4 avril 2025
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Jusqu’où ira le gouvernement français contre l’Algérie ?

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Macron Tebboune
Tebboune -Macron, les retrouvailles.

Ce n’est pas Emmanuel Macron qui brille par son silence sur l’Algérie depuis plusieurs mois qui le dit mais la porte-parole du gouvernement français, Sophie Primas. Cette dernière a évoqué lundi des mesures de rétorsion à l’encontre de l’Algérie, suite à une attaque mortelle au couteau survenue à Mulhouse, dans l’est de la France, le 21 février.

Cet acte criminel a causé la mort d’un homme de 69 ans, un Portugais, et a fait plusieurs blessés, dont trois policiers municipaux.

Le principal suspect, un Algérien de 37 ans, avait récemment purgé une peine de prison pour apologie du terrorisme et était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Toutefois, malgré les demandes répétées de la France, l’Algérie a refusé à dix reprises de récupérer ce ressortissant sur son territoire, comme l’a indiqué Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur. A Alger, tout indique que les autorités prennent de haut Paris et l’agitation politique qui entoure le dossier des relations avec l’Algérie.

L’attaque a choqué l’opinion publique et ravivé les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie. Sophie Primas a suggéré, sur la radio RTL, que la France pourrait revoir sa politique de visas à l’égard de l’Algérie, évoquant notamment une réduction du nombre de visas accordés, et même la possibilité de restreindre l’accès à la France pour certains membres importants de la classe dirigeante algérienne.

Dans leur course à la surenchère sur l’Algérie, des membres de l’extrême droite ont même appelé à fermer des consulats ! Cette proposition a alimenté le débat sur la manière de renforcer la pression sur le régime algérien. « On n’est pas obligé d’avoir des visas en quantité aussi importante », a déclaré Sophie Primas, soulignant la nécessité d’adopter des mesures plus fermes à l’égard des autorités algériennes. Mais lesquelles ?

Un conseil interministériel de contrôle de l’immigration, prévu mercredi, se penchera sur ces propositions, mais aussi sur la situation avec d’autres pays concernés par des problèmes de retour d’étrangers en situation irrégulière. David Amiel, député du parti présidentiel La République En Marche, a également exprimé son soutien à la révision de l’accord franco-algérien de 2007, qui permet aux dignitaires algériens de se rendre en France sans visa.

Selon lui, une telle révision serait un moyen de mettre la pression sur le régime algérien, sans affecter la population générale. « Il faut cibler la nomenklatura algérienne », a-t-il affirmé, précisant qu’il s’agirait de « faire pression sur le régime » par des moyens ciblés et efficaces.

Le débat a également été alimenté par l’opposition, notamment par le vice-président du Rassemblement National (RN), Sébastien Chenu, qui a jugé que « le nombre de visas est excessivement important » et que des mesures plus radicales pourraient être envisagées, allant jusqu’à l’interdiction totale de l’attribution de visas. Le RN a aussi évoqué d’autres leviers de pression, tels que la restriction des transferts de fonds ou la remise en question de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie, comme l’a récemment réclamé le Abdelmadjid Tebboune.

Sébastien Chenu, déput du Nord du Rassemblement national (RN) prévient que son parti pourrait faire tomber le gouvernement si rien n’est fait. « Depuis qu’Emmanuel Macron est président, on entend qu’il veut renégocier. La réalité c’est qu’il ne veut pas renégocier et a peur. Cela peut-être un motif de censure mais il y en a tellement que nous ne nous empêchons de rien », avertit-il.

En outre, Sophie Primas emboite le pas au ministre Retailleau et a suggéré une révision de la législation sur la « rétention de sûreté », afin de renforcer les mesures de contrôle et de surveillance des individus ayant des liens avec le terrorisme. Le suspect de l’attaque de Mulhouse, qui avait purgé une peine de prison pour apologie du terrorisme, aurait été une personne « sous surveillance », mais les mesures de rétention de sûreté n’étaient apparemment pas suffisantes pour prévenir l’attaque.

Cette série de propositions et de mesures illustre la montée des tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie et le climat de détestation qui traverse la droite extrême française.

Acculées par l’extrême droite dans le poids à l’Assemblée est déterminant, les autorités françaises, en colère contre le refus de coopération de l’Algérie sur les expulsions, se sentent désormais contraintes d’adopter des mesures plus sévères pour faire face à la situation. En conséquence, les relations entre les deux pays, déjà plongée dans une crise inédite risquent d’être encore plus tendues dans les semaines à venir. La crise diplomatique semble en effet s’intensifier chaque semaine depuis le rappel par l’Algérie de son ambassadeur à Paris en août dernier suite au soutien d’Emmanuel Macron au plan de Mohammed VI pour le Sahara occidental.

En l’espèce, les sorties publiques en début d’année des influenceurs défenseurs zélés du régime menaçant des opposants algériens établis en France, comme cette attaque au couteau menée par un Algérien sous OQTF sont du pain béni pour l’extrême droite et les ennemis de l’Algérie.

Jusqu’oû iront les déclarations comminatoires entre les tenants de la ligne dure des deux bords de la Méditerranée ? Que va décider le conseil des ministres de mercredi prochain ?

Que gagnerait la France dans une montée de tension et que pourraient bien perdre le régime algérien et les Algériens ? Il faut dire que la marge de manœuvre des autorités françaises est mince.

On aura remarqué à ce propos que le président français a gardé le silence, laissant ses ministres mener la charge. C’est dire. Wait and see.

Yacine K.

Anouar Haddam rentré en Algérie

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Anouar Haddam

Anouar Haddam, ancien président de la délégation parlementaire du FIS dissous à l’étranger et qui vit aux USA depuis mars 1992, est rentré en Algérie.

Officiellement aucune information n’a filtré. Mais l’ancien dirigeant du FIS dissous s’en expliqué sur les réseaux sociaux se rappelant, comme si c’était nouveau, que le pays avait besoin d’un renfort intérieur. Sic ! Il a même remercié toutes les personnes qui lui souhaitent la bienvenue au pays.

Dans quel cadre Haddam est rentré au pays ? Est-ce sur sa demande ou celle des autorités ? Beaucoup de questions entourent ce retour au moment où le pouvoir traque les voix dissidentes et met entre parenthèses la libertéd’expression.

Il est vrai que l’homme est pour le moins peu fréquentable pour ceux qui se souviennent des atrocités de la décennie noire. Et ce, même si la « réconciliation nationale » imposée à la société par Bouteflika est passée par là.

Anouar Haddam, c’est ce responsable du FIS dissous qui avait revendiqué et justifié l’attentat terroriste du 30 janvier 1995 qui a visé le commissariat central et fait 42 morts et plus de 260 blessés. Entre autres bien entendu.

Interrogé par El Hayat, sur l’attentat à la voiture piégée, il explique: «L’opération ne visait pas les innocents mais avait pour cible le commissariat central de police.» Et il attribue à «la malchance le grand nombre de victimes car l’explosion a coïncidé avec le passage d’un bus».

Il conduira avec Rabah Kebir la délégation du FIS dissous à la réunion de San’Egidio (Italie) du 8 au 3 janvier 1995. Un conclave qui a réuni Hocine Aït Ahmed et Ahmed Djedaï (FFS), Ali Yahia Abdenour (LADDH), Ahmed Ben Bella et Khaled Bensmaïn pour le MDA, Abdelhamid Mehri (FLN) et Abdellah Djaballah (Ennahda), Louisa Hanoune (PT) et Ahmed Ben Mohammed (Jazaïr musulmane contemporaine). Ce conclave a donné lieu au « contrat de Rome ».

