3 avril 2025
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De la tradition à la modernité : l’évolution de la cuisine algérienne

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Couscous
Image par pixel1 de Pixabay

Explorer l’évolution de la cuisine algérienne, mêlant traditions anciennes, influences françaises et tendances modernes pour un voyage culinaire riche et savoureux.

La cuisine algérienne est un reflet savoureux de la richesse de l’histoire, de la géographie et de la diversité culturelle du pays. Entre les anciennes traditions berbères, les influences arabes et ottomanes et l’héritage du colonialisme français, la cuisine algérienne a évolué pour devenir une tradition culinaire dynamique. Aujourd’hui, elle respecte ses racines tout en adoptant les techniques modernes et les tendances mondiales. Voyons comment la cuisine algérienne s’est transformée tout en conservant son essence vibrante.

Des racines traditionnelles : Un héritage culinaire

Les fondements de la cuisine algérienne reposent sur les anciennes traditions des Berbères, qui ont introduit des produits de base tels que le couscous et les tajines. Le couscous, fait de grains de semoule cuits à la vapeur, reste un plat très apprécié, souvent servi avec de la viande mijotée, des légumes et des épices aromatiques comme le cumin, le safran et la coriandre. Les tajines, cuits dans des marmites en terre cuite, mettent en valeur l’art de la cuisson lente et l’utilisation d’ingrédients de saison. Des plats comme la harira, une soupe consistante, et le méchoui, un agneau entier rôti, sont au cœur des fêtes traditionnelles et des célébrations, témoignant du lien profond qui unit le pays à son patrimoine culinaire.

L’ère ottomane a apporté des plats tels que les dolmas (légumes farcis) et a élargi l’utilisation des épices, créant ainsi des couches de saveurs complexes. Ce mélange d’influences a constitué l’épine dorsale de la cuisine algérienne, qui continue de prospérer dans les foyers et les restaurants locaux.

L’influence française : Un héritage colonial

La période coloniale française a laissé une empreinte importante sur la gastronomie algérienne. Les techniques, les pâtisseries et les ingrédients français se sont parfaitement intégrés aux recettes traditionnelles, donnant naissance à des créations telles que le bourek, une délicate pâtisserie fourrée de viande hachée ou de fromage. Les desserts tels que les éclairs et les mille-feuille ont également trouvé leur place dans les foyers algériens, souvent revisités avec des saveurs locales comme la fleur d’oranger et les amandes.

Ce mélange de précision française et d’audace algérienne a créé une identité culinaire unique reflétant la dualité de l’histoire de l’Algérie. Aujourd’hui, les plats d’inspiration française sont célébrés comme faisant partie de la tapisserie culinaire de l’Algérie.

Adaptations modernes : La tradition rencontre l’innovation

Au cours des dernières décennies, la cuisine algérienne s’est ouverte à l’innovation, mêlant les saveurs traditionnelles aux tendances mondiales. De jeunes chefs expérimentent la cuisine fusion, associant des ingrédients locaux comme les saucisses merguez et l’harissa à des techniques issues des cuisines italienne, asiatique et méditerranéenne. L’essor de la gastronomie moléculaire a également apporté une touche de modernité, les chefs utilisant la science pour réimaginer des plats classiques de manière créative.

En outre, les adaptations soucieuses de la santé gagnent en popularité. Les plats traditionnels comme le couscous sont désormais souvent préparés avec des céréales complètes, tandis que les tajines contiennent plus de légumes et moins d’huile. Cette évolution répond aux préférences alimentaires modernes tout en préservant les saveurs authentiques.

La cuisine de rue : Une scène culinaire dynamique

La culture de la cuisine de rue en Algérie est une délicieuse porte d’entrée vers sa diversité culinaire. Les marchés animés et les étals en bord de route servent des bouchées rapides et savoureuses comme la karantita (un plat à base de pois chiches), des pains plats savoureux et des saucisses merguez épicées. Ces repas abordables, à emporter, capturent l’essence des saveurs traditionnelles tout en s’adaptant aux modes de vie urbains. La cuisine de rue est devenue un élément très apprécié de la culture algérienne, attirant les habitants et les touristes sur une scène culinaire dynamique.

Tourisme culinaire : Mettre en valeur le riche patrimoine alimentaire de l’Algérie

Alors que l’Algérie devient une destination recherchée, le tourisme culinaire a suscité l’intérêt des voyageurs qui séjournent dans des logements locaux, maison de vacances décoration ou des appartements de location. Les visiteurs peuvent s’immerger dans la culture algérienne en participant à des cours de cuisine ou en préparant des plats traditionnels dans des espaces loués. Pour enrichir l’expérience, la décoration de la maison de vacances  avec des motifs d’inspiration algérienne, comme des poteries artisanales ou des textiles vibrants, crée une atmosphère invitante pour les explorations culinaires.

Durabilité et approvisionnement local : Un mouvement moderne

Avec l’essor des repas respectueux de l’environnement, la cuisine algérienne met de plus en plus l’accent sur l’utilisation d’ingrédients d’origine locale. Si vous envisagez de cuisiner des plats algériens traditionnels dans une location de vacances, une liste d’ingrédients essentiels (harissa, safran et citrons confits) peut vous aider à recréer des saveurs authentiques. Cette approche favorise la durabilité et améliore l’expérience de la préparation des repas pendant le séjour dans un appartement loué.

Honorer les festivals et les traditions

La nourriture reste la pierre angulaire des célébrations culturelles algériennes. Pendant le ramadan, les iftars communautaires proposent des plats comme la chorba et le baklava, et lors des mariages, les repas élaborés à plusieurs plats sont une force unificatrice. Ces traditions soulignent l’importance des repas partagés dans la société algérienne, préservant les recettes et les rituels pour les générations futures.

Un mélange de passé et de présent

L’évolution de la cuisine algérienne témoigne de la capacité du pays à honorer son patrimoine culinaire tout en embrassant la modernité. De la simplicité intemporelle du couscous à la fusion innovante des plats contemporains, la cuisine algérienne continue d’inspirer et de ravir. Qu’il s’agisse de savourer un tajine traditionnel ou d’explorer une version moderne de la harira, la cuisine algérienne offre un voyage riche et savoureux à travers le temps.

Ult Gana publie « Tikerket n Yixallufen » (La Rose immortelle)

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Ult Gana

Dans le paysage littéraire amazighe, variante chaouie, une nouvelle voix émerge avec force grâce à Ult Gana et son premier roman, Tikerket n Yixallufen (La Rose Immortelle), publié par la maison d’édition Al-Muthaqqaf li-Nashr de Batna.

