressenti ce sera 14 degrés au soleil, l’inverse par le vent est aussi vrai.

Puis il y a un second exemple, lui aussi tout à fait récent dans le langage, l’appréciation du niveau de violence dans la société qui diffère entre la prise en compte des statistiques officielles et le ressenti de la population.

Pourtant la définition du réel est un fait qui existe, qui est certain, effectif ou démontré. On dit que c’est un fait objectivement mesurable. Il est normalement indépendant de la perception humaine qui est du champ du subjectif.

La température est ainsi mesurable et, si nous excluons son caractère prévisionnel, il y a bien effectivité du résultat par la méthode scientifique dont la plus ancienne est notre bon vieux baromètre. Comment alors mesurer le ressenti qui est exclusivement subjectif ? 

Et même si la science nous dit qu’elle est dotée d’outils pour l’évaluation du ressenti, comment expliquer que deux personnes en un même lieu, le froid est ressenti par l’un  alors que la seconde dit suffoquer de chaleur. La science météorologique nous dit qu’elle a des outils mais comment un outil peut-il mesurer un ressenti ? 

Quant aux chiffres de la violence dans la société, ils sont issus de statistiques, aussi bien des administrations officielles que des organismes de toutes natures. On pourrait bien dire qu’il s’agit là de données objectivement mesurables mais on n’a jamais vu une population s’empêcher de craindre la violence par le seul ressenti issu des informations. On n’a jamais vu effectivement une personne consulter les statistiques ou faire référence à des commentaires rassurants pour refouler son ressenti.

Et voilà le problème posé qui nous fait réfléchir ensemble aujourd’hui. Le réel est constaté, démontré, qu’il soit visible ou non. C’est donc du domaine de la science qu’il s’agit. Mais là commence la difficulté car mêmes les spécialistes des sciences dures (ainsi sont-ils appelés, la physique, les mathématiques ou la biologie par exemple) nous prouvent continuellement que les affirmations de la science fluctuent avec la progression des connaissances à travers le temps.

Les sciences humaines sont encore plus explicites dans leur subjectivité puisqu’elles font référence à l’humain, chacun ayant un ressenti ou une interprétation différente.

Alors comment faire ? La réponse est toujours et éternellement rappelée dans la majorité de mes chroniques, c’est le recours à l’esprit de discernement construit par l’école. Pour cela, la condition essentielle est l’objectif de l’institution de cultiver l’esprit critique et non la pensée unique et le dogmatisme. Si j’ai un seul message important à faire passer dans la multitude de mes contributions, c’est bien celui de l’indispensable maîtrise du discernement. 

Une société ne pourra jamais se débarrasser de l’irrationnel car elle est constituée d’êtres sensibles. Alors elle doit continuellement se convaincre qu’elle doit en même temps soutenir la science du réel et permettre l’équilibre des relations humaines avec le ressenti.

Entre ces deux écueils l’être humain n’a aucun autre choix que celui de se conformer à des règles qui pourront lui permettre de trancher au mieux qu’il peut. Pour la science, la règle est établie depuis quelques siècles seulement, c’est la méthode expérimentale qui valide une vérité scientifique du moment lorsqu’elle aboutit toujours au même résultat dans des conditions identiques.

Pour les sciences humaines, domaine privilégié du ressenti, ce sont les pensées qui se sont avérées les meilleurs conseillères d’un apaisement de la société dans ses multiples oppositions.

De ces deux positions, la meilleure voie qu’il est possible de prendre pour une société est donc la conciliation entre le réel et le ressenti. Mais pour ma part je suis convaincu que l’observation réelle établie par la science est la seule qui a prise sur moi même avec la connaissance de son caractère évolutif. Je suis un profond adepte de la rationalité et rejette par conséquent l’adhésion à l’irrationalité.

Mais je ne suis pas la société à moi tout seul. Alors il faut convenir qu’à la question posée par le titre on doit répondre que le réel et le ressenti ne sont pas toujours opposés.

Boumediene Sid Lakhdar

Boualem Sansal a-t-il « déconstitué » ses avocats ?