Anouar Haddam avait tenté de retrouver la scène politique en 2007. Il avait annoncé le 11 janvier 2007 la création d’un nouveau parti politique, le Mouvement pour la liberté et la justice sociale (MLJS). Anouar Haddam, avait déclaré, à l’époque, que le MLJS se fixe comme objectif de participer « au règlement de la crise politique » en Algérie, « contribuer à la réussite d’une véritable réconciliation nationale et à sa promotion, enterrer les haines, tourner la page du passé et ouvrir une nouvelle ère pour sortir de la crise » en vue de « l’instauration de la sécurité, la stabilité, la liberté, la justice sociale et le développement  » dans le pays. Depuis, beaucoup d’eau a coulé.

Il avait soutenu la réconciliation nationale voulue par l’ancien président Bouteflika en 2000. «La réalisation d’une réconciliation véritable, poursuit-il, exige que tous les fils et filles de notre cher pays se débarrassent des calculs passéistes étroits et oeuvrent, au contraire, à préserver son sens profond sur les plans spirituel, moral et social, savoir tourner la page de l’affrontement de la renaissance, en sources de dignité et d’immunité civilisationnelles», avait-il soutenu dans un communiqué rendu public le 21 octobre 2005.

Ci-dessous la déclaration d’Anouar Haddam soutenant la « lutte armée » durant la décennie noire.

Sofiane Ayache

https://twitter.com/22NN_A/status/1893736119298084944

Législatives en Allemagne : l’extrême droite en forte progression

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AfD

Les élections législatives anticipées en Allemagne tenues ce dimanche 23 février 2025 ont vu la victoire des conservateurs de la CDU/CSU, dirigées par Friedrich Merz, avec un score de 28,5 % des voix. Cependant, l’un des faits marquants de ce scrutin est la montée en puissance du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), qui a recueilli près de 20,8 % des suffrages.

La CDU/CSU revient au premier plan sur la scène politique allemande après avoir perdu les élections en 2021. Friedrich Merz, chef de file du parti, a déclaré que son objectif principal était de « former un gouvernement stable rapidement » afin de répondre aux enjeux économiques et géopolitiques actuels. Toutefois, sans majorité absolue, il devra passer par la case des négociations avec les autres forces politiques pour constituer un gouvernement, tout en excluant une coalition avec l’AfD.

Percée historique de l’AfD et déroute du SPD

L’AfD, réalisé par Alice Weidel, a doublé son score de 2021. Ce score traduit la montée en puissance du parti nationaliste et anti-immigration, à l’image de la percée de l’extrême droite en Europe. Dans un contexte de crise économique et d’inquiétudes croissantes sur la sécurité, l’AfD a su capter une frange importante de l’électorat, notamment dans l’est du pays.

Le Parti social-démocrate (SPD), dirigé par le chancelier sortant Olaf Scholz, enregistre un net recul avec seulement 16,4 % des suffrages, l’un des pires scores de son histoire. Olaf Scholz a reconnu un « défaite amère » et a annoncé qu’il tirerait les conséquences de ce résultat. Les Verts, quant à eux, ont obtenu 11,6 % des voix.

Avec un taux de participation estimé à 84 %, cette élection législative anticipée enregistre un niveau de mobilisation jamais vu depuis la réunification de l’Allemagne en 1990.

Rabah Aït Abache

Le général-major Zoubir Ghouila nommé commandant de l’armée de l’air

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Chanegriha et Ghouila

Le général-major Zoubir Ghouila a été nommé au poste de commandant de l’Armée de l’air, en remplacement du général-major Mahmoud Laraba.

Le général-major Saïd Chanegriha a présidé la cérémonie d’installation officielle du général-major Zoubir Ghouila, dans les fonctions de commandant des Forces aériennes, en remplacement du général-major Mohamed Laraba, indique dimanche un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN).

Après la cérémonie d’accueil, le Général d’Armée « a observé, à l’entrée du siège du Commandement des Forces aériennes, un moment de recueillement à la mémoire du chahid Amirouche Aït-Hamouda, Commandant de la Wilaya III historique, dont le siège du Commandement est baptisé de son nom », souligne le communiqué.

L. M.

Abane Ramdane, une conscience algérienne

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Abane Ramdane

L’œuvre politique dAbane Ramdane nous renseigne sur une intime conviction: son apport intellectuel dans l’insurrection nationale, l’aspiration qu’il portait pour l’Algérie et la détermination inexorable que fut la sienne pour mettre fin à l’impérialisme français.

La lutte anticoloniale dans son esprit est un engagement conséquent pour déboulonner le colonialisme prédateur et débloquer ainsi le développement du pays dans les domaines politique, économique, social, culturel, idéologique et géopolitique.

De cette puissante certitude tout va procéder: elle déterminera les objectifs, ordonnera les efforts et provoquera les actions, sur tous les terrains et en toutes circonstances on pourra se référer à elle.

Ainsi, sa volonté d’engagement, très vite, le mettait aux prises avec les grands événements du Mouvement national d’avant-garde et la révolution de Novembre. Il choisissait avant tout, l’action politique, la réflexion intellectuelle et le développement d’une conception savante de la guerre : il y trempera son cœur et son esprit.  

Au cours de la crise du PPA-MTLD de 1949, il avait sacrifié les problèmes démocratiques, culturels et identitaires soulevés sur l’autel de l’unité, indispensable au parti à la réalisation des tâches nationales du mouvement et la préparation de la révolution. Il avait combattu farouchement les coutumes héritées de la féodalité qui continuaient de régler les rapports sociaux-politiques de l’Algérie. Il avait mis, enfin, toutes ses forces pour rehausser la conscience algérienne, en dépassant particulièrement la revendication ethnique ou confessionnelle, dans la conjoncture socio-historique propre à l’évolution et aux structures dominantes de notre société qui peinaient à se dégager des pesanteurs communautaires, de l’omnipotence du régionalisme et de la domination du féodalisme.    

Par ailleurs, à l’insurrection de Novembre, il avait posé au premier chef un ensemble de problèmes primordiaux ayant entre eux une cohérence stratégique. Les plus importants d’entre eux étaient ceux d’une clarification de la voie révolutionnaire et l’orientation idéologique, en œuvrant inlassablement à la centralisation des forces politiques sous l’autorité exclusive du FLN-ALN. Et enfin, à la Soummam, il s’était attelé à l’élaboration d’un vaste corpus politico-idéologique au service de la révolution populaire et l’ambition algérienne.

Abane Ramdane avait donné une solide assise intellectuelle aux disciplines politiques et militaires: l’une des évolutions majeures du second âge de la révolution fut en effet, le déploiement d’une orchestration érudite de la guerre. Une vision qui marquera à jamais le fonctionnement de la révolution sur les plans politique, militaire, social et diplomatique.     

En effet, depuis son engagement militant dans le Mouvement national indépendantiste, Abane Ramdane, gagné par les idéaux de liberté, de modernité et de justice sociale, ne cessait d’œuvrer pour la destruction du colonialisme et l’instauration de l’Etat-nation moderne. Toutes ses prises de position constituaient le fil conducteur de cette grande œuvre: l’indépendance nationale.    

Il avait la vision prématurée que la libération algérienne est une œuvre de patience et un combat de longue haleine, qu’il convenait de subordonner avant tout, à l’engagement politique, l’effort intellectuel, la radicalité, l’esprit de sacrifice, la clarté, le rassemblement, et enfin l’enrôlement inconditionnel des enfants de l’Algérie.

Il avait été conscient que le processus de la maturation nationale devait s’inscrire sur le temps long ; le devenir de l’Algérie indépendante se tenait à une nécessaire et irréversible projection dans l’avenir d’une révolution qu’il fallait aider à s’investir sans cesse et à enfanter jusqu’au bout de son accomplissement avec son esprit universel. 

Fort de cette vue, il s’était employé longuement à ces grands impératifs. Dans tout cela, Abane avait joué un rôle éminent, qui de notre point de vue avait été crucial dans le champ de la réalisation révolutionnaire lié à des enjeux concrets très élevés. Dans tous les domaines où il avait été pour l’essentiel aux prises avec son époque, il aura laissé une marque profonde. En somme, il était devenu un acteur politique de premier plan et la cheville ouvrière de la révolution nationale.   