Ce récit, écrit en chaoui avec l’alphabet latin, plonge le lecteur dans l’intimité d’un village du sud algérien, Ixallufen, où chaque moment de la vie quotidienne prend une dimension poétique et profonde. À travers les yeux de Balla, une jeune femme d’une beauté saisissante, l’autrice nous invite à découvrir une culture vivante, riche de traditions et de rituels ancestraux.

L’originalité de l’œuvre réside avant tout dans l’utilisation de la langue chaouie, un choix qui s’impose comme une déclaration d’amour et de préservation.

Ult Gana parvient à transmettre avec une grande maîtrise la richesse de cette langue, qui n’est pas seulement un outil de communication, mais aussi le dépositaire de l’histoire et de l’identité d’un peuple.

Par cette langue, l’autrice nous offre une immersion dans la réalité d’un monde où les traditions sont un socle, mais aussi un terrain de tension avec la modernité.

Le récit prend la forme d’une autobiographie romancée, où l’autrice, tout en s’inspirant de faits réels, tisse un tableau vivant de la vie dans son village natal. L’histoire est entrecoupée de rencontres avec des écrivaines étrangères venues documenter la vie quotidienne des habitants. Ces personnages extérieurs, qui tentent de saisir la réalité d’une région, apportent un regard croisé intéressant sur la culture locale, une perspective parfois naïve, parfois éclairée, mais toujours fascinante.

Ce regard sur le monde chaouie est porté avec une attention particulière aux détails : les vêtements, les fêtes, les coutumes, les gestes quotidiens, tout ce qui fait la singularité de cette culture, sont décrits avec une précision qui rend l’œuvre profondément authentique.

Ult Gana nous dévoile ainsi un monde vibrant, souvent en marge des grands récits nationaux, mais qui constitue une part essentielle de l’histoire algérienne.

Une œuvre qui porte la voix de la culture chaouie

Le chaoui n’est pas simplement une langue dans ce roman ; c’est un personnage à part entière. Par son écriture en chaoui, Ult Gana préserve et valorise cette langue, en la rendant accessible à un large public tout en en préservant la musicalité et les nuances. Chaque mot, chaque phrase traduit non seulement la culture, mais aussi l’émotion brute de ceux qui vivent et respirent cette langue.

La force de Tikerket n Yixallufen réside dans sa capacité à capter l’essence même d’une époque, d’un mode de vie et d’une identité. L’autrice nous invite à une expérience sensorielle, où le lecteur est transporté dans un univers qui, tout en étant spécifique à la région, résonne de façon universelle.

En conclusion, Tikerket n Yixallufen (La Rose immortelle) est bien plus qu’un roman. C’est un hommage à une culture, une langue et un peuple. L’œuvre d’Ult Gana est un témoignage vibrant de la richesse de l’âme chaouie, un livre qui, loin de se limiter à un récit personnel, devient un vecteur de transmission de mémoire.

Disponible à la librairie El Zahra, face à l’Université Hadj-Lakhder de Batna, cet ouvrage invite le lecteur à découvrir un monde fascinant et à redécouvrir une partie précieuse du patrimoine algérien.

Djamal Guettala

Polémique entre l’Algérie et l’ONU sur la situation des droits de l’Homme

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Répression en Algérie

Un vif débat a éclaté au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève, à la suite de la présentation, mercredi dernier, du rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme, Mary Lawlor.

Ce rapport, issu de sa visite officielle en Algérie du 25 novembre au 5 décembre 2023, met en lumière plusieurs préoccupations liées aux restrictions des libertés fondamentales et les activités des militants des droits de l’Homme dans le pays.

La rapporteuse de l’ONU, Mary Lawlor a fait état de ce qu’elle considère comme des « persécutions » à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme, notamment des journalistes, avocats, syndicalistes et membres de la société civile, en raison de leurs activités et de leur coopération avec les mécanismes des Nations Unies.

Son rapport souligne une augmentation des restrictions sur les rassemblements pacifiques et une utilisation préoccupante des lois antiterroristes, en particulier l’article 87 bis du Code pénal, pour poursuivre des militants. L’experte onusienne a ainsi appelé les autorités algériennes à revoir ces lois et à garantir un environnement propice à l’exercice des libertés fondamentales.

Face à ces accusations, le représentant permanent de l’Algérie à Genève, Rachid Bladehane, a vigoureusement rejeté ces conclusions, qualifiant les préoccupations soulevées d’« allégations infondées ». Il a assuré que l’Algérie « garantit pleinement les droits et les libertés » et offre un cadre institutionnel adéquat pour l’exercice des activités des défenseurs des droits de l’Homme.

Rachid Bladehane a également précisé que, bien qu’il n’existe pas de loi spécifique encadrant le statut des défenseurs des droits de l’Homme, cela évite une distinction entre citoyens et que le cadre juridique algérien protège déjà ces droits. Il a cité la mise en place du Médiateur de la République comme un mécanisme permettant aux citoyens d’exprimer d’éventuelles doléances.

Sur la question des restrictions pesant sur la presse et la société civile, le diplomate algérien a affirmé qu’« aucun cas de répression ou de sanction visant des journalistes, blogueurs ou médias n’a été enregistré en raison du contenu de leurs publications ». Selon lui, les rares poursuites judiciaires mentionnées dans le rapport relèvent uniquement du droit commun et ne sont pas liées à la liberté d’expression. Pourtant, de nombreuses violations des libertés sont dument documentées par des ONG et des militants des droits humains. N’en déplaise au représentant permanent de l’Algérie à Genève, les faits sont têtus, il y a bien près de 240 détenus d’opinion en Algérie.

Concernant la loi controversée sur l’exercice des droits syndicaux, Rachid Bladehane a défendu son adoption en la qualifiant de « révision complète des normes juridiques garantissant la création et le fonctionnement des syndicats ». Pourtant, cette réforme a suscité une vive opposition de la part de plusieurs syndicats et partis politiques, qui dénoncent un recul des libertés syndicales.

Enfin, s’agissant de l’application de l’article 87 bis du Code pénal, souvent critiqué pour son utilisation dans des affaires impliquant des militants, Bladehane a soutenu sur le fait que la définition algérienne du terrorisme était « pleinement conforme aux décisions du Conseil des droits de l’Homme », en l’absence d’une définition universelle de l’acte terroriste. Il a conclu en affirmant que l’Algérie restait ouverte aux visites des rapporteurs de l’ONU pour évaluer la situation des droits de l’Homme dans le pays.

Ce bras de fer entre l’Algérie et l’ONU illustre les tensions persistantes autour de la question des libertés fondamentales dans le pays, alors que les autorités algériennes tentent de défendre leur bilan face aux critiques internationales.