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Boualem Sansal
Sansal emprisonné dans une aile de l'hôpital d'Alger.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré depuis mi-novembre en Algérie, n’a pas entamé de grève de la faim ni arrêté son traitement médical, comme l’a affirmé son avocat à Paris, a assuré le bâtonnier d’Alger Mohamed Baghdadi. « C’est tant mieux pour lui, parce que cela aurait été préjudiciable pour sa santé », a déclaré mardi Mohamed Baghdadi au journal El Watan.

Dans une volte-face surprenante, l’écrivain Boualem Sansal a annoncé, selon Me Mohamed Baghdadi, sa décision de se défendre seul, déconstituant  tous ses avocats, y compris Me Zimeray, son avocat français. 

Selon Me Baghdadi, l’écrivain a exprimé le souhait de se défendre seul dans une lettre adressée au juge d’instruction. Aucun membre de la famille de Boualem Sansal n’est au courant de ce changement. Encore moins son éditeur. La décision intervient dans un contexte de tensions et de désaccords quant à la stratégie de la défense  des droits de Boualem Sansal devant les juges, en raison de l’absence de sa défense constituée par son éditeur, Gallimard.

Me Zimeray, l’avocat français de l’écrivain Sansal qui s’est exprimé en son nom, depuis son incarcération n’a jamais pu obtenir de visa pour se rendre en Algérie. Les autorités algériennes ayant refusé, curieusement, de lui en délivrer. D’autant plus que la présence de l’avocat est jugée nécessaire lors des procédures pénales en Algérie.

 Cet avocat parisien a exprimé publiquement ses inquiétudes quant aux conditions de détention de son client et a dénoncé des pressions exercées sur lui pour changer d’avocat.

Me Zimeray a notamment affirmé que Boualem Sansal aurait été contraint de le déconstituer en raison de sa confession juive. Des accusations que le bâtonnier d’Alger réfute catégoriquement, soulignant que de nombreux avocats juifs exercent en Algérie sans rencontrer de difficultés. 

 Me Zimeray n’a pas encore réagi, pour l’heure, a la lettre de déconstitution le concernant adressée par Sansal aux autorités judiciaires algérienne. 

La décision de Boualem Sansal de se défendre seul, si elle s’avère vrai, soulève de nombreuses interrogations quant à la suite de la procédure. En effet, la complexité de l’affaire et les enjeux juridiques importants rendent la tâche ardue pour un non-initié au droit.

Le bâtonnier d’Alger qui a rapporté l’information a même exprimé son étonnement face à cette décision, tout en assurant que Boualem Sansal bénéficie de tous ses droits à la défense. Il a également souligné l’importance de la transparence et de la rapidité de la procédure, afin d’éviter toute désinformation et de garantir un procès équitable. Un bémol quand même, en Algérie, il est connu que la justice est inféodé au régime.

Par ailleurs, l’état de santé de Boualem Sansal suscite des inquiétudes. Agé de 75 ans, il est atteint d’un cancer. Bien que le bâtonnier d’Alger ait affirmé que l’écrivain n’a pas entamé de grève de la faim et que son traitement médical se poursuit, la situation reste fragile.

Le bâtonnier insiste sur le fait que Boualem Sansal bénéficie de tous ses droits à la défense. Il condamne toute forme de pression exercée sur le prévenu. Contrairement à certaines informations, Boualem Sansal n’a pas entamé de grève de la faim, affirme le bâtonnier d’Alger. 

 Il a même ajouté que son traitement médical se poursuit et donne des résultats positifs. A se demander si ce bâtonnier ne serait pas aussi médecin eu égard à ses assurances !!!

 Le bâtonnier critique la désinformation véhiculée par certains médias, notamment français. Il souligne que Boualem Sansal reçoit régulièrement sa famille sans aucune entrave. Cependant, eu égard au secret qui entoure le dossier Sansal et aux pratiques de la justice algérienne, rien pour l’heure ne permet de corroborer ces déclarations avec certitudes.

Sofiane Ayache

Salah Goudjil s’en prend aux « descendants des colons »

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Le président du Conseil de la nation, Salah Goudjil, a souligné, lundi à Alger, que ceux qui attaquent l’Algérie aujourd’hui en France sont « les descendants des colons qui ont pratiqué la politique de la terre brûlée entre le 19 mars et le 2 juillet 1962 », indique un communiqué du Conseil.