Pour le plus grand nombre de cadres révolutionnaires, Abane Ramdane avait été apparu comme l’homme de décision et d’action. Ceux qui ont eu le privilège de s’entretenir avec lui n’ont pas manqué d’être frappé par la façon dont il s’employait, sur ses idées et ses projets à faire triompher l’insurrection.

Nombre de militants éminents ont été surpris d’avoir été ainsi tirés d’eux-mêmes, et contraints de s’exprimer sur des sujets fort éloignés de leurs préoccupations. Il avait su dominer, et de très haut, l’aspect étroit de la réflexion révolutionnaire de son temps pour situer au niveau du militant, le rôle privilégié qu’il attribuait à sa patrie.  

Abane Ramdane était conscient que le FLN n’est ni une simple continuité des partis politiques algériens traditionnels ni leur opposé absolu. Le FLN dans son esprit est tout à la fois, en continuité et en rupture avec la représentation nationale. Il avait intégré ce qu’il y a d’essentiellement positif dans les formes anciennes et acquis des luttes populaires et des partis tout en ouvrant la voie à une forme supérieure de lutte qui reflétait de façon plus adéquate les besoins réels de la conscience sociale et révolutionnaire du peuple algérien.  

L’enfant des Ath Irathen était lucide du grand besoin qu’avait l’insurrection durant les premières années de la guerre, en cette phase critique de mobiliser le potentiel politique de la nation dans toute sa diversité. Ce fut en effet, dans l’esprit du rassemblement qu’il avait conçu et préparé le congrès de la Soummam. Il avait pensé le mode politico-militaire du FLN, son organisation, son fonctionnement et avait fait asseoir sa légitimité révolutionnaire. Il avait mis l’accent sur le rôle principal des acteurs révolutionnaires qui fut d’instiller dans toute l’Algérie les dynamiques insurrectionnelles qui, par effet de propagation, se répandront sur l’ensemble du territoire et révoqueront un soulèvement national sous l’hégémonie du FLN-ALN.

En assumant la conduite suprême des forces révolutionnaires, Abane avait déployé une activité inlassable et avait effectué de nombreux contacts avec la classe politique. Il avait murit et réfléchit la stratégie révolutionnaire. Aucun des engagements qui eurent tant de conséquences ne fut, en effet, le fruit d’une improvisation ; chacun au contraire se révélait comme l’aboutissement d’une profonde analyse et l’application aux faits politiques d’une longue réflexion. Cette analyse suivait une méthode révolutionnaire, dont Abane avait défini la nature et qui éclairait bien des cheminements.  

L’hymne national , la fondation des syndicats de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), l’Union générale des commerçants algérien (UGCA), l’école nationale de l’audiovisuel et du cinéma révolutionnaire, et les appels aux étudiants Algériens, européens et juifs d’Algérie, la structuration de la fédération du FLN en France et enfin, le rassemblement des forces politiques qui constituent autant d’actions exceptionnelles et l’on comprend que le talent prodigieux dont il avait fait preuve pour changer le cours des événements révolutionnaire s’était imposé comme le trait dominant de cette personnalité hors mesure. C’est bien sur, son acte extraordinaire de la Soummam qui avait donné, d’un coup, la mesure de son intelligence, son endurance et son caractère.

Il est bon de rappeler ces faits, et d’autres, si vite oubliés par la conscience nationale comme l’ont été les acquis obtenus opiniâtrement par l’engagement inconditionnel et les sacrifices inouïes des pionniers d’un patriotisme de Libération politique et d’émancipation sociale. Ces précurseurs, dans la longue marche qui s’ouvrait pour la lutte historique du peuple Algérien longtemps humilié, spolié de ses biens et privé de sa souveraineté; se nomment Hadj Ali Abdelkader, Si Djilali Mohamed, Imache Amar, Djeffel Mohamed, Radjef Belkacem, Moussaoui Rabah, Yahiaoui Ahmed, Mahmoud Latreche et tants d’autres figures emblématiques intègres et fondamentalement patriotes avec leur esprit militant désintéressé.     

Conscients de la tragédie vécue par le peuple Algérien et de son avenir incertain face à l’impérialisme français, et partants pratiquement de zéro et plongés dans des difficultés inextricables, ils ont fait preuve d’une maitrise surhumaine dans l’organisation politique. Ils ont le mérite de faire émerger une existence nationale concrète par l’appartenance au sentiment algérien. 

En tout cas, la révolution dans la conception de Abane, n’est ni une action politique temporaire, ni une opposition à l’ordre colonial. C’est un processus ininterrompu qui tire ses racines de l’histoire longue de la résistance nationale, avec ses évolutions mais aussi ses régressions.

Les voies révolutionnaires ne s’ouvrent qu’à ceux qui font preuve de combativité, de détermination, et enfin et surtout d’élévation politique. Car la révolution, dans sa pensée, c’est l’expression de toute une société maintenue en éveil et l’énonciation d’une volonté collective de combattre le colonialisme et l’ordre établi. La détermination de changer les choses, d’innover et de se rénover pour être soi.

Abane était clairvoyant qu’une fois la révolution déclenchée, incontestablement, il faudrait une refondation nationale: reconcevoir en termes neufs et imaginatifs la société algérienne et la culture nationale pour inverser les rapports de force, et faire disparaitre les vieilles orthodoxies et injustices enracinées dans les structures socio-économiques et para-administratives érigées par l’ordre colonial. Encadrer et structurer la révolution, ajuster les bouleversements et les nouvelles configurations politiques et sociologiques. C’était les points centraux autour duquel il était nécessaire et possible de construire en priorité l’unité de la révolution.  

Il acquiert une notoriété considérable et fut placé au centre de la réflexion révolutionnaire. S’imposant par sa compétence intellectuelle, son aura et son autorité, et dans une profonde analyse politique sur le double plan national et international, Abane a toujours maintenu un regard critique sur la résistance algérienne à la colonisation française. Il ne pouvait pas admettre une chose sans l’avoir soumise à l’examen critique de la pensée. On le voit, pour lui, le constat s’imposait comme une vérité d’expérience, et la seule justification du pouvoir résidait dans la réussite de la révolution nationale.

Certains acteurs des plus en vue du FLN-ALN de la lutte armée, étaient plus répressifs à l’examen critique révolutionnaire. En tout cas, que ce soit dans le mouvement national, que ce soit au PPA-MTLD, que ce soit plus tard au FLN, l’anti-intellectualisme a toujours été de rigueur. En 1949, Messali recevait une délégation des contestataires démocratiques, composée de Mabrouk Belhocine, Yahia Henine et Saïd Ali Yahia- à ne pas confondre avec Rachid Ali Yahia. Ils insistaient en particulier sur l’importance de déployer des efforts d’éducation politique, la nécessité de doter le parti d’une plate-forme doctrinale et enfin l’utilité de son intervention pour calmer les campagnes de calomnies et de dénigrements mal ressenties par les militants du District de Kabylie accusés à tord de «séparatisme» kabyle. À quoi le Zaim, leur répondra : «vous savez, il faut souvent se méfier de l’intelligence ! »                                                                                                                         

Il existait, néanmoins, au sein du tandem Abane-Ben M’hidi, un consensus et un contrat intellectuel cohérant, doté d’une puissante vitalité critique qui rejetait le séduisant triomphalisme des slogans creux et lui préféraient la réalité révolutionnaire plus vaste et plus complexe.   

En effet, en devenant l’instrument privilégié pour penser la révolution, la réflexion intellectuelle contribue inévitablement à la métamorphose révolutionnaire. Cette pensée n’est pas simplement une méthode, elle est avant tout dans sa conception, un impératif politique qui permet une clarification et un enracinement de l’idée révolutionnaire dans l’esprit du peuple algérien.

La dynamique de l’approfondissement révolutionnaire s’affirme en effet, dans son optique, du désir de s’affranchir du communautarisme, du féodalisme, du Messalisme, du régionalisme, du tribalisme, du clanisme, de l’islamisme, et enfin, du caporalisme.    