Samia Naït Iqbal

Plus de 70 morts dans de «violents» affrontements depuis la chute d’Assad

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Syrie

De violents affrontements dans le nord-ouest de la Syrie entre des membres des forces de sécurité et des combattants « fidèles » au président déchu Bachar al-Assad ont fait plus de 70 morts, a indiqué jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Ce sont des hommes armés affiliés à un ancien commandant d’une unité d’élite de Bachar el-Assad qu’ont affronté les autorités syriennes, dans la région côtière de Lattaquié, un fief du président déchu, a déclaré l’agence officielle Sana.

« Les groupes armés avec lesquels nos forces de sécurité s’affrontent dans la campagne de Lattaquié appartenaient au criminel de guerre Souheil el-Hassan, qui a commis les pires massacres contre le peuple syrien », a indiqué le responsable sécuritaire de la région de Lattaquié à Sana.

Les autorités mènent des opérations de sécurité dans la province de Lattaquié, qui, avec celle voisine de Tartous, abrite une grande partie de la minorité alaouite dont est issu Bachar el-Assad.

Jeudi, la tension est montée à Beit Ana, village d’origine de Souheil al-Hassan, lorsque des habitants ont empêché l’arrestation d’une personne suspectée de trafic d’armes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Les forces de sécurité ont ensuite lancé une opération, émaillée d’affrontements avec des personnes armées dont l’identité reste inconnue.

« Plus de 70 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées ou capturées lors d’affrontements sanglants et d’embuscades sur la côte syrienne entre des membres des ministères de la Défense et de l’Intérieur et des militants de l’armée du régime défunt », a indiqué sur X l’OSDH, basé au Royaume-Uni et qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie.

Terreur et indignation

Les autorités ont ensuite mené des tirs d’hélicoptère sur des hommes armés dans le village de Beit Aana et les forêts environnantes, et des tirs d’artillerie sur un village voisin. Des chefs religieux alaouites ont de leur côté appelé à des « manifestations pacifiques » après les tirs d’hélicoptères.

Ces frappes, qu’ils ont qualifiées dans un communiqué d’« attaques contre les habitations civiles » ont semé la terreur parmi les habitants de la région, a ajouté l’OSDH. L’usage d’armes lourdes a suscité l’indignation des Syriens, qui accusent la nouvelle administration d’adopter la même approche que le régime Assad en visant et tuant des civils, ont confié plusieurs Syriens contactés au téléphone par le correspondant de Rfi à Damas.

Ces violences interviennent après que quatre civils ont été tués à Lattaquié cette semaine, selon l’OSDH, lors d’opérations de sécurité qui avaient également coûté la vie à deux membres des forces de sécurité.

RFI

Mira Moknache, le combat dans les veines

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Mira Mokhnache
Mira Mokhnache embastillée pour ses idées.

L’unique moyen dont nous disposons pour ne pas laisser sombrer dans l’oubli ces centaines de détenus d’opinion qui croupissent dans les geôles d’Algérie est de leur rendre hommage aussi souvent que possible et de dénoncer l’arbitraire dont ils sont victimes. La détenue d’opinion Mira Mokhnache en est une illustration.

Nous nous devons de refuser le silence et l’indifférence devant les embastillés et les victimes de l’arbitraire. En Algérie, ils sont malheureusement nombreux.

Mira Moknache est une universitaire et militante engagée qui n’a jamais hésité à dénoncer les injustices et les crimes dont est victime son peuple. Sa présence aux obsèques des victimes des incendies de Toudja et ses déclarations sur l’origine de ces drames lui ont valu l’acharnement judiciaire du régime algérien.

Mira Moknache s’est interrogée sur l’origine de ces tragédies : « Qui a brûlé At Ussalah, Ouaddas, Larbaa Nat Irathen, la Kabylie ? » Pour elle, il ne fait aucun doute que ces incendies n’étaient pas accidentels, mais bien intentionnels. Une conviction qui lui vaut aujourd’hui une condamnation injuste.

Accusée de « diffusion de fausses informations » et « atteinte à l’unité nationale », Mira Moknache a été condamnée dans un procès expéditif et inique. Son cas n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la répression systématique que subissent les voix dissidentes en Algérie.

La condamnation de Mira Moknache est une nouvelle illustration de la répression féroce menée par le régime algérien contre toute voix dissidente.

Mira Moknache, universitaire et militante reconnue pour son engagement en faveur des droits humains et de la démocratie, poursuit son combat dans des conditions de répression accrue. Depuis la suspension des manifestations du Hirak, elle subit un harcèlement policier et judiciaire continu. Elle vient de boucler six mois de détention provisoire.

Le mois de juillet 2024, elle a été convoquée par les autorités d’El Kseur, dans la wilaya de Béjaïa, pour être interrogée sur des opinions qu’elle avait exprimées. Quelques jours plus tard, elle a été à nouveau convoquée et placée en garde à vue au commissariat central de Béjaïa.

Après plusieurs jours de détention, Mira Moknache a été transférée à Alger et présentée devant le tribunal de Sidi M’hamed. Le juge d’instruction a décidé de la placer en détention provisoire sous les accusations « d’atteinte à l’unité nationale » et de « terrorisme », en vertu de l’article 87 bis du Code pénal. Qui peut croire à ces sinistres accusations ?

En parallèle, un important procès « criminel » devait se tenir le 21 janvier 2025 devant la cour criminelle d’appel d’Alger. Ce procès concerne 49 accusés, parmi lesquels figurent des personnalités comme Ait Chebib Bouaziz, Hamzi Lounes, Chelbabi Nadir, Abdeslam Abdennour, Azem Hocine, Akouche Mustapha, Chabane Mourad, Mebarki Miloud, Bechakh Lahlou, Bellili Hocine, et Bouaoune Hamza. Parmi les accusés, Mira Moknache, actuellement en détention, est également concernée par ces procédures judiciaires.

Ces militants kabyles, dont des ex-détenus, se sont présentés, mardi 21 janvier, devant la cour d’appel d’Alger (Ruisseau) pour assister à leur procès en appel. Ils sont poursuivis notamment pour « adhésion et participation à des groupes ou organisations ayant un but ou s’adonnant à des actes terroristes ou de sabotage ». Une accusation troussée de toutes pièces à laquelle le régime algérien a eu recours pour incriminer l’acte politique en Kabylie et notamment la revendication du droit à l’autodétermination, pourtant garanti par le droit international.