Animant une conférence à la Faculté de Droit de l’Université d’Alger 1, à l’occasion de la célébration du double anniversaire de la création de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et de la nationalisation des hydrocarbures, M. Goudjil a déclaré que « ceux qui attaquent l’Algérie aujourd’hui en France sont les descendants des colons qui ont pratiqué la politique de la terre brûlée entre le 19 mars et le 2 juillet 1962, et continuent dans la même voie aujourd’hui », ajoutant à ce propos, que « les promoteurs du néocolonialisme s’opposent au peuple français tout en prétendant le défendre ».

Il a évoqué à cette occasion, l’alliance du président français avec le makhzen marocain soulignant que la colonisation marocaine du Sahara occidental est « identique » à la colonisation française de l’Algérie, et que « l’Algérie distingue entre le peuple marocain et le Makhzen marocain, tout comme elle a distingué entre la colonisation française et le peuple français ».

Goudjil a noté que « la reconnaissance par la France de la position marocaine sur le Sahara occidental l’expose à une responsabilité historique en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, qui considère ce territoire comme occupé et devant être traité comme une question de décolonisation ».

Dans le même sillage, M. Goudjil a évoqué la brutalité sanguinaire des colons et leur duplicité, dont il a été témoin, rappelant que « les colons avaient armé des prisonniers européens de la 2ème Guerre mondiale pour tuer des Algériens lors des manifestations du 8 mai 1945, marquant le retour de la France à une politique d’extermination ».

Par ailleurs, le président du Conseil de la nation a fait savoir que « l’Algérie se porte bien aujourd’hui grâce au président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, qui a tendu la main à tous, à l’image de la Déclaration du 1er Novembre, qui a unifié tous les Algériens pour le bien de l’Algérie ».     

Il a souligné à ce propos, que « la justesse de cette comparaison est confirmée par le choix du 1er Novembre pour la consultation du peuple algérien par voie référendaire au sujet de la Constitution de 2020 ».

Goudjil a souligné également, que « le succès de la diplomatie algérienne au sommet de l’Union africaine confirme aux sceptiques que l’Algérie est l’Afrique et que l’Afrique est l’Algérie », rappelant la formation initiale du mouvement national dans les années 1920, lorsque ses pionniers avaient adopté le nom de l’Etoile Nord-Africaine.

Tout en rappelant en outre, les réalisations de l’Algérie, qui « se multiplient dans tous les domaines grâce à sa direction éclairée », M. Goudjil a appelé les jeunes à assumer leurs responsabilités envers l’histoire de leur pays et à être conscients de leur rôle dans le présent et l’avenir de l’Algérie.

A noter, que M. Goudjil a signé, à la fin de la conférence, le Livre d’Or de la Faculté où il a souligné que le président de la République a veillé avec une attention personnelle et sans précédent à « accorder l’attention nécessaire au dossier de la mémoire nationale, et qui s’est efforcé à renforcer le pays, ses institutions et son économie ».

« Il a également veillé à inclure dans la Constitution du 1er novembre 2020 des mesures permettant à l’Algérie de progresser sur la voie de la démocratie, de l’indépendance de la justice et de la diversification économique », a-t-il poursuivi.

Le président du Conseil de la nation n’a pas manqué de rappeler que « l’Algérie indépendante, au lendemain de son indépendance, n’avait aucun doute que l’indépendance politique, aussi importante soit-elle, resterait incomplète sans une indépendance économique qui la soutienne, renforce l’édifice national et consolide ses fondations », affirmant que « sur cette même voie, l’Algérie victorieuse continue d’avancer et de puiser dans sa détermination lorsqu’il s’agit de sa souveraineté et de la fierté de son peuple ».

« Une Algérie victorieuse qui déploie aujourd’hui les étendards de la dignité et fait entendre sa voix grâce à sa diplomatie et à sa politique étrangère solide sur les scènes continentale, régionale et internationale », a conclu M. Goudjil.

Etaient présents également à cette conférence le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la ministre des Relations avec le Parlement, la famille révolutionnaire, des membres du Conseil de la nation et de l’Assemblée populaire nationale.

APS

Gérard Larcher, président du Sénat français, à Laayoune

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Après Rachida Dati, c’est Gérard Larcher, président du Sénat, qui se rend mardi à Laâyoune, capitale du Sahara occidental. Cette visite confirme indubitablement «  la nouvelle position de la France », Emmanuel Macron ayant apporté son soutien à un plan d’autonomie de ce territoire proposé par Rabat. Un déplacement qui ne devrait pas apaiser la colère de l’Algérie.