La révolution pour le natif de Azouza, tant dans ses structures que dans ses représentations, c’est la quête d’un ordre politique moderne dans lequel les individus de communautés familiales et régionales différentes se sentent liés les uns les autres dans une sociabilité dépassant l’horizon du communautarisme.

L’engagement d’une «véritable égalité entre tous les citoyens d’une même patrie, sans discrimination». On comprend dès lors que l’élévation de sa pensée pragmatique est contemporaine de l’élargissement progressif de l’espace civique pour créer les conditions de l’émergence de la citoyenneté.

 Abane se livrait à une lecture raisonnée de la vie politique. Conscient des limites du corps politico-social algérien: l’évolution de la société nationale était entravée par les structures archaïques et retardées à dessein dans leurs évolutions par le repli communautaire, l’esprit du clan et la mentalité de la tribu. Il avait réfléchit aux conditions de constitution d’une nouvelle éthique politique et considérait les fondations de la congrégation nationale avec plus de réalisme, en accordant une primauté à l’intelligence, la compétence et l’organisation. Il avait entrepris des efforts à parfaire la formation des militants et apprendre à analyser les conjonctures depuis la base jusqu’à le sommet.  

Cette vision entendait donc contribuer, autant que faire se peut, à perfectionner la révolution, en la saisissant à travers le prisme intellectuel, et en rupture totale avec les schémas de la pensée traditionnelle héritée du Mouvement national. La meilleure posture révolutionnaire réside, d’après lui, dans son model idéal qu’il conviendrait d’appliquer à l’ensemble du peuple Algérien et de déterminer les règles qui lui conviennent le mieux pour réaliser le bonheur de tous.

En effet, dans son esprit, la véritable révolution est celle qui créée les conditions historiques d’une dynamique nationale irréversible pour abattre définitivement les ennemis mortels de la modernité généralisée, efficiente et durable. Celle qui permet aux institutions de s’affranchir des contradictions politico-sociales, s’adapter et durer ; car c’est seulement dans un environnement stable et résolument tourné vers l’universalité que les hommes peuvent faire preuve de vertu éthique et politique.  

La tête pensante de l’instauration de l’ordre Jacobin avait mis en exergue l’intérêt supérieur de la révolution algérienne. Il fut fondé sur l’exigence de l’étape historique et le pragmatisme politique qui consistaient à fédérer d’abord, les forces politiques et imposer ensuite, l’hégémonie révolutionnaire sous l’autorité du FLN-ALN.

Ainsi, dans son esprit, l’existence de concurrents politico-militaires introduisait une division dans les rangs de la révolution et la multiplication de centres de décision entraineraient d’une manière générale l’hétérogénéité croissante de la révolution et, partant, l’effondrement de la dynamique de Novembre. Un tel dépérissement révolutionnaire et sociétal justifiait pour Abane la centralisation des forces acquises à l’insurrection nationale.  

Il avait argumenté la concentration totale des pouvoirs et la mise en place d’une politique de fermeté à l’égard des éléments qui freinaient l’hégémonie de la révolution. La construction de l’unité politico-militaire autour du FLN-ALN impliquait de dissoudre les autres partis, et supposait notamment d’éliminer, dans l’ordre politique, le pouvoir qu’exerçaient les forces contre-révolutionnaires. Cette volonté de faire disparaitre tous les rapports de nuisance à l’insurrection conduisait Abane à exposer des solutions radicales et y compris le recours à la violence. Elle était censée mettre fin le plus rapidement possible aux résistances des forces réactionnaires.

Dans un tel contexte, la conduite de l’action révolutionnaire et l’exigence de sa réussite devaient prévaloir, avant tout, sur toutes les considérations personnelles et particulièrement contre ses ennemis mortels: les forces réactionnaires. Ainsi s’explique la liquidation des membres du Mouvement national algérien (MNA), préconisé par Abane en personne: «tout messaliste conscient devra être fusillé sans jugement». S’agissant en effet, des contre-révolutionnaires, les conditions de justice n’y sont plus garanties au nom du salut national et de l’intérêt suprême de la révolution conduite par le FLN.  

En définitive, dans la conception révolutionnaire de Abane, le recours à la violence, quelles que soient les circonstances qui l’ont permis visait avant tout, un large soutien dans toutes les couches de la société nationale à la révolution, et la nécessité d’instaurer une grande discipline collective. Elle était justifiée au nom des exigences supérieures de la révolution nationale. La guerre ayant été lancée par la minorité de l’Organisation paramilitaire sans base arrière, obtenir le soutien de la population et imposer l’hégémonie du FLN-ALN était une question de survie pour l’insurrection nationale.

Messali Hadj qui avait refusé la lutte armée en 1954, ne s’y résolut pas et surtout vexé que la guerre fût déclenchée en dehors de lui ; il s’était opposé ouvertement et violement au FLN-ALN. Ce faisant, il l’avait fait dans le droit de la représentation qu’il avait donnée de l’algérie depuis qu’il fut intronisé au rang de chef du Parti du peuple algérien (PPA) en 1937, à l’issue de l’éviction de son rival direct, Imache Amar.

Elle s’était confirmée par ailleurs, par ses pratiques despotiques dans le MTLD des années 1940: il ne tolérait aucune inobservation à son esprit de domination. Dans son optique politique, aucun cadre militant ne pouvait s’émanciper de son influence, et par conséquent, toute initiative politique quelque que soit sa nature et son importance, ne devait être entreprise sans son aval et son autorité. Messali non seulement n’était pas vacciné contre l’hégémonisme, pis, il était très enclin à l’esprit de zaïmisme!  

Abane Ramdane fut en effet, le principal artisan de l’élimination politique de Messali. Avec une grande rigueur intellectuelle, il fut le précurseur à déconstruire le courant messaliste d’après 1954, à mettre à nu ses errances et ses dérives, à dévoiler ses desseins et enfin, à alerter sur le danger qu’il représente pour la révolution algérienne.

Son analyse fut, dés 1956, partagée par l’ensemble des dirigeants de l’intérieur, tous engagés qu’ils étaient dans une bataille sans merci pour imposer le FLN comme l’unique interlocuteur légitime dans une éventuelle négociation avec la France. Les guerriers de l’ALN avaient livré un combat héroïque et sans relâche contre le bras armé du MNA: l’Armée nationale du peuple algérien (ANPA), l’allié indéfectible de l’armée française.      

Ce n’est pas pour rien qu’une haine virulente contre Abane Ramdane, demeure la persistance la plus forte dans l’évolution politique chez les Messalistes. Ils s’appliquent à souiller sa mémoire en l’accusant arbitrairement de despote et honteusement d’inspirateur du parti unique. Ces invétérés du zaim est-il besoin de le rappeler dans cette tribune, n’ont jamais été démessalisés et leur vision sur Abane ne cesse de s’opérer sur un fond psychologiquement trouble de revanchisme, de ressentiment et ont conçu une misérable jalousie à son égard.  

Il convient en effet, d’analyser cette inimitée maintenue à soixante sept ans de son assassinat qui représente un des phénomènes des plus complexes de la posture psychologique adoptée par les inconditionnels de Messali. Espérons que le jour prochain, les spécialistes de la psychiatrie politique arriveront à déterminer les effets déroutants et dévastateurs de cette haine et de cette culpabilité morale ou frustration politique du messalisme se transformant étonnamment et paradoxalement en une nécessité absolue d’exclusion de Abane des anales de l’Histoire de l’Algérie combattante: un révolutionnaire intrépide, dont son œuvre est d’une prodigieuse richesse, et qui a touché les domaines de la connaissance politique, militaire, sociale et géopolitique.

L’exclusivité politique absolue que la plateforme programmatique revendiquait pour le FLN à l’égard de l’ensemble des forces susceptibles de rallier son combat, et la vision politique monopoliste exprimée par Abane dès 1955 se souscrivaient  avant tout, à la stratégie de la centralisation dans les rangs des forces révolutionnaires.