Lors du procès de première instance, qui s’est déroulé en 2024, des peines allant de 15 ans de prison ferme à la perpétuité ont été requises à l’encontre de 24 accusés. Il s’agit d’un énième procès politique, car ces militants pacifiques sont poursuivis à cause de leurs opinions et convictions politiques et non pour un quelconque crime qu’ils auraient commis.

Malgré l’acharnement judiciaire qu’elle subit depuis des années, Mira Moknache reste déterminée à poursuivre son combat pour la justice et la liberté en Kabylie. Sa force et son courage font d’elle un symbole de résistance face à l’oppression. Ce n’est pas la première fois que Mira Moknache est la cible du régime algérien.

Sa détermination à défendre la Kabylie et à dénoncer l’arbitraire dont elle est victime lui ont valu de multiples accusations et harcèlements. Mais elle ne compte pas baisser les bras : « C’est devant l’institution judiciaire que j’assume ma position politique, que je défends ma Kabylie ! » assène-t-elle avec courage et détermination !

Mira Mokhnache est la fille d’un ancien maquisard, aujourd’hui décédé. Un patriote qui a participé à libérer l’Algérie du joug colonial.

Il est grand temps que cessent ces intimidations et harcèlements dont sont victimes nos voix libres. Il est aussi grand temps que la liberté de parole ne soit plus un délit pour ramener le pays vers des rivages cléments et apaisés.

Kacem Madani

Guerre au Soudan : une plainte déposée contre les Émirats arabes unis

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Hemedti
Le milicien Hemedti financé par les Emirats arabes

Le Soudan accuse les Émirats arabes unis de génocide. Dans une requête déposée jeudi devant la Cour internationale de Justice, la plus haute instance judiciaire de l’ONU, Khartoum demande d’ordonner des mesures d’urgence.

Khartoum demande aux juges d’ordonner à Abou Dhabi d’empêcher les milices qu’il soutient de commettre des actes de génocide. Les autorités soudanaises accusent les Émirats arabes unis de violer la convention sur le génocide, en soutenant la milice du général Hemedti, explique la correspondante de RFI à La Haye.

Selon la requête du Soudan, un génocide visant les Soudanais d’ethnie massalit est en cours depuis la reprise de la guerre en 2023. Et les Émirats arabes unis seraient donc complices, pour leur soutien politique, financier et militaire aux Forces de soutien rapide (FSR). Le Soudan accuse Dubaï de fournir des armes, et de recruter et d’instruire des mercenaires. « Les Émirats arabes unis doivent réparer intégralement le préjudice causé par leurs actes internationalement illicites, notamment en indemnisant les victimes de la guerre », a affirmé le Soudan dans sa requête.

Si les juges décident qu’ils sont compétents dans cette affaire, ils devraient organiser de premières audiences devant la Cour assez rapidement. Cette Cour, plus haute instance judiciaire de l’ONU, est compétente pour les conflits entre États. Les autorités soudanaises ne peuvent donc pas lancer de procédure contre les Forces de soutien rapide, une simple milice.

Mais l’autre Cour mondiale, la Cour pénale internationale, enquête actuellement sur les crimes commis depuis la reprise de la guerre en 2023 et pourrait bientôt émettre des mandats d’arrêt.

Pour leur part, les Émirats arabes unis ont fustigé jeudi la plainte déposée par le Soudan devant la Cour internationale de Justice (CIJ) dénonçant un « coup de communication cynique ». « Les allégations (…) sont dénuées de toute base juridique ou factuelle et ne constituent qu’une nouvelle tentative de diversion face à cette guerre catastrophique », a dit un responsable émirati dans une déclaration transmise à l’AFP.

Ce n’est pas la première fois que Khartoum accuse les Emirats d’ingérence directe dans les affaires du pays.

Avec Rfi

Cherif Mellal en grève de la faim

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Cherif Mellal.
Cherif Mellal arbitrairement condamné à 4 ans de prison.

L’ancien président de la JS Kabylie, Cherif Mellal est en grève de la faim depuis quatre jour.

En détention depuis le 19 janvier 2023 Chérif Mellal observe une grève de la faim depuis le 3 mars 2025, informe Me Fetta Sadat.

Une condamnation à une peine de quatre ans de prison ferme a été infligée à Cherif Mellal par jugement rendu par le pôle pénal économique et financier sis au tribunal de Sidi M’hamed en date du 23 octobre 2024, jugement confirmé dans toutes ses dispositions par arrêt rendu par la chambre pénale près la cour d’Alger en date du 25 février 2025, ajoute la défenseuse des droits humains, Me Fetta Sadat.

Cherif Mellal n’est plus à sa première grève de la faim pour protester contre l’insupportable arbitraire qui le touche. En août dernier, il a mené une grève de la faim pendant plus de 20 jours.

Selon plusieurs défenseurs des droits humains et observateurs, Cherif Mellal fait les frais de ses engagements pour la JSK, depuis reprise en main par des individus proches du chef de l’Etat.

Il n’était pas question, pour le pouvoir pour qui le football est l’un des opiums du peuple, que ce club phare de la Kabylie soit entre les mains d’un homme d’affaires très engagé comme Cherif Mellal, d’où la tripotée d’accusations concoctée par des juges aux ordres.

Près de 240 détenus d’opinion croupissent dans les prisons algériennes.

Yacine K.

Manœuvres militaires franco-marocaines : l’ambassadeur de France à Alger convoqué au ministère des affaires étrangères 

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Romatet
Stéphane Romatet au cours de l'une des audiences accordée par Tebboune.

Le ministère des Affaires étrangères algérien a exprimé son mécontentement face au projet de manœuvres militaires conjointes entre la France et le Maroc, baptisé « Chergui 2025 ». Ces exercices, prévus pour septembre prochain à Er-Rachidia, près de la frontière algérienne, sont perçus par Alger comme une provocation directe et un facteur aggravant des tensions diplomatiques avec Paris et Rabat.

Lors d’une audience officielle au siège du ministère, le Secrétaire Général des Affaires Étrangères, M. Lounès Magramane, a convoqué l’ambassadeur de France en Algérie, M. Stéphane Romatet. L’objectif de cette rencontre était d’exprimer les préoccupations de l’Algérie quant aux implications de ces exercices militaires.

Selon la déclaration officielle, l’Algérie considère « Chergui 2025 » comme une menace à sa sécurité et un élément de provocation susceptible d’envenimer les relations déjà tendues avec la France. M. Magramane a averti que cette initiative risquait d’aggraver la crise actuelle entre Alger et Paris et de pousser les tensions diplomatiques à un niveau supérieur de gravité.