Le président du Sénat, Gérard Larcher est, mardi 25 février, en visite officielle au Sahara occidental, territoire contesté de longue date le Polisario et sujet de discorde entre l’Algérie avec la France depuis que Paris y a reconnu, fin juillet, la souveraineté de Rabat sur lui.  » Le soutien de la France au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme seul et unique cadre de règlement est acquis. Il est le fait des institutions de la République française, dans leur diversité. Il n’est pas le fruit d’UNE politique gouvernementale », a déclaré le président du Sénat français.

Vaste zone désertique, l’ex-colonie espagnole contrôlée à environ 80 % par le Maroc est revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario, en conflit depuis 50 ans avec Rabat, et soutenus par l’Algérie. Le dossier du Sahara occidental est pendant depuis plusieurs décennies au niveau de l’ONU.

Le déplacement de Gérard Larcher arrive dans un contexte inflammable avec l’Algérie qui a rappelé son ambassadeur de Paris depuis août 2024. Pas seulement, les rapports entre Alger et Paris sont exacerbés par l’affaire des influenceurs pro-régime qui sont poursuivis par la justice française et la question du refus de l’Algérie d’accueillir les Algériens renvoyés de France ou soumis aux OQTF.

Gérard Larcher est arrivé dimanche à Rabat, à l’invitation de son homologue marocain, « afin de renforcer la coopération interparlementaire et la relation d’amitié » entre les deux pays, selon un communiqué du Sénat.

Accompagné de plusieurs élus de la chambre haute, le président du Sénat doit également rencontrer le Premier ministre marocain à Rabat, avant de se rendre mardi à Laâyoune, capitale du Sahara occidental, pour y « refléter la nouvelle position de la France selon laquelle le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ».

Une formule calquée sur celle d’Emmanuel Macron, qui avait acté fin octobre ce tournant diplomatique, selon lui « hostile à personne », mais qui a suscité l’ire du régime algérien.

Avant Gérard Larcher, la ministre française de la Culture (d’origine marocaine), Rachida Dati, s’était déjà rendue en février au Sahara occidental. Visite qu’Alger avait considéré « d’une gravité particulière » et « condamnable à plus d’un titre ».

En octobre dernier, une résolution du Conseil de sécurité, soutenue par 12 des 15 membres, a appelé à une solution « réaliste et mutuellement acceptable » au Sahara occidental.

L’autre affaire qui risque d’accentuer la tension dans la région est l’annonce par les autorités mauritaniennes de l’ouverture d’un poste frontière avec le Maroc en plein territoire sahraoui.

La rédaction avec agences

AG de la FAF : Walid Sadi réélu à la tête de l’instance fédérale

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Le président sortant de la Fédération algérienne de football (FAF), Walid Sadi, a été réélu à la tête de l’instance fédérale pour le mandat olympique 2025-2029, à l’issue de l’Assemblée générale extraordinaire élective (AGEXe), tenue mardi au Cercle national de l’Armée à Beni Messous (Alger).

Seul candidat à sa propre succession, Sadi (45 ans) a obtenu 78 voix des 80 membres au droit de vote présents à l’AG, contre un (01) non et un (01) bulletin nul, ainsi que sa liste composée de 12 membres dont deux vice-présidents et cinq membres suppléants.

Les travaux de l’AGEXe se sont déroulés en présence des représentants de la Fédération internationale de football (FIFA) et de la Confédération africaine de football (CAF).

Pour rappel, les membres de l’assemblée générale de la Fédération algérienne de football (FAF), réunis le 1er février au Cercle National de l’Armée à Beni Messous (Alger) en session ordinaire (AGO), avaient adopté à l’unanimité les bilans moral et financier de l’exercice 2024.

Walid Sadi avait été élu le 21 septembre 2023 président de la Fédération algérienne de football (FAF) pour le reste du mandat olympique 2021-2024, en remplacement de Djahid Zefizef, démissionnaire.