Pour combattre l’hégémonie coloniale, il fallait impérativement obéir à la nécessité pratique et incontournable de l’unité d’action. L’un des objectifs de la Soummam était donc bien d’instituer un strict monopole politique, tant dans toute négociation sur la question algérienne qu’au sein du futur État indépendant.

L’œuvre de la Soummam et par extension la pensée politique de Abane ne posaient pas pour l’avenir de l’Algérie le principe de l’instauration du parti unique. Ce dernier fut introduit par le Programme de Tripoli et fut adopté à l’unanimité du CNRA en mai 1962. Le FLN sera consacré dès la constitution algérienne du 10 septembre 1963 le «parti unique d’avant-garde» qui «définit la politique de la Nation et inspire l’action de l’État».

Contrairement à la propagande des nostalgiques de Messali, ce fut l’assassinat de Abane d’une part, les conditions de prévalence de l’appareil militaire sur le politique d’autre part, le manque de vision d’ensemble, et enfin, l’éclatement du commandement politique à l’été 1962, qui avait facilité l’instauration du FLN en parti unique jusqu’à l’ouverture frelatée de octobre 1988.  

En définitive, à l’indépendance, l’armée des frontières fut la seule véritable force homogène, cohérente, structurée et disciplinée qui était équipée d’un matériel militaire moderne avec un effectif de trente deux milles hommes. S’appuyant sur Ben Bella et profitant de conditions politiques qui lui ont été favorables, elle s’était emparée du pouvoir dans des conditions chaotiques et de risque majeur de guerre civile.   

Aux élucubrations des affidés de Messali, s’ajoute en effet les attaques infamantes et les campagnes de dénigrements de la Badissia-novembria. Elle traite Abane de «délateur» à son propre pays. Ce courant idéologique, à contre-sens de l’histoire nationale et à contre-temps du progrès humain se revendique en effet, de la lignée de l’association des Oulémas. Il s’agit, dans la réalité d’une composante hétéroclite qui s’est constituée autour de revanchards, de haineux, d’islamistes sectaires et de révisionnistes inféodés à certaines doctrines intégristes, fondamentalistes et réactionnaires, provenant de pays de l’Orient et la Turquie. Ils agissent sous la tutelle de la nébuleuse internationale des frères musulmans.

Ces révisionnistes et fossoyeurs de l’histoire de l’Algérie prétendent même que la révolution  nationale fut une guerre sainte proclamée contre les chrétiens de l’Occident et qui fut pilotée par les oulémas. Ses membres se distinguent particulièrement par leur ignorance dans le domaine historique et par une très grave dépolitisation. Ils se méprennent totalement sur la nature exacte de l’action politique et la vision stratégique de Abane qui s’était engagé dans une lutte implacable contre le colonialisme dans laquelle, il avait agit et innové sur tous les fronts.

Il faut reconnaitre que contrairement à cette secte issue de l’intégrisme islamique qui est en contradiction avec le passé et le projet de société de notre pays , les oulémas historiques, cette association éminemment algérienne nourrie des réalités nationale et libre de toute influence extérieure avait déployée et mis en valeur le volet capital de l’émergence patriotique, et ne fit rien pour exploiter le sentiment religieux.

En ces heures décisives dignes du grand destin libérateur de notre pays, les oulémas se sont engagés dans une lutte courageuse et constructive pour prendre part aux cotés du FLN, du peuple Algérien et aux niveaux des élites militantes à ce mouvement révolutionnaire et irréversible pour libérer la terre de nos ancêtres.  

Les plus conscients, parmi eux, patriotes et intellectuels à l’image de Larbi Tebessi, Tawfiq El Madani, M’barek El Mili et Ahmed Redha Houhou pensaient, à juste titre, que le triomphe d’un combat qui allait être très long et très dur et requérait d’avance le choix du terrain commun d’une patrie dans laquelle ne devrait interférer aucune surenchère confessionnelle.

 L’association des oulémas, dans une vision de large union nationale et animée par l’amour de la patrie, n’avait et n’a rien de commun avec la Badissia-Novembria: ces falsificateurs asservis aux intérêts étroits du fondamentalisme intégriste et totalitaire avec ses mots d’ordre diviseurs, démobilisateurs et antidémocratiques.

Antirévolutionnaire, antinationale et révisionniste est cette jonction politique entre les nostalgiques de Messali et la Badissia-Novembria. Il est vrai que le négationnisme est une constante chez les forces réactionnaires partout ailleurs dans le monde.   

Ses pensées fondamentalement hostiles au contrôle communautaire sur les consciences révolutionnaires et ses efforts incessants pour combattre la militarisation de la direction du FLN et l’emprise des trois B trouvaient ses limites d’abord, dans les pratiques hégémonistes qui avaient imprégné le mouvement national d’avant-garde au cours des années quarante, ensuite, dans l’influence grandissante du clanisme, du régionalisme et du sectarisme, et enfin dans les règles et traditions héritées de la féodalité qui continuaient à travailler en faveur du maintien des normes sociales conservatrices et archaïques.

 À cela s’ajoute naturellement et incontestablement, le volet politique qui fut le ferment de ces divergences, dans lequel les postures personnelles jouaient un grand rôle dans l’exacerbation du contentieux, et enfin, la double immixtion de Nasser et Bourguiba dans les affaires interne de la révolution algérienne. La conjonction de ses éléments endogènes et exogènes, dans les conditions qui ont été défavorables à Aban Ramdane, lui ont valu bien des anathèmes, des menaces et la marginalisation politique avant d’être éliminé physiquement.

La période qui avait précédait son assassinat était faite de changements et d’évolutions. En effet, des tensions de plus en plus palpables opposaient Abane, le politique aux militaires. Les lignes de fractures présentaient une certaine complexité. D’un côté, Abane, porteur de la vision du renouvellement intellectuel dont la diffusion de ses idées prenait appui sur fond d’importantes transformations politiques, et de l’autre, les militaires qui étaient résolus à lui faire barrage et à s’émanciper de son influence grandissante, en s’appuyant particulièrement sur le clanisme, le régionalisme et le communautarisme: les serviteurs efficace des intérêts des militaires.

En somme, dans le domaine de la pensée politique, les pesanteurs sociales archaïques, conservatrices et retardataires, contribuent à la redéfinition du pouvoir dans une perspective plus autoritaire.

De la prison de Santé, où était détenu aux côtés des membres de la délégation extérieure, Ben Bella dans une lettre adressée en 1958 à cinq colonels de l’ALN- Krim, Bentobal, Boussouf, Mahmoud Cherif et Ouamrane – s’était félicité de l’assassinat d’Abane Ramdane, le qualifiant d’«épuration».

Le summum du cynisme, il avait encouragé les commanditaires de ce forfait abject à continuer dans cette voie d’«assainissement ». Il faisait allusion sans doute, aux centralistes, aux communistes et à l’ensemble des ralliés au FLN. Ben Bella, farouche opposant des textes doctrinaux de la soummam avait approuvé sans état d’âme le premier coup d’État militaire qui avait frappé la révolution nationale à sa tête.

L’étude attentive du cheminement politique de Abane permet de montrer la cohérence de son édifice doctrinal dans ses multiples dimensions: politique, militaire, sociale et géopolitique. Il avait conforté, au maximum une révolution naissante et souveraine en lui attribuant particulièrement les outils majeurs et moyens indispensables à son développement par la réflexion.

Il est impossible de ne pas s’émerveiller devant ses efforts intellectuels et sa détermination implacable pour défendre et chercher d’une manière ou d’une autre à prolonger la révolution dans le projet national moderne, et asseoir singulièrement sa représentativité et la légitimité de sa revendication d’indépendance au plan international.