Le diplomate algérien a également demandé des clarifications officielles de la part des autorités françaises sur les objectifs réels de ces manœuvres militaires. Il a invité M. Romatet à transmettre fidèlement à Paris la position ferme de l’Algérie sur cette question.

Cette convocation ferme de l’ambassadeur de France à Alger survient dans un contexte de relations entre l’Algérie, la France et le Maroc particulièrement tendues. Elles marqué par des différends historiques et géopolitiques. Le rapprochement opéré par la France avec le Maroc et la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a mis le feu aux poudres avec les autorités algériennes. Il reste à savoir quelle réponse apportera la diplomatie française. Elle sera en tout cas déterminante sur l’évolution de cette crise naissante.

Cet énième cran dans la crise arrive quelques jours après des déclarations conciliantes du président français.

Samia Naït Iqbal

 « Houris » : lutte contre l’oubli (I)  

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Houris

Le roman Houris de Kamel Daoud, paru aux éditions Gallimard, le 15 août 2024, n’en finit plus de traverser les turbulences depuis  son couronnement du prix Goncourt 2024, mais une analyse loin des préjugés et des polémiques offre la possibilité de la distance, une approche loin des tensions et des divergences d’opinions autour de la personne de l’auteur, de ses prises de position et surtout de son affaire en justice à propos du personnage principal de son roman et tout ce que cette affaire suscite comme questionnements éthiques.

D’abord, est-ce que Houris est un bon roman ? Certes, la réponse à cette question ne peut être que subjective, car ce qui est bon pour un lecteur ne l’est pas forcément pour un autre. Cependant, me concernant, je puis d’emblée affirmer que oui, c’est un bon roman. Cela reste une appréciation subjective d’un lecteur.

J’ai lu le roman trois fois. Je l’avoue, à chaque fois j’y trouvais du plaisir à suivre pas à pas Aube, cette jeune fille de vingt-cinq ans, le personnage principal du roman,  dans son dialogue et son voyage vers le commencement de son existence ou de sa deuxième naissance. La relecture du roman m’a permis de saisir la cohérence de l’histoire et de trouver du sens aux détails qui me paraissaient insignifiants à la première lecture, surtout les premiers chapitres de la première partie du roman intitulée La voix. 

Effectivement, c’est un début de roman ardu qui demande au lecteur de la persévérance et surtout de ne pas abandonner aux premières pages. L’auteur a mis en scène Aube en mobilisant une série d’attitudes et de caractéristiques physiques susceptibles d’avoir de l’effet sur le lecteur.

Certes, il convient de mentionner que le roman est volumineux, mais son histoire est fascinante, minutieusement construite par l’auteur et suscite des interrogations idéologiques et philosophiques très intéressantes sur la condition des femmes, sur les liens entre la violence et l’idéologie, sur le pouvoir et la mémoire, sur le discours politique et l’histoire, sur l’abus de mémoire, sur la société patriarcale, sur la mémoire sélective, sur l’amnésie et l’amnistie et sur le droit à la justice et à la vérité.

L’auteur ne donne aucune réponse structurée et claire à ces interrogations, mais il fait quelques allusions à des pistes de réflexion conduisant à des réponses tournant autour du personnage principal, l’élément-clé de tout le roman.

L’intrigue du roman est pour le moins inédite, l’histoire est bouleversante et les deux personnages principaux du roman sont attachants.  Une bonne histoire implique des personnages de qualité, je pense qu’ Aube et Aissa le sont.

La polémique que le roman a suscitée ou les déclarations de son auteur ne doivent pas occulter sa qualité littéraire. Le roman raconte l’histoire d’une femme enceinte, victime du terrorisme, coincée entre l’envie de mettre fin à sa grossesse et celle de continuer à parler sans fin à l’enfant qu’elle porte.

En lisant le roman, nous avons remarqué que toute l’histoire est structurée pour répondre à cette question fondamentale que le personnage principal ne cesse de poser, d’une façon implicite ou explicite, dans sa conversation avec son enfant : pourquoi la société algérienne, Aube précisément, se souvient d’une guerre lointaine qu’une grande partie de la société n’a pas vécue, la guerre d’indépendance entre 1954 et 1962 en l’occurrence, une guerre érigée par le pouvoir depuis l’indépendance, en repère historique, alors que le même personnage et une grande partie de la société sont sommés d’oublier une guerre toute récente, « la guerre civile », celle des années 1990 dont Aube en est une victime, mais aussi un témoin qui porte dans son corps les traces de son atrocité ?      

Trois éléments essentiels dans l’histoire du roman ont attiré notre attention en tant que lecteur. Ce sont au reste des éléments avec lesquels nous structurons notre propos pour répondre à cette question.

Le premier élément est l’usage de l’auteur de deux référents contradictoires : un qui est d’ordre historique et l’autre qui est d’ordre mythique. Le deuxième élément est la lutte contre l’oubli. Enfin, le troisième élément est l’usage de ce que l’auteur qualifie de « langue intérieure ».

1-Référent historique   

Selon le personnage principal du roman, Aube, Fajre en langue arabe, sa vraie guerre, c’est « la guerre civile », connue plus dans les médias algériens sous l’appellation de décennie noire ou de tragédie nationale, surtout pour le discours institutionnel du pouvoir. Objectivement, la trame de fond du roman est la violence que l’Algérie a subie pendant dix ans, entre 1992 et 2002 et dont Aube garde des cicatrices dans son corps.  Elle dit à ce propos : « la guerre ! Oui, la guerre ! Ce n’était pas celle contre les Français, celle de tous contre tous. »(1)  

En fait, il s’agit du Béhémoth, ce monstre symbolisant le chaos dont parlait Hobbes, le philosophe anglais à qui l’expression « guerre de tous contre tous » renvoie directement à ce que l’auteur a choisi pour définir ce qu’il entend par « guerre civile ».  Il est question dans ce roman de la violence armée qu’a connue l’Algérie après l’arrêt du processus électoral, précisément des élections législatives de la fin de l’année 1991, faisant du FIS, un parti islamiste, le gagnant.

C’est un parti qui avait le projet d’instaurer une dawla islamiya et de mettre ainsi fin à la démocratie qui le conduisait à cette époque au sommet de l’État. Ainsi, pour parler de la violence caractérisant cette période de l’histoire de l’Algérie, Kamel Daoud a choisi un vocabulaire technique propre à la sociologie politique, le concept « guerre civile » avec tout ce qu’il implique comme sens.

Il n’est pas le premier à l’avoir utilisé pour parler de ce que les médias algériens qualifient de décennie noire. Ce choix rapproche l’auteur de Houris du politiste et spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient, Luis Martinez, auteur d’un livre sur cette période de l’histoire récente de l’Algérie intitulé « La Guerre civile« . Pour ce spécialiste, la violence que l’Algérie a connue dans les années 1990 est une guerre qui n’est pas différente des guerres civiles qui ont ravagé d’autres pays.