Voici par ailleurs la liste de la nouvelle composante de la FAF :

Walid Sadi : Président

Nacer Chareb : Vice-président

Mesloug Mohamed Al Amine : Vice-président

Ahmed Kharchi : Membre

Redouane Negadi : Membre

Lahcen Tombouktou : Membre

Imad Amissi : Membre

Fodhil Megharia : Membre

Hacene Ghoula : Membre

APS 

Bayrou juge «inacceptable» que l’Algérie ait refusé de reprendre l’assaillant

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Bayrou
Le premier ministre français met les pieds dans le plat.

Le Premier ministre français François Bayrou a jugé lundi 24 février « inacceptable » que l’Algérie ait refusé « dix fois » de reprendre « l’assassin de Mulhouse » avant qu’il ne commette une attaque mortelle au couteau samedi dans cette ville de l’est de la France. 

 L’assassin de Mulhouse, il avait été présenté dix fois aux autorités algériennes pour que son pays d’origine accepte que nous le renvoyions chez lui. Les dix fois la réponse a été non. Est-ce que c’est acceptable ? Pour moi, c’est parfaitement clair, c’est inacceptable », a déclaré le Premier ministre en marge d’une visite au Salon de l’agriculture de Paris.

« Notre responsabilité, c’est de ne pas l’accepter », a insisté François Bayrou, avant d’ajouter : « Imaginez la situation si elle était inversée (…) Qu’est-ce que diraient les autorités algériennes ? »

Pour le Premier ministre, « il faut donc préparer les décisions, prendre les décisions pour que le gouvernement et les pouvoirs publics algériens comprennent quelle est la détermination de la France ».

Une allusion au conseil interministériel de contrôle de l’immigration prévu mercredi, dont la tenue était programmée avant l’attentat de Mulhouse, mais où des mesures visant l’Algérie et d’autres pays seront discutées.Au moment de l’attaque, l’assaillant était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

L’assaillant, interpellé après avoir fait un mort et cinq blessés, était déjà connu de la police et de la justice : « arrivé illégalement » en France en 2014, selon le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, cet homme de 37 ans avait récemment purgé une peine de prison pour « apologie du terrorisme ».

« Imaginez la situation si l’Algérie voulait renvoyer chez nous des délinquants, des menaces, des assassins en puissance et si nous disions non, qu’est-ce que diraient les autorités algériennes ? Parce que j’insiste sur le fait que ça n’est pas une question du peuple algérien, c’est une question des autorités« , a-t-il déclaré.


RFI


Sahara occidental : la Mauritanie et le Maroc annoncent l’ouverture d’un nouveau poste frontière

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Sahara occidental

Une circulaire du ministère de l’Intérieur mauritanien a officialisé l’événement. Le Maroc et la Mauritanie vont ouvrir un nouveau poste frontière terrestre au grand dam du Front Polisario.

Pour les indépendantistes sahraouis, cela équivaut à une forme de reconnaissance par la Mauritanie de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Mais le Maroc de son côté s’est assuré le soutien des pays du Sahel, qui bénéficieront d’un accès vers l’Atlantique avec cette nouvelle route. L’Algérie qui porte la cause sahraouie à bout de bras, ne verra sans doute pas d’un bon oeil cette décision mauritanienne.

Le Maroc et Mauritanie vont ouvrir un nouveau poste frontière terrestre. Depuis trente ans et la fermeture des frontières avec l’Algérie — en 1994 -, le Maroc n’avait plus de frontière terrestre ouverte vers l’Est.

Ce sera donc le cas dès cette année. L’objectif est d’ouvrir un accès à l’Atlantique aux États du Sahel. Il s’agit d’un projet voulu par le roi Mohammed VI qui s’appelle « Initiative Atlantique ». Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad ont donné leur assentiment.

Côté marocain, les 93 km de route supplémentaires pour relier Smara au nouveau poste frontière sont quasi achevés. Et côté Mauritanien, la RN1 devrait aussi se rallonger de quelques kilomètres à Bir Moghrein.

Bir Moghrein — ex-Fort Trinquet – se situe à quelques centaines de kilomètres au sud de la frontière algérienne et des camps de Tindouf.