Tout son engagement fut un effort permanant pour surmonter les limites invétérées des constructions théoriques par un acte de volonté politique de les retourner contre le colonialisme destructeur, les archaïsmes stérilisants, les pesanteurs sociales retardataires et enfin, la caporalisation des instances dirigeantes du FLN. Par son patriotisme, son génie politique et son esprit de sacrifice, Abane Ramdane a fait honneur à ses ancêtres, sa famille, sa région et son pays : l’Algérie.

Il avait joué un rôle émérite, qui de notre point de vue, aujourd’hui, dans plus d’un cas n’est pas reconnu à sa juste valeur. Les historiens n’ont pas suffisamment analysés sa contribution dans ce mouvement dynamique de l’histoire de notre pays.

Mustapha Hadni

G7, G8 ou G6 sans les États-Unis ?

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L’orientation idéologique que prend actuellement le gouvernement américain l’éloigne des autres membres du G7, qui auraient en juin une occasion de l’expulser, une idée qui avait déjà surgi en 2018 lors d’une précédente guerre commerciale démarrée par ce pays.

En janvier, le Canada a assumé la présidence du G7 dont le sommet se tiendra du 15 au 17 juin à Kananaskis en Alberta. Depuis 50 ans, l’organisme qui comprend le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Union européenne, le Japon, les États-Unis et le Canada coordonne les réponses des démocraties libérales face aux défis qu’elles rencontrent.

Le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, a qualifié le G7 en 2022 de « comité directeur du monde libre » et le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, affirme actuellement qu’il est le groupe des grandes démocraties les plus avancées.

La Russie en a été membre pendant un certain temps, soit de 1997 jusqu’en 2014, date à laquelle elle en a été expulsée pour avoir envahi l’Ukraine. Or, le président Trump a récemment soutenu que la Russie aurait dû conserver son adhésion et plaidé pour sa réintégration, qualifiant son exclusion d’erreur.

Les États-Unis dans l’internationale réactionnaire

S’il est prévu cette année d’y discuter les enjeux mondiaux, la présence au sein de ce groupe d’un pays ayant changé d’allégeance politique pourrait forcer ses membres à prendre une décision difficile en ce qui concerne le nombre de ses participants. L’arrivée du nouveau gouvernement Trump le 20 janvier avec l’agenda MAGA (Make America great again) amène son pays sur la voie de ce qui a récemment été qualifié d’internationale réactionnaire.

En exemple de cela, le 14 février, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le vice-président américain, J. D. Vance, a prononcé un discours qui a mis à mal la relation transatlantique des États-Unis. Selon lui, la véritable menace pour l’Europe ne proviendrait pas d’acteurs extérieurs, mais de l’attitude des gouvernements européens qui ne sont pas à l’écoute des préoccupations de leurs électeurs les plus radicaux. «

En Grande-Bretagne et à travers l’Europe, la liberté d’expression, je le crains, est en retrait », a-t-il affirmé, soutenant plusieurs partis nationalistes de droite, telle l’Alternative für Deutschland (AfD), acceptant des néonazis dans ses rangs.

L’éviction du président Zelensky et des Européens des pourparlers de paix sur l’Ukraine a été un autre coup porté à cette relation transatlantique, ce qui a eu comme conséquence la création d’un « conseil de crise » formé de représentants français, britanniques, italiens, polonais et espagnol.

Donald Trump met en place un nouvel ordre mondial en négociant seul avec Vladimir Poutine. Le président américain commence aussi une guerre économique internationale. Entre autres choses, l’acier et l’aluminium européen et du Canada pourraient prochainement être taxés à la hauteur de 25 % par les États-Unis, diverses nouvelles taxes visant aussi le Mexique et la Chine.

Réintégrer la Russie ou expulser les États-Unis?

Jean-Noël Barrot considère comme « inimaginable » que la Russie réintègre aujourd’hui le G7, puisqu’elle en agresse des membres et se comporte de moins en moins comme une démocratie. La ministre des Affaires étrangères du pays hôte de la rencontre en juin, Mélanie Joly, a aussi déclaré que le Canada s’opposait fermement à cette réintégration.

L’idée d’exclure les États-Unis du G7 avait été présentée une première fois lors de la réunion de 2018 qui avait eu lieu à Charlevoix au Québec. Une semaine avant cette rencontre, Trump avait aussi imposé des droits de douane aux métaux provenant de l’Union européenne, du Mexique et du Canada.

Les ministres des Finances des pays visés avaient alors annoncé que leur coopération et collaboration avait été mise en danger en raison d’actions d’un pays membre. Le président de la France, Emmanuel Macron, avait alors fait le commentaire que le G7 ne serait pas très dérangé de redevenir G6, suggérant que le groupe pourrait être mieux sans les États-Unis, qui avaient d’ailleurs décidé de ne pas signer le communiqué final de la rencontre. Trump avait alors aussi dit qu’il voulait que la Russie revienne dans le G7.

Lors de la rencontre du G7 qui s’est tenu en Europe en 2024, les pays membres avaient réitéré leur attachement aux « principes démocratiques et aux sociétés libres, aux droits de la personne universels, au progrès social et au respect du multilatéralisme et de la primauté du droit ».

Ils affirmaient avoir la volonté de renforcer les règles et les normes internationales pour le bien de tous. Or, les actions du gouvernement de Donald Trump montrent qu’il ne respecte pas cet ordre international.

Il y a quelques semaines, au sommet de Paris sur l’IA, le vice-président J.D. Vance s’en est pris aux lois européennes sur l’IA et les marchés numériques (DMA) qui doivent prévenir les abus des réseaux et les dérives dans l’intelligence artificielle parce qu’elles touchaient les Gafam.

De plus, les déclarations du président américain qui veut vider Gaza de ses habitants et celles affirmant qu’il est prêt à utiliser la force militaire pour s’accaparer du Groenland, du Panamá et faire du Canada le 51e État américain en utilisant des contraintes économiques, montrent que Donald Trump est déterminé à mettre en place un nouvel ordre mondial basé sur l’injustice et la négation des droits des faibles. La mise en pratique cette année des propos de 2018 d’Emmanuel Macron empêcherait le président américain de détruire le G7 de l’intérieur et protégerait la crédibilité de l’organisme.

Michel Gourd

Le détenu Boualem Sansal a entamé une grève de la faim 

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Boualem Sansal
Boualem Sansal détenu arbitrairement en Algérie

Arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Alger le 16 novembre puis incarcéré, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a décidé de mener cette action pour dénoncer « les pressions exercées sur lui ».

Boualem Sansal a entamé une grève de la faim confirme, samedi 22 février, son avocat François Zimeray à franceinfo. Incarcéré en Algérie depuis mi-novembre, l’écrivain Boualem Sansal a décidé de mener cette action pour dénoncer « les pressions exercées sur lui », la semaine dernière, souligne son avocat. Malgré les risques qu’elle constitue, cette grève de la faim se veut un bras de fer avec le régime, ou le dernier recours pour l’écrivain afin de recouvrer sa liberté.

Selon le journal Marianne, le gouvernement algérien a envoyé des émissaires auprès de Boualem Sansal pour le pousser à changer de conseil et l’inciter à prendre « un autre avocat français non juif ». Des informations que confirme François Zimeray, en précisant que son client « s’est mis en colère et a décidé de cette grève de la faim ». Boualem Sansal est âgé de 75 ans et souffre d’un cancer« Le protocole de soins a été interrompu », précise également son avocat.

Boualem Sansal est poursuivi en vertu de l’article 87 bis du Code pénal, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif, tout acte visant la sûreté de l’État, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Cet article est brandi systématiquement par les autorités contre toutes les voix dissidentes.

Il y a près de 240 détenus d’opinion en Algérie. Ce sont essentiellement des activistes pacifiques, dont des universitaires comme Mira Mokhnache, des poètes, comme Mohamed Tadjadit, qui ont émis des opinions opposées au régime.