Par ailleurs, sur le plan politique et rapport de forces idéologiques, le choix de ce référent historique, « la guerre civile » des années 1990, n’est pas sans conséquence sur le plan idéologique ; il place l’auteur dans une posture idéologique qui s’oppose à deux discours dominants en Algérie, les deux sont ancrés depuis des décennies dans l’État et dans la société algérienne.

Le premier discours auquel l’auteur s’oppose est l’idéologie du pouvoir depuis l’indépendance ; il s’agit notamment d’un nationalisme qui a toujours été mis au service de l’autoritarisme.

Cette idéologie se nourrit des évènements symboliques de la guerre de libération et par conséquent, elle voit dans ce choix de la « guerre civile » comme référent historique, un déclassement, une entrave, un mépris et une compétition immorale à la symbolique de la guerre de libération, sa guerre sacrée, son référent ultime. Ce qui est devenu avec le temps pratiquement la deuxième religion de l’État algérien.

Le second discours auquel l’auteur s’oppose est l’idéologie des islamistes qui refusent d’assumer les violences commises dans les années 1990 au nom de la dawla islamiya et d’Allah en s’abritant derrière le scepticisme et le complotisme que la théorie du « qui tue qui ? » suggère.  

2- Référent mythique

L’histoire du roman se déroule dans un espace-temps dominé par la religion. En effet, à quelques jours de la fête du sacrifice du mouton, notamment dans un esprit de la fête de l’Aïd al-Adha, ou fête du Mouton, une célébration où un mouton est sacrifié en guise d’offrande, une femme enceinte, Aube, le personnage principal du roman, l’héroïne, raconte son histoire. Cette jeune femme de vingt-cinq ans envisage de mettre fin à sa grossesse, pendant que sa mère d’adoption, Khadija, une avocate célèbre, est en voyage à l’étranger.

Elle a pris l’avion pour Bruxelles afin de rencontrer un grand chirurgien et discuter avec lui du cas d’Aube dans l’espoir de lui retrouver la voix par la chirurgie et pouvoir enfin parler comme tout le monde, un espoir auquel Aube a cessé de croire.  

En effet, pour Aube ce voyage est un « voyage illusion » (2) , elle pense que sa mère, elle aussi, n’y croit plus et qu’elle sait au fond d’elle que c’est une tentative de plus qui finira par un échec (3). Il y a lieu de souligner que Khadija n’aime pas comme sa fille adoptive l’atmosphère de l’Aïd al-Adha. Cette fête lui rappelle ce que les islamistes ont fait à Aube, c’est pour cela depuis ses cinq ans, elle n’égorge plus de mouton et ses voisins se sentent gênés de le faire (4). À l’approche de la fête du sacrifice, tout l’entourage d’Aube tente de lui faire oublier l’Aïd (5).   

La fête du sacrifice hante le roman. Tout ce qu’Aube raconte, l’auteur le lie au mythe d’Ibrahim par des métaphores et d’autres figures de style. Le choix du contexte par l’auteur est délibéré. Le roman commence par une histoire d’un égorgement, comme le mythe d’Ibrahim, mais un égorgement raté d’une petite fille qui a survécu miraculeusement et non pas d’un égorgement réajusté et corrigé par l’intervention d’une force divine qui a substitué un animal au fils d’Ibrahim.

L’égorgeur d’Aube est allé jusqu’au bout de sa conviction et de son œuvre. En fait, il s’agit d’un égorgement raté. Aube, contrairement au fils d’Ibrahim, elle a été sauvée par des humains et non pas par une intervention divine. Rien n’est descendu du ciel pour la protéger. C’est Khadija, sa maman d’adoption, qui l’a sauvée, elle dit d’elle à ce propos : « C’est le bélier d’Ibrahim. À un moment de mon histoire, elle est tombée du ciel pour détourner l’attention du couteau et sauver une enfant qui récolta une grosse cicatrice au cou » (6).

La réalité atroce que cette fille a vécue et celle des autres personnages offrent les éléments essentiels pour attacher l’histoire du roman au mythe : couteau, cou, bélier, mouton, sacrifice, boucher, sang et religion. Cette image est omniprésente tout au long du roman d’une façon explicite ou implicite : « égorgé comme un mouton ». Deux éléments de cette atroce image renvoient directement au mythe : l’action d’égorger et le mouton.

Même l’intention d’Aube à mettre fin à sa grossesse, l’auteur la compare au rituel de l’Aïd-el-Kebir, il compare son héroïne à un boucher qui veut couper la tête à un mouton, l’enfant qu’elle porte. En fait, l’auteur ne rate aucune occasion pour montrer au lecteur les liens existant entre le mythe d’Ibrahim et l’atrocité de la décennie noire, au point que des lecteurs reprochent à l’auteur d’insinuer que ce mythe d’Ibrahim, notamment l’Aïd el-Kebir,  célébré chaque année par les musulmans, est responsable de la guerre civile et de la violence des islamistes en général.

Cependant, à notre avis, loin de l’essentialisme que cette métaphore peut suggérer, ce n’est pas faux de croire que cette « guerre civile » s’est faite au nom d’un autre mythe que celui d’Ibrahim, un mythe politique, le mythe d’une dawla islamiya ou État islamique, d’un pouvoir politique représentant non pas la volonté du peuple, mais la volonté d’Allah. Il s’agit d’une idéologie qui se nourrit de la tradition religieuse, elle est construite rationnellement comme toute idéologie, elle n’attend pas l’intervention de dieu et des miracles pour concrétiser ses objectifs.

En fait, les porteurs de cette idéologie, les islamistes, étaient réalistes, ils savent pertinemment que leurs idéaux ne peuvent se réaliser que grâce à leurs actions dans la réalité, ce qui explique et justifie leur aspiration à accaparer le pouvoir et leurs interventions violentes dans l’histoire.

3- Lutte contre l’oubli

Les deux idéologies, le nationalisme et l’islamisme en l’occurrence, sont renforcées par la tendance du pouvoir en place à faire oublier à la société la « guerre civile » en promulguant une loi pour la paix et la Réconciliation nationale en 2005, obligeant ainsi les Algériens, précisément les victimes, à tourner la page et à recommencer de zéro, comme si rien ne s’est passé. Ainsi, par miracle, n’y avait-il pas de tueurs ni de tués, mais juste une « tragédie », une petite parenthèse qui s’est vite refermée dans l’histoire de l’Algérie. En fait, « il fallait croire que dix ans de massacres n’étaient qu’un cauchemar, puis un rêve, puis des rumeurs, puis des feuilles mortes de caroubier dans un autre village » (7), comme l’auteur l’exprime avec les mots d’Aissa le libraire, un personnage du roman.