Tindouf, d’où d’ailleurs le Front Polisario a menacé la Mauritanie d’entrer en guerre si cette frontière venait à ouvrir. Que fera l’Algérie ? On s’en souvient Tebboune a même fait une visite en Mauritanie il y a tout juste, annonçant le réchauffement des relations avec ce pays. Abdelmadjid Tebboune et Mohamed Ould Ghazouani ont inauguré, le 22 février, deux postes frontières fixes. Ils ont annoncé le lancement du projet de route entre Tindouf, en Algérie, et Zouerate, en Mauritanie.

Sofiane Ayache avec Rfi

« Zazou Youssef », influenceur algérien, condamné à 18 mois de prison

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Zazou Youcef

Le propagandiste algérien, établi en France, Youcef A., 25 ans, connu sous le nom de « Zazou Youssef », avait tenu des propos appelant à perpétrer des attentats en France et des violences en Algérie.

L’influenceur algérien Youcef A., surnommé « Zazou Youssef », a été condamné à 18 mois de prison ferme par le tribunal de Brest, pour « provocation directe à un acte de terrorisme ». Cette décision fait suite à des propos tenus sur le réseau social TikTok, où il incitait à la violence. La peine inclut également une interdiction de territoire français pendant dix ans, ainsi qu’un maintien en détention.

Le procureur de Brest, Camille Miansoni, avait requis deux ans de prison et une interdiction du territoire de cinq ans. Selon lui, il est inacceptable que des individus appellent à des actes de violence extrême, citant notamment des propos de l’accusé : « Mon frère, tuez-les ! ».

Ce procès s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre la France et l’Algérie, qui connaissent des périodes de frictions diplomatiques récurrentes. Les relations entre les deux pays ont souvent été marquées par des questions sensibles liées à l’histoire coloniale, les mémoires de la guerre d’indépendance, mais aussi des incidents plus contemporains. L’affaire de Zazou Youssef n’est pas isolée, puisqu’elle fait suite à l’interpellation de plusieurs autres influenceurs algériens en France, en janvier 2024. Ceux-ci avaient été accusés de publier des contenus haineux et incitant à la violence.

Le 3 janvier 2024, Zazou Youssef a été arrêté à Brest après une alerte de la plateforme Pharos, dédiée à la lutte contre les contenus illicites sur Internet. L’influenceur, suivi par plus de 400.000 abonnés, avait diffusé une vidéo très violente où il appelait à utiliser des armes et à commettre des actes violents. Ses propos, traduits et sous-titrés en français, prônaient la violence à l’encontre des autorités.

L’influenceur a cependant réfuté ces accusations en expliquant que ses paroles étaient destinées à l’armée algérienne, dans le contexte de tensions politiques internes à son pays, où des appels à manifester contre le pouvoir étaient régulièrement relayés sur les réseaux sociaux.

Le prévenu a affirmé qu’il redoutait une nouvelle guerre civile en Algérie, semblable à celle des années 1990, qui avait fait des centaines de milliers de victimes. Il a ajouté que ses propos n’étaient en aucun cas une incitation au terrorisme, mais le fruit d’une angoisse profonde liée à la situation politique de son pays d’origine. En pleurs à la barre, il a déclaré : « Je ne suis pas un terroriste, chez moi, on déteste les terroristes ».

Dans sa défense, Me Nabil Boudi, l’avocat de Youcef A., a plaidé la relaxe en arguant que les extraits de vidéo retenus contre son client étaient manipulés. Il a expliqué que les propos incriminés étaient coupés et montés de manière à déformer leur sens. L’avocat a également souligné que l’intégralité de la vidéo n’avait pas été présentée lors du procès.

Ce procès fait écho à des tensions diplomatiques plus larges entre la France et l’Algérie. En 2024, les relations bilatérales se sont brutalement détériorées suite au soutien accordé par Emmanuel Macron au plan d’autonomie du Sahara occidental du roi Mohammed VI. La crise s’est aggravée également sur fond d’une guerre mémorielle et du refus de l’Algérie d’accueil les Algériens expulsés par la France.

Le cas de Zazou Youssef met en lumière l’impact de ces conflits dans la sphère numérique, où des propos haineux et des appels à la violence peuvent se propager rapidement, alimentant une spirale de tensions.

L’influenceur avait par ailleurs été condamné à une peine d’un an de prison en décembre 2023 pour des dégradations commises lors des émeutes liées à la mort de Nahel, mais il a fait appel de cette décision.

Rabah Aït Abache/AFP

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