A la veille du 6e anniversaire ’22 février) du déclenchement de la dissidence populaire appelée le Hirak, plusieurs personnes ont été arrêtées pour prévenir toute manifestation. Le journaliste et ancien détenu d’opinion El Kadi Ihsane a été arrêté puis relâché après interrogatoire. Et Fethi Ghares, coordinateur du Mouvement démocratique et social (MDS, interdit par le régime), a été violemment agressé par des policiers en civil, selon son témoignage.

Ces deux derniers faits auraient un lien sur un projet de déclaration politique que devaient rendre publique un certain nombre de militants des droits humains, journalistes et activistes à la veille du 22 février.

Depuis le printemps 2020, une traque impitoyable a été lancé par les autorités contre les activistes. Tout le pays est sous cloche. Pas seulement, une propagande officielle sans précédent matraque l’opinion, relayée par des médias publics et privés, sur de supposées miraculeuses réalisation du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune depuis son intronisation au pouvoir.

Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont appelé le régime à libérer les détenus d’opinion et à lever les interdictions d’expression. En vain. Voire pire, le ministre de la Justice a nié l’existence de prisonniers d’opinion en Algérie et a menacé de poursuite toute personne ou organe qui « oserait » parler de ce sujet.

Yacine K./Francetvinfo

Marwan Barghouti pourrait-il sortir des geôles israéliennes ?

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Barghouti
Portrait de Marwan Barghouti dans le camp de réfugiés de Jabalia.

Marwan Barghouti, emblématique prisonnier palestinien, figure sur la liste des personnes libérables lors de la phase 2 du cessez-le-feu dans la bande de Gaza. La libération de celui qui est surnommé le « Mandela palestinien » pourrait-elle être effective et si tel était le cas, le rôle que pourrait jouer cette figure palestinienne dans le futur reste incertain.

 Le prisonnier politique Marwan Barghouti représente l’espoir d’un consensus de plusieurs factions de la résistance palestinienne. Voilà plus de vingt ans que Marwan Barghouti est derrière les barreaux en Israël et son aura ne faiblit pas, au contraire. Son visage souriant, ses poignets menottés levés au-dessus de la tête, l’index et le majeur faisant le V de la victoire, sont peints sur les murs des Territoires occupés et trônent sur les pancartes dans les manifestations pour la paix en Palestine aux quatre coins du monde voilà plus de quinze mois.  

Et depuis le 7-Octobre, son nom est de plus en plus souvent prononcé, en Palestine comme à l’étranger, pour reprendre le flambeau de potentielles négociations de paix, voire pour devenir le prochain président d’un État palestinien – État reconnu par 147 États sur les 193 États membres que compte l’ONU plus le Vatican. Une raison pour laquelle l’ex-ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a exigé en février 2024 le durcissement des conditions de détention de cet homme de 65 ans : Marwan Barghouti est transféré de prison en prison, séparé de ses compagnons de cellule, il est victime de tabassage, de privation de nourriture, de sommeil etc., selon le chef de la Commission des affaires des prisonniers et ex-prisonniers de l’OLP. 

Il purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité, après qu’Israël l’a reconnu coupable en 2003 d’avoir préparé des attaques durant la deuxième intifada au sein des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, la branche armée du Fatah. Mais le condamné a toujours refusé de reconnaître la justice israélienne sur les Palestiniens en Cisjordanie occupée. « Seules la paix et la fin de l’occupation apporteront la sécurité aux deux peuples. Le peuple israélien paie un prix très élevé pour la politique de son gouvernement », clame-t-il à son arrivée au tribunal en 2002 devant les journalistes.   

Une figure de l’unité palestinienne  

Marwan Barghouti, originaire de Kobar près de Ramallah, a à peine quinze ans au début des années 1980 lorsqu’il s’engage en politique en rejoignant le Fatah. Il est expulsé par Israël en Jordanie en 1987 et ne peut retrouver la Palestine qu’à l’issue des Accords d’Oslo en 1993. « Bien que le mouvement Fatah auquel j’appartiens et moi-même nous opposions fermement aux attaques et au ciblage des civils à l’intérieur d’Israël, notre futur voisin, je me réserve le droit de me protéger, de résister à l’occupation israélienne de mon pays et de me battre pour ma liberté », écrit Marwan Barghouti dans le Washington Post en 2002.  

Si la gauche israélienne semble favorable à mettre fin à la détention de Marwan Barghouti, le gouvernement de Benyamin Netanyahu s’y oppose depuis toujours, non pas parce qu’il aurait du sang sur les mains mais parce qu’il fait l’unanimité auprès des Palestiniens. En 2011, afin que soit libéré le soldat Gilad Shalit, Israël avait accepté de libérer plus de mille prisonniers palestiniens dont le chef de la branche armée du Hamas Yahya Sinouar. « Il me semble que si nous voulons mener des négociations pratiques, nous avons besoin de personnes compétentes des deux côtés. Du côté israélien, je ne veux pas exprimer d’opinion, mais du côté palestinien, si nous libérons Marwan Barghouti aujourd’hui, ce sera vraiment quelque chose de très méritoire », rapporte Ephraïm Halevy, ancien chef du Mossad, repris par Middle East Monitor

Depuis le 7-Octobre, la question du jour d’après revient de manière lancinante. Pour le Premier ministre israélien, ni le Hamas ni le Fatah de Mahmoud Abbas ne sauraient figurer dans la prochaine gouvernance. Marwan Barghouti, qui s’est opposé au mouvement islamiste et qui a lutté contre l’incurie de son propre mouvement serait alors l’homme providentiel ?  

« Politiquement, il bénéficie d’un capital de crédibilité auprès de la population palestinienne car il paie de sa personne avec la multitude d’années passées en prison, analyse David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’IRIS, spécialisé du Moyen-Orient, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques. C’est ce capital qui pose un problème au gouvernement Netanyahu. Il est en outre considéré comme intègre contrairement à d’autres cadres du mouvement national palestinien. Et il constitue d’autant plus un problème pour le gouvernement israélien qu’il pourrait potentiellement constituer une alternative au Hamas qu’il a d’ailleurs combattu. Son nom a de fait circulé à Washington sous l’administration Biden comme étant l’incarnation d’une alternative possible. C’est la raison pour laquelle il est probablement l’un des rares prisonniers que Netanyahu ne veut pas voir libéré même si Ahmed Barghouti, proche collaborateur de son frère aîné, l’a été lors de la sixième phase de libération d’otages contre des prisonniers palestiniens. » Et le chercheur d’expliquer que Marwan Barghouti, par ce qu’il représente, est paradoxalement peut-être plus dangereux politiquement parlant qu’un chef du Hamas.  

Un capital politique qui ne semble donc pas non plus satisfaire Mahmoud Abbas qui fait profil bas sur la libération du leader palestinien. Dans les sondages d’opinion réalisés auprès des Palestiniens par le Palestinian Center for Policy and Survey Research, Marwan Barghouti dépasse largement Mahmoud Abbas au niveau de la popularité, depuis déjà une décennie, et une libération pourrait signifier la chute du chef actuel de l’Autorité palestinienne. Une Autorité totalement décrédibilisée et accusée de corruption que n’a jamais cessé de dénoncer Marwan Barghouti. « C’est un homme courageux sur le plan individuel par les sacrifices personnels qu’il a consentis pour la cause nationale qu’il défend comme sur le plan politique où il est conscient de la nécessité de parvenir à un compromis qui ne pourra être que difficile pour les deux parties : en 2002, après le début de la seconde intifada, il écrivait qu’il “cherche toujours la coexistence pacifique entre les pays égaux et indépendants d’Israël et de la Palestine”. Le problème, c’est que la configuration a beaucoup changé depuis avec un potentiel point de bascule qui s’est opéré avec le massacre du 7 octobre rendant aujourd’hui quasi-impossible pour la majorité des Israéliens toute idée d’État palestinien frontalier de l’État hébreu », poursuit David Rigoulet-Roze.  