Ce n’est pas anodin que l’auteur, avant de commencer son récit, choisisse comme épigraphe, l’article 46 de La charte pour la paix et la réconciliation nationale interdisant l’utilisation ou l’instrumentalisation de la tragédie nationale qu’il préfère qualifier à juste titre de « guerre civile ». Cette épigraphe donne d’emblée au lecteur l’esprit du livre et une idée des intentions de l’auteur.

Ainsi Kamel Daoud montre-t-il au lecteur qu’à cause de cette loi, toute personne qui se souvient de cette  guerre et ose la raconter aux autres est mis de facto hors la loi et devient par conséquent une menace à la paix, comme le dit l’un des personnages du livre. En effet, pour dissuader Aissa le libraire de parler de « la guerre civile » dans le café de son quartier, le colonel lui dit : « Vois-tu, mon petit libraire, nous servons la paix et ce que tu racontes dans le café de ton quartier n’aide pas la paix que veut notre président de la République.

Ce que tu dis, ça enflamme les esprits, ça leur donne des envies de vengeances, et puis ce n’est pas toujours vrai » (8). Ce libraire est un rescapé comme Aube. Lui aussi a échappé à la mort dans un « faux barrage », un barrage routier installé par des terroristes.  Il a failli mourir égorgé comme elle.

Ce n’était par pitié que l’émir du groupe de terroristes islamistes l’a épargné ou par manque de temps comme est le cas d’Aube, mais par stratégie de communication macabre, c’était pour le chargé de raconter l’horreur dont les terroristes islamistes sont capables. Après cette loi de réconciliation, tout le monde est sommé de ne plus évoquer la décennie noire dans les cafés, les mariages et un peu partout dans la société.

Les propos du colonel expriment la tendance totalitaire du pouvoir à contrôler la parole de ses citoyens au-delà des espaces institutionnels. En effet, le pouvoir politique, avec son autoritarisme, aspire à contrôler la société même dans les espaces qui sont traditionnellement en dehors des institutions, qui sont en fait de nature infrapolitique pouvant abriter des petites résistances à l’amnésie générale imposée par la loi sur la réconciliation nationale.

Pour le pouvoir, cette histoire de « guerre civile » doit rester dans le passé et ne plus le quitter pour aucune raison. Par ailleurs, la seule guerre que les Algériens peuvent évoquer, et ils ont le droit de le faire dans le présent avec fierté, c’est même encouragé, c’est la guerre de libération, une guerre contre le colonialisme ; car dans celle-ci les antagonistes, les ennemis sont clairs et surtout différents, le colonisé contre le colonisateur.

C’est un grand honneur pour les Algériens de rappeler la guerre de libération aux autres, c’est une vraie gloire et une grande victoire contre l’injustice qu’il faut célébrer sans interruption, alors que dans « la guerre civile » des années 1990, celle qu’on doit mettre aux oubliettes, les antagonistes et les ennemis qui l’ont animée sont des frères, il n’y a aucun honneur à la rappeler aux autres. C’est une honte d’en parler.  

Les Algériens se sont entretués pendant dix ans, laissant derrière plus ou moins de deux cent mille morts ; aucune précision sur le nombre de victimes, alors qu’il s’agit d’un évènement récent par rapport à la guerre de libération à laquelle on associe un nombre précis de martyres que le pouvoir a sacralisé. L’auteur nous présente dans cette perspective la vie des personnages du roman, les rescapés et témoins de la « guerre civile », comme une résistance contre l’oubli que le pouvoir tente d’imposer à toute la société.  

Ce qui est important dans ce roman est que des personnes comme Aube sont tenues par des motivations personnelles et intrinsèques, en fait par une sorte d’obligation morale de rendre public leur témoignage et de refuser l’omerta imposée par la loi de la réconciliation nationale. Raconter et rendre public son histoire est une transgression de la loi du silence.  C’est un roman qui donne la parole aux sans voix, victimes du terrorisme.  

Aube décide le jour de l’aïd de faire un pèlerinage et de retourner à la source, au commencement de sa deuxième naissance, à son village, à la ferme de ses parents à Had Chekala là où une horde de terroristes islamistes a décimé toute sa famille à coups de couteaux et de haches et l’ont égorgée et laissée pour morte lorsqu’elle avait cinq ans. Elle veut voir, sentir et toucher le lieu qui lui a donné naissance afin que Houri qui est en elle comprenne ce qui est arrivé à sa maman, à sa famille et à d’autres habitants de son village. Elle ne se souvient presque plus des années et des jours d’avant son égorgement. Elle veut se rappeler comment  elle était avant ses cinq ans.

Va-t-elle parvenir à mener son voyage jusqu’au bout et trouver des traces de sa vie d’avant sa deuxième naissance? Ainsi, en se rendant sur le lieu du carnage, la ferme familiale, « l’Endroit mort » comme Aube l’a nommé, Houri, sa fille, aura l’occasion d’entendre les témoignages des rescapés pour trouver des souvenirs de la nuit de son égorgement. C’est un voyage dans le temps et l’espace vers la terreur qui l’a fait naitre. C’est un voyage vers la vérité et les faits que tout le monde veut étouffer. C’est un voyage contre la chape de plomb qui couvre la décennie noire.

Aube dit à sa fille pour lui expliquer le pourquoi de ce voyage : «  Si je suis venue si loin dans ce pays, si j’ai persisté dans ma folie, c’est pour que tu puisses voir de tes yeux qui sont les miens, mon village, la vérité entière sur ma guerre effacée » (9). Lors de son voyage vers le commencement, Aube rencontre un libraire qui sillonne l’Algérie pour vendre des livres, Aissa, un rescapé comme elle de la guerre civile, lui aussi est doté d’une compétence plus que normale, il est capable de faire des liens entre des dates, des massacres commis par les islamistes et le nombre de victimes. Sa mémoire a tout enregistré sur la violence des années 1990.   

Lorsqu’on parle des événements qui se sont déroulés dans le passé, on parle de quelque chose qui n’est plus, qui est absent. Si ces événements ne sont pas évoqués par l’histoire écrite et s’ils ne trouvent pas refuge dans la mémoire collective, ils disparaitront à jamais. L’auteur raconte à travers ce roman une histoire avec un petit « h », mais qui cache une grande histoire avec un grand « H ».

