3 octobre 2022
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Sortie de crise, consensus ou compromis, que sa ko * ?

REGARD

Sortie de crise, consensus ou compromis, que sa ko * ?

Que sa ko, cette expression occitane est une interrogation mâtinée d’étonnement. Étonnement car ce qui se passe en Algérie mérite qu’on regarde la société avec tous les outils de l’intelligence de l’Histoire. Sortir de la crise ? Est-ce la bonne définition et le bon diagnostic ? Sûrement pas car le corps social et les institutions qui le gèrent sont frappés d’un mal profond.

Une crise se définit par un déséquilibre dans une partie du corps, temporairement touché qui une fois traité, le corps en question se remet en marche. Les crises dans le système capitalisme sont légion et ce système arrive à les surmonter en sacrifiant des travailleurs et des secteurs économiques et avec les nouvelles innovations technologiques, il efface le déséquilibre du moment pour repartir sur un nouvel équilibre et vogue le navire et c’est reparti comme en l’an quarante… Sauf quand une crise comme celle de 1929 qui le touche au cœur, là c’est le monde entier qui paie la facture avec la tragédie de la seconde guerre mondiale.

Chez nous, nous n’avons pas affaire à un petit déséquilibre dû à une inflation, un peu de chômage et une crise de logement. C’est un labyrinthe où personne ne retrouve ses chats comme on dit dans le langage populaire. C’est un système qui a coupé la société d’un certain nombre de paramètres de l’histoire et des variables de la vie de tous les jours…. Rapport à la politique, à la connaissance et la culture, à la citoyenneté qui ont introduit le virus de la peur, du piston et corruption, l’absence de confiance en qui ce soit etc. Et comme remède, on nous sort le concept de consensus qui tient le haut du pavé politico-médiatique.

Depuis quelques jours, ce concept n’est plus esseulé puisque Ali Benflis et Abdelaziz Rahabi lui ont trouvé un compagnon de route qui a pour nom ‘’Compromis’’. Mais ces deux hommes politiques ne nous expliquent pas le pourquoi cette soudaine irruption dans leurs discours de ce nouvel ‘’outil’’ de sortie de crise. Si ces deux acteurs de la vie politique donnent aux concepts de consensus et de compromis la définition habituelle de la langue française et des règles de droit, les dits concepts ont effectivement le même sens, lequel n’est autre que ‘’accord commun’’.

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Sauf que ces deux concepts appliqués à la politique ne sont aussi simples et transparents. Comme l’histoire et la science politique sont passé par là, il n’est pas inutile de gratter pour savoir ce qui se trame dans le noyau dur de ces concepts.

Disons que le consensus (accord commun entre plusieurs acteurs politiques), est devenu la ‘’règle’’ dans les démocraties ‘’apaisées’’. C’est une technique qui facilite des alliances avec des partis séparés par quelques divergences. Parfois le consensus est pratiqué à l’intérieur d’un même parti comme le parti socialiste français avec sa fameuse synthèse. Pour des raisons politiques et historiques, les partis pour accéder au pouvoir passent donc sous les fourches caudines du consensus dans les dites et ‘’vieilles’’ démocraties. Tout le monde trouve son compte. Le parti majoritaire va gouverner tranquillement en offrant des miettes aux minoritaires qui sont satisfaits de quitter la solitude du statut d’opposants.

En revanche, le concept de compromis auquel on ajoute parfois l’adjectif historique, surgit dans une époque trouble, dangereuse et menaçante pour le pays. L’époque nécessite qu’on fasse appel à la haute et rude politique. On le retrouve dans des guerres de libération nationale, des guerres civiles (Espagne) ou guerres sociales de haute intensité (comme en Italie où a été inventé le concept de compromis historique par le parti de Gramsci). Ainsi, quand un protagoniste est confronté à un compromis historique, il est amené, ‘’la mort dans l’âme’’, à signer un accord pour échapper à un danger mortel, comme en Espagne en 1936 où la république était menacée par le fascisme Franquiste (1).

Ainsi, dans la situation actuelle où notre société est face a deux stratégies opposées de sortie de crise, (élection du président de la république ou bien passage obligé par une période de transition géré par une entité politique qui organiserait l’élection du futur président), le citoyen est en droit qu’on lui explique quelle est la stratégie choisie et les raisons de ce choix. La crise est si profonde qu’on ne peut se satisfaire de la notion d’efficacité (en finir vite) cher aux technocrates qui pensent qu’un pays, que la politique se gère comme une vulgaire entreprise à la manière d’un Trump. 

Consensus ou compromis historique ne font pas appel aux mêmes forces politiques et le navire sur lequel elles voguent est différent selon que l’on est dans une mer calme ou dans une tempête au milieu de récifs. Dans pareille situation, il faut reposer sur deux socles, être à l’écoute du peuple pour se nourrir de l’intelligence collective et faire appel à l’intelligence de l’histoire pour ne pas reproduire les erreurs de la guerre de libération (2).