Avec RFI

Les gestes parlent et racontent

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Trump

Le monde assiste avec stupéfaction au retour du plus détestable salut du fascisme qui avait dévasté l’Europe dans la première partie du XXe siècle. Cela devient une épidémie chez les trumpistes qui le font dorénavant sans aucune retenue.

Ce geste est apparu depuis la descente en enfer de ce pays géant qui avait pourtant été l’un des phares de la démocratie dans le monde.

Parmi les plus connus des adeptes du trumpisme qui ont fait ce salut, deux se sont particulièrement illustrés. Elon Musk fut le premier, le 20 janvier, jour de la célébration de l’investiture de Donald Trump.

Voilà que le 21 février, Steve Bannon, l’ancien fantasque conseiller de Donald Trump, une grande figure de l’extrême droite radicale (le pléonasme s’impose) fait le même geste lors de la convention d’ultra droite, la Conservative Political Action Conference (CPAC). 

Ce geste est si connu que les opinions fascistes qui l’ont fait naître et les circonstances ne laissent aucun doute sur son caractère volontaire malgré les dénégations des proches d’Elon Musk et de Steve Bannon. D’autant plus que, nous l’avons dit, ce ne sont pas les premiers dans le camp trumpiste à l’avoir fait. Sinon comment expliquer que tout d’un coup, ils se seraient tous mis à la même gestuelle sans que cela puisse être sans rapprochement avec le salut des fascistes italiens et des nazis ? 

Je dois avouer que je ne connaissais pas cette discipline qu’est la sémiologie du geste, je veux dire d’une manière approfondie. Elle m’avait été expliquée par mon collègue, professeur de sémiologie dans une école supérieure d’arts appliqués. La sémiologie du geste est une approche qui englobe les fonctionnements des signes verbaux au cours d’un acte de communication, en quelque sorte qui en renforce le sens.

Effectivement, ce professeur m’avait rappelé ce que nous savons tous, que l’être humain accompagnait toujours son propos par une gestuelle adaptée lorsqu’il voulait ajouter de la profondeur à ses paroles. Nous connaissons ceux de la colère, de l’amour, de la passion, de la joie, de la stupeur et ainsi de suite. Ces gestes ne portent pas toujours la signification qui leur est attribuée mais avec la victoire du trumpisme, il n’y a aucun doute sur celui de la main tendue du fascisme si reconnaissable.

Même si nous constations le retour progressif des idées de la peste noire dans le monde, l’épidémie aux États-Unis confirme et renforce le mouvement d’une manière si forte qu’il bouleverse l’ordre du monde et détruit la longue et difficile construction des démocraties.

Nous savons que le geste de la main droite sur le cœur puis le bras qui se tend brusquement avec la paume tournée vers le bas n’est pas une pratique née du nazisme mais héritée du mouvement fasciste de Mussolini.

Comme toute doctrine d’ultra droite, le discours populiste consiste à galvaniser les foules par une promesse d’un retour à la gloire passée supposée d’une nation. Pour Mussolini, le rappel de la grande civilisation romaine, pour Tump, le Make America Great Again. 

Ce geste aurait été, selon la légende, d’abord celui des hommages faits aux armées romaines avant de se transformer en un signe de respect et de soumission au pouvoir. Hitler n’a fait que reprendre ce geste lors de son alliance avec le fascisme de Mussolini.

Les mythes sont par définition construits sur une fausse réalité du passé qui est fantasmée. Une foule endoctrinée peut même croire en une origine extra terrestre de la nation si le leader populiste essaie de le leur faire croire.

Ce mensonge historique de l’origine du salut, comme bien d’autres, vient du détournement de l’histoire romaine car le geste fasciste, puis nazi, n’a jamais existé comme nous le rappelle l’historien allemand Martin M. Winkler. Il est un mythe reproduit dans beaucoup de représentations culturelles, ce qui en a fait une réalité dans les esprits crédules.

Et l’une des œuvres les plus marquantes de cette fantasmagorie est le chef-d’œuvre du peintre  David à la fin du XVIIIème siècle, Le serment des Horaces. Trois frères, les Horace, ont été désignés pour vaincre les Curiaces. Tous les trois jurent d’honorer ce serment en levant les épées, avec ce fameux geste devenu celui des fascistes, des armes que leur avait données le père. Pour rajouter à l’intensité de la scène, les femmes pleurent devant cet engagement héroïque pour le bien de la nation.   

C’est dramatique que ce retour en arrière vers la pire période contemporaine de l’histoire des populismes (ils n’ont jamais disparu mais jusque-là ils n’avaient pas encore une intensité si dangereuse depuis la période trouble). C’est une épidémie mortelle car elle mène toujours au désastre et au néant. Ce populisme prend souvent accroche avec des mouvements inattendus   comme ceux négationnistes qui vont jusqu’à dénier la rondeur de la terre, elle serait plate, ou prétendre que le vaccin est un complot pour manipuler les populations au profit des forces occultes des grands intérêts financiers et de pouvoir. 

On m’a toujours posé la question sur mon entêtement à fustiger les élucubrations des adeptes du complot. Ma réponse est de leur montrer encore une fois où cela mène avec l’exemple du dangereux populisme de Donald Trump qui harangue les foules de ses supporters pour les avertir du danger des ennemis « occultes » (le deep state) de la nation et du monde qui veulent menacer l’Amérique.

L’Amérique devient folle, les partisans de Trump partagent cette responsabilité car un fou ne peut créer seul un empire sans être porté par l’adhésion des foules.   

Boumediene Sid Lakhdar

France : fin de cavale pour le criminel Mohamed Amra

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Mohamed Amra

La traque de Mohamed Amra, un narcotrafiquant multirécidiviste, a pris fin après neuf mois de cavale. Cet individu, en fuite depuis son évasion spectaculaire en mai 2024, a été arrêté en Roumanie.

Son évasion avait été marquée par une attaque violente contre un fourgon pénitentiaire, qui avait coûté la vie à deux agents. L’annonce de son arrestation a été faite par Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui a exprimé sa gratitude envers les forces de l’ordre sur son compte X, anciennement Twitter.

Le parquet de Paris a rapidement confirmé l’interpellation d’un homme en Roumanie, fortement soupçonné d’être Amra, tout en précisant que des vérifications étaient en cours. Le Premier ministre François Bayrou a salué ce succès, soulignant le professionnalisme et la détermination des forces de police. Il a également exprimé sa reconnaissance envers ceux qui ont œuvré pour cette arrestation, en mémoire des victimes et de leurs familles.

Emmanuel Macron, présent au Salon de l’agriculture à Paris, a qualifié cette arrestation de « formidable succès », fruit d’une coopération efficace entre les services d’enquête français et européens. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a rappelé que la police et la justice finissent toujours par triompher.

L’évasion d’Amra, survenue le 14 mai 2024, avait été orchestrée par un commando armé qui avait attaqué le fourgon au péage d’Incarville, tuant deux agents et blessant trois autres. À l’époque, Amra était en détention pour des crimes graves, y compris des meurtres liés à des trafics de drogue. L’attaque, filmée par une caméra de surveillance, avait révélé la violence croissante des trafiquants de drogue.

Plus de trois cents enquêteurs avaient été mobilisés pour retrouver le fugitif Mohamed Amra et ses complices, et une enquête judiciaire avait été ouverte pour meurtres, tentatives de meurtre et évasion en bande organisée. Un rapport de l’Inspection générale de la justice avait souligné un manque de communication entre les autorités, ce qui avait conduit à une évaluation erronée du danger qu’Amra représentait.

L’arrestation de Mohamed Amra a été accueillie avec soulagement par les familles des victimes, notamment celle d’Arnaud Garcia, un surveillant pénitentiaire tué lors de l’attaque. Ses avocats ont exprimé leur gratitude envers les enquêteurs et ont souligné l’importance de poursuivre les investigations. Dominique Gombert, représentant de FO Justice, a également exprimé son soulagement, tout en rappelant que les membres du commando restaient en fuite et que leur arrestation était également attendue.

Rabah Abache/AFP

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