L’auteur ne prétend pas nous rapporter un passé tel qu’il s’est déroulé, en s’appuyant sur une documentation précise. En fait, il a marié subtilement la réalité historique et la fiction. Car il n’a pas choisi la posture d’historien, même ce dernier est incapable de rapporter le passé tel qu’il est. L’histoire est toujours une reconstruction d’un passé, une reconstruction qui ne peut pas échapper à l’interprétation et à la subjectivité de la personne qui s’est chargée de la faire.

L’auteur a choisi de faire passer la question de qui se souvient à la question de quoi se souvenir. Pour cela, il construit son roman sur deux personnages victimes de la « guerre civile » partageant la même attitude envers elle ; les deux refusent, voire n’arrivent pas à l’oublier, car cette période de l’histoire de l’Algérie a marqué à vie leur corps et leur âme comme beaucoup d’autres Algériens.

En effet, Aube porte les traces de « la guerre civile » en guise de preuves dans son cou, le libraire les porte dans sa jambe et dans sa forte mémoire, elle porte aussi le désir de voir sa guerre « enseignée, reconnue, et respectée dans ses morts et ses deuils, comme l’est l’autre guerre, celle contre la France » (10). Ces personnages ne veulent pas que le temps efface les événements qu’ils ont vécus dans leur chair.  

Il s’agit d’un effort de mémoire. Aube dit à sa fille à ce propos qu’« ils sont peu nombreux à se souvenir de la guerre civile des années 1990, et je suis la preuve vivante que cette guerre de dix ans a été réelle. Qu’elle a été sanglante. La dernière preuve je te dis. » (11) L’auteur a choisi de prioriser l’égo, le « je » qui se souvient sur l’objet du souvenir, le quoi du souvenir, il n’avait pas le choix, car le quoi s’est évaporé de la mémoire collective pour se réfugier dans l’inconscience collective, dans l’espace des refoulés, des non-dits et des tabous. Le quoi du souvenir risque de ne pas trouver place dans le récit national et dans l’histoire. Ce n’est pas fortuit que les spécialistes lient le commencement de l’histoire à la découverte et l’usage de l’écriture. L’histoire a tendance à se souvenir et à rapporter que ce qui est écrit.  

Ce qui reste ce sont quelques traces physiques et psychiques portées par des individus qui résistent à l’amnésie générale. Cette dernière, selon ce que raconte Aube, est orchestrée par un pouvoir politique qui n’a pas besoin d’un autre référent historique pour son idéologie ; la guerre de libération, la première guerre, lui suffit amplement.

Effectivement, il y a, selon Aube, trop de mémoire de la guerre de libération et trop d’oubli de la guerre civile. Il s’agit d’un abus de mémoire et d’un abus d’oubli dont parle Paul Ricœur dans son livre Mémoire, histoire et oubli. Kamel Daoud fait parler ces traces physiques de la dernière guerre à la manière des historiens, sans ses personnages il n’aurait aucune raison valable pour parler de la « guerre civile ». Ce sont l’équivalent d’archives et de preuves matérielles.  Cette guerre risque de disparaitre définitivement de la mémoire collective et de l’histoire avec la disparition des hommes et des femmes qui l’ont vécue et qui en gardent des séquelles.

L’histoire du roman nous fait prendre conscience que tout s’organise dans l’État et dans la société pour oublier cette « guerre civile », c’est une sorte d’abus engendré, selon Paul Ricœur, par «  une manipulation concertée de la mémoire et de l’oubli par des détenteurs de pouvoir ». L’existence des deux personnages importants du roman, surtout celle d’Aube, est à l’origine d’un impératif morale de parler de la guerre civile et de continuer à le faire, malgré toutes les interdictions formelles et informelles qui tendent à les en empêcher.

Les personnages principaux de Houris, les égos à qui l’auteur a donné le pouvoir de narrer la décennie noire et d’interpréter la réalité à l’aune de ce qu’ils ont subi dans cette horrible guerre sont eux-mêmes, plus que des témoins, ils sont des preuves matérielles, des vestiges vivants et ambulants de la violence des islamistes.

Mais malheureusement, ce sont des vestiges éphémères et temporaires que l’idéologie dominante tente d’étouffer. Malheureusement, il viendra le jour où ces témoins disparaitront et emmèneront avec eux leurs souvenirs et leurs vérités. (A suivre)

Écrivain et docteur en philosophie Ali Kaidi

Notes

 1.Kamel Daoud, Houris, Paris: Gallimard,  2024,p.182

 2.Ibid., p.38

 3.Ibid., p.36

 4.Ibid.,p.53

 5.Ibid.

 6.Ibid.,p.35

 7.Ibid.,p..293

8.Ibid.,p.296

10.Ibid.,p.302

 11.Ibid.,p.52

 12.Ibid

Mourad, la taupe de France 2, démasqué !

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Image par Alexandra_Koch de Pixabay

L’œil du 20 heures de France 2 en avait fait la vedette et le porte-voix de la répression enclenchée par le pouvoir d’Alger pour tenter de museler toute voix discordante à la cacophonie qui règne en haut lieu…

Même si les journalistes investigateurs ont tout fait pour brouiller les pistes qui permettraient d’identifier cet agent aux ordres, ou qui se revendique comme tel, cela n’a pas empêché quelques compatriotes de le démasquer avec une photo qui en dit long et qui le montre s’afficher fièrement avec Yazid Zerhouni, l’ancien ministre de l’Intérieur sous Bouteflika, qui affichait clairement son anti-kabylisme primaire et dont il est inutile de revenir sur les méfaits.

Combien de Mourad agissent ainsi pour nous menacer sur le territoire de l’Hexagone ? Sont-ils réellement diligentés par le pouvoir ou agissent-ils librement en faisant de l’excès de zèle pour se faire remarquer et récompenser par des autorités qui ne semblent pas lésiner sur les moyens pour tous nous faire taire ?

Au vu d’un déploiement sans précédent de commentateurs qui ne savent utiliser que l’insulte comme argument, il ne serait pas étonnant que, c’est sous forme de véritable quadrillage que ces agents aux ordres agissent pour insulter et menacer tous azimuts !

Le pouvoir ferait amende honorable s’il se démarquait de ces voyous au lieu de lâcher ses meutes de journalistes pour agrandir la fracture entre ceux qui défendent le droit à la liberté d’expression et ceux qui acceptent d’en être muselés !

Que vous le vouliez ou non, nous sommes tous Algériens, et notre unique souci est celui de construire un pays de droit avec des normes universelles qui n’ont rien à envier aux colosses démocratiques du monde.

Kacem Madani

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