L’histoire de l’Humanité n’est pas avare d’exemples qui nous renseignent sur les échecs et les drames des peuples en fonction de la politique choisie. Et parmi les facteurs qui concourent à ces échecs et drames, l’idéologie, la ligne politique et la stratégie de la lutte ne sont pas étrangères aux dits échecs. Les militants, les marcheurs du mouvement de dissidence citoyenne se rendent compte des contradictions qui traversent la société, cernent la faiblesse du discours politique des partis sans parler de la naïveté de certains citoyens lambdas (3).   Et ces faiblesses, on le retrouve dans l’utilisation de la notion de révolution nationale appliquée au Hirak. Cette ‘’pauvre’’ révolution est malmenée par d’autres qui la qualifie d’Apaisement, mépris encore et toujours du peuple incapable de désigner ses représentants selon des donneurs de leçons etc… Comment oser dire pareilles aberrations quand la notion de révolution nationale est une notion fascisante propre à l’extrême droite, quand le joli mot de révolution étymologiquement signifie mouvement. Mouvement qui a permis à l’intelligence humaine de faire des révolutions dans les sciences et les arts, et les peuples de faire faire des sauts aux sociétés, révolution soit dit en passant qui a libéré les esprits et permet à certaines ‘’élites’’ fatiguées de déblatérer sur n’importe quoi. La non-digestion (en vérité la manipulation) des concepts autorisent certains à sortir avec des pancartes où l’on associe le 1° novembre 54 à un cheikh, Ben Badis, certes honorable mais qui ne peut en aucun cas prendre la place de Boudiaf, Ben M’hidi, Ben Boulaïd et leurs compagnons qui ont donné le signal d’allumer le feu contre le colonisateur.

Les obstacles auxquels la société est confrontée, on l’a dit sur tous les tons, ont été dressés par un système qui a désertifié le champ culturel et inoculé le poison du gel des esprits. Ce poison a gêné l’accumulation des forces politiques obligeant la société à fourbir dans la clandestinité ses armes pour surgir et surprendre son monde. Ce poison a aussi freiné l’acquisition des idées nouvelles semées à travers l’histoire. Et la plupart des ‘’élites’’ dont on nous bassine l’existence, ont les yeux tournés vers les archaïsmes d’un Orient fantasmé ou d’un Occident devenu pour les naïfs et les parvenus une nouvelle terre promise. Alors que dans l’Orient ancré dans l’histoire, que de trésors et de lumières (depuis l’invention de l’écriture et de l’agriculture) ensevelis sous l’épaisseur des pétrodollars de ceux qui ont vendu la Palestine du grand poète Mahmoud Darwich ! Quant à l’Occident, on détourne les yeux de ses champs labourés par ses savants, ses monuments de la littérature, sa philosophie et ses révolutions, pour se laisser fasciner par ses nouveaux idéologues de la fin de l’histoire dont les zélotes chez nous ont traduit le concept de révolution par ‘’Apaisement’’.

Ali Akika.

Notes

(1)  La liste des compromis imposés par l’histoire est longue. On peut citer l’accord du pouvoir bolchévique qui abandonne une partie du territoire à l’Allemagne pour arrêter la guerre et sauver ainsi sa révolution. Il y a aussi l’accord entre l’Irak et l’Iran de Khomeiny qui pour sauver sa révolution a dit ‘’ j’aurais aimé avaler du poison que de faire la paix avec Saddam Hussein’’. Plus ‘’pacifique’’, on peut citer le compromis historique (implicite) entre le parti communiste et la démocratie chrétienne italienne face au danger fasciste ….etc.

(1)  Avec le recul du temps, nous avons fini par connaitre les erreurs durant la guerre de libération. Congrès de la Soummam non appliqué, congrès de Tripoli non achevé, prise de pouvoir à l’indépendance par l’alliance Bureau Politique/Armée, alors que le GPRA était en place etc…

(2)  Scène d’une discussion de rue durant une manifestation : ça discute dur dans un groupe sur ‘’le miracle’’ du peuple qui a poussé à la sortie un président malade qui a mis en colère le peuple. Irruption d’un bonhomme dans la discussion qui veut ‘’éclairer’’ le groupe : Non, c’est Gaïd Salah qui l’a renvoyé chez lui. En entendant ce bonhomme, touchant dans sa naïveté, j’ai pensé à un secrétaire général du parti FLN, Amar Saadani, qui osa dire que c’est De Gaulle qui nous a donné l’indépendance. Je me suis dit combien de temps faut-il encore attendre pour que l’aliénation s’évapore de certains esprits pour que le peuple affublé du mot ‘’ghachi’’ retrouve sa noblesse comme dans les poèmes de Rimbaud et de Jules Vallès et de…Kateb Yacine.

Auteur
Ali Akika

 




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